Nouveau tour du monde d’un écologiste – Jean Marie Pelt – 2005

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Ces cactacées à allure d’agaves vivent précisément parmi les agaves.  Par quel étrange phénomène les habitants de ces milieux ont-ils adopté exactement la même allure, le même port végétatif ?  Des convergences de ce genre ont été observées en différentes parties du globe. Difficile d’y voir une adaptation particulière aux contraintes spécifiques du milieu, car ces plantes occupent des habitats très divers. Nous avons aussi affaire ici à des espèces très différentes bien incapables de se croiser. Les transferts de gènes d’une espèce à une autre sont connus des biologistes qui qualifient ces gènes de transposons. Ceux-ci se serait accrochés à des virus qui auraient eux-mêmes été véhiculés par un quelconque vecteur – champignons, nématodes etc.

La biomasse totale de la matière organique vivante et morte s’élèvent à 392 tonnes à l’hectare  dans la forêt tempérée de Meathop Wood (140t d’arbres, 1.5t d’herbes, 3kg d’animaux, 454kg de champignon, 35kg de lombrics et animaux de sol, 5.2t de bois tombé et 240 de matière organique mortes du sol. La biomasse est supérieure dans les forêts tropicales (450t).  La productivité primaire est de 13t/an/hectare (production de biomasse du la photosynthèse), l’accroissement net (hors chute de feuilles et rameaux) est de 8t/an/hectare.  Dans les forêts tropicales, cet accroissement est de 26t/an/hectare. Dans les forêts, la biomasse au-dessus du sol et très supérieure à la biomasse qui s’y trouve enfouie (75-25%). Dans les prairies en revanche, 80% de la biomasse totale est sous le sol. Le réseau de racines y est si dense qu’il interdit l’installation d’autre végétaux, notamment arbustifs. La biomasse totale de la prairie normande est de 18.5t. La productivité primaire est  de 17t/an/hectare (la prairie se renouvelle donc chaque année)

Les Grandes Plaines connurent 32 tempêtes en 1934, 68 en 1936, 72 en 1937. Les températures dépassaient les 40° en été, soit une sécheresse mortelle pour les plantes sauvages ou cultivées. Les Etats Unis durent, grenier à céréales du monde, durent importer du blé tandis que la catastrophe déclenchait un véritable exode vers la Californie – exode que John Steinbeck mit en scène dans les raisins de la colère.

La végétation évolue par paliers, chacun étant provisoire, jusqu’à ce que soit enfin atteint un équilibre final entre le sol, le climat et la végétation – autrement dit le climax.

Platon écrivait déjà au siècle de Péricles (494-424BC) que « notre terre est demeurée par rapport à celle de jadis comme le squelette d’un corps décharné par la maladie ». 1835  Lamartine enchainait en déplorant que « cette terre de Grèce n’est plus que le linceul d’un peuple ; cela ressemble à un vieux sépulcre…dont les pierres sont dispersées et brunies par les siècles ». Plus trace, donc, de l’abondante végétation méditerranéenne qui couvrait peut-être encore la Grèce il y a trois millénaires.

La déforestation des forets du Liban était quasi consommée à l’arrivée des romains…Hadrien fit graver en l’an 125 de notre ère sur le rocher du Liban l’ordre de ne plus couper de cèdres, les quelques arbres restants devant être considérés comme appartenant au domaine impérial : ils devenaient par la même intouchables.

Les ouragans sont aujourd’hui plus fréquents et plus intenses. Depuis 1995 de 10 à 14 par an en moyenne dans cette région du monde (Caraïbes). Haïti = 278 people/km2  (394 in 2017) et son augmentation annuelle est de 2.3%  (1.2% in 2017). Il y a aujourd’hui seulement 1.5% (3.7% in 2016) des forêts tropicales qui la recouvraient jadis. 70% (42% in 2017) de la population vit sans eau potable, 85% (52% in 2016) sont analphabètes, espérance de vie de 49ans (61 in 2018) pour les hommes et 56 (65 in 2018) pour les femmes, mortalité infantile de 7% (??) ) (2.5% in 2017, le taux le plus élevé des Amériques)

 

Nauru : population de 12,570 (13,600 en 2017). Exploitation de phosphate. Une telle situation a connu précédent avec l’ilot de Banaba, complètement ravagé lui aussi par l’exploitation de ses phosphates, dont les habitants s’expatrièrent dans l’archipel des samoans.

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L’entraide, l’autre loi de la jungle – Pablo Servigne, Gauthier Chapelle – 2018

 

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Ces arbres entrent en compétition lorsque les conditions de vie sont bonnes, mais s’entraident lorsqu’elles se durcissent (froid, vent, pauvreté des sols). Jusque-là, on n’avait vu que la moitié du tableau.

Une espèce d’anémone de mer passe sa vie sur le dos d’un escargot dans ce qui s’apparente a un mutualisme obligatoire, puisqu’aucune des deux espèces n’a jamais été observé sans son partenaire. L’escargot s’est même permis le luxe de s’épargner de l’énergie en confectionnant une coquille particulièrement fine. Oser se transformer au contact de l’autre pour rester vivant ensemble, il y a la une véritable leçon de lâcher-prise.

Un quart des espèces de pucerons décrites (1000 sur 4000) sont domestiqué par des fourmis. Un nombre significatif ne peuvent plus vivre sans leurs fourmis bergères. La domestication a commencé il y a 30 millions d’année. 330 espèces de thermites – sur 2600 décrites – cultivent des champignons. Les plantes sont pollinisées par les insectes, les éléphants sont responsables de la dissémination de 37 espèces d’arbres, dont 30 pour lesquels il est le seul disperseur connu. 19,000 espèces de plantes ont développé des nodules racinaires qui abritent des bactéries du genre rhizobium, fixatrice d’azote. En plus des plantes, les bactéries sont devenues indispensables aux animaux, pour la fonction digestive.

Kropotkine s’oppose frontalement a l’idée que la nature est une guerre permanente de tous contre tous (Locke, Hobbes).  Pour lui, la principale loi naturelle est l’entraide.

Le gène égoïste (R.Dawkins, 1975) postule que les organismes ne sont en fait que des robots manipulés par leurs gènes, dont l’unique but serait de perpétuer. L’entraide ne serait rien d’autre qu’un de ces comportements manipulateurs de nos gènes pour améliorer leur succès reproducteur.  C’est le début de la sociobiologie génétique (qui durera 40 ans).  La prédiction est que plus des individus sont proches génétiquement, plus ils s’entraideront. Cette théorie donne des arguments a ceux pensent que l’altruisme doit être corrélé a la proximité génétique, justifiant le racisme et les idéologies de la nouvelle droite. A gauche on s’en prend au déterminisme biologique que la théorie implique.

En 2001, 3 chercheurs ont organisé des expériences de psychologie sociale dans 23 villes pour mesurer les comportements d’aide spontanée en situation de non-urgence. Les résultats sont clairs : l’entraide est fréquente, partout.  Le taux d’aide s’est montré constant et homogène dans chaque ville, suggérant que chacune avait sa propre culture de l’entraide. Mais les résultats d’une culture a l’autre sont variables : ils vont de 40% de comportement prosociaux a Kuala Lumpur a 93% a Rio de Janeiro. Ces résultats dépendent de 2 facteurs : la culture latine (très généreuse) et la productivité économique de la ville (plus de pouvoir d’achat, moins d’aide).

En cas de catastrophe, les comportements de paniques sont si rares que les chercheurs ont même abandonné les concepts de « panique ». Les représentations de foules irrationnelles hurlant et courant en tout sens des histoires qu’on se raconte ou qu’on voit au cinéma (les pillages de la Nouvelles Orleans en 2005 n’ont pas existé alors que l’entraide était partout présente. En cas de catastrophe, tout semble montrer que les gens gardent leur sang froid et coopèrent.

Une série d’expériences a montré que plus les gens sont forcés a être spontanés, plus ils ont montré des comportements prosociaux (les comportements héroïques viennent de la…).  La raison quant a elle permettrait de tempérer cette tendance en faisant des choix personnellement plus avantageux, plus égoïstes.

L’épigénétique : interaction permanente entre les gènes et l’environnement. Le rôle des gènes est de mettre en place un répertoire des possibles pour le futur organisme. L’expression des gènes est alors enclenchée ou inhibée par l’environnement (la larve devient reine si ses congénères lui donne de la gelée royale, mais ouvrière si elle est soumise a un régime normal). L’épigénétique a montré que cette activation/mise en veille par l’environnement est héritable. Les jeunes hérites en partie des réactions de leurs ancêtres a leur environnement.  Concernant l’entraide, une équipe comparant 1300 vrais et faux jumeaux a pu chiffrer l’influence du facteur génétique et l’influence du facteur environnementale : chez les vrais jumeaux, de 10 a 30% vient des gènes, le reste provient de l’environnement. Les interactions que nous avons avec les autres ont la capacités d’activer ou de désactiver certaines parties de notre génome, sans cesse, a chaque naissance. Voila comment la culture s’imprime dans notre biologie, de génération en génération. Les caractères acquis par les parents au cours de leur existence font partie de ce que l’on nomme, de manière ambiguë, l’hérédité. Ainsi un bagage génétique sensible a la sociabilité s’épanouira dans un environnement social, et fera de nous des  êtres sociaux.

  1. Khaneman et A. Tversky : nous possédons deux modes cognitifs : le mode routine, spontané et émotionnelle (système 1) ; le mode de pensée rationnelle qui demande des efforts (système 2). Lorsque nous apprenons, nous sommes dans le système 2 et nous devenons progressivement plus consciemment compétents. A force de répétition, le cerveau bascule en système 1 ou tout s’automatise, devient plus relax, inconsciemment compétent.

En 2002, des chercheurs ont observé que les aires du cerveau impliqué dans la récompense s’activaient lorsque la personne en face coopérait (a un jeu économique) avec le sujet. Ces mêmes aires sont activées par la vue de comportement équitable ou par l’engagement dans un don.  L’entraide et la générosité non seulement font du bien au moral, mais contribuent a l’augmentation du sentiment de bonheur !

L’intérêt des formations militaires est de mettre en place un système 1 qui fasse ressortir l’agression et la violence. C’est  l’une des choses les plus difficile a faire car cela s’oppose a notre tendance a la sympathie et l’empathie. La plus puissante raison qui poussent les soldats a risquer leur vie sur les champs de batailles est la solidarité qu’ils ressentent pour leurs camarades (ce n’est pas la pulsion violente.

Marcel Mauss (1872-1950) explique que le don est commun a toutes les sociétés. Il explique que le don est suivi d’un contre don : il crée chez l’autre une obligation de réciprocité, celle de rendre. Aider quelqu’un provoque le désir de retourner la faveur.  Il libère la personne de son obligation, mais il ne l’annule pas complètement et le transmet a son tour. ‘donner-recevoir-rendre’ génère un état de dépendance réciproque qui prolonge le lien social dans le temps : voila pourquoi l’entraide est si répandu : elle se multiplie par ricochet, créant une culture de l’entraide.

Si la réciprocité est ancré en nous c’est probablement parce qu’elle s’appuie sur les neurones miroirs. Ces derniers permettent d’entrer en résonance affective avec les sentiments d’autrui. Ce lien s’appelle l’empathie. Selon De Waal c’est une capacité propre aux mammifères qui se serait développé a partir des soins parentaux et l’attachement qui lie un nouveau-né a ses parents. Mais ce n’est pas uniquement lié aux neurones miroirs : l’empathie se construit en plusieurs étapes au cours du développement (fait intervenir la mémoire etc.).

L’ocytocine ne serait donc pas une hormone de l’amour universel, mais plutôt une hormone de l’attachement envers ceux que l’on considère comme nos semblables. Les expériences ont montré que l’hormone favorise la préférence intra-groupe pour des sujets en mode intuitif (système 1) mais que l’effet est inverse pour les sujets en mode réflexif (système 2).

Les groupes réagissent comme les individus : ils ont besoin de partager un sentiment de sécurité, de confiance et d’égalité/équité, d’assurer la stabilité de la réciprocité.

Aujourd’hui nos sociétés fonctionnent sur la logique des bénéfices individuels (privés) et des couts collectifs (publics). Pour lutter contre le réchauffement, on compte sur l’exact inverse : des couts individuels (pour chaque état ou citoyen) et des bénéfices globaux (stabilisation du climat). Et l’on s’étonne que cela ne fonctionne pas.

En 2011, des expériences de jeux économiques ont pu montrer que le taux de coopération s’effondrait lorsque  les niveaux d’inégalités étaient élevés entre les participants et lorsque le risque de souffrir du changement climatique était réservé au plus pauvres (car les riches se sentent moins concerné et ont un degré de résilience plus élevé). C’est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons. Et les chercheurs de conclure qu’il ne faut pas fonder nos espoirs sur l’altruisme ou même une maitrise de nos comportements : une forme de contrainte est nécessaire pour stabiliser la coopération. Pour qu’une coopération émerge il faut un récit commun, intégrer les générations futures, réduire les inégalités notamment. Mais il faut aussi renforcer la réciprocité par des contraintes (punitions) et des récompenses, mais aussi rendre visibles les mécanismes de réputation (par exemple rendre public les montants payés et mieux informer sur les risques, les enjeux et menace.

Yuval Harari : légendes, mythes, religions….c’est la fiction qui nous a permis d’imaginer des choses, mais aussi de le faire collectivement. C’est le langage symbolique qui nous a permis de coopérer en très grand groupe, de souder les groupes, de créer un récit commun et développer l’entraide dans le temps (intergénérationnel) et l’espace (communication, livres…).  Le rythme de l’évolution culturelle est devenu beaucoup plus rapide que celui de l’évolution biologique. Cela a aussi permis l’invention de normes sociales et d’institutions. Des lors, les groupes avec normes  surpassent les groupes sans normes ou avec des normes anti-sociales.

Le long apprentissage des enfants leur permet d’absorber la complexité des codes culturels. La maturation après la naissance, au contact des parents (père, mère, grand parents, etc.) et du groupe, marque profondément notre cerveau. Cela aurait conduit  les humais a des adaptations qui les ont rendu plus aptes a décoder les états mentaux d’autrui et distinguer ceux susceptible de les aider ou de leur nuire. Notre fragilité a la naissance pourrait être a l’origine de nos talents pour les interactions sociales.

Les zones de la motricité est plus développe dans le cerveau des singes que chez l’homme.  Les zones lies à la mémoire, le planification, l’évaluation des émotions restent très actives chez les humains. La comparaison des régions corticales du cerveau montre les humains adultes sont semblables aux jeunes chimpanzés : les parties démesurées chez l’humain sont des parties ‘infantiles’ dont le développement ne s’est pas arrêté et qui créent des réseaux de neurones beaucoup plus complexes. En contrepartie, la suroxygénation de ces aires nous expose a des maladies dégénératives typiques des humains (Alzheimer…)

  1. Wilson : L’égoïsme supplante l’altruisme au sein des individus. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Le reste n’est que commentaire.

En 2002, sur 11 sites (sur la planète) ou l’on trouvait des gradients de conditions environnementales faciles/difficiles,  les chercheurs ont observé de la compétition aux endroits ou il fait bon vivre (9 sur 11) et de la coopération dans ceux ou les conditions sont difficiles (11 sur 11).  Pour les thermites, l’hypothèse est que des conditions de vie trop sèche aurait rendu nécessaire la vie en groupe soudes et protégés dans un nid souterrain.

Les arbres du genre acacia fournissent gite et couvert aux fourmis en échange d’une protection contre tout organisme qui tenterait de manger ces feuilles.  Le problème est que les fourmis repoussent aussi les insectes polinisateurs. Les chercheurs ont remarque que les fleurs d’acacia secrétaient des parfums imitant les phéromones d’alarme des fourmis pour les en éloigner.

En 1997, une chercheuse canadienne a mis en évidence que des arbres plus âgés transféraient des sucres a leur plus jeunes voisins de manière souterraine, via le mycélium. Plus expose, les arbres matures obtiennent un surplus d’énergie qu’ils reversent aux jeunes pour leur permettre de croitre dans l’ombre. Des recherches ont montré que les grands arbres reconnaissent leur propres rejetons et leur accorde plus de ressources qu’a leur voisins plus éloignés génétiquement (mais de la même espèce). Ce transfert de nutriments a lieu aussi entre arbres d’espèce différente.

Dans une colonie d’insectes sociaux, il est fréquent que l’on se divise le travail : certains sont spécialisés dans la reproduction,  d’autres la défense, d’autres la construction. Ces individus ne sont plus capables de survivre en dehors de la société. La colonie devient autonome et indivisible : c’est l’ensemble du groupe qui est sélectionné par l’évolution et non plus un individu seul.

90% des espèces de plantes a fleurs sont associées a des champignons (mycorrhyzes) au niveau des racines. Cette association a simplement permis l’expansion de presque toutes les plantes a partir des algues d’eau douces il y a 460 millions d’années.

Trois symbioses sont à l’ origine de la vie. La symbiose virus-bactérie-archée a donne la cellule a noyau. Par endosymbiose avec les ancêtres des bactériens des mitochondries, les cellules ont eu la faculté de respirer. Algues et plantes sont apparu par l’endosymbiose conclue avec les bactéries cyanophycées devenue chloroplastes.

Vie et mort des civilisations : par le passé, un monde hostile et pauvre a fait émerger une culture de l’entraide, cette culture a changé le rapport au monde, favorisant l’innovation et la création d’abondance. Ce monde d’abondance a fini par créer une culture de l’égoïsme qui engendra un monde hostile et pauvre (exploitation irrationnelle des ressources). Le problème n’est pas de vivre dans un monde de pénurie, mais d’y entrer  avec une culture de l’égoïsme.

Le développement des dynamiques d’évolution culturelle semble avoir récemment (depuis 70,000 ans) inhibé l’influence des facteurs génétiques dans l’apparition de l’entraide humaine.

Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux – Frans De Waal (2017)

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La perspective d’une récompense n’avait rien à voir (avec le comportement du chat). La présence d’une personne amicale était le seul élément nécessaire pour provoquer le frottement de flanc, qui est le geste de tous les félins pour dire bonjour et faire la cour.

Les grands singes et les humains n’ont pas eu assez de temps pour produire indépendamment des comportements d’une ressemblance frappante, comme s’embrasser sur la bouche ou respirer bruyamment quand on les chatouille. [Il y a là] des connections évolutives évidentes.

Je n’étais pas convaincu que le comportement animal put être réduit à une histoire d’incitations. Cette théorie présentait les animaux comme passifs, alors que je les voyais chercher, vouloir et lutter. Les behavioristes ont complètement occultés les inclinations propres aux espèces (le lapin ne rapportera jamais une balle, peu importe le nombre de balles que vous lui jetterez).

Les mouettes tridactyles nichent sur d’étroites aspérités des parois de falaise pour dissuader les prédateurs. Ces oiseaux lancent rarement des cris d’alarmes et ne défendent pas leur nid – ce n’est pas nécessaire. Le plus étonnant est qu’elles ne reconnaissent pas leurs petits et ne font pas la différence avec un étranger : les oisillons normalement ne peuvent pas bouger du nid. En revanche, les mouettes qui nichent au sol, et dont les oisillons circulent aux alentours après l’éclosion, reconnaissent leurs petits en quelques jours et n’hésitent pas à expulser les intrus.

Chez les espèces de rongeurs a promiscuité sexuelle, les males s’orientent plus facilement dans les labyrinthes que les femelles, alors que chez les rongeurs monogames il n’y a aucune différence entre les sexes (car les mâles et les femelles occupent le même territoire et ont acquis le même talent pour apprendre à se repérer dans l’espace).

De nombreux laboratoires maintiennent leurs animaux à 85% de leur poids normal pour être certain qu’ils seront motivés par la nourriture. Il est curieux de supposer qu’un estomac vide favorise l’apprentissage.

Puisque la musculature faciale des hommes et des chimpanzés est pratiquement identique, le rire, le sourire et la moue des deux espèces doivent surement remonter à un ancêtre commun. La compréhension de ce parallèle en anatomie et comportement a été un grand pas en avant.

Je n’ai rien contre l’anecdote mais je la considère toujours comme un point de départ pour la recherche, jamais comme un aboutissement.  « Le pluriel d’anecdote n’est pas données »

Hans le malin – un cheval qui semblait savoir compter mais qui en réalité était sensible aux signaux que son propriétaire lui envoyait sans intention (notamment la position du chapeau de son propriétaire qui relevait la tête lorsque le cheval atteignait le chiffre voulu).

Le lavage des patates douces par de macaques japonais a été la première preuve de culture animale. Au départ la tradition de lavage s’est diffusée chez les singes du même âge, mais aujourd’hui elle se transmet d’une génération à l’autre, de mère à enfant.

Je ne peux que m’étonner, je le répète, du décalage entre conviction et expertise.

Les chimpanzés tentent de comprendre l’ordre des évènements : ils cherchent une logique fondée sur la façon dont ils pensent que le monde fonctionne, ils remplissent les blancs (lorsqu’ils participent à une expérimentation dont une partie ne leur est pas accessible).

Il n’est pas rare qu’une dispute d’enfants dégénère en conflit d’adultes. Les deux mères se toisaient nerveusement tout en observant la scène. L’une d’elle a remarqué la femelle alpha assoupi non loin de là et est allé lui tapoter le flanc. La mère lui a montré la querelle en balançant le bras dans cette direction. Mama a fait un pas en avant avec un grondement menaçant. Son autorité était telle que les jeunes se sont tus. La mère avait trouvé une solution rapide et efficace à son problème.

L’altruisme chez les chimpanzés : de jeunes femelles vont chercher de l’eau ou des fruits pour une femelle plus âgée.

La reconnaissance des visages, a conclu la science, est une compétence cognitive spécialisée des primates. Ensuite on à découvert la reconnaissance des visages chez les corbeaux, les moutons et même les guêpes (les guêpes qui vivent dans des colonies hiérarchiques reconnaissent les marques faciales des individus – celles dont la vie sociale est moins différenciée ne possèdent la reconnaissance des visages – la cognition dépend de l’écologie)

Lorenz était tellement persuadé de l’aptitude à la rancune des corbeaux qu’il se déguisait chaque fois qu’il devait capturer et baguer ses choucas. De toute évidence ils sont capables de différencier les individus.

Les scientifiques ont situé l’aptitude des moutons à reconnaitre les visages au même niveau que celle des primates, et jugé qu’un troupeau soit en fait très différencié. Mêler des troupeaux, comme on le fait parfois, doit causer plus de stress que nous le pensions.

La science de l’évolution distingue l’homologie (les traits dérivés d’un ancêtre commun dans deux espèces – la main et l’aile de la chauve-souris) et l’analogie (les traits similaires que l’évolution fait apparaitre indépendamment dans les deux espèces – l’aile de la chauve-souris et celle de la libellule). La sensibilité aux visages est apparue indépendamment chez les guêpes et chez les primates (deux espèces dont les cerveaux diffèrent fondamentalement, celui de la guêpe étant constitué de minuscules ganglions nerveux).

Pour se servir de leurs outils, les chimpanzés doivent anticiper et planifier plusieurs étapes, ce qui correspond au type d’organisation des activités souvent soulignées chez nos ancêtres humains. Les outils peuvent paraitre primitifs (pierres et bâtons) mais l’usage qu’ils en font est extrêmement avancé. Les chimpanzés sauvages utilisent 15 à 25 outils différents par communautés (bâton pointu pour chasser, ouverture de noix avec pierre, bâton collecteur pour récupérer le miel, cuillères en écorce pour ramasser le miel…). L’usage d’outils existe chez les bonobos, le gorille ou l’orang-outan mais les observations sont rares : il n’est courant que chez les chimpanzés.

On a mené des fouilles sur un site de technologie lithique de percussion en Côte d’Ivoire : il est certain que les chimpanzés cassent de noix depuis au moins 4000 ans. Cette découverte avait abouti à l’idée d’une culture lithique commune aux humains et grands singes…mais on a découvert la même pratique chez les singes capucins (séparé de l’ordre des primates il y a 30 ou 40M d’année). Un cas possible d’analogie…

Sur l’ile de Piak Nam Yai, au large des côtes thaïlandaises, Michael Gumert a trouvé une population entière de macaques à longue queue utilisant des outils de pierre pour écraser les huitres et déloger les coquillages des rochers.

Les corbeaux de Nouvelle-Calédonie modifient spontanément des branches pour obtenir un petit crochet en bois permettant de pêcher les larves dans les fissures des arbres.

Confirmant le dicton « la nécessité est mère de l’invention » ainsi que l’histoire d’Esope, les corbeaux ont réussi le test du ver flottant en élevant le niveau de l’eau dans le tube grâce à des cailloux.

Taylor  essaie des tests comportant des étapes encore plus nombreuses, et les corbeaux relèvent le défi (et ils font infiniment mieux que les singes qui ont du mal avec les taches à étapes multiples).

Il est aujourd’hui admis que le langage n’est pas la matière de la pensée, même s’il assiste la réflexion humaine en lui offrant des catégories et des concepts. Mais nous n’avons vraiment besoin du langage pour penser (les enfants préverbaux pensent…)

La communication animal n’est ni symbolique, ni infiniment flexible comme le langage. Elle reste presque entièrement dans l’ici et maintenant. Un chimpanzé peut détecter des émotions dans une situation précise mais il ne peut pas communiquer la moindre information sur des évènements décalés dans l’espace ou dans le temps. Un chimpanzé n’a aucun moyen d’expliquer après coup comment il a été blessé.  Si son agresseur passe par là et qu’il lui hurle dessus, les autres pourront déduire le lien entre son comportement et la blessure, mais ce n’est possible qu’en présence du rival.

On a fait récemment une découverte : les expérimentateurs masculins – pas les femmes – stressent tellement les souris que cela influe sur leurs réactions. Mettre dans la pièce un t-shirt porté par un homme produit le même effet, ce qui suggère l’importance de l’odorat.  Les détails méthodologiques sont beaucoup plus importants que nous ne voulons l’admettre.

Lolita (une chimpanzé) a montré qu’elle comprenait que je trouverais son nouveau-né plus intéressant de face que de dos. Adopter la perspective visuelle de quelqu’un d’autre, c’est faire un pas de géant dans l’évolution sociale.

Cultures animales : lavage de patates douces chez les macaques, cassage de noix chez les chimpanzés,  chasse au filet de bulles chez les baleines à bosses.

Une femelle chimpanzé a été la première à s’introduire un brin d’herbe dans l’oreille, le laissant dépasser quand elle circulait et toilettait les autres. Au fils des ans, d’autres chimpanzés ont suivi son exemple, et plusieurs ont adopté le même nouveau look. Les modes vont et viennent chez les chimpanzés comme chez les humains. Selon moi, l’apprentissage social des primates prend racine dans un désir d’appartenance, un conformisme qui nait du désir d’agir comme les autres et d’être parfaitement intégré.

Cela exige de voir dans la cognition un phénomène biologique comme un autre. Si ces caractéristiques de base dérivent  graduellement de la descendance avec modification, toute idée de bond, de frontière et d’étincelle est exclue.

Le principe de base est un paradoxe : la force est une faiblesse. L’acteur le plus puissant est le moins attractif pour une alliance politique, car il n’a pas vraiment besoin des autres. Il estime que leur soutien va de soi et les traite sans égards.

D’une chimpanzé qui aide sa partenaire : pourquoi a-t-elle travaillé si dure pour un objectif qui l’intéresse si peu ? la réponse est vraisemblablement la réciprocité. Ces deux chimpanzés se connaissent, il est probable qu’elles vivent ensemble, donc chaque coup de main donné sera surement rendu. Elles sont amies, et les amies s’entraident.

Les chimpanzés sont très coopératifs. Ils n’ont pas le moindre problème à réguler ni à atténuer les différends pour mener un effort commun et en partager les fruits.

Nous postulons que les animaux ne regardent pas simplement ce qu’ils obtiennent, mais le compare aussi avec ce qu’obtient leur partenaire. L’inégalité les préoccupe. S’il recevait des concombres, le singe faisait une scène terrible dès qu’il remarquait que son compagnon obtenait du raisin. Pourtant un dollar c’est toujours mieux que pas de dollar du tout. Nous n’en sommes pas convaincus qu’une réaction de ce genre soit irrationnelle, puisqu’elle cherche à égaliser les résultats, et que c’est le seul moyen de pérenniser la coopération.  Les grands singes vont mêmes plus loin : ils ne sont pas d’accord quand ils obtiennent moins que l’autre, mais aussi quand ils obtiennent plus. Cela nous rapproche  du sens humain de la justice.

Chez les écureuils, ce qui déclenche le stockage, ce sont les jours qui raccourcissent et la présence des noix, que les animaux sachent ou non ce qu’est l’hiver. La planification des grands singes s’ajuste aux circonstances et s’exprime en souplesse de multiples façons.

Les pieuvres ont une très bonne vue mais elles se fient rarement à ce sens pour chasser. Elles utilisent le toucher et les informations chimiques, et sans ces indices elles ne peuvent reconnaitre leur proie. [Alors qu’elle ne touchera le bocal même s’il y a une proie à l’intérieur,] dès que l’extérieur du bocal a été couvert de mucus de hareng, la pieuvre est entrée en action et l’a manipulé jusqu’à l’ouverture du couvercle.  Une fois ces talents développés, c’est devenu une opération de routine.

Vers une sobriété heureuse – Pierre Rabhi – 2010

 

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1960 – « la France s’ennuie » lisait-on parfois dans la presse. Contrairement à aujourd’hui la jeunesse avait un avenir assuré. Elle ressentait néanmoins un étrange malaise, comme si les excès de l’avoir abolissaient les besoins de l’être, la société de consommation créant simultanément besoins et frustrations.

Cette jeunesse pressentait la confiscation de sa propre créativité par une société matériellement trop sécurisante, et pétrifiée dans un fait accompli à caractère, semblait-il, irréversible.  Cette jeunesse aspirait probablement à un destin auquel le risque, l’inconnu donne sens et saveur.

La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir.

Appartenir à une terre est un impératif vital pour tous les peuples.

Aujourd’hui, à la culture vivante s’est substitué l’encyclopédisme, un amas de connaissances et d’information dignes des jeux télévisés, qui ne construisent rien d’autre que des abstractions, et ne procurent pas une identité culturelle originale, reliée à quoique ce soit de pérenne. Tous est de plus en plus provisoire et éphémère au cœur d’une frénésie en évolution exponentielle.

Mais les acquis positifs (de la modernité), au lieu de venir enrichir les acquis antérieurs, en ont fait table rase, comme si le génie de l’humanité n’avaient été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition. C’est à cette arrogance totalitaire que nous devons l’uniformisation et la standardisation du monde d’un pôle à l’autre.

La modernité semble percevoir la réalité d’une manière fragmentée et mécaniste, appelant à une prolifération de spécialistes, ce qui est contraire à la vision unitaire et interdépendante qui est celle de l’écologie.

La liste serait longue de tous les superflus qui ont précipité l’histoire dans les pires convulsions, au détriment du nécessaire.

L’anthropologie a considérablement progressé dans le déchiffrage du phénomène humain, mais beaucoup reste à faire. [Il rejette pourtant l’approche ‘fragmentée des spécialistes’ ci-dessus]

Mais il est impératif d’œuvrer pour que les choses évoluent vers la cohérence, et que l’incohérence ne soit plus la norme et encore moins une fatalité. Il ne faut surtout pas minimiser l’importance et la puissance des petites résolutions qui contribuent à construire le monde auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer.

Rajid Rahnema « Quand la misère chasse la pauvreté » : les mécanismes de l’immodération, qui engendre la misère. La terre, de mère nourricière devient pourvoyeuse d’argent, lequel est responsable de la destruction d’organisation sociale séculaire, et des inégalités.

Toutes les disciplines scientifiques réunies ne peuvent nous éclairer [sur le sens de la vie]. Elles ont cependant le mérité de mettre en évidence l’impossibilité pour la pensée, de nature limitée, de nous permettre l’accès à une réalité de nature illimitée. Cependant elle peut nous conduire aux rivages de l’inconnu. Elle s’apaise alors, découvre la sobriété et nous introduit à la contemplation dénuée de tout questionnement sans objet.

La vérité semble préexister à tout ce qui existe : une approximation intuitive, et sous l’aiguillon d’un doute permanent, la puissance du divin. [Rabhi est spinosant !]

Nicholas Georgescu-Roegen : la décroissance soutenable, qui produit du bonheur avec de la modération.

La société est à l’évidence de plus en plus anxiogène. Et cela va s’amplifier en même temps que le ravage de la biosphère et l’indigence dont est responsable l’avidité accrue du genre humain.

www.terre-humanisme.org

 

 

Mon dîner chez les cannibales – Ruwen Ogien –  2016

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Dans une société à forte ségrégation sexuelle, les femmes peuvent ne pas être malheureuses du fait qu’elles soient moins éduquées que les hommes. Elles peuvent estimer que c’est normal et même que c’est une bonne chose. […] Si le seul critère de la justice sociale est le bonheur, il faudra admettre qu’une société peut être juste même si elle est profondément inégalitaire ou esclavagiste : il suffirait que les plus pauvres ou les esclaves ne s’y sentent pas malheureux.

Même si l’accroissement de la richesse des plus démunis au-delà d’un certain seuil ne contribue nullement à augmenter leur bonheur, ce n’est certainement pas une raison suffisante de ne pas militer en sa faveur.

Les inégalités de revenue etc. ne sont pas toujours injustes car elle sont souvent la sanction de choix individuels défectueux ou la récompense du mérite. Je ne (le) pense pas.

Les libertariens : les inégalités résultent de transactions consenties par les parties, elles ne sont ni injuste ni dépourvues de valeur morale. Objection : difficile de savoir si l’acquisition initiale ou le transfert de richesse était juste (et équitable), une quantité considérable de biens ont été acquis par le vol, l’exploitation massive, l’esclavage…

Les sociaux-démocrates : les inégalités sont moralement justifiées quand elles sont a l’avantage de la société et qu’elles profitent aux plus défavorisés. Objection : les pauvres pourraient avoir intérêt a vivre dans un société inégalitaire si leur condition matérielle y était meilleure. La conception social-démocrate réduit la justice sociale aux conditions matérielles : il y a toutes sortes de raisons de préférer une société plus égalitaire même si notre condition matérielle y serait plus mauvaise.

La justification social-libérale : les inégalités ne sont pas injustes quand elle engage la responsabilité des personnesObjection : il y a des limites très clair à ce raisonnement : un citoyen bourré d’alcool sans permis ni assurance et planté contre un arbre devrait être abandonné sans assistance car il est responsable. Aucun social-démocrate ne va jusqu’à la.

Aucune des trois justifications morales n’est donc bonne.

La pente « glissante » ou « fatale ». Un exemple : si on autorise le mariage gay, on en viendra nécessairement à admettre les unions de groupe, le mariage polygame, les familles incestueuses etc. Le même argument existe pour la consommation du cannabis ou l’euthanasie. L’histoire démontre que les pentes glissantes ne le sont pas tant que cela (exemple l’avortement n’a pas favoriser l’infanticide). On peut être disposé à accepter que certains engrenages sont dangereux, mais il faut aussi savoir pourquoi – la « « pente glissante » ne donne pas de raison.

Argument similaire : « aller contre la nature ».  Il aurait pu être utilisé contre la pilule contraceptive, les transplantations d’organes, la vie en ville gigantesques…c’est un argument avancé pour rejeter les revendications des couples de même sexe au droit de fonder une famille (loi naturelle, nécessité psychologique d’avoir deux parents…). Or les études empiriques ne semblent pas confirmer l’existence de différences significatives du point de vue émotionnel, cognitif, social ou sexuel entre les enfants de couples homo et hétérosexuels.

Il faut distinguer le choquant, l’immoral et ce qui devrait être interdit par la loi : il est choquant de nettoyer les toilettes avec un drapeau national, mais ce n’est pas immoral ni punissable par la loi.

La pente fatale,  la mise en garde de jouer contre la nature, le glissement du choquant a l’immoral n’exprime rien qu’un « principe de précaution » moral, utilisé par les plus conservateurs pour exclure tout changement social.  Il a servi à justifier l’esclavage, l’inégalité sociale, la discrimination raciale, l’assujettissement des femmes, le refus de décriminalise l’homosexualité. Son pedigree n’est pas très glorieux.

A la suite du referendum de 2012, la distribution et consommation recreative du cannabis est libre au Colorado. La fin de l’illégalité n’a pas été suivie d’une disparition du désir d’en consommer : elle a provoqué une explosion de l’offre et de la demande. Un tourisme du plaisir s’est développé rapidement, la criminalité a diminué. Pour le philosophe, la question est : est-ce une bonne chose? Pour Hannah Arendt, la loi ne doit pas prétendre nous protéger contre nous-mêmes (mais seulement contre autrui).  L’accès au cannabis  peut s’appuyer sur la liberté qu’a chacun de se nuire à lui-même.

Les philosophes moraux sont-ils moraux ? Non. Il n’y a aucune relation entre le fait de pratiquer la philosophie moral et celui de conduire comme un saint.  Les spécialistes des questions éthiques devrait rendre leur livre de bibliothèque en temps : ce n’est pas le cas, les livres d’éthique sont volés ou non-restitués deux fois plus… Pratiquer la philosophie morale n’est pas un certificat de bonne conduite ou une garantie d’être un bon juge des questions morales.

Ce que l’art préhistorique dit de nos origines – Emmanuel Guy – 2017

 

 

Plus un art est mimétique, moins il est, en quelque sorte, symbolique. La prédominance de représentations imaginaires dans l’art des sociétés sans écriture s’explique par sa référence au surnaturel. Il s’agit moins de représenter le visible que de donner corps à des esprits. En cela, le traitement résolument ‘terrestre’ (exact) des animaux dans l’art paléolithique le différencie de la plupart des productions iconographiques des sociétés traditionnelles extra- européennes

La volonté de ressemblance renvoie à un désir d’appropriation du réel et à l’affirmation du pouvoir des hommes sur le monde et sur les autres hommes. Il y a une dimension éminemment politique caractérisé par le prestige qu’en tire l’auteur et/ou le commanditaire.

L’illusionnisme paléolithique pourrait avoir eu pour fonction de célébrer le pouvoir d’une minorité sociale dominante.

L’illusionnisme et le savoir-faire qu’il exige constituent une sorte de valeur ajoutée qui dépasse la stricte nécessité religieuse ou rituelle. Il démontre une forme de spécialisation. C’est donc la discrimination par le talent individuel qui donne au naturalisme artistique sa valeur foncièrement inégalitaire. Un effet de prodigue qui devait être plus grand encore au temps de Chauvet.

Dans les sociétés égalitaires (aborigènes, bushmen) le partage du gibier est la règle et le sentiment de propriété inexistant. Ce type de société n’empêche pas certains individus de se différencier en fonction de telle ou telle aptitude particulière. Mais leur influence est imitée et n’est pas a même de rompre l’unité sociale.

Dernier maximum glacière 22-18.000 BP et réchauffement généralisé vers 10.000 BC. Le climat paléolithique était beaucoup plus froid – environ 6 à 11°C inférieures : temps sec, peu de précipitation et ensoleillé.

L’archéologie fait généralement remonté l’apparition du langage articulé à l’acheuléen, soit il y a 1.7 million d’années.

Paléolithique Inférieur : 2.9M à 300,000BC ; Paléolithique Moyen : 300,000 à 30,000 ; Paléolithique Supérieur : 30,000 à 12,000BC

 

Aurignacien 35-28,000
Gravettien 28-22,000
Solutréen 22-19,000
Magdalénien 19-10,000

 

Les premières manifestations graphiques sont africaines (75,000BP a Blombos, Afrique du Sud). La figuration nait plus tard (40,000BP) dans le monder  et avec les premiers sapiens en Europe.

Les humains sont rarement représentés dans l’art paléolithique et sont excessivement schematiques, contrairement aux animaux. On trouve aussi des statuettes de femmes (mais rien de végétales, pas de milieu naturel)

Des explications ont été avancées : l’art pour l’art, un passe-temps, un penchant pour le beau ; le totémisme comme une forme de religion (filiation ancestrale entre un clan et une espèce végétale ou animale) ; la magie de la chasse (par l’abbé Henri Breuil, pour tuer symboliquement les animaux dans le cadre de cérémonies propitiatoires destinées à assurer au groupe une chasse fructueuse  (mais les restes de consommation retrouvés dans les grottes ne sont pas les animaux représentés) ; approche structural (Leroi-Gourhan) couple et opposition binaire des animaux – les animaux ont un sens (ils ne sont pas disposés au hasard) ; l’œuvre de chamane (Lewis-Williams, Clottes) pour communiquer avec les forces supérieures, des visions favorisées par la transe et l’absorption de substances hallucinogènes ; affirmation des intérêts économico-politique d’une élite (Guy, l’objet du livre)

D’un cote, milieu pauvre et communisme primitif, de l’autre, milieu riche et capitalisme primitif. Les chasseurs des milieux pauvres ont une forte mobilité. Ce sont eux les vrais nomades.

L’abondance saisonnière de ressources et la maitrise des techniques de conservation alimentaire (séchage, congélation…) seraient donc les deux conditions essentielles à l’apparition des inégalités chez les chasseurs-cueilleurs.

La spécialisation artisanale est toujours le signe d’une maitrise du stockage. L’échange produit alimentaire contre produits manufacturés (perles, vases, pierres sculptées…) ne peut concerner que des biens aptes à se conserver sur de longue distance. Sur la cote Nord-Ouest, les sculptures, peintures et autres productions artistiques étaient réalisés par des spécialistes. Les secrets de fabrication étaient jalousement gardés. Le savoir  se transmettait par héritage, le plus souvent de père en fils. Les artistes appartenaient à une caste contrôlant les activités rituelles, le permettant une mainmise sur le pouvoir.

La supposée non-complexité des sociétés non agricoles et plus particulièrement des sociétés paléolithique repose bien d’avantage sur un récit préétabli que sur des données objectives.

Certaines tombes plus riches que d’autres soulignent encore davantage la question du statut social des défunts.

30,000BC des résidus d’amidon ont été détectés sur des galets qui servaient peut être a moudre différents type de végétaux. L’un de ces sites était exclusivement occupé à la belle saison, un site possiblement dédié à la récolte et la transformation de plantes sauvages.  Il y avait probablement stockage car on ne fait pas de farine avec quelques graines.

L’hypothèse d’une exploitation des côtes au paléolithique récent semble hautement plausible. La remonté du niveau marin a affecté le littoral européen.  En France, les gisements les plus proches du littoral se trouvaient en fait à plus de 100 kilomètres de la mer à l’époque. Ce qui pourrait expliquer la rareté des indices d’occupation côtière. En cantabrique, les sites les plus proches se trouve à moins de 15km du rivage. Or on trouve sur cette côte de nombreuses traces d’occupation. La densité des sites ornés pourraient très bien être en lien avec une exploitation des ressources marines.

La fabrication d’armes en os de cétacé, très prisées et ayant circulées très loin à l’intérieur des terres,  tendrait donc à indiquer que la société magdalénienne conférait à l’armement une valeur supérieure. Une telle valorisation parait compatible  avec une organisation sociale reposant sur le pouvoir et la compétition territoriale (le commerce et la division du travail – ceux fabriquant les armes devant être nourri par les autres).

Le Jomon (Japon, 15,000BC) et la fabrication de poteries dans un contexte dépourvu d’agriculture (l’essentiel de l’alimentation vient de la mer). De façon similaire, les conditions étaient peut être aussi réunies pour l’existence qu’une économie maritime à stockage dès la magdalénien.

35,000BC Cette variabilité de la dextérité dans la taille du silex en fonction de l’âge et donc du niveau d’apprentissage des individus est observable dans les gisements ou se côtoient souvent des réalisations de facture inégale.

La mise en œuvre de nouvelles stratégies de subsistance dès l’arrivée de Sapiens pourrait signifier une appropriation des territoires les plus riches en ressources par des familles ou des lignages. Plausible mais difficilement démontrable…

La rareté de l’inhumation constitue manifestement une réalité archéologique. L’explication le plus plausible est que certaines personnes ont été inhumées, d’autres non.

La richesse du matériel funéraire de Sungir (26,000BC) trahit la probabilité de statuts sociaux différenciés parmi les chasseurs-cueilleurs.

Ce désir de personnalisation des ornements dédiés aux enfants (réduction des parures…) parait témoigner d’un souci de distinction d’autant plus frappant qu’il concerne les individus particulièrement jeunes (4 ans pour l’enfant de la Madeleine – 10-12,000BC)

L’affection parentale peut expliquer certain cas, elle perd de la vraisemblance face à la débauche d’ostentation et plus encore au caractère guerrier des biens rencontrés dans certaines tombes. Toute porte à croire que le traitement funéraire accordé à ces enfants pourrait résulter de statuts sociaux acquis par droit de naissance.

La présence fréquente d’empreinte de pas d’enfants dans les grottes ornés (d’autant plus importante que les empreintes conservées sont rares). Cela pourrait témoigner de la transmission  du savoir mythique et des privilèges sociaux dévolus aux héritiers dans les familles nobles.

Grace au stockage, des familles ou des clans vivant dans des régions favorables produisent des excédents alimentaires, soit de la richesse et donc des inégalités. Pour légitimer leur mainmise territoriale, ils invoquent une origine mythique. S’ensuit une production d’image et d’objet de prestiges pour justifier leur rang social. S’ensuivent également des rites funéraires destinés à sacraliser le lignage. Tout cela expliquant pourquoi ce sont les sites des régions les plus riches qui contiennent des œuvres d’art et pourquoi ce sont aussi les mêmes qui contiennent des restes humains.

Un site d’agrégation est un lieu prédéfini dans lequel les fractions d’un même groupe ethnique se réunissent pour échanger des matières premières et célébrer des alliances indispensables à leur survie.  L’agrégation est une réponse biologique et culturelle à la dispersion nécessaire des petites unités nomades dans des milieux qui n’autorisent pas d’autres choix.  Ceci est (en partie) remis en question par l’abondance de ressources dans certaines régions qui permettait d’y vive en permanence.

Il n’y a rien de surprenant à ce que des sites richement ornés aient pu servir d’habitat, mais également de lieu de réception dans le cadre de cérémonies rituelles, permettant à l’élite d’exhiber sa puissance. On sait que de nombreux sites ornés étaient durablement habités.

L’association d’œuvres d’art et d’armes supposées prestigieuses (parfois arborant les mêmes motifs) dans les habitats sanctuaires semble en fait se répéter dans de nombreux sites.

La modification post-mortem d’ossements humains (décarnation, cranes aménagé en coupelle…) est un phénomène qui semble donc avoir largement traversé les époques et les régions.  Soit elle relève de pratiques cannibales, soit d’un rite funéraire. La très nette préférence pour les parties crâniennes n’évoque pas un comportement  anthropophage.

Plusieurs bifaces acheuléens (600-200 ,000BC) ont été retrouvés dans des sites occupés au gravettien (et parfois associés au mobilier funéraire). Simple curiosité innocente pour des objets rares ou volonté de conserver des objets dont l’ancienneté conférait peut être du prestige à son détenteur ? On ne le saura jamais mais la détention a pu elle aussi participer de l’affirmation d’un lien privilégié avec des êtres primordiaux. D’autant qu’ils sont toujours associés, à notre connaissance, à des habitats ornés et/ou à un riche mobilier artistique.

Si l’on admet l’existence possible d’une noblesse paléolithique, se pourrait-il que les animaux peints dans les grottes aient servi d’emblème totémique ? Ce n’est pas invraisemblable.  Les humains sont rares et c’est sans doute parce que ces derniers sont incarnés par des animaux.

L’un des traits caractéristiques de l’art des grottes est l’omniprésence des animaux. Les humains y sont pratiquement absents. La thématique animale est aussi l’un des thèmes de prédilection de l’héraldique féodale. Il n’existe aucun paysage, ni arbres, ni ciel, ni étoiles.

Uniformité des représentations paléolithiques, à commencer par les venus dont on a mentionné la spectaculaire dispersion depuis l’atlantique jusqu’à l’Oural. Notre hypothèse est que cette stéréotypie est liée à la fonction emblématique des figures pariétales. Une unité visuelle qui sert à la reconnaissance de l’élite et de ses statuts sociaux. La transformation ne pouvait se faire que de façon excessivement graduelle, afin de ne pas compromettre  la lisibilité. Ceci explique la persistance millénaire de procédés stylistiques malgré un environnement culturel transformé. Cette stabilité des conventions stylistiques suggère de façon probante qu’un enseignement artistique était vraisemblablement dispensé. Il convient en effet de s’interroger sur la finalité réelle des pierres gravées découvertes par centaines, parfois par milliers. Ces témoignages pourraient s’interpréter comme des exercices de débutants.

De la même manière que l’animation (des images) reste limitée à un rôle supplétif […] la symétrie parait avoir joué un rôle primordial.

La grotte a pu symboliser tout à la fois le cœur et l’origine sacrée du territoire familial. La répartition pariétal semble trahir une volonté de marquer les esprits, conforme aux stratégies de prestige et distinction employée par la noblesse afin d’asseoir sa domination. Les artistes ont pu remplacer les grottes par des rochers extérieur, ce qui montre que, bien plus que le milieu sous terrain, c’est le territoire qui est au centre de la problématique artistique paléolithique.

A partir de 18,000BC (Lascaux), l’art paléolithique manifeste des préoccupations descriptives nouvelles. La période qui précède est marquée au par le schématisme (simple silhouette, peu de détails, expression très géométrique) : La vraisemblance est très secondaire. Apres 18,000BC, les détails anatomiques sont plus nombreux (la ‘réserve’ est un espace vierge entre arrière-plan et avant-plan pour suggérer l’éloignement, la perspective)

Des conditions de vie plus difficiles conduisent les groupes humains a des échanges accrus, favorisant la diffusion à longue distance des savoirs. A l’inverse, dans un milieu naturel riche à densité de population élevée, les réseaux d’échange sont plus réduits. Une diminution des richesses peut conduire à une perte d’influence des pouvoirs locaux, obligeant à une plus grande coopération. Sous la pression environnementale, les lignages nobles auraient été contraints d’élargir leurs réseaux et établir de nouvelles alliances. Cette extension a pu favoriser l’expansion des symboles figuratifs, a fortiori si ces derniers avaient fonction de blasons et d’emblèmes familiaux.

L’âge obtenu à Qurta (Egypte) correspond exactement a celui de cette tradition picturale européenne (Style gravetto-solutréen de la vallée de Coa) . La probabilité d’une convergence fortuite ne peut être envisagée comme une réponse satisfaisante. Tout laisse à penser que les liens stylistiques entre Qurta et l’art paléolithique européen sont bien d’origine culturelle.  Cette origine européenne probable fait écho aux discussions sur l’émergence « soudaine de la culture ibéro-maurassienne du XX millénaire BP (tradition qui n’offre pas de continuité évidente avec la culture locale antérieur).

Pourquoi l’art pariétal disparait-il définitivement entre 13-12.000 BP, après avoir perduré 25000 ans ? On voit ensuite apparaitre en lieu et place de l’art animalier magdalenien, une vaste production de galets gravés ou peints de motifs abstraits. Le réchauffement climatique (moins de steppe, plus de forêts, fin des grands troupeaux d’ongulés des pays froids, remonté des mers et perte de millier de kilomètres carrées de rivage…) a forcé les chasseurs/cueilleurs à adapter leur pratique de chasse et leur équipement, mais pourquoi abandonne l’art pariétal, les croyances et les pratiques rituelles ?  Ce sont les zones privilégiés de pêche et chasse qui ont fait la gloire et la richesse des familles ancestrales qui auraient été bouleversé. De nouvelles zones d’exploitation aurait été délimité, plus restreintes et différentes du passé.

L’idée que les espèces animales symboliseraient des groupes humains revient de façon cyclique et aurait pu servir de règles aux alliances matrimoniales entre clans (Totémisme et organisation clanique – le groupe de l’ours ne se marie pas dans son groupe mais dans celui de l’aigle, prohibition alimentaire lié au groupe etc. Cote Nord-Ouest).

Comme pour les aborigènes, le manque d’innovation paléolithique serait le signe d’une organisation sociale égalitaire qui limiterait structurellement la productivité et l’accumulation de richesse ( le gibier n’est pas la propriété du chasseur mais des beaux-parents).  Or  puisque la spécialisation est la seule condition possible de l’existence de l’art pariétal, elle trahit aussi l’existence probable de discriminations sociales au paléolithique récent: le développement technique est modeste, l’art figuratif est en revanche d’une très haute qualification.  La figuration n’est pas une activité directement liée à la survie des populations : se pourrait-il que cet apprentissage du dessin ait constitué un investissement en pure perte ? Ceux qui les possédaient bénéficiaient d’un statut social supérieur.

L’hypothèse inégalitaire (captation des territoires et richesse par une minorité) permet de créer du lien entres de phénomènes  distincts : région de biomasse favorable et répartition des sites d’arts et sépultures ; disparition du pariétal au moment où le dégel est à son comble ; restes humains fréquent dans les grottes ornées ; écoles artistiques qui ont durée des millénaires et qui ont pu trouver leur justification dans la transmission  des statuts et privilèges sociaux.

Il y a 35,000 ans, notre hypothèse est que l’on a vu la mise en œuvre d’une économie de subsistance différente, fondée pour la première fois sur la production d’excédents.  La profusion des signes visuels servait alors de symbolique pour justifier cette appropriation. Des armes plus élaborés permettent un meilleur rendement de la chasse pour Sapiens (Neanderthal devait chasser plus souvent en groupe) et sont peut-être la conséquence technique d’une volonté d’appropriation individuelle (ou plus restrictives) des ressources de chasse.

Si les humains sont absents c’est parce qu’ils sont incarnés dans les espèces animales.

Cauvin : l’origine du Néolithique n’est pas une réponse aux changements climatiques mais le signe de l’émergence d’une nouvelle religion,  la naissance des divinités, avec l’apparition de statuettes de femmes en pierre (les déesses mères). Le taureau serait lui une divinité masculine subordonnée à la déesse mère.

L’ethnologie montre que l’absence de statuts sociaux différenciés entraine une absence de division sociale du travail. La conséquence est que le développement technique est extrêmement faible. Dans ces petits groupes tout est fait pour perpétuer le mode de vie ancestral du groupe. Dans ces petits, le progrès n’existe pas parce qu’ils le refusent pour perpétuer l’unité et les intérêts supérieur du groupe.  L’art aborigène n’a pas changé depuis 40,000 ans, les changements qui existent dans l’art pariétal paraissent davantage l’indice d’un régime d’historicité propre aux sociétés inégalitaires.

L’Hypercapitalisme mondial -Alain Cotta- 2017.

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Deux révolutions: la révolution digitale et la mondialisation des activités économiques. La symbiose  des deux assure aujourd’hui l’envahissement planétaire du capitalisme.

Deux capitalismes : l’un occidental, d’Entreprise, instigateur de la conquête de la planète, l’autre plus oriental, d’Etat, ou la volonté de ne rien céder á la conquête de son prédécesseur historique prévaut désormais.

Le capital réel (tous les biens durables) s’élève a 200 trillions de dollars en 2014, la richesse financière a 300 trillions. L’économie mondiale est plus financière que réelle. Cette supériorité va en s’accroissant puisque le taux de croissance du produit réel est de 2.5% sur le long terme, celui du capital financier de 5%.

La stratégie des fonds de gestion il y a 25 ans obéissait aux objectifs de leurs déposants dont l’age moyen, 2 ans avant celui de leur retraite, expliquait qu’ils se contentaient du revenu assuré même modeste. Depuis, ces entreprises de gestion ont pris des participations importantes et croissantes dans des entreprises d’un même secteur. Elles ont ensemble le pouvoir d’orienter la stratégie de ces entreprises.

Le grand projet des instigateurs de la mondialisation est désormais aux oubliettes. Les états-nations ne se sont pas dissous dans la parousie ‘libérale’. Et la démocratie demeure un régime politique des plus minoritaires, qui donne même quelques signes de fatigue.

[Ces révolutions donne naissance] á une société mondiale dont la stabilité devrait être durable. La mondialisation s’accompagne de l’existence d’une classe moyenne de plus en plus homogène et de moins en moins combative, et de l’inévitable exclusion économique d’une fraction croissante de sa population.

Transformer en peu de temps un paysan en ouvrier non spécialisé est relativement aisé. En faire un employé digital implique d’avantage d’effort et surtout de temps, donc beaucoup plus d’exclus pour longtemps.

La naissance d’un gouvernement mondial est attendu par tous les pères de la révolution digitale. Et pourquoi pas un Etat universel tel qu’entrevu par Ernst Junger en 1961 (au début de la coexistence pacifique de l’après-guerre)

Etat assurance, Etat confort, Etat providence : trois fonctions dont aucun individu ne saurait se passer, légitimées par une mondialisation qui crée spontanément des inégalités.

Une crise systémique mondiale parait désormais fort improbable (meilleurs moyens pour maitriser a court terme les économies nationales ; début de  comptabilité mondiale permettant de porter un jugement sur la situation a tout moment)

La montée de la Chine, demain celle de l’Inde, rendra de plus en plus fragile et contesté l’imperium financier des Etats-Unis. Sans doute trois monnaies (dollar, euro, renminbi) dans leur zone de prééminence. Deux grandes nations, Inde et Russie, resteront a l’extérieur, sans mettre en cause la caractère permanent d’une instabilité limitée et ordonnée. Des adaptations permanentes mais sans que la mondialisation elle-même soit mise en cause, sinon par des ajustements locaux.

Des 2050, la population africaine devrait atteindre 2 milliard d’individus, 20% de la population mondiale, contre 5% en Europe. 6 fois plus de pauvres que de riches – si proches.

De tous les désordres, les désordres démographique seront les plus violents et les plus malaisés a traiter lorsqu’ils deviendront très pressants.

Opposition courante entre régime démocratique et régime autoritaire : la différence essentielle réside moins dans l’exercice du pouvoir que dans son origine.

Les décisions sociales importantes exclut un nombre croissant d’individus, ce dont manifestent les niveaux d’abstention aux différentes élections, qui ne peuvent qu’augmenter, les choix sociaux á effectuer devenant de plus en plus difficiles á exposer et á comprendre.

L’importance de la redistribution (pour permettre a un nombre croissant d’exclus de vivre) est condamnée a croitre et a devenir de moins en moins familiale mais étatique. Mais sur qui prélever ?

‘L’ordre social, devenu celui de tout l’espace, reposera sur la patience et la résignation des nouveaux pauvres’ (Mme de Staël).