Morales Provisoires – Raphaël Enthoven – 2018

 

Les hommes endurent aisément ce qu’ils peuvent comprendre. Mais ils restent cois devant le drame qu’il leur tombe dessus. Et, pour surmonter l’épreuve, se doivent d’interpréter la catastrophe comme un message qui leur serait destiné.

L’enjeu, en politique, n’est pas de dire la vérité, mais de sauver les apparences.

Quand c’est un désert qu’on déserte, est-on encore un déserteur ? (la défection de Manuel Valls du PS)

Marx et Engels : « ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience » : les idées que nous croyons avoir tout seuls nous sont, en réalité, dictées par notre situation dans le monde et les rapports de forces auxquels nous sommes exposés.

Un socialiste libéral (ou un libéral de gauche) se résout à l’existence des inégalités mais il refuse l’accroissement des inégalités, car la justice sociale est, à ses yeux, une condition de la liberté. Rawls : « les inégalités sociales et économiques sont autorisés a condition qu’elles tournent à l’avantage du plus mal loti ».

Aucun passé n’est plus lointain que celui qui vous rappelle, impitoyable, que, vingt ans plus tard, « vingt ans » se dit vintage.

Catachrèse : emploi abusif d’un mot qui a survécu aux circonstances de sa naissance. Quand vous démarrez, vous n’enlevez pas vos amarres…

Les émeutes de Watts au milieu des années 1960 : J’appelle « société de provocation » toutes sociétés d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses…. Tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu’elle provoque a l’assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu’elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit.

Twitter : un vacarme de pépiement insipides, où les idées reçues côtoient les lieux communs, ou la virulence donne l’illusion de la liberté, ou le débat des idées est remplacé par leur juxtaposition conflictuelle.

Facebook revendique 2 milliards d’utilisateur (2017). Nietzsche à la fin du XIX : « Grace à la liberté des communications, des groupes d’hommes de la même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées (Fragments posthumes).

Le négationnisme:  c’est un tour de passe-passe qui consiste a présenter comme solide une thèse non réfutée (irréfutée seulement parce qu’elle est délirante) et qui, renversant la charge de la preuve, considère (à tort) qu’on a raison tant que personne ne nous a donné tort.

On choisit un médecin, un cordonnier pour leurs compétences. La politique ne doit pas échapper à cette exigence de compétence. Les affaires publiques supposent, elles aussi, un savoir spécifique.

L’idée fausse que puisque la politique est l’affaire de tous, alors elle peut être le métier de chacun. Bref, le dévoiement de la sublime égalité des droits en l’absurde équivalence des compétences.

Christine Lagarde, coupable par négligence de n’avoir pas étudié toutes les possibilités de recours contre Bernard Tapie, mais dispensée de peine par la cours de justice au nom de sa « personnalité » et de sa « réputation internationale ». Un tel verdict est le cauchemar de toute personne qui n’a pas renoncé à soutenir les institutions républicaines à l’ère du soupçon généralisé.

Pourquoi aucun des candidats à l’élection présidentielle n’échappe-t-il au rite du salon de l’agriculture? Le mythe de l’authenticité agricole contre la fourberie citadine remonte à Jean Jacques Rousseau, qui le premier transforme l’innocence primitive en arme politique («la nature ne ment jamais»).

La plus haute sagesse est de consentir à ce qu’on est. Et d’aimer mieux « les choses moyennes, comme dit Montaigne, que les éminentes».

La tolérance peut-elle, sans se nier, tolérer ce qui la contredit ? Si la tolérance tolère tout, elle doit tolérer l’intolérable. Quand la tolérance interdit ce qui la contredit, elle se contredit elle-même, mais quand la tolérance tolère ce qui la contredit, elle se tire une balle dans le pied. Que choisir ? Les deux. La tolérance impose de tolérer les deux visions de la tolérance. C’est un débat sans fin entre la défense d’un principe et le refus de toute défense.

On ne peut pas défendre la liberté tout en s’indignant que X (ou Y) en fasse l’usage qui nous déplait. La liberté n’est pas réductible à ce qui est souhaitable.

Advertisements

Le tour du monde d’un écologiste – Jean Marie Pelt – 1990

Les pluies d’acide ne tardèrent pas à être la réponse cinglante à une telle incurie, frappant 60% des forêts de Tchécoslovaquie ou d’Allemagne de l’Est. Fort accroissement des pluies acides entre 1956 et 1965 en Europe. En Virginie aux Etats Unis il tomba en 1979 une pluie dont l’acidité était à mi-chemin entre celle du jus de citron et celle de l’électrolyte d’un accumulateur de batterie.

Le projet « Europoles » visant à relier Bruxelles à Genève par TGV fut torpillé il y a 10 ans (1980) : pouvait-on imaginer un axe ferroviaire qui ne passerait pas par la capitale ?

Les conifères sont forts pour conjurer le froid : leurs feuilles, ramenées à l’état d’aiguilles, réduisent la surface de transpiration ; sur ces aiguilles, les stomates, ces pores microscopiques, se ferment pendant l’hiver, bloquant toute émission d’eau.

Transpirant peu en été, en raison de ses étroites aiguilles, et pas du tout en hiver, puisqu’il les perd, le mélèze cumule ainsi les avantages des conifères et des feuillus. D’où ses extraordinaires performances : résister à -70° en Yakoutie et remonter jusqu’à 72°5 de latitude nord, bien au-delà du cercle polaire.

Un anglais réussit a s’emparer de 2400 graines d’hévéa, point de départ des plantations en Malaisie. Des 1913, elles ruinèrent celle de Manaus provoquant un brutal effondrement des cours.

Si la nature en Europe panse ses plaies avec une surprenante efficacité (en quelques décennies), ce pouvoir de régénération spontanée n’existe pas en Amazonie. L’humus est rare et le sol peu profond ; comme il pleut beaucoup, ça pousse quand même et ça pousse bien. Mais cette forêt est fragile. Le précieux humus est emporté et les bactéries décomposent la matière organique du sol. Le rayonnement solaire très intense achève son travail: au bout de quelques années ces sols rouges deviendront durs et stériles comme la brique.

Un arbre qui pousse stocke sans conteste du gaz carbonique dans son bois. Mais la décomposition des arbres (morts) restitue à l’atmosphère ce même gaz. Tout laisse à penser que le bilan des exchanges gazeux de la forêt dense est, en gros, équilibré. Donc pas de  « poumon vert »!

La forêt dense équatoriale bat tous les records de productivité des écosystèmes terrestres : 22 tonnes de matière végétales produites chaque année en moyenne par photosynthèse à l’hectare (avec des pointes à 30 tonnes). A comparer avec 13 tonnes en forets tempérés à feuilles caduques ou 17 tonnes pour les forêts plantées de conifères.

Le minuscule état du Panama contient à lui tout seul autant d’espèces végétales que toute l’Europe. Bornéo, en Malaisie détient le record : 700 espèces d’arbres sur dix parcelles d’un hectare, soit autant d’espèces qu’en Amérique du Nord, et beaucoup plus que toute l’Europe (4 à 6 espèce d’arbres par hectare en moyenne).

Pacifique : et chacun de se distinguer avec force pour affirmer son identité, il en va ainsi de chaque ethnie, de chaque tribu, de chaque ile. Sitôt perçue comme différente, sitôt donnée un nom : chaque ile en Polynésie se distingue par son nom.  Sauf à Pâques où l’isolement total dispensa les Pascuans de nommer leur ile, puisqu’il n’en avait jamais vu d’autres

Il faut imaginer les problèmes de coexistence d’une population dense sur un territoire réduit. Les poissons, les rats sont d’autant plus agressifs entre eux que leur territoire est plus limité.

Bref, en ce qui concerne les climats, l’idée qu’on s’en fait évolue plus vite qu’ils n’évoluent eux-mêmes, et que l’effet de mode est au moins aussi fort que l’effet de serre ! Il y a dix ans – 1980 – il fallait dire refroidissement. Aujourd’hui il faut dire réchauffement.

En l’absence d’atmosphère, la température moyenne de la terre ne serait que de -18°, au lieu de 15° actuellement.

Or Lovelock note que depuis 10 ans la densité des algues dans l’océan Pacifique a fortement augmenté : serait-ce une régulation spontanée visant à fixer le gaz carbonique ? Et ces algues dégagent en outre de l’anhydride sulfureux, gaz nécessaire a la formation des nuages (qui diminue la tendance au réchauffement en renvoyant la lumière)

1972 ratifications de CITES (convention sur le commerce des especes sauvage menacées d’extinction). 100 pays en 1990. (183 en 2018)

Le jeu simultané d’une crise climatique de grande ampleur et d’une démographie galopante a déclenché la plus important catastrophe écologique de notre siècle, non seulement au sud du Sahara (Sahel), mais aussi dans toutes les zones arides du globe.

La Mésopotamie faisait vivre 25 millions d’habitants or l’Irak actuel est une des régions du monde où le rendement à l’hectare est le plus misérable. La  Mésopotamie est morte de la salinisation des sols après 2000 ans d’irrigation continue.

Avant 1955, la forêt était habitée et entretenue, les incendies étaient rarissimes. Aujourd’hui les incendies sont mille fois plus nombreux. Ces métiers disparus (scieurs, bucherons, charbonniers, récolteurs, cultivateurs sur clairières, bergers) du au dépeuplement des campagnes et les habitants des montagnes qui se chauffaient avec le bois mort ramassé en été. Les chèvres et les moutons maintenaient les sous-bois dans un état de propreté qui interdisaient aux feux de se transformer en incendies.

Seriously Curious – The Economist – 2018

Image result for seriously curious

Why swedes overpay their taxes: a bizarre result of negative interest rates. As central bank kept rates below 0%, in an efforts to avoid deflation, and government promised to pay a positive interest (0.56%) for any funds that had been overpaid in tax, individual and companies are better off storing their savings in the form of overpaid tax.

Why Chinese born in years of the dragon are more successful: they are 11% more likely to go to university than others. The reason: their parents believe in them more: they spend more money and more time educating them, speak to the teacher and give less chore around the house. When these factors are controlled for, the academic edge of dragon children disappear.

Why food packaging is good for the environment: wrapping meat extent its lifespan, from 2-4 days to 5-8 days. Less meat is marked down or thrown out.  As meat is costly in terms of cash and resources, reducing waste is a plus for the environment, even if resources to produce the packaging are considered (as it represent 1/3 to max ½ of the saving from less waste).

The easiest way to get rich in America is by being born to rich parents. The second is to find a rich spouse. The third is to get into a top college.

How China reduced air pollution 2013-2018:  nationwide cap on coal use were imposed, banning of new coal burning capacity, installation of filters. Those measures were outright bans on polluting activities, rather than incentives to clean up production (though prices or taxes). There were output control on steel and aluminum smelters, they mothballed construction projects to reduce smog from dement production and diesel trucks. New environment protection agency was created, with tough enforcement powers. It worked well in China 1st because many polluters are state owned, so more easily controlled. 2nd with coal being so important, China can focus reducing its use only (unlike in places for pollution sources are more varied). 3rd, the economy moved from heavy industry to services (thus with lower emissions). 4th pollution was reduced overall, and shifted from north to south china (which saw emission increased as a result of polluting industries moving there).

Why forest are spreading in the rich world: 28 to 37% forest cover in Spain from 1990 to 2017; America, Australia going up. Ireland went from 1% in 1922 to 11% today. 2 reasons: the abandonment of farmland and government subsidies (notably to promote carbon sinks)

Nouveau tour du monde d’un écologiste – Jean Marie Pelt – 2005

Image result for jean marie pelt 2005

Ces cactacées à allure d’agaves vivent précisément parmi les agaves.  Par quel étrange phénomène les habitants de ces milieux ont-ils adopté exactement la même allure, le même port végétatif ?  Des convergences de ce genre ont été observées en différentes parties du globe. Difficile d’y voir une adaptation particulière aux contraintes spécifiques du milieu, car ces plantes occupent des habitats très divers. Nous avons aussi affaire ici à des espèces très différentes bien incapables de se croiser. Les transferts de gènes d’une espèce à une autre sont connus des biologistes qui qualifient ces gènes de transposons. Ceux-ci se serait accrochés à des virus qui auraient eux-mêmes été véhiculés par un quelconque vecteur – champignons, nématodes etc.

La biomasse totale de la matière organique vivante et morte s’élèvent à 392 tonnes à l’hectare  dans la forêt tempérée de Meathop Wood (140t d’arbres, 1.5t d’herbes, 3kg d’animaux, 454kg de champignon, 35kg de lombrics et animaux de sol, 5.2t de bois tombé et 240 de matière organique mortes du sol. La biomasse est supérieure dans les forêts tropicales (450t).  La productivité primaire est de 13t/an/hectare (production de biomasse du la photosynthèse), l’accroissement net (hors chute de feuilles et rameaux) est de 8t/an/hectare.  Dans les forêts tropicales, cet accroissement est de 26t/an/hectare. Dans les forêts, la biomasse au-dessus du sol et très supérieure à la biomasse qui s’y trouve enfouie (75-25%). Dans les prairies en revanche, 80% de la biomasse totale est sous le sol. Le réseau de racines y est si dense qu’il interdit l’installation d’autre végétaux, notamment arbustifs. La biomasse totale de la prairie normande est de 18.5t. La productivité primaire est  de 17t/an/hectare (la prairie se renouvelle donc chaque année)

Les Grandes Plaines connurent 32 tempêtes en 1934, 68 en 1936, 72 en 1937. Les températures dépassaient les 40° en été, soit une sécheresse mortelle pour les plantes sauvages ou cultivées. Les Etats Unis durent, grenier à céréales du monde, durent importer du blé tandis que la catastrophe déclenchait un véritable exode vers la Californie – exode que John Steinbeck mit en scène dans les raisins de la colère.

La végétation évolue par paliers, chacun étant provisoire, jusqu’à ce que soit enfin atteint un équilibre final entre le sol, le climat et la végétation – autrement dit le climax.

Platon écrivait déjà au siècle de Péricles (494-424BC) que « notre terre est demeurée par rapport à celle de jadis comme le squelette d’un corps décharné par la maladie ». 1835  Lamartine enchainait en déplorant que « cette terre de Grèce n’est plus que le linceul d’un peuple ; cela ressemble à un vieux sépulcre…dont les pierres sont dispersées et brunies par les siècles ». Plus trace, donc, de l’abondante végétation méditerranéenne qui couvrait peut-être encore la Grèce il y a trois millénaires.

La déforestation des forets du Liban était quasi consommée à l’arrivée des romains…Hadrien fit graver en l’an 125 de notre ère sur le rocher du Liban l’ordre de ne plus couper de cèdres, les quelques arbres restants devant être considérés comme appartenant au domaine impérial : ils devenaient par la même intouchables.

Les ouragans sont aujourd’hui plus fréquents et plus intenses. Depuis 1995 de 10 à 14 par an en moyenne dans cette région du monde (Caraïbes). Haïti = 278 people/km2  (394 in 2017) et son augmentation annuelle est de 2.3%  (1.2% in 2017). Il y a aujourd’hui seulement 1.5% (3.7% in 2016) des forêts tropicales qui la recouvraient jadis. 70% (42% in 2017) de la population vit sans eau potable, 85% (52% in 2016) sont analphabètes, espérance de vie de 49ans (61 in 2018) pour les hommes et 56 (65 in 2018) pour les femmes, mortalité infantile de 7% (??) ) (2.5% in 2017, le taux le plus élevé des Amériques)

 

Nauru : population de 12,570 (13,600 en 2017). Exploitation de phosphate. Une telle situation a connu précédent avec l’ilot de Banaba, complètement ravagé lui aussi par l’exploitation de ses phosphates, dont les habitants s’expatrièrent dans l’archipel des samoans.

L’entraide, l’autre loi de la jungle – Pablo Servigne, Gauthier Chapelle – 2018

 

Image result for pablo servigne gauthier chapelle l'entraideImage result for gauthier chapelle l'entraide

 

 

Ces arbres entrent en compétition lorsque les conditions de vie sont bonnes, mais s’entraident lorsqu’elles se durcissent (froid, vent, pauvreté des sols). Jusque-là, on n’avait vu que la moitié du tableau.

Une espèce d’anémone de mer passe sa vie sur le dos d’un escargot dans ce qui s’apparente a un mutualisme obligatoire, puisqu’aucune des deux espèces n’a jamais été observé sans son partenaire. L’escargot s’est même permis le luxe de s’épargner de l’énergie en confectionnant une coquille particulièrement fine. Oser se transformer au contact de l’autre pour rester vivant ensemble, il y a la une véritable leçon de lâcher-prise.

Un quart des espèces de pucerons décrites (1000 sur 4000) sont domestiqué par des fourmis. Un nombre significatif ne peuvent plus vivre sans leurs fourmis bergères. La domestication a commencé il y a 30 millions d’année. 330 espèces de thermites – sur 2600 décrites – cultivent des champignons. Les plantes sont pollinisées par les insectes, les éléphants sont responsables de la dissémination de 37 espèces d’arbres, dont 30 pour lesquels il est le seul disperseur connu. 19,000 espèces de plantes ont développé des nodules racinaires qui abritent des bactéries du genre rhizobium, fixatrice d’azote. En plus des plantes, les bactéries sont devenues indispensables aux animaux, pour la fonction digestive.

Kropotkine s’oppose frontalement a l’idée que la nature est une guerre permanente de tous contre tous (Locke, Hobbes).  Pour lui, la principale loi naturelle est l’entraide.

Le gène égoïste (R.Dawkins, 1975) postule que les organismes ne sont en fait que des robots manipulés par leurs gènes, dont l’unique but serait de perpétuer. L’entraide ne serait rien d’autre qu’un de ces comportements manipulateurs de nos gènes pour améliorer leur succès reproducteur.  C’est le début de la sociobiologie génétique (qui durera 40 ans).  La prédiction est que plus des individus sont proches génétiquement, plus ils s’entraideront. Cette théorie donne des arguments a ceux pensent que l’altruisme doit être corrélé a la proximité génétique, justifiant le racisme et les idéologies de la nouvelle droite. A gauche on s’en prend au déterminisme biologique que la théorie implique.

En 2001, 3 chercheurs ont organisé des expériences de psychologie sociale dans 23 villes pour mesurer les comportements d’aide spontanée en situation de non-urgence. Les résultats sont clairs : l’entraide est fréquente, partout.  Le taux d’aide s’est montré constant et homogène dans chaque ville, suggérant que chacune avait sa propre culture de l’entraide. Mais les résultats d’une culture a l’autre sont variables : ils vont de 40% de comportement prosociaux a Kuala Lumpur a 93% a Rio de Janeiro. Ces résultats dépendent de 2 facteurs : la culture latine (très généreuse) et la productivité économique de la ville (plus de pouvoir d’achat, moins d’aide).

En cas de catastrophe, les comportements de paniques sont si rares que les chercheurs ont même abandonné les concepts de « panique ». Les représentations de foules irrationnelles hurlant et courant en tout sens des histoires qu’on se raconte ou qu’on voit au cinéma (les pillages de la Nouvelles Orleans en 2005 n’ont pas existé alors que l’entraide était partout présente. En cas de catastrophe, tout semble montrer que les gens gardent leur sang froid et coopèrent.

Une série d’expériences a montré que plus les gens sont forcés a être spontanés, plus ils ont montré des comportements prosociaux (les comportements héroïques viennent de la…).  La raison quant a elle permettrait de tempérer cette tendance en faisant des choix personnellement plus avantageux, plus égoïstes.

L’épigénétique : interaction permanente entre les gènes et l’environnement. Le rôle des gènes est de mettre en place un répertoire des possibles pour le futur organisme. L’expression des gènes est alors enclenchée ou inhibée par l’environnement (la larve devient reine si ses congénères lui donne de la gelée royale, mais ouvrière si elle est soumise a un régime normal). L’épigénétique a montré que cette activation/mise en veille par l’environnement est héritable. Les jeunes hérites en partie des réactions de leurs ancêtres a leur environnement.  Concernant l’entraide, une équipe comparant 1300 vrais et faux jumeaux a pu chiffrer l’influence du facteur génétique et l’influence du facteur environnementale : chez les vrais jumeaux, de 10 a 30% vient des gènes, le reste provient de l’environnement. Les interactions que nous avons avec les autres ont la capacités d’activer ou de désactiver certaines parties de notre génome, sans cesse, a chaque naissance. Voila comment la culture s’imprime dans notre biologie, de génération en génération. Les caractères acquis par les parents au cours de leur existence font partie de ce que l’on nomme, de manière ambiguë, l’hérédité. Ainsi un bagage génétique sensible a la sociabilité s’épanouira dans un environnement social, et fera de nous des  êtres sociaux.

  1. Khaneman et A. Tversky : nous possédons deux modes cognitifs : le mode routine, spontané et émotionnelle (système 1) ; le mode de pensée rationnelle qui demande des efforts (système 2). Lorsque nous apprenons, nous sommes dans le système 2 et nous devenons progressivement plus consciemment compétents. A force de répétition, le cerveau bascule en système 1 ou tout s’automatise, devient plus relax, inconsciemment compétent.

En 2002, des chercheurs ont observé que les aires du cerveau impliqué dans la récompense s’activaient lorsque la personne en face coopérait (a un jeu économique) avec le sujet. Ces mêmes aires sont activées par la vue de comportement équitable ou par l’engagement dans un don.  L’entraide et la générosité non seulement font du bien au moral, mais contribuent a l’augmentation du sentiment de bonheur !

L’intérêt des formations militaires est de mettre en place un système 1 qui fasse ressortir l’agression et la violence. C’est  l’une des choses les plus difficile a faire car cela s’oppose a notre tendance a la sympathie et l’empathie. La plus puissante raison qui poussent les soldats a risquer leur vie sur les champs de batailles est la solidarité qu’ils ressentent pour leurs camarades (ce n’est pas la pulsion violente.

Marcel Mauss (1872-1950) explique que le don est commun a toutes les sociétés. Il explique que le don est suivi d’un contre don : il crée chez l’autre une obligation de réciprocité, celle de rendre. Aider quelqu’un provoque le désir de retourner la faveur.  Il libère la personne de son obligation, mais il ne l’annule pas complètement et le transmet a son tour. ‘donner-recevoir-rendre’ génère un état de dépendance réciproque qui prolonge le lien social dans le temps : voila pourquoi l’entraide est si répandu : elle se multiplie par ricochet, créant une culture de l’entraide.

Si la réciprocité est ancré en nous c’est probablement parce qu’elle s’appuie sur les neurones miroirs. Ces derniers permettent d’entrer en résonance affective avec les sentiments d’autrui. Ce lien s’appelle l’empathie. Selon De Waal c’est une capacité propre aux mammifères qui se serait développé a partir des soins parentaux et l’attachement qui lie un nouveau-né a ses parents. Mais ce n’est pas uniquement lié aux neurones miroirs : l’empathie se construit en plusieurs étapes au cours du développement (fait intervenir la mémoire etc.).

L’ocytocine ne serait donc pas une hormone de l’amour universel, mais plutôt une hormone de l’attachement envers ceux que l’on considère comme nos semblables. Les expériences ont montré que l’hormone favorise la préférence intra-groupe pour des sujets en mode intuitif (système 1) mais que l’effet est inverse pour les sujets en mode réflexif (système 2).

Les groupes réagissent comme les individus : ils ont besoin de partager un sentiment de sécurité, de confiance et d’égalité/équité, d’assurer la stabilité de la réciprocité.

Aujourd’hui nos sociétés fonctionnent sur la logique des bénéfices individuels (privés) et des couts collectifs (publics). Pour lutter contre le réchauffement, on compte sur l’exact inverse : des couts individuels (pour chaque état ou citoyen) et des bénéfices globaux (stabilisation du climat). Et l’on s’étonne que cela ne fonctionne pas.

En 2011, des expériences de jeux économiques ont pu montrer que le taux de coopération s’effondrait lorsque  les niveaux d’inégalités étaient élevés entre les participants et lorsque le risque de souffrir du changement climatique était réservé au plus pauvres (car les riches se sentent moins concerné et ont un degré de résilience plus élevé). C’est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons. Et les chercheurs de conclure qu’il ne faut pas fonder nos espoirs sur l’altruisme ou même une maitrise de nos comportements : une forme de contrainte est nécessaire pour stabiliser la coopération. Pour qu’une coopération émerge il faut un récit commun, intégrer les générations futures, réduire les inégalités notamment. Mais il faut aussi renforcer la réciprocité par des contraintes (punitions) et des récompenses, mais aussi rendre visibles les mécanismes de réputation (par exemple rendre public les montants payés et mieux informer sur les risques, les enjeux et menace.

Yuval Harari : légendes, mythes, religions….c’est la fiction qui nous a permis d’imaginer des choses, mais aussi de le faire collectivement. C’est le langage symbolique qui nous a permis de coopérer en très grand groupe, de souder les groupes, de créer un récit commun et développer l’entraide dans le temps (intergénérationnel) et l’espace (communication, livres…).  Le rythme de l’évolution culturelle est devenu beaucoup plus rapide que celui de l’évolution biologique. Cela a aussi permis l’invention de normes sociales et d’institutions. Des lors, les groupes avec normes  surpassent les groupes sans normes ou avec des normes anti-sociales.

Le long apprentissage des enfants leur permet d’absorber la complexité des codes culturels. La maturation après la naissance, au contact des parents (père, mère, grand parents, etc.) et du groupe, marque profondément notre cerveau. Cela aurait conduit  les humais a des adaptations qui les ont rendu plus aptes a décoder les états mentaux d’autrui et distinguer ceux susceptible de les aider ou de leur nuire. Notre fragilité a la naissance pourrait être a l’origine de nos talents pour les interactions sociales.

Les zones de la motricité est plus développe dans le cerveau des singes que chez l’homme.  Les zones lies à la mémoire, le planification, l’évaluation des émotions restent très actives chez les humains. La comparaison des régions corticales du cerveau montre les humains adultes sont semblables aux jeunes chimpanzés : les parties démesurées chez l’humain sont des parties ‘infantiles’ dont le développement ne s’est pas arrêté et qui créent des réseaux de neurones beaucoup plus complexes. En contrepartie, la suroxygénation de ces aires nous expose a des maladies dégénératives typiques des humains (Alzheimer…)

  1. Wilson : L’égoïsme supplante l’altruisme au sein des individus. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Le reste n’est que commentaire.

En 2002, sur 11 sites (sur la planète) ou l’on trouvait des gradients de conditions environnementales faciles/difficiles,  les chercheurs ont observé de la compétition aux endroits ou il fait bon vivre (9 sur 11) et de la coopération dans ceux ou les conditions sont difficiles (11 sur 11).  Pour les thermites, l’hypothèse est que des conditions de vie trop sèche aurait rendu nécessaire la vie en groupe soudes et protégés dans un nid souterrain.

Les arbres du genre acacia fournissent gite et couvert aux fourmis en échange d’une protection contre tout organisme qui tenterait de manger ces feuilles.  Le problème est que les fourmis repoussent aussi les insectes polinisateurs. Les chercheurs ont remarque que les fleurs d’acacia secrétaient des parfums imitant les phéromones d’alarme des fourmis pour les en éloigner.

En 1997, une chercheuse canadienne a mis en évidence que des arbres plus âgés transféraient des sucres a leur plus jeunes voisins de manière souterraine, via le mycélium. Plus expose, les arbres matures obtiennent un surplus d’énergie qu’ils reversent aux jeunes pour leur permettre de croitre dans l’ombre. Des recherches ont montré que les grands arbres reconnaissent leur propres rejetons et leur accorde plus de ressources qu’a leur voisins plus éloignés génétiquement (mais de la même espèce). Ce transfert de nutriments a lieu aussi entre arbres d’espèce différente.

Dans une colonie d’insectes sociaux, il est fréquent que l’on se divise le travail : certains sont spécialisés dans la reproduction,  d’autres la défense, d’autres la construction. Ces individus ne sont plus capables de survivre en dehors de la société. La colonie devient autonome et indivisible : c’est l’ensemble du groupe qui est sélectionné par l’évolution et non plus un individu seul.

90% des espèces de plantes a fleurs sont associées a des champignons (mycorrhyzes) au niveau des racines. Cette association a simplement permis l’expansion de presque toutes les plantes a partir des algues d’eau douces il y a 460 millions d’années.

Trois symbioses sont à l’ origine de la vie. La symbiose virus-bactérie-archée a donne la cellule a noyau. Par endosymbiose avec les ancêtres des bactériens des mitochondries, les cellules ont eu la faculté de respirer. Algues et plantes sont apparu par l’endosymbiose conclue avec les bactéries cyanophycées devenue chloroplastes.

Vie et mort des civilisations : par le passé, un monde hostile et pauvre a fait émerger une culture de l’entraide, cette culture a changé le rapport au monde, favorisant l’innovation et la création d’abondance. Ce monde d’abondance a fini par créer une culture de l’égoïsme qui engendra un monde hostile et pauvre (exploitation irrationnelle des ressources). Le problème n’est pas de vivre dans un monde de pénurie, mais d’y entrer  avec une culture de l’égoïsme.

Le développement des dynamiques d’évolution culturelle semble avoir récemment (depuis 70,000 ans) inhibé l’influence des facteurs génétiques dans l’apparition de l’entraide humaine.

Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux – Frans De Waal (2017)

Related image

La perspective d’une récompense n’avait rien à voir (avec le comportement du chat). La présence d’une personne amicale était le seul élément nécessaire pour provoquer le frottement de flanc, qui est le geste de tous les félins pour dire bonjour et faire la cour.

Les grands singes et les humains n’ont pas eu assez de temps pour produire indépendamment des comportements d’une ressemblance frappante, comme s’embrasser sur la bouche ou respirer bruyamment quand on les chatouille. [Il y a là] des connections évolutives évidentes.

Je n’étais pas convaincu que le comportement animal put être réduit à une histoire d’incitations. Cette théorie présentait les animaux comme passifs, alors que je les voyais chercher, vouloir et lutter. Les behavioristes ont complètement occultés les inclinations propres aux espèces (le lapin ne rapportera jamais une balle, peu importe le nombre de balles que vous lui jetterez).

Les mouettes tridactyles nichent sur d’étroites aspérités des parois de falaise pour dissuader les prédateurs. Ces oiseaux lancent rarement des cris d’alarmes et ne défendent pas leur nid – ce n’est pas nécessaire. Le plus étonnant est qu’elles ne reconnaissent pas leurs petits et ne font pas la différence avec un étranger : les oisillons normalement ne peuvent pas bouger du nid. En revanche, les mouettes qui nichent au sol, et dont les oisillons circulent aux alentours après l’éclosion, reconnaissent leurs petits en quelques jours et n’hésitent pas à expulser les intrus.

Chez les espèces de rongeurs a promiscuité sexuelle, les males s’orientent plus facilement dans les labyrinthes que les femelles, alors que chez les rongeurs monogames il n’y a aucune différence entre les sexes (car les mâles et les femelles occupent le même territoire et ont acquis le même talent pour apprendre à se repérer dans l’espace).

De nombreux laboratoires maintiennent leurs animaux à 85% de leur poids normal pour être certain qu’ils seront motivés par la nourriture. Il est curieux de supposer qu’un estomac vide favorise l’apprentissage.

Puisque la musculature faciale des hommes et des chimpanzés est pratiquement identique, le rire, le sourire et la moue des deux espèces doivent surement remonter à un ancêtre commun. La compréhension de ce parallèle en anatomie et comportement a été un grand pas en avant.

Je n’ai rien contre l’anecdote mais je la considère toujours comme un point de départ pour la recherche, jamais comme un aboutissement.  « Le pluriel d’anecdote n’est pas données »

Hans le malin – un cheval qui semblait savoir compter mais qui en réalité était sensible aux signaux que son propriétaire lui envoyait sans intention (notamment la position du chapeau de son propriétaire qui relevait la tête lorsque le cheval atteignait le chiffre voulu).

Le lavage des patates douces par de macaques japonais a été la première preuve de culture animale. Au départ la tradition de lavage s’est diffusée chez les singes du même âge, mais aujourd’hui elle se transmet d’une génération à l’autre, de mère à enfant.

Je ne peux que m’étonner, je le répète, du décalage entre conviction et expertise.

Les chimpanzés tentent de comprendre l’ordre des évènements : ils cherchent une logique fondée sur la façon dont ils pensent que le monde fonctionne, ils remplissent les blancs (lorsqu’ils participent à une expérimentation dont une partie ne leur est pas accessible).

Il n’est pas rare qu’une dispute d’enfants dégénère en conflit d’adultes. Les deux mères se toisaient nerveusement tout en observant la scène. L’une d’elle a remarqué la femelle alpha assoupi non loin de là et est allé lui tapoter le flanc. La mère lui a montré la querelle en balançant le bras dans cette direction. Mama a fait un pas en avant avec un grondement menaçant. Son autorité était telle que les jeunes se sont tus. La mère avait trouvé une solution rapide et efficace à son problème.

L’altruisme chez les chimpanzés : de jeunes femelles vont chercher de l’eau ou des fruits pour une femelle plus âgée.

La reconnaissance des visages, a conclu la science, est une compétence cognitive spécialisée des primates. Ensuite on à découvert la reconnaissance des visages chez les corbeaux, les moutons et même les guêpes (les guêpes qui vivent dans des colonies hiérarchiques reconnaissent les marques faciales des individus – celles dont la vie sociale est moins différenciée ne possèdent la reconnaissance des visages – la cognition dépend de l’écologie)

Lorenz était tellement persuadé de l’aptitude à la rancune des corbeaux qu’il se déguisait chaque fois qu’il devait capturer et baguer ses choucas. De toute évidence ils sont capables de différencier les individus.

Les scientifiques ont situé l’aptitude des moutons à reconnaitre les visages au même niveau que celle des primates, et jugé qu’un troupeau soit en fait très différencié. Mêler des troupeaux, comme on le fait parfois, doit causer plus de stress que nous le pensions.

La science de l’évolution distingue l’homologie (les traits dérivés d’un ancêtre commun dans deux espèces – la main et l’aile de la chauve-souris) et l’analogie (les traits similaires que l’évolution fait apparaitre indépendamment dans les deux espèces – l’aile de la chauve-souris et celle de la libellule). La sensibilité aux visages est apparue indépendamment chez les guêpes et chez les primates (deux espèces dont les cerveaux diffèrent fondamentalement, celui de la guêpe étant constitué de minuscules ganglions nerveux).

Pour se servir de leurs outils, les chimpanzés doivent anticiper et planifier plusieurs étapes, ce qui correspond au type d’organisation des activités souvent soulignées chez nos ancêtres humains. Les outils peuvent paraitre primitifs (pierres et bâtons) mais l’usage qu’ils en font est extrêmement avancé. Les chimpanzés sauvages utilisent 15 à 25 outils différents par communautés (bâton pointu pour chasser, ouverture de noix avec pierre, bâton collecteur pour récupérer le miel, cuillères en écorce pour ramasser le miel…). L’usage d’outils existe chez les bonobos, le gorille ou l’orang-outan mais les observations sont rares : il n’est courant que chez les chimpanzés.

On a mené des fouilles sur un site de technologie lithique de percussion en Côte d’Ivoire : il est certain que les chimpanzés cassent de noix depuis au moins 4000 ans. Cette découverte avait abouti à l’idée d’une culture lithique commune aux humains et grands singes…mais on a découvert la même pratique chez les singes capucins (séparé de l’ordre des primates il y a 30 ou 40M d’année). Un cas possible d’analogie…

Sur l’ile de Piak Nam Yai, au large des côtes thaïlandaises, Michael Gumert a trouvé une population entière de macaques à longue queue utilisant des outils de pierre pour écraser les huitres et déloger les coquillages des rochers.

Les corbeaux de Nouvelle-Calédonie modifient spontanément des branches pour obtenir un petit crochet en bois permettant de pêcher les larves dans les fissures des arbres.

Confirmant le dicton « la nécessité est mère de l’invention » ainsi que l’histoire d’Esope, les corbeaux ont réussi le test du ver flottant en élevant le niveau de l’eau dans le tube grâce à des cailloux.

Taylor  essaie des tests comportant des étapes encore plus nombreuses, et les corbeaux relèvent le défi (et ils font infiniment mieux que les singes qui ont du mal avec les taches à étapes multiples).

Il est aujourd’hui admis que le langage n’est pas la matière de la pensée, même s’il assiste la réflexion humaine en lui offrant des catégories et des concepts. Mais nous n’avons vraiment besoin du langage pour penser (les enfants préverbaux pensent…)

La communication animal n’est ni symbolique, ni infiniment flexible comme le langage. Elle reste presque entièrement dans l’ici et maintenant. Un chimpanzé peut détecter des émotions dans une situation précise mais il ne peut pas communiquer la moindre information sur des évènements décalés dans l’espace ou dans le temps. Un chimpanzé n’a aucun moyen d’expliquer après coup comment il a été blessé.  Si son agresseur passe par là et qu’il lui hurle dessus, les autres pourront déduire le lien entre son comportement et la blessure, mais ce n’est possible qu’en présence du rival.

On a fait récemment une découverte : les expérimentateurs masculins – pas les femmes – stressent tellement les souris que cela influe sur leurs réactions. Mettre dans la pièce un t-shirt porté par un homme produit le même effet, ce qui suggère l’importance de l’odorat.  Les détails méthodologiques sont beaucoup plus importants que nous ne voulons l’admettre.

Lolita (une chimpanzé) a montré qu’elle comprenait que je trouverais son nouveau-né plus intéressant de face que de dos. Adopter la perspective visuelle de quelqu’un d’autre, c’est faire un pas de géant dans l’évolution sociale.

Cultures animales : lavage de patates douces chez les macaques, cassage de noix chez les chimpanzés,  chasse au filet de bulles chez les baleines à bosses.

Une femelle chimpanzé a été la première à s’introduire un brin d’herbe dans l’oreille, le laissant dépasser quand elle circulait et toilettait les autres. Au fils des ans, d’autres chimpanzés ont suivi son exemple, et plusieurs ont adopté le même nouveau look. Les modes vont et viennent chez les chimpanzés comme chez les humains. Selon moi, l’apprentissage social des primates prend racine dans un désir d’appartenance, un conformisme qui nait du désir d’agir comme les autres et d’être parfaitement intégré.

Cela exige de voir dans la cognition un phénomène biologique comme un autre. Si ces caractéristiques de base dérivent  graduellement de la descendance avec modification, toute idée de bond, de frontière et d’étincelle est exclue.

Le principe de base est un paradoxe : la force est une faiblesse. L’acteur le plus puissant est le moins attractif pour une alliance politique, car il n’a pas vraiment besoin des autres. Il estime que leur soutien va de soi et les traite sans égards.

D’une chimpanzé qui aide sa partenaire : pourquoi a-t-elle travaillé si dure pour un objectif qui l’intéresse si peu ? la réponse est vraisemblablement la réciprocité. Ces deux chimpanzés se connaissent, il est probable qu’elles vivent ensemble, donc chaque coup de main donné sera surement rendu. Elles sont amies, et les amies s’entraident.

Les chimpanzés sont très coopératifs. Ils n’ont pas le moindre problème à réguler ni à atténuer les différends pour mener un effort commun et en partager les fruits.

Nous postulons que les animaux ne regardent pas simplement ce qu’ils obtiennent, mais le compare aussi avec ce qu’obtient leur partenaire. L’inégalité les préoccupe. S’il recevait des concombres, le singe faisait une scène terrible dès qu’il remarquait que son compagnon obtenait du raisin. Pourtant un dollar c’est toujours mieux que pas de dollar du tout. Nous n’en sommes pas convaincus qu’une réaction de ce genre soit irrationnelle, puisqu’elle cherche à égaliser les résultats, et que c’est le seul moyen de pérenniser la coopération.  Les grands singes vont mêmes plus loin : ils ne sont pas d’accord quand ils obtiennent moins que l’autre, mais aussi quand ils obtiennent plus. Cela nous rapproche  du sens humain de la justice.

Chez les écureuils, ce qui déclenche le stockage, ce sont les jours qui raccourcissent et la présence des noix, que les animaux sachent ou non ce qu’est l’hiver. La planification des grands singes s’ajuste aux circonstances et s’exprime en souplesse de multiples façons.

Les pieuvres ont une très bonne vue mais elles se fient rarement à ce sens pour chasser. Elles utilisent le toucher et les informations chimiques, et sans ces indices elles ne peuvent reconnaitre leur proie. [Alors qu’elle ne touchera le bocal même s’il y a une proie à l’intérieur,] dès que l’extérieur du bocal a été couvert de mucus de hareng, la pieuvre est entrée en action et l’a manipulé jusqu’à l’ouverture du couvercle.  Une fois ces talents développés, c’est devenu une opération de routine.

Vers une sobriété heureuse – Pierre Rabhi – 2010

 

Image result for pierre rabhi

1960 – « la France s’ennuie » lisait-on parfois dans la presse. Contrairement à aujourd’hui la jeunesse avait un avenir assuré. Elle ressentait néanmoins un étrange malaise, comme si les excès de l’avoir abolissaient les besoins de l’être, la société de consommation créant simultanément besoins et frustrations.

Cette jeunesse pressentait la confiscation de sa propre créativité par une société matériellement trop sécurisante, et pétrifiée dans un fait accompli à caractère, semblait-il, irréversible.  Cette jeunesse aspirait probablement à un destin auquel le risque, l’inconnu donne sens et saveur.

La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir.

Appartenir à une terre est un impératif vital pour tous les peuples.

Aujourd’hui, à la culture vivante s’est substitué l’encyclopédisme, un amas de connaissances et d’information dignes des jeux télévisés, qui ne construisent rien d’autre que des abstractions, et ne procurent pas une identité culturelle originale, reliée à quoique ce soit de pérenne. Tous est de plus en plus provisoire et éphémère au cœur d’une frénésie en évolution exponentielle.

Mais les acquis positifs (de la modernité), au lieu de venir enrichir les acquis antérieurs, en ont fait table rase, comme si le génie de l’humanité n’avaient été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition. C’est à cette arrogance totalitaire que nous devons l’uniformisation et la standardisation du monde d’un pôle à l’autre.

La modernité semble percevoir la réalité d’une manière fragmentée et mécaniste, appelant à une prolifération de spécialistes, ce qui est contraire à la vision unitaire et interdépendante qui est celle de l’écologie.

La liste serait longue de tous les superflus qui ont précipité l’histoire dans les pires convulsions, au détriment du nécessaire.

L’anthropologie a considérablement progressé dans le déchiffrage du phénomène humain, mais beaucoup reste à faire. [Il rejette pourtant l’approche ‘fragmentée des spécialistes’ ci-dessus]

Mais il est impératif d’œuvrer pour que les choses évoluent vers la cohérence, et que l’incohérence ne soit plus la norme et encore moins une fatalité. Il ne faut surtout pas minimiser l’importance et la puissance des petites résolutions qui contribuent à construire le monde auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer.

Rajid Rahnema « Quand la misère chasse la pauvreté » : les mécanismes de l’immodération, qui engendre la misère. La terre, de mère nourricière devient pourvoyeuse d’argent, lequel est responsable de la destruction d’organisation sociale séculaire, et des inégalités.

Toutes les disciplines scientifiques réunies ne peuvent nous éclairer [sur le sens de la vie]. Elles ont cependant le mérité de mettre en évidence l’impossibilité pour la pensée, de nature limitée, de nous permettre l’accès à une réalité de nature illimitée. Cependant elle peut nous conduire aux rivages de l’inconnu. Elle s’apaise alors, découvre la sobriété et nous introduit à la contemplation dénuée de tout questionnement sans objet.

La vérité semble préexister à tout ce qui existe : une approximation intuitive, et sous l’aiguillon d’un doute permanent, la puissance du divin. [Rabhi est spinosant !]

Nicholas Georgescu-Roegen : la décroissance soutenable, qui produit du bonheur avec de la modération.

La société est à l’évidence de plus en plus anxiogène. Et cela va s’amplifier en même temps que le ravage de la biosphère et l’indigence dont est responsable l’avidité accrue du genre humain.

www.terre-humanisme.org