Jean Claude Guillebaud. « Le Principe d’Humanité. » Points – Septembre 2001.

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Humain, Humanité, espèce humaine…nous sentons bel et bien, là sous nos pas, que s’entrouvre une faille. Devant ce vide annoncé, nous sommes pris de vertige.  Comment promouvoir les droits de l’homme si la définition de l’homme est scientifiquement en question ? Comment jugerons-nous les crimes contres l’humanité si la définition de l’humanité elle-même devient problématique ? P18 

 

En 45-46, subitement, « l’occident a [donc] découvert avec horreur que l’on pouvait détruire une vérité plus précieuse que la vie elle-même : l’humanité de l’être humain ». Les grands témoignages de l’après-guerre renforça tragiquement notre perception de la dignité humaine. P 22

 

A l’issu du procès de Nuremberg (46-47) fut élaboré le code de Nuremberg qui entendait fixer des règles et des limites à toute expérimentation sur l’homme…il pose comme principe l’obligation formelle et révocable du consentement éclairé de l’éventuel patient. P25

 

 De telles interrogations devraient occuper la totalité de l’espace démocratique. P28

 

Ce n’est pas le marché qui est dangereux en soi, c’est son application dévastatrice à certains domaines – les biotechnologies- relevant de la volonté politique et de la régulation morale. P 40

 

Toute la question est de savoir si nous acceptons d’abandonner la définition de l’humanité aux frénésies décervelantes d’un « processus sans sujet ». Un processus par lequel le structuralisme cherchait, justement, à annoncer jadis la mort de l’homme, c’est-à-dire la disparition pure et simple du principe d’humanité. P 48

 

 « the historical roots of our ecological crisis » (Les racines historiques de notre crise écologique). P 63 :

 

En réalité, c’est la démarche scientiste cherchant à établir « scientifiquement » une ressemblance ou une différence entre l’homme et l’animal qui est erronée en tant que telle. La science n’est pas armée pour nous fournir un critère fondamental qui nous permettrait de tracer la frontière. Ou plus exactement, ce n’est pas de son ressort. P 83

 

Ce qui mérite d’être clarifié, ce n’est pas la légitimité de ces droits, c’est leur fondement. Bénéficiaire de « droits » indiscutables, l’animal en effet ne peut être sujet de droit. Ne serait-ce que parce que tout droit implique un devoir correspondant. Les animaux n’ont pas de devoir à notre endroit. […] Si les animaux ont des droits, c’est de nous, de notre propre humanité que ces droits procèdent. […] L’humanité est le seul « sujet » possible du devoir et du droit, mais non leur seul « objet » possible  (cela peut être les animaux, les biens divers etc.) P 85

 

Technologie définissante (de David Bolter) : par cette expression, il désigne les différentes technologies qui tout au long de notre histoire, ont fourni des métaphores et des images que nous avons prises durablement pour des explications. (Le potier par Platon pour la création du monde, l’horloge pour le fonctionnement de l’univers, l’informatique/l’ordinateur pour le fonctionnement du cerveau….(et au delà la programmation comme mode d’explication du réel) P 128

 

Le principe d’humanité à la Kanttroisième formulation de l’impératif catégorique’ « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ». L’homme ne peut pas être instrumentalisé, il y va de son statut et de son identité. P 131

 

Cette illusion du soi sert de base intellectuelle aux passions, qui sont essentiellement des liens entre un sujet et un objet extérieur, lequel est aussi souvent un sujet. Elle renforce le besoin qu’a l’individu de s’approprier les êtres et les choses, de les objectiver au lieu de les voir telles qu’elles sont en elles-mêmes, hors du champ étroit de ses désirs et de ses présupposés. P 230

 

L’expérience accumulée des paysans du Sud ne vaut pas comme un « droit de propriété intellectuelle », alors que le travail de quelques généticiens en blouse blanche est immédiatement brevetable. […]  Les paysans du Nord ont bénéficié du patrimoine biologique et du savoir accumulé par le Sud.  L’agriculture américaine s’est construite grâce à ces ressources génétiques importées librement du monde entier, puisque la seule espèce importante originaire d’Amérique du Nord est le tournesol. En toute logique, l’Amérique devrait se sentir tenue de rembourser sa dette génétique au reste du monde. C’est le contraire qui se passe. P 256

 

Les termes de l’analyse sont désormais connus : à mesure que s’affaiblissent les limitations morales, que disparaissent les affiliations collectives, que sont ruinés les grands systèmes de croyance, que le lien social se défait, la « sanction pénale » apparaît comme la dernière régulation possible. Elle tend donc mécaniquement à se renforcer et à s’alourdir. P277

 

Les romains ignoraient eux-mêmes que l’homme était unique, à la ressemblance de dieu. Leur polythéisme commandait nécessairement une pluralité de statuts juridiques touchant la personne humaine. (Bernard Edelman, La personne en danger, PUF 99) P 282

 

Par ce qu’à chaque étape de son développement cette révolution génétique a engendré un discours interprétatif qui ne procédait pas du savoir mais de la croyance, pour ne pas dire de la crédulité. Une véritable idéologie génétique s’est construite dans les dernières années, avec une telle force persuasive et un tel succès médiatique qu’on parvient encore mal à la distinguer des vraies connaissances scientifiques sur lesquelles elle prétend s’appuyer.   (le même discours vaut pour l’idéologie droit de l’hommiste…) P 293

 

Controverse de Valladolid : les indiens ont-ils une âme ?  Les défenseurs de l’égalité des hommes derrière St Paul et l’Epître aux Galates (qui précise que tous ceux qui sont baptisés sont tous fils de dieux). P 301

 

La vérité génétique est censée apporter une sorte de stabilité symbolique, de sécurité d’autant plus attractive qu’elle fait défaut partout ailleurs. P 303

 

 « S’il est vrai que nous reconnaissons un seul dieu créateur, corollairement, il y a une seule humanité. Par conséquent, dans le principe, le monothéisme implique la conviction et l’exigence d’un universalisme humain, concret, réel, historique… » P 484