André Malraux Une Vie – Olivier Todd – 2001 – Folio.

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 «Nous ne pouvons sentir que par comparaison, écrit-il ; quiconque connaît Andromaque ou Phèdre sentira mieux ce qu’est le génie français en lisant « Le Songe d’une nuit  d’été » qu’en lisant toutes les autres tragédies de Racine. Le génie grec sera mieux compris par l’opposition d’une statue grecque à une statue égyptienne ou asiatique, que par la connaissance de cent statues grecques. »45 : 

 

  Pour ce qui importe comme pour le train-train quotidien. Il élabore une théorie pragmatique de la vérité : le vrai. C’est ce qui m’amuse, me convient, me fait avancer.49 :

 

Quand Malraux lui déclare, comme à tant d’autres, qu’il a été «commissaire du Kuomintang de la Cochinchine au début de 1925 et pour l’indochine en juin, puis membre du Comité central de la Propagande du Kuomintang, Paulhan ne le croit pas. Paulhan aime la vérité mais accepte que certains écrivains se bâtissent une légende. Clara, qui n’apprécie guère Paulhan, entendra l’impétueux Malraux répéter que ce qu’il affirme finit par devenir vrai.132

 

Malraux affirme que «la jeunesse européenne est plus touchée par ce que le monde peut être que par ce qu’il est ». Elle ne vit pas à l’ombre de la  Grande Guerre et elle cherche des valeurs. « notre première faiblesse vient de la nécessité où nous sommes de prendre connaissance du monde grâce à une « grille » chrétienne, nous qui ne sommes plus chrétiens ».  140

 

 Le romancier se projette en Garine, « un type de héros en qui s’unissent l’aptitude à l’action, la culture et la lucidité »….Garine aime certaines abstractions plus que les êtres humains : «Je n’aime pas les hommes, je n’aime pas même les pauvres gens, le peuple, ceux en somme pour qui je vais combattre ». Il rejoint l’homme. Malraux. Alors pourquoi se bat-il donc avec le peuple ? Uniquement parce qu’ils sont les vaincus. Oui, ils ont dans l’ensemble plus de cœur, plus d’humanité que les autres ; vertu de vaincus. »143

 

 Si l’on ne fait rien, on est toujours innocent.338

 

 « Quand un communiste parle dans une assemblée, il met le poing sur la table. Quand un fasciste parle.., il met les pieds sur la table. Quand un démocrate – Américain, Anglais, Français- parle…il se gratte la nuque et se pose des questions. »372

 

« Nous, démocrates, nous croyons à tout sauf à nous-mêmes. Si un état fasciste ou communiste disposait de la force des Etats-Unis, de l’Angleterre et de la France réunis, nous en serions terrifiés. Mais comme c’est « notre » force, nous n’y croyons pas. Sachons ce que nous voulons. Ou bien disons aux fascistes : hors d’ici, sinon vous allez nous y rencontrer ! Et la même phrase le lendemain aux communistes si besoin est. »

 

« La tragédie de la mort… transforme la vie en destin… à partir d’elle, rien ne peut plus être compensé. » «Le grand intellectuel est l’homme de la nuance, du degré, de la qualité, de la vérité en soi, de la complexité. Il est par définition anti-manichéen. Or, les moyens de l’action sont manichéens parce que toute action est manichéenne. »390

 

 Exposé à travers l’Europe, le Guernica de Picasso, grande peinture épique du siècle, mal reçue par 3 critiques communistes et le gouvernement espagnol, ne contribue pas à la victoire espérée des loyalistes. Chansons et tableaux ne font pas la guerre. Ils témoignent, sans plus.391

 

 Malraux critique l’U.R.S.S. et Staline en privé, pas en public. Au cours d’un dîner, Raymond Aron lui demande de rompre avec éclat : par loyauté pour les camarades espagnols, Malraux refuse de briser là avec les communistes français. A Bernanos qui attaqua les évêques franquistes, il a dit : « Vous avez écrit la vérité contre votre parti. Moi je ne serai jamais capable d’écrire la vérité contre le PC. ». La fidélité aux hommes l’emporte sur l’évolution des idées. 422

 

 L’homme sait que le monde n’est pas à l’échelle humaine ; mais il voudrait qu’il le fût. Et lorsqu’il le reconstruit c’est à cette échelle qu’il le reconstruit.435

 

Jusqu’en 1942 au moins, beaucoup de Français voyaient en Pétain le bouclier et en de Gaulle l’épée de la France, divisée en apparence mais, au fond, unie.466

 

Il n’y a pas de reproduction fidèle, les yeux varient dans leur perception des couleurs.547

 

En 1956…l’armée populaire de libération bombarde, de temps en temps, comme par distraction, les îlots de Quemoy et Matsu qui dépendent de Taïwan. Les nationalistes répondent avec des bombinettes remplies de jouets et de bonbons.683

 

Tout homme d’État est en représentation. Le Général, à la télévision, en civil ou en uniforme, joue de Gaulle. Même le vertueux Pierre Mendès France interprète Mendès France, avec sa barbe drue qui perce le maquillage.737

 

Certains hauts fonctionnaires ayant affaire à Langlois ont été parfois cassants. Langlois les traita en philistins. Il s’est montré insupportable. Malraux ne le supportait plus et l’a remercié avec la brutalité de ceux qui doutent de la forme et du fond de leur décision.757

 

Les siècles, en s’écoulant, détachent l’objet d’art de sa fonction d’origine, et le sacralisent. «L’œuvre d’art surgit dans son temps et de son temps, mais elle devient œuvre d’art par ce qui lui échappe ».  Enjambant l’histoire, donnée qu’il se refuse à traiter, il suppose que l’œuvre d’art possède toutes les clefs pour la comprendre. La culture n’est pas de l’ordre de la connaissance mais de la révélation.818

 

Jeune et vieux, Malraux concentre avant tout son attention sur le «génie », notion qui n’est pas discutable; le génie accède à la Vérité. Définition spontanée et orale de Malraux : « Un génie, en art, c’est un homme qui crée ce qui n’avait pas d’expression avant lui ».

 

Il cherche à percer le mystère, le secret de la création qui, affirme-t-il, l’a toujours « plus intéressé que la perfection ». « Les Grecs pensaient… que la beauté est la raison unique de l’œuvre d’art. » Pour l’écrivain, c’est là une abstraction vaine.

 

«Dans sa recherche de l’insaisissable en littérature, il affirme l’impossibilité de soumettre à la raison «le problème du sens de la vie – moins problème qu’angoisse. »859

 

Chez lui, l’intuition, juste ou fausse, l’emportait sur le raisonnement. Il ne croyait pas plus à la Raison et au Progrès qu’à la lutte des classes, socialisme scientifique, ou au gaullisme des gaullistes. Mais il croyait, comme beaucoup de ses concitoyens, qu’existe un savoir supérieur, la métaphysique, englobant toutes les connaissances, découvrant l’essence de l’Homme, effleurant l’Absolu, perçant le secret de l’Art ou d’un chef-d’œuvre.872

 

Malraux : Vol de bas-relief au Cambodge pour lequel il échappe de peu à une condamnation (1923). Editeur de Indochine – feuille de choux d’Indochine pour prévenir les dérives de la colonisation (pendant 2 ans). Trafiquant d’œuvre d’art accessoirement. Fausse découverte de la capital du royaume de Saba au Yemen. Membre du parti communiste (soutient Lénine, pas Staline). Leader (spirituel au moins) de la formation Espana pendant 6 mois avec les brigades internationales. Ses premiers romans sont écris avant 1940. Entre en résistance au printemps 44 (tout en prétendant avoir résiste depuis 42 et être responsable de la résistance dans le centre de la France (lot…). Semble avoir bénéficier des détournements de l’argent de la résistance à la fin de la guerre. Dirige, effectivement cette fois, la brigade Alsace-Lorraine pour la reprise de la région fin 44-45. Rejoins De Gaulle au pouvoir en 45 pour quelques mois et lui restera fidèle jusqu’à la fin (il est la caution morale et gauchisante de De Gaulle).

 

Il sera avec De Gaulle de 58 à 69, ministre de la culture pendant 10 ans. Il est Responsable de la communication du parti RPF en utilisant des méthodes du PC. Voyage beaucoup dans le cadre de son ministère, rencontre Nixon, Kennedy, Mao, Nehru…des rencontres toujours romancées – et rallongées- par l’auteur dans ses écrits. Il est friand des rencontres avec les grands de ce monde. Effraie son administration par ces discours, propositions et engagements financiers sans fondement.

 

Il écrit les anti-mémoire (années 60) et écrits sur l’art jusqu’à sa mort en 76. N’hésite par a travestir la réalité, il est aussi décrié par les experts dans les divers domaines qu’il approche (qui le trouvent général et souvent dans l’erreur) de façon superficielles et rapides. Il à une mémoire exceptionnelle – des œuvres d’art notamment – et est capable d’établir des liens, des ponts entre des domaines culturellement séparés ou opposés.  Il écrit magnifiquement et son aura d’homme d’action/intellectuelle et politique prévient la critique la plus radicale (qui existe mais qui est difficilement publiée). Il passe pour un charlatan de première pour certains, un héros national pour d’autres.