Karen Armstrong – The battle for God – 2000

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La fondamentalisme est une forme de spiritualité prête à combattre et qui a vu le jour en réponse à la perception d’une crise. Les fondamentalistes sont en conflit avec des ennemies dont les politiques et croyances sont en conflit avec la religion elle-même. Les fondamentalistes ne voient pas cette bataille comme un combat classique mais comme une guerre cosmique entre les forces du bien et du mal. Ils craignent la destruction et fortifient leurs identités par une sélection précise des éléments de doctrines qui leur conviennent. Les fondamentalismes sont nés de peurs, d’inquiétude, de désirs. Ils semblent être des réponses déplacées à certaines difficultés de la vie courante.

 

L’age axial –700 a –200 est lorsque les sociétés deviennent agraires et que le pouvoir ne réside plus uniquement dans le chef religieux. C’est le développement du marché, l’enrichissement de certains, autres que les leaders traditionnels. Dans les cités, les peuples commencèrent à croire à  une source unique et universelle du sacré. Troublé par les injustices sociales croissantes (du fait d’une vie urbaine plus difficile), l’assistance aux pauvres et aux autres en général est apparue nécessaire. Il est raisonnable de penser que des prophètes aient pu apparaître et soutenir les vertus de la compassion, de la piété : Bouddhisme, Confucianisme, monothéisme apparaissent à cette époque.

 

Nous vivons aujourd’hui une période similaire de transition qui a commencé avec la révolution technologique puis industrielle qui enleva l’importance qu’avaient les propriétaires terriens des siècles passés et qui redistribua les modes de vie de la société. Il est normal que l’on cherche des nouvelles formes de religion.

Sur le fondamentalisme juif: 1492 avec trois évènements clés : prise de Grenade, dernier bastion Musulman en Europe, Edit d’expulsion des Juifs d’Espagne, Découverte de l’Amérique qui allait ouvrir de nouveaux horizons aux rois d’Espagne.

La chrétienté elle aussi était en train de changer, de se restructurer et de se centraliser autour de Rome : on invente le catéchisme pour unifier les croyances et les pratiques, on forme les prêtres, on centralise l’église. La religion fut capable d’utiliser la modernité (les découvertes, les voyages…) pour renforcer son pouvoir et sa vision : évangélisation de l’Inde, de la Chine, du Japon…

L’expulsion des juifs répond à la nécessité historique d’unifier l’Espagne et de constituer un état fort et centralisé. L’inquisition qui se met en place (dès 1483) pour unifier les croyances permettra de confondre les marranes (les convertis), d’exproprier les Juifs propriétaires et d’enrichir considérablement l’Etat naissant. Il y eu 13.000 morts. Certains procès furent conduits après la mort des présumés coupables permettant ainsi de saisir leurs biens.

Etrangement certains convertis réussir très bien dans la société, dans le commerce notamment et générèrent de l’animosité, de la jalousie à leur encontre de la part des chrétiens de longue date. C’est cette situation et la prise de Grenade (dont une bonne partie de la population était juive) qui motiva l’Edit d’expulsion de 1492.  130.000 juifs quittèrent l’Espagne, marquant ainsi le plus grande catastrophe depuis la Diaspora juive (après la chute du Temple de Jérusalem en 70 avant JC).  Mais petit à petit, partout en Europe les Edits se multipliaient pour se débarrasser des juifs qui migraient de plus en plus vers l’Est, s’installant bientôt en Pologne.

 

L’exil fut donc une part intégrante de la vie des juifs à cette époque.  Le judaïsme traditionnel n’ayant pas pu faire quoi que ce soit pour les juifs, beaucoup, voyant les difficultés extrêmes de leur peuple, se tournèrent vers le Messianisme (l’attente du Messie). Une nouvelle mythologie se développa notamment développée par  Issac Luria. Il réussit a intégrer l’exil du peuple juif dans l’ordre des choses du monde, redonnant un sens à la vie des juifs. Ses idées parcoururent l’Europe et s’immiscèrent dans toutes les communautés juives. Il indiquait par exemple que Dieu puisqu’il était tout, avait du se faire violence et créer en lui même un espace d’où il était absent et où il plaça le monde. Dieu voulait remplir cette création de bonté mais il ne réussi qu’a en mettre que quelques étincelles qui se retrouve de temps en temps dans la réalité du peuple. Ces particules de Dieu cherchant a se réunifier avec leur Dieu symbolise l’exil perpétuel.  La mythologie soulignait toujours quelque chose d’universelle et de fondamentale dans l’univers. N’oublions pas qu’avant l’époque moderne, les peuples étaient plus inspirés par la symbolique, l’ésotérisme, la symbolique des textes plutôt que leur lecture littérale que nous connaissons aujourd’hui. Luria eu un succès foudroyant car il répondait mythologiquement au attente des juifs de l’époque. Un regain du Lurianisme eu lieu après la Shoah car cette dernière démontrait, pour certains, que Dieu ne pouvait pas être présent dans ce monde.

De nouveau mode de prière, en solitaire, prirent forme à ce moment séparant encore les juifs de leur environnement (musulmans et chrétiens priaient en groupe). La solitude donnant le vrai sens de l’isolement et de la vulnérabilité des juifs dans le monde.

Apres l’expulsion, les juifs eurent des problèmes pour maintenir leur foi et leur pratiques rituelles, par la distance qui les séparait les uns des autres. Athéisme, l’indifférence religieuse pris forme à cette époque, notamment chez les marranes.

L’inquisition, encore un effet néfaste puisqu’il poussa les juifs à exister en cachette, libérant le potentiel imaginatif des populations contre le peuple élu : ils devinrent les chantres des complots, des sociétés secrètes etc. Généralement à tord, parfois à raison.

 

Amsterdam était le pays le plus libertaire pour les juifs : ils n’y vivaient pas dans des ghettos comme partout ailleurs en Europe. Au contraire, ils faisaient commerce et étaient intégrés à une société libérale qui leur permettait d’élargir leur univers. Spinoza, juif portugais à l’origine évolue dans ce monde et est l’un des premiers à rejeter la religion (sur base des incohérences des textes). Il conclura que Dieu était la totalité de la nature. Dieu n’était plus un objet à connaître mais le principe même de nos pensées. Il pensait qu’il fallait cultiver la connaissance intuitive: un flash de compréhension incluant toutes les informations acquises et qui était pour lui l’expérience même de Dieu : la Béatitude. L’homme est ainsi inséparable de Dieu, Dieu existe par l’homme. Il sera excommunié mais, pour la première fois, cela ne l’empêchera pas de vivre.  D’autre avant lui se suicidèrent ou vécurent dans la pauvreté car ils avaient été bannis de leur groupe.

 

Spinoza tire aussi de la Bible ses idées politiques. Il est l’un des premiers à soutenir la démocratie car pour lui Dieu et le peuple sont un et le même, la voix du peuple est donc suprême.

La ghettoïsation des juifs avait des aspects positifs, comme un gouvernement autonome, une liberté de culte total, une éducation adaptée etc. En revanche, elle privait les juifs d’un échange avec l’extérieur, d’un renouveau des idées et des textes et poussèrent les juifs à travailler sur les mêmes textes encore et encore, coupant les cheveux en quatre (hair-splitting).

 

Les juifs polonais participèrent aux conquêtes polonaises en Ukraine. Polonais et juifs furent victimes des plus grands massacres jamais perpétrés. Près de 100.000 juifs furent massacrés par les Kosacs. C’est dans ce cadre qu’apparu Shabbatai Savi qui se déclara le messie sur terre. La nouvelle parvint en un rien de temps aux confins de l’Europe et du moyen orient. Les juifs commencèrent à vendre leurs biens et faire le bien autour d’eux.  Shabbatei fut arrêté et du se convertir à l’Islam : il voulut être le lien entre les deux religions. Ses suivants furent perdu mais sa doctrine évolua en intégrant sa conversion : les juifs d’Espagne n’avaient il pas du se convertir eux aussi quelques siècles plus tôt ? Shabbatei porta un rude coup au judaisme traditionnel montrant à tous qu’il existait d’autres voix notamment vers plus de modernité.