Ce grand  cadavre à la renverse. Bernard Henri Levy (2007)

 BHL

P46: Heidegger: distinction entre les évènements naturels et historique. Des évènements historiques ont ne peut dire: “voila c’est fini, sa vie s’est déroulée, son sens s’est dégagé, il a pris l’allure qui sera désormais , et de toute éternité, la sienne.” Et c’est la raisons pour laquelle ces évènements jouent ce rôle de marqueurs d’identité.

P47: Le mot si drôle de Mao Tsé Toung qui, à la question des “leçons” qu’il tirait de “ la révolution de 1789” répondit “il est encore un peu tôt pour se prononcer sur cet évènements”.

P65: Un réflexe n’est jamais juste un réflexe; ni, encore moins, un instinct; que rien n’est plus intelligent, chargé de culture et de mémoire, qu’un bon et sûr réflexe – étant entendu que les réflexes sont des blocs de mémoire, de pensée et de savoir pétrifiés.

P81: Il ne lui resterait plus du soixante-huitisme que la philosophie du soupçon, le refus des dogmes, la contestation généralisée, la volupté du schisme et de la démystification (…)

P81. La révocation en doute des chambres à gaz, le négationnisme, le soutien à Faurisson, la rechute dans un néofascisme relooké radicalité contestataire.

P 88 J’ai sous les yeuxle poème de Victor Hugo écrit juste après l’incendie des Tuileries…Le poète fait la leçon à l’un des incendiaires. Il lui reproche ce “crime inouï” qu’est l’incendie d’un lieu de culture. Il lui remontre que ces livres qu’il a brûlés c’était le rayon de son ame, le propre flambeau qui devait le guider sur le chemin du bonheur et du progrès. Le livre est ton libérateur, ton médecin, ton guide, ton gardien. Et que croit-on que l’incendiaire lui répond? “je ne sais pas lire”…

P101 Tout le monde le savait mais c’est elle, et personne d’autre, qui aura, en position de candidate, trouvé et osé les mots pour le dire

P 116 Si la tentation totalitaire est pour une bonne part histoire ancienne cela tient a d’autres évènements qui ont précédé la chute du mur, dont celle ci n’a été que la suit logique, et qui, même s’ils sont moins souvent cités, donnent à cette conversion une nécessité, une profondeur, un ancrage dans le réel, beaucoup plus fort et , probablement, sans retour.

P 118 comme si le temps de la plus grande déraison avait été celui du cheminement vers une raison plus haute.

P124 Jusqu’au Cambodge, on pensait que, si toutes les révolutions avaient échoué, si elles avaient produit des dictatures pires que celles qu’elles avaient abolies, si elles avaient gelé, dégénéré, raté leur but, c’est qu’elles n’étaient pas allées assez loin, qu’elles avaient manqué d’élan, de puissance, de courage. (…) P130 il était indubitable que, de cette révolution-ci, on ne pourrait plus dire, si elle échouait aussi, “c’est parce qu’elle n’est pas allée assez loin…” P132 c’est la que s’établit le théorème du Cambodge: plus une révolution est radicale, plus elle est sanglante; plus elle est sérieuse, plus elle va loin dans la rigueur, et plus elle déchaîne de cataclysmes; l’utopie révolutionnaire est, en soi, par nécessité et non par accident, un rêve qui tourne au cauchemar, tend au pre et transforme les hommes en bêtes. C’est là que trouve sa source…la nouvelle philosophie.

P143 Nouvelle philosophie était le principe d’une politique qui ne voulait plus entendre parler de Coté bonne, ou de Cités des fins, advenant sur la terre. C’était le congé donné à toute idée de solution finale à la misère, au désordre, à la tragédie des hommes. C’était l’idée qu’il faut mieux se mettre d’accord sur le Mal que sur le Bien et, une fois qu’on s’est entendu sur le Mal, négocier le moindre Mal. Et c’était le choix d’une politique qui, au souci ancien de rendre le monde conforme à un idéal moral, substituerait celui de le rendre un peu plus habitable pour un plus grand nombre de gens; qui ne céderait plus, du coup, sur les petites choses, la vie, les droits ici et maintenant, les droits de l’homme et qui surtout, ne tomberait plus dans les facilités de la rhétorique radicale ou de ce que l’on appelait du temps du stalinisme encore, “la politique du pire”.  Avantage (…) à la politique conçue comme le règne de l’indétermination, de la complexité assumée des choses humaines, de la délibération, du compromis.

P 200 – Pour le libéralisme: les trois révolutions (française, anglaise, française – au départ) furent des révolutions explicitement libérales qui conçurent le libéralisme comme un instrument de lutte contre l’absolutisme..

P 200 Chavez, dont l’episcopat latino-américain lui-même note que la rhétorique antilibérale rappelle celle des régimes de type faciste ou nazie.

P203…pour aller droit à la seule scène où a su s’affûter une critique réelle, sérieuse, sans concessions ni états d’âme, de ce libéralisme devenu leur ennemi principal, et où, de Burke à Herder puis Maurras et aux idéologues fascistes et nazis, de bons ouvriers du concept, travaillent, depuis longtemps maintenant à déjouer le complot libéral.

P205 …ni Heidegger, ni Hegel, ni aucun de ces penseurs immenses dont on est obligé d’avaler les turpitudes parce que leur doctrine est incontournable et que l’on est, sans elle, condamné à penser moins bien et moins haut

P 208 Il est vrai que le concept de guerre juste pose problème. Il est vrai que, parce qu’elle disqualifie moralement l’adversaire et le rejette dans les ténèbres de la barbarie, la guerre juste ne sait pas s’auto-limiter. Et il y a la une sorte de guerre qui, contrairement aux guerres traditionnelles où l’on se battait autour, par exemple d’un territoire, sera toujours tenté par l’anéantissement de l’adversaire.

P 275 Ou bien j’avais envie d’une bonne discussion où l’on se soucierait moins de pousser son avantage que de faire avancer les choses d’aider les hommes de bonne volonté à voi un peu plus clair dans une situation qui passe, à tort, pour obscure…(…)

Toujours est-il qu’au lieu, comme devait s’y attendre Brauman, d’ouvrir effectivement le feu, au lieu d’attaquer, tonner…je commence en lui disant que son attitude est un mystère et que j’aimerai juste profiter de l’occasion pour comprendre comment un homme comme lui peut se contenter de ces considérations circonspectes sur ce qui est peut être en train de devenir le premier génocide du XXIe siècle (le Darfour).

P278 La Chine qui exécute chaque année entre 8 et 10,000 droit commun, pratique la torture à grande échelle, bâillonne l’information, interdit les syndicat libres et les partis, pratique et organise l’esclavage, ne voit d’objection ni au travail des enfants ni à la vente d’organes des prisonniers exécutés et detient toujours dans ses geôles les quelques centaines de survivants de l’insurection de Tien An Men….

P 280 je ne vais pas, en me laissant aveugler par l’émotion, les réflexes de la belle âme ou les illusions de ce que Hegel appelait “l’homme actuel” tomber dans ce piège grossier; je ne marche pas dans une mobilisation qui sous couvert de sauver les derniers darfouris, ne serait en réalité qu’un diversion dans la stratégie générale de l’Empire (i.e. Prendre parti pour les USA et sauver le Darfouris mais alors soutenir un Empire (USA) qui par ailleurs est haïssable…mieux vaut laisser mourir les Darfouris propose Brauman (selon BHL) car le prix à payer pour soutenir les USA est trop important…)

P 288 Durban où était censé se tenir un rassemblement d’ONG condamnant comme jamais l’esclavage, la faim dans le monde, le racisme, les guerres, mais où l’on entendit, surtout, l’immonde “one jew, one bullet” que lancèrent des groupes d’extrémistes de la cause palestinienne et que reprirent en coeur nombre des huit milles militants des trois mille ONGs présent à Durban.

P 290…citoyen Burundais me disant presque en larmes, que le détournement de la Conférence par les associations palestiniennes n’avaient réussi qu’à repousser aux calendes la prise de conscience du génocide perlé qui affectait son pays depuis vingt ans. Je songeais au indiens Dalit defandant les intouchable en inde, aux activistes de la cause Rom, aux portes paroles des peuples indigènes de Colombie et Equateur….qui étaient arrivés rempli d’espoir et qui furent de fait réduits au silence….

P 298 Ne pas déplorer, ne pas maudire, disait Spinoza, comprendre.

P 356 La tolerance a ses préférences et peut, selon l’humeur, changer de préférence. Elle peut décider qu’elle a trop toléré et changer d’avis. Ou elle peut décidé qu’elle n’a pas bien toléré, pas assez donné et changer encore d’avis. Avec la laïcité pas de danger. Le respect est un principe stable. Il n’est pas affaire d’affect mais de structure.  Et sa structure consiste a poser entre les croyances une équidistance vis-à-vis du centre de pouvoir.

P 365 L’islamisme radicale n’est pas contemporain du tiers-mondisme (année 60) mais de ce mouvement mondiale qui voulait en finir avec la decadence démocratique et qui s’est appelé le fascisme. “Fascislamisme” est le concept qui rend compte de ce grand contexte. 

P 375 s’il est vrai que les principes de démocratie sont, en effet, d’origine juive et chrétienne, s’il est vrai que l’autonomie du sujet, de droit d’un corps à ne pas être torturé, celui d’une âme à ne pas être asservie, la construction d’une espace public, enfin, fondé sur ce double droit ne furent pensables qu’a partir du concept judeo-chretien de Personne (créature façonnée par Dieu à son image et pour cela inviolable)… Mais est ce pour cela un concept de l’occident? Le desert du Sinai, le Golgotha…non bien sur.

P 378 Mais il est clair que c’est tout de même, pour l’essentiel, en Europe que ces principes se sont développés. Et il est incontestable que l’idée démocratique dans sa forme la plus moderne, le pari sur une définition de l’humain telle que l’on puisse, non seulement lui rapporter des droits, mais prétendre que ces droits sont universels, identiques, pour tous, inaliénables, sont, pour l’essentiel une création européenne.

P 402 Même quand elles ne sont aux commandes de rien, ce sont les idées qui, pour le meilleur et pour le pire, mènent et permettent de changer le monde.

P 409 c’est la devise de Guillaume d’Orange: “Il n’est pas necessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer”.

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