Cinéphilo – Ollivier Pourriol – 2008

 pourriol

9. Descartes était ce vieil emmerdeur précis comme un mécanisme de montre, qui écrivait en français comme si c’était du latin…une espèce de mathématicien adepte de l’imparfait du subjonctif et de la phrase à rallonge dont on oublie le sens au fur et à mesure qu’elle se déploie….

14.Voir Alain dans « Idées »: Descartes en homme de main, capable de tirer l’épée.

15.Penser c’est prendre son temps. Agir c’est s’inserer dans une temporalité commune dont nul n’est le maitre… dans l’ordre théorique, le doute est nécessaire…dans l’ordre pratique, le doute est désastreux, le doute s’appelle irrésolution et celle-ci doit être réputée pour « le pire des maux ».

16 Faire mal est pire que de ne rien faire?  Descartes repond non en soutenant que d’une certaine manière, on ne peut pas mal choisir. Un choix ne se juge pas à ses conséquences, mais à la manière dont il est fait et la constance qui le soutient.

Nous disposons d’une entendement, d’une faculté de comprendre fini et d’une volonté infini: nous pouvons tout vouloir.

L’erreur, se tromper, c’est affirmer (juger- acte de volonté) quelque chose qu’on n’a pas compris (comprendre – acte de l’entendement). …On peut donc se tromper infinement.

18 Quand l’entendement ne peut fournir les clés, c’est à la volonté de donner la raison nécessaire pour mener un action….le secret de l’action c’est de s’y mettre (Alain). La volonté est infinie – aussi infinie en nous qu’en dieux…mais Dieu a aussi un entendement infinie.

20 marcher toujours le plus droit vers un même coté (i.e. Choisir et s’y tenir) et ne le changer point pour de faibles raisons.

24 au lieu de voir en tout choix un renoncement (vision négative) Descartes voit dans le choix l’affirmation du caractère infinie de notre volonté.  Faire un choix c’est faire un bon usage de sa liberté….mais choisir c’est d’abord inventer ses choix (car les choix de la vie ne sont pas écrits comme sur la carte d’un restaurant)….

28 Le Cinema n’est pas un art abstrait; il nous présente des cas limites, des cas extrèmes, c’est à dire des idées.

30: Descartes : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée: car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont »

32 Il n’y a pas d’enseignement direct de la volonté mais la valeur de l’exemple.l’exemple ne vaut que s’il ne cherche pas à être exemplaire: Forrest Gump professeur de volonté parce que incapable d’enseigner.

32 La volonté infinie mais vide se retourne en son contraire. « j’ai eu juste envie de courir » vaut d’autre envie moins nobles. Quand la volonté se dégrade en envie, la liberté s’inverse en basse nécessité.

33 Penser exige courage et volonté. Alain disait penser c’est dire non. C’est dire non a nos premieres pensées, qui seraient mieux nommées humeurs, et qui n’expriment d’abord que l’état de notre corps.

37 et suiv. Premier précepte : clarté et distinction (qui resulte de la réflection et ne sont jamais données d’emblée) Deuxième précepte: division de la difficulté (division du complexe en éléments simples).

56. Le hors-champ du cinéma est dynamique, ce qui sort du cadre continue d’exister en off. Cadrer, ce n’est pas opérer une séparation « pour toujours ».

63.Ainsi, quand Descartes se demande comment trouver ne vérité qui ne puisse être remise en doute, il commence par tout remettre en doute, comme, dit-il, on vide entièrement un panier de pommes pour determiner lesquels sont saines et lesquels sont pourries.

65 « C’est pourquoi je ne prendrai garde soigneusement de ne point recevoir en ma croyance aucune fausseté….Mais ce dessein est pénible et laborieux, et une certaine paresse m’entraîne insensiblement dans le train de ma vie ordinaire ».

68  Le doute radical de Descartes: descartes ne cherche pas a s’en sortir. Il se tient là, a ce point de désordre où nul objet n’existe plus ni le monde ni la pensée…et c’est en se laissant couler dans un doute s’en fin qu’il finit par toucher le fond et le sol sous ses pieds: « Je pense donc je suis » Si je pense , même du faut, c’est que j’existe. Je doute de tout mais je ne peux douter que je doute. Ce n’est pas un raisonnement, le « donc » pourrait le faire croire: c’est un intuition: les deux idées sont vrai en même temps elles coincident, inséparable. Ici il y a l’indémontrable, ma foi à la source de toute la philosophie de Descartes. Il a trouvé une vérité absolue, une première évidence à laquelle s’accrocher et de laquelle faire sortir toute les autres. La clé de voûte de la pensée.

71 Courage donc car s’il nous manque l’intelligence , nous ne sommes pas à plaindre, car nous ne manquons pas de volonté.

Le répère cartésien: pour abscisses et ordonnées et non vertical horizontal?  C’est que horizontal et vertical suppose des positions dans l’espace alors que le repère cartésien permet de représenter spatialement des choses qui n’ont ni largeur, ni hauteur, ni hauteur: il permet de voir des relations: c’est utiliser l’espace pour voir ce qui ne se voit pas (les relations entre les choses). Tout ce qui est physique est mesurable – chiffrables. Avec la geometrie tout ce qui existe dans l’espace  peut s’exprimer sous forme de chiffres. La nature peut s’ecrire.

74 Descartes – l’arbre de la connaissance metaphysique pour racine, physique pour tronc et trois branches: mécanique, médecine et morale.  La morale ici consiste a poser la question de la valeur de l’action, autrement dit de plier le corps à l’ame. Cette question du gouvernement de soi est la plus difficile et n’aboutira jamais à une science. La morale « provisoire » qui chargeait la volonté de garantir un choix quand l’entendement est limité devient alors définitive…entendement humain étant fini, le science morale en saurait jamais être achevé.

76 le cinema ne nous permet pas de faire l’économie de la pensée – il ne permet pas de faire comprendre les idées sans faire l’effort nécessaire.  Il offre une aide d’imagination à notre entendement. Il nous propose de voir avec les yeux du corps ce qui ne devrait être visible qu’avec les yeux de l’esprit. Le monde sans le monde, le monde sans rien dedans.

78 Descartes distingue la réalité physique (rex extensa) et le monde de l’esprit : la chose pensante (et non pensée) car la pensée est un acte, elle invente un ordre qui n’est pas donné naturellement.

80 L’espace n’est même pas un étendu vide, c’est un être de relation. Ce n’est pas une chose, c’est un « entre » les choses.

81 la premiere production  de ce melange corps-esprit est l’imagination: c’est le premier état de la pensée, ce que le corps pense pour nous.

82 si le film échoue a mous montrer l’idée, c’est qu’une idée par définition est in-montrable, elle est autre chose qu’une chose. La prise de conscience du cogito ne peut se faire par l’imagination. Le Je pense est une intuition qui provoque dans l’esprit une evidence….ce n’est pas une image, on ne la voit pas, on la comprend. 

100 Prouve moi que je suis libre?  Si je te le prouve , je t’enchaîne. Si tu ne comprends pas par toi même de l’intérieur, que la liberté n’est pas un idée, mais un acte, tu ne peux pas philosopher. La liberté est une décision que l’on prend, pas une propriété que l’on constate. La liberté est une exigence qui précède l’existence: elle est acte de foi, qui ne repose sur aucune demonstration.

Si la liberté est nécessaire, elle n’est plus: elle serait démontrable et répondrait à un déterminisme scientifique ou tout est nécessaire et rien n’est libre.

106 La matière ne se pense pas elle-même. Seul l’homme  est capable de pensée la nécessité. Le fait seul de penser le fait sortir de cette nécessité. Il sort de la nécessité en pensant librement la nécessité.

On pourrait trouver qu’il y a la une contradiction: par quelle miracle la pensée relèverait-elle de lois spéciales? La réponse est simple: la pensée n’existe pas au sens ou on l’entend d’une chose. De la même façon on peut dire que Dieu n’existe pas  car il n’est pas physiquement de ce monde.

On est libre de nier la liberté en disant qu’elle n’existe pas.  Ce n’est pas une chose, c’est un acte. C’est une exigence plutot qu’une existence: une exigence n’est pas reçu comme un fait comme les autres, elle prévaut parce qu’on l’affirme, on la fait exister. Elle existe sur un autre plan. Elle n’existe pas: elle vaut.

125  Metaphysique : mot inventé par les bibliothécaires  de la bibliothèque d’Alexandrie pour classer l’oeuvre d’Aristote – ne sachant où ranger les livres traitant des fondements  théologique  de la physique – ils les rangèrent après les tomes consacrés à la physique.

132 Toutes nos passions nous  représentent les biens à la recherche desquels elles nous incitent beaucoup plus grand qu’ils ne sont véritablement… Lorsque nous sommes émus de quelque passion, nous devons suspendre notre jugement jusqu’à  ce qu’elle soit apaisé.

152 On dit que le livre de goethe, les souffrances du jeunes Werther où le heros se suicidait, provoqua en Europe une veritable vague de suicides. Faut il interdire les livre ou les films tristes? Quand on lit un livre, quand on voit un film même si ce qu’on nous présente fait naître en nous de la tristesse, de cette tristesse nous tirons une joie intellectuelle (le mot est de Descartes).

161 La liberté ne s’impose pas. Peut on la démontrer? Cette tentative serait non seulement inutile mais absurbe puisque si l’on pouvait prouver le libre arbitre, il serait necessairement, ce qui est contradictoire. L’esprit demonstratif trouve ici ses limites.Pas de preuves de la liberté sans quoi adieu la liberté. En l’absence de preuve il faut de la foi. Il ne faut pas croire en la liberté faute de preuve, faute de mieux. La liberté ne tient précisement tout son être que de cette absence de preuve. Il y a des buts qui ne peuvent être atteint indirectement. La liberté est ce but que toute tentative de preuve ne peut manquer.

P 164 Il faut chercher l’homme dans ce qu’il partage avec les autres, pas dans ce qu’il croit être le plus secret en lui. (idée de Paul Valery) On ne devient un individu qu’en se formant par les autres, par les textes, par les idées.

P 178 Gille Deleuze considérait en effet que tout concept s’accompagne d’affects et de percepts correspondants. …Il n’y a pas qu’un rapport intellectuel à la philosophie, ce qu’on comprend sur le plan des idées peut également se ressentir sur le plan des émotions, des sentiments, des perceptions.

P183 Le corps n’est pas l’ennemi de l’âme, au contraire, ils sont, comme dit Spinoza une seule et même chose, mais considéré de deux point de vue différent.

P198 le vocabulaire de Spinoza n’est pas le vocabulaire de la morale, il n’évoque pas le bien et le mal, mais, dans le vocabulaire de l’éthique, le bon et le mauvais. C’est remplacer la morale abstraite par l’éthique concrète.

P199 Alain « cette univers ne nous a rien promis » la vague qui te noie est la même qui te porte. Pas d’intention dans la nature.

P216 Nul n’est mechant volontairement ‘Platon’. Le méchant est celui qui a mé-chu (de mé-choir: mal tomber). La méchanceté plonge ses racines dans un malentendu sur la nature du bon et du mauvais.

P241 Le cinema a un effet plus immédiat, plus direct que la fiction écrite, l’imagination y est plus facilement et vivement impressionnée.

P 257 Vouloir la même chose que le voisin n’est pas simplement mauvais pour moi directement. Cela signifie que je ne sais pas tout seul ce qui est bon pour moi.

P 264 Comment oser soutenir que l’espoir est une passion triste? C’est que l’espoir ne va jamais sans crainte. Quand on espere que quelque chose arrive, on craint en même temps que cette chose n’arrive pas. Ensuite l’espoir est déterminé par une idée imaginaire. Imaginer que le futur sera meilleur ne dit rien du futur mais tout du present: l’espoir manifeste simplement que le présent nous décoit.

P 269 « Verum index sui… » : le vrai est l’indice, ou le signe de lui-même – le vrai est a lui-même sa propre preuve, quand on sait, on sait qu’on sait. «…et falsi » c’est a dire que le vrai permet de juger du faux, de comprendre, indirectement, ce qui relève de l’erreur, alors que le contraire n’est pas vrai:  être dans l’erreur ne permet jamais d’acceder au vrai.

P 272 Les mots ont un sens et qui parle mal pensera mal.

P 273 Alain, sur Spinoza: Rien n’est plus utile a l’homme raisonnable qu’un homme raisonnable. Tout homme raisonnable s’efforcera donc nécessairement de faire que les autres hommes soient raisonnables. Ainsi, de quelque façon qu’on la considère, la raison ne peut jamais diviser les hommes, mais au contraire elle les unit »

P 283 Spinoza : plus les actions d’un corps dépendent de lui seul, et moins il y a d’autres corps qui concourent avec lui à une action donnée, plus son esprit est apte a comprendre distinctement.

P 332 Le cadre est un cache. Cadrer c’est cacher ce qui n’est pas dans le cadre. On peut cadrer de manière incomplete pour ne pas comprendre

P340: La passion: subir quelque chose de l’exterieur, ne pas être la cause adéquate de ce qui se passe en nous et hors de nous.