L’esprit des Lumières, Tzvetan Todorov, 2006

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P9 Le lumières absorbent et articulent des opinions qui, dans le passé, étaient en conflit.

P13 Accepter que l’être humain soit la source de la loi (par opposition à Dieu) c’est aussi l’accepter dans son entier, tel qu’il est et non tel qu’il devrait être. Pour peu qu’on observe les hommes réels plutôt que de s’en tenir à une image abstraite et idéalisée, on s’aperçoit qu’ils sont aussi infiniment divers, ce que l’on constate si l’on passe de pays en pays mais également de personne en personne. C’est ce que sauront dire les genres nouveaux qui mettent l’individu au centre  de leur attention: roman, autobiographie. Genres qui n’asprieent plus à révéler les lois éternelles des conduites humaines, ni le caractère exemplaire de chaque geste…C’est ce que dit la peinture qui se détourne des grands sujets mythologiques et religieux pour montrer des êtres humains nullement exceptionnels, saisis dans leurs activities communes, dans leurs gestes les plus quotidiens.

 

P 22 Rousseau s’oppose au progrès comme un marche mécanique vers la perfection. Pour lui le trait distinctif de l’espèce humaine n’est pas la marche vers le progrès mais la seule perfectibilité, c’est-à-dire la capacité de se rendre meilleur, comme d’améliorer le monde, mais dont les effets ne sont ni garantis ni irréversibles. … Tout espoir en un progrès linéaire est vain. Les problèmes  dits sociaux ne constituent pas de difficultés provisoires, qu’un parti politique ou un gouvernement pourrait, grâce à des réformes ingénieuses, régler à tout jamais, mais des conséquences de notre condition humaine…Les avancés technologiques et scientifiques n’entrainent pas nécessairement une amélioration morale et politique…et peuvent se révéler nocives….Notre espèce évoque souvent le personnage de l’apprenti-sorcier. Les agents des transformations peuvent prévoir leurs effets immédiats, mais non leurs conséquences ultimes, survenant des décennies, voire des siècles plus tard.

P28 Les critiques qui leur sont adressées [aux lumières] semblent alors passer à côté de l’esprit des Lumières, ou plus précisément s’adresser à  l’une de leurs caricatures. Ce sont ces détournements (les caricatures), et non les lumières elles-mêmes, qui deviennent l’objet d’un rejet.

P29: Les Lumières affirment l’unité du genre humain, donc l’universalité des valeurs. Les Etats européens, convaincus d’être porteurs de valeurs supérieures, se sont cru autorisés à apporter leur civilisation aux moins favorisés qu’eux. Condorcet est convaincu qu’une mission incombe aux nations civilisées, celle d’apporter la lumière à tous. …Les idéologues de la colonisation auront recourt a ce genre d’argument…Il n’est pourtant pas si sûr qu’il faille prendre ces propos pour argent comptant. Ce qu’ils prouvent est que les idéaux des Lumières jouissent alors d’un grand prestige et que, lorsqu’on se lance dans une entreprise périlleuse, on tient à les avoirs de son coté.

P30 Le mouvement anticolonialistes sont bien plus directement inspirés des Lumières, en particulier quand ils se réclament de l’universalité humaine, de l’égalité entre les peuples et de la liberté des individus. Les Européens amènent dans leur sillage les idées des Lumières qui inspireront ses ennemis.

P36 Il faut faire le tri entre les différentes accusations adressées aux Lumières. On doit d’abord, comme pour le colonialisme, relever qu’un idéologie prestigieuse peut servir de camouflage.