Spinoza – Pascal Sévérac, Ariel Suhamy 2008

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Si l’on se préoccupait de l’achèvement des choses on n’entreprendrait jamais rien. François 1er

 

11.Socrate « je sais que je ne sais rien ».  en rupture avec les présocratiques qui étudiait la nature. Premier divorce entre la science et la philosophie.

 

12.Une certaine conception de la philosophie qui perçoit les systèmes comme de grandes machines de guerre, caparaçonnées contre toute objection et destinées à livrer bataille aux grands systèmes, tout aussi irréductibles.

 

13.Le but étant non de parcourir la doctrine à grande enjambées, et faire, comme on dit, le tour de la question, mais plutot soutenir les premiers pas sans perdre pied, d’amorcer l’entreprise sans préjuger de ses fins les plus hautes, ni laisser ce qu’on ignore encore recouvrir ce qu’on sait déjà.

 

14. Chaque fois que Spinoza dévoile un de ces gouffres d’ignorance, il ajoute aussitôt : cela ne fait rien : l’objectif est de  distinguer avec soin ce qu’on sait de ce qu’on ne sait pas, afin d’éviter non pas tant comme Socrate, de croire savoir quand on ne sait pas,  que de se laisser emporter à croire qu’on ne sait pas quand et là où l’on sait.

 

16 ne faite pas de l’entreprise de connaître une affaire de tout ou rien : le savoir a, non pas des limites mais des degrés.

 

17 le vrai est en effet à lui-même sa marque, ainsi que celle du faux.

Il faut avoir l’esprit malade pour douter de l’évidence.

 

18les hommes sont ignorants des causes et désirent l’utile, ce dont ils ont conscience.

 

19ignorance est fondée sur des totems que Spinoza veut combattre : premier totem : les causes finales .  Parce que nous ignorons les causes des choses, nous prenons les effets pour des causes. Ensuite parce que nous ignorons les causes de nos désirs nous pensons qu’ils n’en ont pas, et nous nous croyons libres (deuxième totem : le libre arbitre)….Troisième totem : les dieux parce que nous constatons dans la nature des effets que nous n’avons pas produit, nous imaginons des dieux. Mais a quels fins les Dieux font ils cela pour nous. Puisque nous n’en savons rien, nous projetons sur eux ce que nous savons sur savons de nous : c’est dans le but d’obtenir la reconnaissance, honneur et adoration. La raison ultime de l’univers est la gloire de Dieu.

 

Dilection : amour et tendresse spirituelle (Theol)

 

Peccable : enclin à pécher (Theol.)

 

20 Car ils savent bien (les prêtres) que, ôtée l’ignorance, l’étonnement imbécile, c’est-à-dire leur unique moyen d’argumenter et de maintenir leur autorité, est suprimé.

 

Doit on reconnaître qu’il y a des choses qu’un esprit créé ne puisse comprendre puisque resultant de la création divine ? Et spinoza de repondre :  avons-nous de la nature une connaissance suffisante qui nous permet de déterminer jusqu’ou s’étendent sa force et sa puissance et ce qui est au-dessus d’elles ? Comment peut on savoir d’avance ou s’arrete le savoir et ou commence l’ignorance ?  Et pour les faits qu’on ne peut expliquer, le meilleur parti sera de suspendre son jugement et d’appuyer la religion sur la seule sagesse de la doctrine enseignée.

 

22. Exemple de Luis Bunuel : un mendiant traverse la route, voit un cigare tombant d’une fenetre de voiture, se penche pour le rammaser et se fait ecraser.  On peut suivre la vie du mendiant, la vie du cigare etc. On peut remonter la chaine des causes a l’infini et prolonger a l’infini le scenario. Prolonger par les deux bouts, dans ses causes et dans ses consequences : cette methode n’est pas sans parenté  avec celle que propose le traité de la réforme de l’entendement.

 

p31 L’ecclesiaste : qui augmente sa science, augmente sa douleur ou comme dit Ovide je vois le meilleur, je l’approuve, je fais le pire – justement parce que cette vue du meilleur me tétanise. A l’origine par faire,  c’est mener une chose à son point ou le projet initial a été atteint : il présuppose un désir projetant dans l’avenir son dessein et la méconnaissance de ce dessein.

 

Le mot perfection se raccroche à l’illusion finaliste selon laquelle Dieu agirait selon des fins. Mais ces fins nous apprenons qu’il ne les atteint pas toujours. « cette doctrine finaliste renverse totalement la nature, elle considère comme effet ce qui est cause et vice versa. Elle détruit la perfection divine car si dieu agit pour une fin, il désire nécessairement quelque chose dont il est privé.  Dieu étant tout puissant, c’est absurde. Donc Dieu ne poursuit aucune fin. Et le monde qui existe est nécessairement le meilleur qu’il soit.  La réalité est donc la perfection même. C’est un de ces coups d’éclat dont le philosophe a le secret, qui causent une sortent d’éblouissement, à la fois éclairant et aveuglant.

 

P 47L’idée adéquate du cercle exprime la manière dont s’engendre et fonctionne le cercle ; ce qui cause cette idée, ce n’est pas son objet, le cercle, ce sont d’autres idées. De même l’âme est au corps ce que l’idée du cercle est au cercle : elle est l’idée du corps. Aucune interaction donc mais deux expressions, mentale et corporelle, d’une seule et même réalité.

 

Comment échapper à l’illusion, et transformer l’idée reçue du corps en idée conçue, et parvenir la connaissance de l’essence du coprs, qui serait en même temps connaissance de l’âme ? Ici le somnanbule nous aide (car il nous permet de passer outre les réponses habituelles : parce que je le veux, pour aller d’ici à la, parce que mon esprit commande à mon corps…Le somnanbule marche et entretient avec l’univers un rapport de convenance (il sent le sol, l’espace etc.

 

Aux affections du corps correspondent dans l’âme les idées de ces affections.

 

Toutes nos idées sensibles sont comme des conséquences sans leurs premisses….l’illusion n’est pas dans la perception même, mais dans le fait de prendre pour complete une idée partielle. L’imagination est donc bien une connaissance, encore qu’inadequate : la connaissance du premier genre.

Il y a un autre type de connaissance : celle de ces notions communes exprimant ce par quoi les choses conviennent entre elles : ces idées ne peuvent être tronquées aussi l’esprit les conçoit toujours adéquatement. C’est en développant cette connaissance (autrement nommée raison) que nous pouvons commencer de connaître la Nature. Connaissance des propriétés communes d’où l’on peut dégager des lois…ainsi s’amorce la science. La connaissance du second genre, l’esprit maitrise les idées qu’il produit pas sa propre force.

Le troisieme genre de connaissance est le plus parfait : il saisit les choses, non plus selon les lois mais d’apres leur essence même. Mais la capacité de l’esprit sera proportionnelle aux aptitudes du corps dont il est l’idée. La vérité se possède dans une âme et un corps.

Pour Spinoza connaître le corps ce n’est pas le décomposer sur une table d’anatomie, l’isoler des causes exterieures mais au contraire considérer son affectivité comme sa puissance même : celle d’établir des rapport de convenance avec les autres corps. Toute convenance se signale par un affect de joie. Aussi faut il développer les affections du corps, pour que le corps entier soit apte a tout se qui peut suivre de sa nature et pour que l’âme soit aussi également apte à comprendre plusieurs choses à la fois.

 

P 51 A l’autorité du texte se substitue bientôt celle du spécialiste…autorité vite contredite par d’autres spécialistes….

Tout bonnement, de faire la part entre ce que nous comprenons et ce que nous ne comprenons pas encore, que peut être nous ne comprendrons jamais.

 

Spinoza ne cherche pas et n’exige pas la transparence de la totalité du texte. Il cherche bien plutôt la délimitation rigoureuse entre ce qui est connu et ce qui ne l’est pas.

 

P 59 De quels moyens un prince  emporté par la seule passion de la domination doit user pour consolider et conserver son Etat, Machiavel l’a montré en detail ; mais à quelle fin, c’est ce qui n’apparaît pas suffisamment…..

 

P 60 Ce qui interesse l’homme sage, ce sont avant tout les causes qui font du prince un tyran. Pour les moralistes, cette question n’a pas de sens : si le prince est un tyran c’est qu’il a fait le choix du mal au lieu du bien.  Une tautologie qui fustige plus qu’elle n’aide a comprendre. Spinoza s’interesse au pourquoi et cette nécessité (de devenir un tyran) vient de la crainte que le prince éprouve.  Et les causes de cette crainte sont dans le peuple. Quelle imprudence alors de destituer un tyran alors que les causes qui font du prince un tyran, loin d’être supprimées, sont d’autant plus forte que le prince a plus de motifs de crainte. Le peuple ne doit pas se tromper d’objectif : supprimer un tyran n’est pas supprimer la tyranie mais au contraire la renforcer puisque le successeur n’aura d’autre choix que de sevir devant l’arrogance de la multitude..

 

P63 Il n’y a pas d’opposition entre la puissance du souverain et la puissance du peuple, ces puissances ne s’accroissent pas en raison inverse l’une de l’autre, mais au contraire ne sont qu’une seule et même puissance et un seul et même droit.

Il ne faut pas attendre vainement que tous les hommes soient raisonnables, ou du moins que le souverain le soit, mais ce sont les institutions qui doivent user rationnellement des passions humaines, en disposant les hommes à agir « comme si » la raison les conduisait. Il faut préparer des institutions mimant le comportement de la vertu, afin d’en préparer l’émergence.