Pensées sur la morale, André Comte-Sponville, 2012

 

Comte-sponville

Votre morale ? Ce que vous exigez de vous-même, non en fonction du regard d’autrui ou de telle ou telle menace extérieure, mais au nom d’une certaine conception du bien et du mal, du devoir et de l’interdit, de l’admissible et de l’inadmissible, enfin de l’humanité et de vous. Concrètement l’ensemble des règles auxquelles vous vous soumettriez, même si vous étiez invisible et invincible.

La morale répond à la question que « dois-je faire ? » : c’est l’ensemble de mes devoir, autrement dit des impératifs que je reconnais légitimes – quand bien même il m’arrive comme tout un chacun de les violer. « que dois-je faire ? » et non pas « que doivent faire les autres ? ». La morale n’est jamais pour le voisin disait Alain.

Y a-t-il autant de morales que d’individus ? Non pas. C’est tout le paradoxe de la morale : elle ne vaut qu’a la première personne mais universellement, donc pour tout être humain.

Faut-il, pour légitimer cette morale, un fondement ? Ce n’est pas nécessaire ni forcement possible. Les philosophes discutent d’un tel fondement depuis des siècles, et nul n’attend, pour agir moralement, qu’ils aient réussi.

Un fondement de la morale, ce serait une vérité incontestable, qui viendrait garantir la valeur de nos valeurs : cela nous permettrait de démontrer, y compris à celui qui ne les partagent pas, que nous avons raison et qu’il a tort.

Bayle, Kant, Voltaire ; ce n’est pas la religion qui fonde la morale ; c’est la morale, bien plutôt, qui fonde ou justifie la religion. Ce n’est pas parce que Dieu m’ordonne quelque chose que c’est bien ; c’est parce qu’un commandement me parait moralement bon que je peux envisager qu’il vienne de Dieu.

Il n’est rien si beau et légitime, écrivait Montaigne, que de faire bien l’homme et dûment.

« Il faut mettre ses principes dans les grandes choses, aux petites la miséricorde suffit. » Camus  Chez moi, la miséricorde dont je parle s’appelle plutôt indifférence. Ses effets, on s’en doute, sont moins miraculeux)

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu veux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle » Kant.