Quand d’autres hommes peuplaient la terre – Jean jacques Hublin

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L’évolution des premiers hominoïdes est bien documentée en Afrique de l’Est, mais voici une quinzaine de millions d’années on les voit également apparaitre en Eurasie.

La question de l’origine des chimpanzés, des gorilles et des hommes est de plus en plus débattue, mais il n’est pas impossible qu’elle résulte d’une seconde migration, dans le sens Eurasie-Afrique celle-là, il y a environ 10 millions d’années. Cette double migration fait l’objet d’âpres discussions…

Les Hominines: l’Homme et ses ancêtres.

Les Homininés : L’Homme et le Chimpanzé.

Les Hominidés : Homininés + Gorilles et Orang Outang.

Les Hominoides : Hominidés + Gibbons et Bonobos.

Le chromosome 2 humain correspond à la fusion de 2 chromosomes distincts du chimpanzé, que l’on retrouve aussi séparés chez le Gorilles et l’Orang-outang.

Le déplacement debout semble avoir permis d’autres aspects importants de l’évolution humaine : la réorganisation du crâne avec l’augmentation du volume du cerveau, la libération de la main et peut être même l’apparition de la parole.

La bipédie s’est mise en place entre 7 et 4.5 millions d’années.

Le mode de locomotion des ancêtres des Hominines était différent : ils combinaient brachiationl’animal se suspendant par les bras sous les branches à la façon d’un gibbon – avec des evolutions le long des troncs au cours desquelles le corps était, une fois encore, vertical. Ces animaux étaient en quelques sortes préadaptés à la locomotion terrestre verticale.

Un bipède absorbe beaucoup de chaleur le matin et le soir, quand les rayons du soleil tombent obliquement, mais peu aux heures les plus chaudes. La disparition du pelage intervient ici : la protection contre le soleil est nécessaire seulement sur la tête

Une alimentation carnée est plus énergétique qu’une alimentation purement végétale et plus facile a digérer permettant un raccourcissement de l’intestin et donc une plus faible consommation d’énergie : le cerveau peut donc se développer.

Le dimorphisme sexuel est extrême chez les grands primates polygames comme le gorille. A l’inverse males et femelles sont totalement identique chez les singes monogames comme les ouistitis. Le faible dimorphisme sexuel de l’homme est rare chez les grands primates. Chez les primates la période de fécondité des femelles est évidente. Au contraire de l’Homme qui, pour assurer sa descendance, doit régulièrement connaitre sa femme, renforçant les liens du couple.

Les bouleversements climatiques de 2.5 à 2.8 millions d’années se traduisent par un environnement plus ouvert et plus sec en Afrique. Ce fut un coup d’arrêt de plus 1.5 millions d’années de prospérités pour les australopithèques. Ils cédèrent la place a deux groupes plus adaptés :  les paranthropes, qui ne survivront que 1.5 million d’année, et les homos.  Un nouveau refroidissement climatique vers 1.7 million d’années et les habitats forestiers africains rétrécissent encore. Homo habilis disparait pour laisser la place a homo erectus.

Ergaster – premiers erectus africains : adaptés à la course d’endurance, un cerveau accru de 800cm3, de nouveau outil (le biface), mobilité accrue, réduction de l’abdomen (il ressemble plus a un homme), il est peut être le premier a posséder une peau nue. Il a un nez humain tourné vers le bas et non vers l’avant, permettant de limiter les pertes d’eau durant la respiration.

Glossopètres : langue de serpents pétrifiés, nom donnée aux outils de pierre taillé (pointes de flèches) ou pierres de foudre car trouvée dans les champs lessivés par les orages.

Les hommes de Zhoukoudian ont longtemps été considérés comme une espèce particulière, sinanthropus pekinensis, l’homme de pékin, qui aujourd’hui a réintégré l’espèce homo erectus.

Un curieux paradoxe : les outillages des homo erectus sont bien connus en extrême orient, ou l’on ne trouve guère d’outils biface. L’acheuléen, l’industrie des bifaces, est cantonné au sud de la ligne de Movius (du Danemark au golf de Bengale). Le paradoxe s’explique aujourd’hui par la demonstration d’une presence d’homo erectus beaucoup plus ancienne que prévu en Asie (1.5-1.6 million d’année a Longgupo en Chine, 1.8M a Damnasi)

Un nouveau scenario : des homos (erectus) primitifs quittent l’Afrique vers 2M et colonisent toutes les basses latitudes de l’Eurasie emportant un outillage primitif (oldowayen). Les bifaces acheuléens furent inventés beaucoup plus tard en Afrique et se diffusèrent vers 600,000 en Asie, sans dépasser la ligne de Movius. Peut-être l’utilisation du bambou joua un rôle dans la limite de cette expansion. Un deuxième scenario fait sortir du continent homo ergaster qui aurait évolue vers homo erectus seulement en asie. Un troisième scenario considère qu’homo ergaster n’est pas nécessaire et que les ergaster ne sont que les premiers erectus en Afrique.

L’évolution biologique semble souvent en avance, comme s’il fallait du temps a l’homme pour exploiter toutes les possibilités comportementales, cognitives ou psychomotrices dont la nature le dote…peut être 400 ,000 ans d’avance dans le cas de l’Acheuleen qui date de 1.6m alors qu’homo ergaster remonte a plus de 2m (et étaient capable de découvrir le biface…)

L’homme de Flores : découvert en  2003, à peine un mètre et une capacité crânienne très réduite 400cm3. L’ensemble des trouvailles s’échelonnent entre 95,000 et 12,000 ans. Les restes revèlent l’existence d’une nouvelle espèce d’homininés, Homo floresiensis, qui, isolés depuis des centaines de milliers d’années aurait évolué vers une forme humaine naine à partir des premiers peuplements humains de l’Indonésie. Ils pourraient aussi être relié au Homo erectus qui ont quitté l’Afrique il y a 1.7M (mais pourquoi auraient-ils développé une technologie lithique peu différente de celle de hommes modernes et pourquoi n’a-t-elle pas été éliminée par les peuplements modernes qui ont atteints l’Australie voici 60-40,000 ans?)

Milutin Milankovitch est le premier a proposer une explication aux alternances climatiques avec trois cycles distincts : un cycle de 100,000 ans due au modification de l’excentricité de l’orbite terrestre (raccourcissement ou allongement de l’ellipse décrite par la terre autour du soleil) ; un cycle de 40,000 ans du au changement d’inclinaison de l’axe de rotation de la terre par rapport au plan de son orbite ; un cycle de 20,000 ans au conséquence plus limités est la conséquence du mouvement de précession (l’axe de rotation de la terre décrit un lent mouvement conique).

Le climat chaud actuel est exceptionnel, nos régions ont été plus froides durant 95% du dernier demi-million d’années. Deux périodes plus chaudes sont connues dont le stade 5e (130,000 a 117,000) ou des hippopotames s’ébattaient dans la tamise.

A cause de la multitude de petits animaux qui vivent au fond des océans et mélangent les couches de sédiments, le carottage des fonds marins ne peut rendre compte que de cycles de plusieurs milliers d’années.

Le passage d’une phase froide à une phase chaude peut être brutal, produisant une fonte très rapide de la calotte polaire. Le Déluge des textes anciens n’est peut-être que le souvenir de la dernière catastrophe qui s’est produite il y a 10,000 ans et a entrainé la monté des mers de 5 cm par an pendant plusieurs siècles….A cause des modifications des courants marins, la température de surface moyenne de l’atlantique nord a parfois baissé de 15 C en l’espace de quelques générations.

Les hommes se répandent hors d’Afrique il y a un peu moins de 2m d’années, ils arrivent en Georgie il y a 1.7m d’année et sont en Espagne vers 1.2m au moins.

Inhumations volontaires : les mieux datées remonte a 110,000 ans, ce sont des hommes modernes. Puis un certain nombre d’exemples chez les néanderthaliens (uniquement en Europe occidentale, orientale et au proche orient).

Le développement de l’encéphale s’est surtout accéléré au cours des 500,000 dernières années, donnant à Neandertal le plus gros cerveau. Comme Neandertal était plus corpulent que nous, son coefficient d’encéphalisation était tout de même légèrement inférieur au notre.

Détail anatomique capital : l’oreille interne de Neandertal est différente de la notre. Cette structure du labyrinthe n’existe que chez lui et est un argument supplémentaire selon lequel l’homme moderne descend d’homo erectus et non de Neandertal.  Elle résulte sans doute de particularités dans le développement de la base du crane et aussi d’une locomotion différente.

Les premiers européens moderne – peut etre 6000 personnes entre l’Espagne et la Belgique.

De caractères rares ou inhabituels dans une vaste population peuvent devenir fréquents s’ils sont, par hasard, présents dans un groupe isolé fondateur. C’est ainsi que l’évolution des Néanderthaliens est la somme de caractères adaptatifs et de traits parfois curieux, qui n’ont d’autres raisons d’être que les hasards génétiques d’une suite de goulots d’étranglement.

Le séquençage du génome néanderthalien a confirmé que des exchanges génétiques limités s’étaient produit entre eux et les hommes modernes, probablement au proche orient il y a 50,000 ans ou plus.

Alors que la température habituelle d’un feu de savane d’origine naturelle est de l’ordre de 200 C, de nombreux ossements animaux découverts à Swartkrans, en Afrique du Sud, semblent avoir été chauffé a 600 C.  Alors que les premières traces de feu (790,000 au proche orient, 500,000 a Zhoukoudian, 400,000 dans nos régions) demeurent très rares et discutable, on trouve des traces d’utilisation presque systématique dans les sites habités par l’homme à partir de 250,000 ans.

L’analyse génétique montre que l’ADN mitochondrial des Africains est beaucoup plus variable que celui des autres populations humaines et, par ailleurs, que les lignées d’ADN mitochondrial trouvées hors d’Afrique s’enracinent toutes dans la variabilité de lignées africaines. Les hommes non Africain descendent d’un groupe ancestral limité sorti d’Afrique. Et cette origine est récente – entre 150,000 et 200,000 ans.  Quatre preuves : l’espèce humaine actuelle est très homogène (la variabilité au sein des grands groupes est environ 10 fois plus élevé que la variabilité entre les groupes) ; la variabilité de population d’Afrique est plus grande que celle des autres (et proportionnelle à l’âge de la population) ; les marqueurs génétique permet de reconnaitre des grands groupes qui s’enracinent les uns dans les autres (les analyses du chromosomes Y suggèrent 2 itineraire de peuplement de Eurasie : l’un le long de la cote asiatique jusqu’à l’Australie, l’autre plus tardif passe par le nord pour conduire en Europe et en Asie centrale ; la taille de la population ancestrale dont descend l’humanité est restreinte (15,000 individu peuvent expliquer la variabilité actuelle).

Probablement 4 sorties d’Afrique – il y a 2 m d’années (1.7m en georgie, 1.2m en Espagne) ;vers 600,000 (quelques fossiles dans le sud de l’Europe, en Inde et en Chine vers 200,000) ;  vers 130,000 ans les premiers hommes modernes au proche orient (Skhul) et peut-être jusqu’en Australie il y a 60,000, peut être aussi repoussé pas Neandertal qui était au proche orient a cette epoque) ; vers 50,000 la grande sortie menant a la colonisation du nord de L’Eurasie et de l’Amérique plus tard.

Les groupes que quittent l’Afrique il y a 50,000 sont peu diffèrent biologiquement. Leur différence est peut être avant tout sociale et culturelle. Quel est la cause de l’expansion il y a 50,000 ans ? pression démographique et adoucissement du climat, ou crise d’aridité peut-être, mais alors pourquoi pas plus tôt ? C’est la culture, l’outillage lithique, des équipements nouveaux qui ont permis a nos ancêtres de remplacer l’homme de Neandertal en Europe.

Les ocres gravés en Afrique du Sud vers 75,000 et coquillages percés en Afrique du Nord (82,000) montrent que le continent africain est en avance sur le plan culturel : le port de parures n’est connu nulle part ailleurs à une époque si ancienne. La parure témoigne d’une pensée abstraite, de représentation symbolique, d’un gout artistique avec d’importante implication sociale.

Les hommes de Skhul en Israel, longtemps appelé proto Cro-magnon. L’usage est tombé en désuétude : 70000 sépare les deux groupes. Cro-magnon est rattaché à une des plus vieilles cultures du paléolithique supérieur – l’Aurignacien –  qui débute vers 40,000.  Art figuratif (peinture de chauvet, statuettes animales a partir de 30,000).

Moustérien : un panoplie reduite d’outils sur eclats et ou subsistent parfois encore quelques bifaces. Il est plus difficile de parler d’une culture moustérienne (les neanderthals) que d’une culture gravettienne. Châtelperronien : les derniers Neanderthals étaient les artisans de cette industrie (36,000) qui est peut être le résultat d’une acculturation des derniers néanderthaliens par les envahisseurs modernes. Il y eut peut être aussi une diffusion dans les deux sens.

Pourquoi les hommes de Neandertal avaient-ils tout à coup développé des comportements entièrement nouveaux après plus de 200,000 ans de Moustérien ? L’arrivée de Cro-Magnon de l’Est et la coexistence probable des deux groupes pendant plusieurs milliers d’années (peut-être 6000 ans).Ce qui ne démontre pas une supériorité écrasante des nouveaux venus.

Si les néanderthaliens chassaient bien les grands mammifères, les hommes modernes avaient intégré des petites proies à leur menu, favorisant la survie en cas de disette. Un faible différence d’enfant par femme et du taux de mortalité a pu a terme conduire a l’effacement d’un groupe au profit de l’autre. L’une des périodes glacières les plus rigoureuses (de 21.000 à 17,000 ans) s’installe peut après l’arrivé de CroMagnon, réduisant le territoire habitable et exacerbant la concurrence entre les deux groupes. L’homme moderne est le premier a s’adapter a l’environnement périglaciaire.  Ils durent inventer des techniques, des modes de vie, des structures sociales leur permettant de résister : l’innovation rapide devint un moyen d’adaptation a des environnements nouveaux. De biologique, l’évolution devint aussi culturelle.

Les sépultures du Paléolithique supérieur ou les morts sont habillés, parés d’objets, utilisant l’ocre. Parfois destinés a deux ou trois personnes mais réservé à une minorité de la population.

Nous connaissons 300 sites grottes ou abris peints, de l’Oural au Portugal : 95% en France et en Espagne. Chauvet 30,000 ; Lascaus, Alta Mira : 26,000 ans.

Les artistes ne décrivaient pas ce qu’ils chassaient (ils dessinaient rarement les rennes, qu’ils chassaient) et souvent des rhinos ou de mammouths, pourtant peu consommés. Les hommes sont rarement représentés. Quasiment tous les sites offrent de curieux alignement de points, de traits ou signes de formes stéréotypés. Certaines grottes ont été utilisé à plusieurs reprises sur parfois 10,000 years.

Il fait peu de doute que les grottes ornées étaient des sortes de sanctuaires. Mais pour quels rites ?

Seul un langage moderne, avec une syntaxe comparable a la nôtre, pouvait sous-tendre les représentations symboliques, l’organisation complexe et les réseaux d’échange du Paléolithique supérieur.

Les linguistes ont regroupés les 5000-6000 langues en 300-400 familles, elles-mêmes classés en une douzaine de superfamilles. Pour certains, il y aurait eu une proto-langue unique provenant de la vague d’immigration des hommes modernes hors d’Afrique il y a 50,000 ans.

Les hommes sortirent de l’âge glaciaire voici 10-12.000 ans. L’épisode final de ce réchauffement n’a pas duré plus de 40 ans (phénomène rapide, classique à tous les cycles glaciaires), bouleversant les conditions de vie et marquant la fin du paléolithique supérieur.  C’est la fin de l’art des grottes, étroitement lié aux systèmes idéologiques, religieux et sociaux qui ont marqué le paléolithique. On voit apparaitre un système moins strict et plus individualiste – la rudesse du climat disparut, les solidarités sont moins nécessaires. Les territoires a exploiter sont plus grand , l’échange d’information devient plus importante. On cueille déjà le blé et l’orge au proche orient et c’est le début de la sédentarisation. Un bref épisode rigoureux 12900-11600 raréfié le produit de la cueillette et pour survivre les Natoufiens vont peut-être inventer l’agriculture…

Hypertension artérielle de noirs américains : lors de la traversé de l’Atlantique en bateau, les individus qui retenaient mieux le sel survivaient d’avantage que les autres. Cette disposition génétique s’est amplifiée et est devenus fréquente dans la population. Ils ont en revanche perdu leur résistance naturelle au paludisme, qui n’est pas un avantage sélectif aux Etats Unis.