Quand l’histoire commence – Bertrand Badie – 2012

 

Badie

La fin de l’histoire comme une obsession dans la tradition intellectuelle occidentale. On ne sait pas trop parfois si c’est un anéantissement ou une libération.

Kojève : les relations internationales auraient été entièrement comprises dans le heurt multiséculaire des Etats.

Fin de l’histoire alors ? Comment en douter si les souverainetés s’effacent, si les confrontations disparaissent, si les résistances nationales s’estompent….Cette peur du vide imaginé, mais ultra-simplifié, peut a son tour devenir une source banale de programme politique : sauvons la nation, rappelons le principe de non-ingérence, contenons la multilatéralisation, réhabilitons les frontières…

La paix de Westphalie qui mit fin en 1648 à la guerre des trente ans et officialisera au moins dans les principes, l’idée de souveraineté comme piliers de l’ordre international. L’idée-clé : l’international serait « guerre » et non pas « paix ». Les princes étaient les meilleurs alliés de cet accomplissement hégélien voyant dans l’affrontement les meilleurs raisons de consolider leur pouvoir. On est bien a Europe, et c’est la seule histoire européenne qui se trouve évoquée. C’est un imaginaire assurément peu partagé par la Chine, ni les Etats Unis…

Il apparait que les échecs essuyés par les plus fragiles nourrissent les revers des plus puissants… dans ce passage insensible à un monde ou l’échec des uns fait aussi le malheur des autres. Cette découverte, inavoué par beaucoup, de « biens communs » et d’un jeu international à somme non nulle, habilite l’idée de solidarité dans son sens étymologique : celui de la participation à un tout dont chacun est tributaire. Elle disqualifie l’égoïsme, présenté par les réalistes comme l’inévitable penchant de tout Etat, alors que l’altruisme devient, dans le nouveau monde, non pas une posture morale mais un comportement rationnel et même utilitaire.

On ne vit pas la fin de l’Histoire mais bel et bien celle d’une histoire.

Aujourd’hui les relations internationales se confondent enfin pleinement avec l’aventure humaine : marginalisées jusque-là, les sociétés entrent dans l’espace mondial…

Nous changeons de monde : la tectonique des sociétés l’emporte sur le choc des Etats. Sans disparaitre bien sûr, celui-ci …devient plus réactif que proactif (sur le scène internationale). Que valent des diplomaties d’Etats face à la complexité sociale qui se dissimule derrière les conflits africains.