bernard-maris

Que la société, il faudrait mieux dire l’humanité, meure de l’économie est pour une fois tout à fait prévisible. C’est la prévision de Michel Houellebecq.

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Pour les grands économistes classiques, Smith, Ricardo, Malthus et Marx après eux, existent des classes; les rentiers, les entrepreneurs, les salariés mais après Marshal n’existent plus que les individus utilitaristes, autrement dit ces individus sont rationnels, ils agissent selon la loi de l’offre et de la demande, loi fondamentale de l’économie, et selon la quantification des plaisirs et des peines en terme d’argent.

Et Marx de remarquer que le Christianisme était à l’origine « des eaux glacées du calcul égoïste », phrase célébrissime reprise par Houellebecq.

C’est donc l’éternel modification du même qui est le fondement de l’activité entrepreneuriale, changer de gamme, de modèle, d’aspect, de modifier à la marge, maintenir le consommateur dans le trouble du changement tout en lui fournissant toujours à peu près la même chose. Maintenir le consommateur dans la perpétuité du désir.

Certes non, le travail du protestant ce n’est pas le travail bien fait, c’est le travail pour le travail, le travail pour accumuler, le travail pour être l’homme le plus riche du cimetière, comme le dit Max Weber. Le salaire des artisans en revanche relève du juste prix de Saint Thomas et les prix qu’ils proposent sont décents et non spéculatifs, leur vie est donc digne même si elle est effroyablement limitée.

Malthus 1798 – Les lois sur les pauvres créent les pauvres qu’elles assistent comme l’indemnité chômage crée le chômeur, et le revenu de subsistance l’assisté.  Toute aide aux pauvres fera proliférer les pauvres.

Au bout de la concurrence le profit est nul, grand principe économique. A la baisse tendancielle du taux de profit, ajoute Michel Houellebecq, correspond la baisse tendancielle du taux de désir. Cette société ne sait plus comment attiser les désirs et exciter les sens. L’explosion de la pornographie, des saunas, des lieux d’échangismes n’arrivent pas à stopper cette lassitude.