Pop culture,  Richard Mèmeteau, 2014

 

La pop est une stratégie, un calcul alimenté par une seule obsession : savoir ce que veulent les masses.

Mais les masses sont caractérisés par leur manque d’homogénéité (et la dilution fatale du bon goût en leur sein).

Le Bouffon (de Goethe, dans Faust) propose de présenter à ces masses « une glace et non une peinture » pour qu’elles « viennent tous les soirs y mirer leur figure. »

Ces masses inquiètes ne cherchent au fond qu’à découvrir leur propre visage. Et parce qu’elles ne peuvent trouver une tradition commune ou aucun bon gout qui ferait force de loi, les masses ne peuvent que regarder en avant et rechercher constamment la nouveauté.

La pop sert à faire éprouver à un peuple indéfini son propre pouvoir d’agrégation.

Là où on emploie des moyens massifs, on change les peuples en masses.

Le problème de Britney Spears n’est pas qu’elle chante mal, c’est au contraire qu’elle parvient faussement à toucher tout le monde. On peut opposer alors la culture pop à la véritable culture populaire. Le diminutif pop souligne cette fois-ci son caractère parasitaire, inauthentique, greffe d’une fausse culture populaire (déracinée, globalisée) sur la vraie.

Mais si le capitalisme dissout les liens sociaux traditionnels et s’approprie les cultures locales, il favorise l’émergence de nouveaux publics.

La culture pop propose une forme de communautarisme (ou les mêmes valeurs morales sont partagés). La communauté du héros n’est donc pas fermé, ni exclusive des autres. Une fois le mythe (qui soutient le héro) partagé, la communauté est née. Ces récits pop (Star War) remplacent un monde causal par un monde de croyances, où tout est possible tant qu’on y croit. La force de ces récits tient à ce que les croyances semblent entrer spontanément en résonance avec celles des spectateurs. Nos récits pop ne rendent peut être pas la vie démocratique meilleure, mais ils la rendent au moins possible en reconduisant sans cesse les bases minimales d’un idéal de solidarité.

Joseph Campbel est le premier a avoir saisi au vol et labélisé cette idée qu’il existe un fond culturel commun à l’humanité – en l’occurrence une histoire unique. Cette idée a fini par constituer le fond de l’idéologie hollywoodienne et la structure de beaucoup de blockbusters. Mais mythique, la culture pop l’est à trop de niveaux pour que la chose soit sans ambiguïté. Les producteurs jouent du terme ‘mythe’ en confondant ses deux sens : récit littéraire et but normatif.

Les mythes ont moins un rôle pseudo scientifique d’explication du monde que de formation des individus. Plus que nous apprendre a changer le monde, le mythe nous apprend a nous transformer nous-même.

Blockbuster : le terme émerge dans le vocabulaire du théâtre. Le succès d’une pièce était supposé épuiser les théâtres voisins et les mener à la banqueroute.

Carl Brin vise le cœur de la saga Star Wars, l’emprunt du monomythe a joseph Campbel. Cette structure selon lui est responsable d’avoir véhiculé une conception élitiste et antidémocratique de la politique. L’accusation de Brin signifie que Star Wars nous transforme en fan hagard, en citoyen passif, uniquement avide de force, de lévitation et de république totalitaire. Pour Brin, Lucas veut nous faire croire que seuls les héros peuvent changer le cours des choses. Le peuple est passif et incapable.

Superman sauve les écoliers dans un bus alors qu’il pourrait unir les nations et imposer universellement le port du slip par-dessus le pantalon.