Cro Magnon, Aux Origines de Notre Humanité, Marcel Otte, 2008

L’expression “Cro-Magnon” tend à se restreindre aux hommes modernes qui ont envahi l’Europe vers 40,000 ans….La densité de ses arrivants, leur vitalité, leur succès à la chasse choquèrent leurs anciens cousins, car ils abattaient sans prière, et progressaient d’autant plus vite…les cultures néanderthaliennes se modifièrent profondément pour finalement s’intégrées à celle des immigrants si nombreux, comme leurs gènes s’y mêlèrent en faible nombre

Cro-Magnon vécut dans un climat froid et sec. La grande modification paléo-démographique au temps des Cro-Magnon fut lié à l’abaissement mondial du niveau marin (lié au captage des eaux des calottes glaciaires) d’environ cent mètres en profondeur, provoquant parfois des reculs horizontaux de plusieurs centaines de kilomètres.

Lors des grands froids, les roches sont érodées par l’action du gel. Les vents violents emportent les plus fines particules. Déposées à longue distance, elles forment un manteau farineux d’une roche très meuble, les « loess ». Toutes l’Europe fut plusieurs fois recouverte par de tels dépôts. Dès que le climat se réchauffe les « loess » ne se forment plus. C’est finalement une véritable échelle paléo-climatique qui se constitue (notamment en Chine).  L’intérêt de ces manteaux de « loess » est la préservation des sites Cro-Magnon et leur datation.  Ces conditions de steppes froides permettaient la survie de nombreux herbivores.

L’effet « Neandertal » est dû aux marges ou le continent européen se trouve ; comme l’Australie a l’autre extrémité, il s’agit de culs de sac ou l’évolution traine et progresse par à-coups, lors des migrations à partir de régions centrales, asiatiques ou africaines. L’effet de marge ou les spécialisations s’accentuent par isolation : la barrière spécifique (i.e de l’espèce) n’est pas franchie mais les caractères anatomiques particuliers sont constants et héréditaires.

Parmi les pratiques techniques obsessionnelles d’un groupe, citons les pires : la « maladie » des lamelles à l’Aurignacien ancien (40-35,000) celle des crans du Gravettien (28-24,000), celle des retouches plates et rasantes du Solutréen (19-17,000). Ce ne sont pas des types d’outils mais des techniques appliquées à toutes les formes d’outils du même ensemble.

Dans les conditions steppiques, les tiges en bois devaient être aussi précieuses que les pointes elles-mêmes, car les arbres appropriés y étaient rares. La séparation de la tête et du projectile lors de l’impact permettaient de récupérer au moins la hampe.

Large emploi de matières dures animales au paléolithique, là où celles-ci étaient plus abondantes que le bois. L’arc est attesté dès l’aurignacien ancien mais la sagaie fut l’arme de prédilection à cette époque : elle est bien adaptée aux vastes steppes ou migrent les troupeaux.

Selon une idée reçue les premières divisions hiérarchiques ne seraient apparues qu’avec le stockage des biens et la production alimentaire, donc la propriété de la terre. Le chercheur B. Haynden a prouvé que cette hiérarchie existait aussi chez les peuples prédateurs, dès qu’une certaine abondance s’y installait. Le signe de cette classe supérieure se manifeste en particulier dans le costume et le nombre de peaux dont il est fait.

A la grotte de la Marche dans la Vienne, des centaines de plaquettes calcaires furent retrouvés datant de 15,000 ans (Magdalénien (de 17,000 à 12,000) moyen). Ici tout est réalisme, détails, vivacité, animation.  Ce monde de la Marche semble échapper aux règles mythiques, pour nous offrir la fantaisie du quotidien des Cro-Magnon.

Le point de lever du soleil varie autant selon la saison que selon l’endroit d’où l’on observe. Par contre les mouvements lunaires sont régulièrement utilisés car les phases lunaires ne varient pas selon l’emplacement.  On a trouvé 3 ou 4 exemples de « calendrier », façonnés par Cro-Magnon, sur des lames osseuses avec des séquences de 28 signes, des divisions de 14 et 7. On obtient ainsi les cycles réguliers des mois lunaires.

Une courte oscillation très rigoureuse se fit sentir, entre environ 9000 et 8000 ans avant notre ère. Dryas III, la troisième et dernière reprise rigoureuse avant la fin de la glaciation. Les chasseurs paléolithique septentrionaux redescendent vers le sud, provoquant un exode provisoire et une confusion culturelle.

La monte expliquerait aussi l’expansion rapide des Cro-Magnon. Ils utilisaient des travois pour les transports saisonniers.  Les chevaux montés ne furent jamais figurés par Cro-Magnon ; l’art ne s’appliquait aux animaux utilisés mais bien à la représentation en tant que symbole.  Les populations d’éleveurs nomades montent leur rennes pour suivre le troupeau,  le protéger, le rassembler.

Le paléolithique européen présente aussi ces moments d’abondance, de fixité et de développement démographique, sans qu’il y ait de passage à une économie productrice, surtout en raison des conditions climatiques rigoureuses, interdisant une reproduction contrôlée des plantes ou des animaux.

Les études éthologiques ont montré depuis longtemps que les mammouths, comme les éléphants, allaient mourir aux mêmes emplacements. Ces montagnes de matériaux aisément accessibles, furent ensuite traduites en termes d’architecture par les paléolithiques.

Par calcul ou par intuition, les peuples chasseurs actuels respectent cette limite de fécondité (de 0.1 personne au kilomètre carré) , en particulier lors des fréquents déplacements durant lesquels les femmes restent stériles : toutes les calories sont alors absorbées par les efforts de marche et de portage.

La relation avec le monde chez les néanderthaliens était respectueuse des êtres les plus proches de l’homme, doué de comportement analogues. Au contraire, l’homme moderne avait surmonté cette analogie en plaçant la vie animale du coté de ses intérêts, marquant une rupture avec une appréhension sacrée plusieurs centaines de fois millénaires.

Le chamanisme est illustré par de nombreuses scènes, de nombreux exemples, et il est une pratique si universelle chez les peuples chasseurs qu’il a dû être pratiqué également chez les Cro-Magnon.

Au Gravettien (28,000 a 24,000) les femmes sont adipeuses et évoquent la procréation ; au Magdalénien (14,000 a 12,000) elles se réduisent à des silhouettes cambrées, plutôt suggestives.