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Sapiens, Yuval Noah Harari, 2011

 

 

Fiction has enabled us not merely to imagine things, but to do so collectively. We can weave common myths (such as the biblical creation story, the Dreamtime myths of aborigines). Such myths give sapiens the unprecedented ability to cooperate flexibly in large numbers.

As far as we can tell, changes in social patterns, the invention of new technologies and settlement of alien habitats resulted from genetic mutations and environmental pressures more than from cultural initiatives. This is why it took humans hundreds of thousands of years to make these steps.

When two strangers in a tribal society want to trade, they will often establish trust by appealing to a common god, mythical ancestor or totem animal.

In the savannahs they inhabited, high calorie sweets (ripe fruits) were extremely rare and food was in short supply. A Stone Age women would eat as many fruits as possible on the spot, before the local baboon band picked the tree bare. The instinct to gorge on high calorie food is hard wired into our gene.

Evidence from fossilized skeletons indicates that ancient foragers were less likely to suffer from starvation and malnutrition than their peasant descendants. The forager’s secret of success was their varied diet (while pre-modern agricultural population got their calories from limited number of crops -wheat, potatoes, rice) .

New agricultural tasks demanded so much time that people were forced to settle permanently next to their wheat fields. We did not domesticate wheat. Wheat domesticated us.

The Agriculture revolution made the future far more important than it had ever been before. Farmers work in its service. Peasants were worried about the future [not only because it impact on their corps but also because] they could do something about (e.g. clear another field etc.). The stress of farming has far-reaching consequences: it was the foundation of large-scale political and social systems.

Bureaucracy (methods of cataloguing information, schools for scribes) proved to be more difficult than writing to invent.  Many writing systems developed independently. But most of those remain curiosities because those who invented them failed to invent efficient ways of cataloguing and retrieving data.

Rape in many legal systems, falls under property violation – the victim is not the woman who was raped, it the male who owns her. The legal remedy was the transfer of ownership – to pay a bride price to the woman’s father or brother. The Bible consider this a reasonable arrangement ( if a man meets a virgin and lies with her….he shall give 50 shekels of silver to the father and she shall be his wife).

One theory is that, in order to ensure her own survival and the survival of her children, the woman had little choice but to agree to whatever conditions the man stipulated so that he would stick around and share some of the burden. As time went by, the feminine gene that made it to the next generation belong to women that were submissive caretakers. [But women could have been dependent on other women instead…and as women have superior social skills to collaborate, why are they not in charge?] – we have no good answer.

The best known religions (Islam, Buddhism) are universal and missionary. People tend to believe that all religion are like them. In fact the majority of ancient religions were local (local deities) and exclusive (no interest in converting the entire human race).

 

The insight of polytheism is conducive to far-reaching religious tolerance. Polytheists believe in many partial and biased powers: they have no difficulty accepting the existence of other gods. Polytheism is inherently open minded, and rarely persecutes heretics and infidels.

Roman persecuted a few thousand Christians who would reject all attempts at compromise. In contrast, over the course of the next 1500 years, Christians slaughtered Christians by the millions to defend slightly different interpretations of the religion of love and compassion.

St Mathew lent a hand to tax collector in distress…

Dualism explains that the entire universe is a battleground between good and evil, and that everything that happen in the world is part of the struggle.

Sometime between 1500 and 1000 BC a prophet named Zoroaster was active in the middle east. It was an important religion during the Achemenid and later the Sassanid, and inspired Gnosticism and Manicheism. Today only a handful of communities survive in India and the Middle East

The Chinese and Persians did not lack technological inventions such as steam engine (which could be freely copied). They lacked the values, myths, judicial apparatus and sociopolitical structures that took centuries to form and mature in the West and which could not be copied and internalized rapidly. Chinese and Persians did not catch up quickly because they thought and organized their society differently.

What did Europe develop in the early modern period that enable it to dominate the late modern world? There are two complementary answers: modern science and capitalism.

In year 2000 only 1.6% of dead bodies in the world are related to war and violent crimes.

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Six années qui ont changé le monde – Hélène Carrère d’Encausse – 2015

Le putsch. 19 Aout 1991.

Comment ne pas songer au précédent de Khrouchtchev, écarté du pouvoir en 1964 par un putsch « pacifique » ?  Entre 1964 et 1991, il y avait une différence considérable : la perestroika avait libéré la parole. Les putschistes savaient que la peur n’avait plus la même emprise sur les foules.

Dans la soirée, les membres du G.K.Tchepe (comité des putchistes) tiennent une conférence de presse destinée avant tout aux journalistes étrangers. Le ton des orateurs y est ferme, solennel, mais ne convainc pas.

Etrange putsch, en vérité, qui témoigne d’un certain amateurisme. Un matériel militaire considérable est pourtant déployé à Moscou, mais les frontières restent ouvertes ; le téléphone fonctionne et nulle arrestation n’est signalée ; la population commence à se rassembler et à ériger des barricades.

Gorbatchev est-il la victime du putsch ou son complice ? Après tout, c’est lui qui a installé au pouvoir les hommes du G.K.Tchepe et refusé d’entendre les avertissements prodigués par ses proches et Eltsine. Nombre de ses compatriotes ont fini par penser que probablement Gorbatchev savait et qu’il préféra se taire pour ensuite tirer parti du putsch, que celui-ci fut réussi ou manqué. Sa légitimité s’en trouva ébranlé.

Gorbatchev est en vacances à Foros, Crimée.  Une délégation du G.K.tchepe le prie de signer sur-le- champ le décret proclamant l’état d’urgence. Gorbatchev s’y refuse, tempête, exige des explications et n’obtient que des réponses confuses et contradictoires.  Les conjurés du Kremlin cherchent d’autres moyens de pression. Militaires d’abord : il faut que Gorbatchev comprenne qu’il est prisonnier. Des navires de guerre ferment la baie de Foros. En même temps Gorbatchev apprend par la BBC que les putschistes ont invoqué son état de santé déficient. Dès lors, il se force à apparaitre au balcon, à faire des promenades dans le parc dans l’espoir que quelques curieux l’aperçoivent et transmettent la nouvelle que le président est en parfaite santé.

Quand la télévision se remet à fonctionner, Gorbatchev constate que, dans les républiques, nul ne semble s’inquiéter ou évoquer un quelconque putsch.

Apres 73 heures de captivité, c’est Boris Eltsine, son adversaire de toujours, qui réussi à le joindre par téléphone ; il lui dit qu’il contrôle la situation et qu’il lui envoie une délégation russe – et non soviétique. A son retour a Moscou, il annonce «  je suis revenu de Foros dans un autre pays et, moi-même, je ne suis plus celui que j’étais… ».

Le putsch n’a pas pris Eltsine au dépourvu. Il entrevoyait de longue date qu’un tel complot serait un jour organisé. En janvier 1991, l’opération militaire contre la Lituanie lui avait semblé être un coup d’essai….Il avait élaboré avec son équipe militaire un plan de résistance, dit « Plan X ».

Une division spéciale du KGB, le Commando Alpha, très actif durant la guerre à Kaboul, est chargé de surveiller et d’arrêter le président russe.  L’arrivée tardive du Commando à la datcha du président, après son départ par la route, est le signe d’un certain désordre dans le camp des putschistes.  Si la division Alpha avait eu des instructions claires, elle eut pu réaliser un magnifique coup de filet.

Eltsine sort de la Maison Blanche (la maison de Soviets, aux murs de marbre blanc), grimpe sur un char arrêté là et harangue la foule, l’appelant à défendre la liberté. Le pays a trouvé son chef.

Eltsine savait qu’il pouvait être arrêté et il conclut à la nécessité de prévoir une relève pour assurer la continuité du pouvoir s’il en était un jour empêché. Deux gouvernements alternatifs sont prévus. Un gouvernement en exil doit être installé à Paris sous l’autorité du Ministre des Affaires Etrangère. L’autre doit fonctionner sur le sol russe, à Sverdlovsk, qui serait un « gouvernement de rechange ».

Le putsch est terminé trois jours après avoir commencé et les putschistes essayent de s’en tirer au mieux et rejoindre le camp adverse.  L’amnistie proposée aux militaires et collaborateurs des ministères qui ont suivi les ordres de leurs chefs contribuera à rallier des troupes à Eltsine.

Le 22 Aout fut une journée russe ou toutes les décisions furent prises par le président et le peuple russe. Interdictions des parties politiques au sein des armées, le drapeau historique de la Russie devient le drapeau officiel de la fédération russe. La Russie historique était de retour.  Le 23 Aout Eltsine suspend l’activité du Parti Communiste de Russie sur le territoire russe et le 24 il met sous séquestre les ressources financières du Parti et les archives du KGB.

Gorbatchev ne s’avoue pas vaincu : il prépare sa revanche, un traité d’Union, planche de salut pour l’URSS. Mais les obstacles sont à Moscou et en Ukraine.  Kravtchouk (président ukrainien) marque sans cesse sa différence : il s’est emparé des armes nucléaires et considère le Donbass et la Crimée sont à lui. Le problème ressurgira un quart de siècle plus tard…Eltsine craint dès cette époque une rupture de l’Ukraine avec l’Union et un glissement de la république vers le monde occidental.

 

 

Cro Magnon, Aux Origines de Notre Humanité, Marcel Otte, 2008

L’expression “Cro-Magnon” tend à se restreindre aux hommes modernes qui ont envahi l’Europe vers 40,000 ans….La densité de ses arrivants, leur vitalité, leur succès à la chasse choquèrent leurs anciens cousins, car ils abattaient sans prière, et progressaient d’autant plus vite…les cultures néanderthaliennes se modifièrent profondément pour finalement s’intégrées à celle des immigrants si nombreux, comme leurs gènes s’y mêlèrent en faible nombre

Cro-Magnon vécut dans un climat froid et sec. La grande modification paléo-démographique au temps des Cro-Magnon fut lié à l’abaissement mondial du niveau marin (lié au captage des eaux des calottes glaciaires) d’environ cent mètres en profondeur, provoquant parfois des reculs horizontaux de plusieurs centaines de kilomètres.

Lors des grands froids, les roches sont érodées par l’action du gel. Les vents violents emportent les plus fines particules. Déposées à longue distance, elles forment un manteau farineux d’une roche très meuble, les « loess ». Toutes l’Europe fut plusieurs fois recouverte par de tels dépôts. Dès que le climat se réchauffe les « loess » ne se forment plus. C’est finalement une véritable échelle paléo-climatique qui se constitue (notamment en Chine).  L’intérêt de ces manteaux de « loess » est la préservation des sites Cro-Magnon et leur datation.  Ces conditions de steppes froides permettaient la survie de nombreux herbivores.

L’effet « Neandertal » est dû aux marges ou le continent européen se trouve ; comme l’Australie a l’autre extrémité, il s’agit de culs de sac ou l’évolution traine et progresse par à-coups, lors des migrations à partir de régions centrales, asiatiques ou africaines. L’effet de marge ou les spécialisations s’accentuent par isolation : la barrière spécifique (i.e de l’espèce) n’est pas franchie mais les caractères anatomiques particuliers sont constants et héréditaires.

Parmi les pratiques techniques obsessionnelles d’un groupe, citons les pires : la « maladie » des lamelles à l’Aurignacien ancien (40-35,000) celle des crans du Gravettien (28-24,000), celle des retouches plates et rasantes du Solutréen (19-17,000). Ce ne sont pas des types d’outils mais des techniques appliquées à toutes les formes d’outils du même ensemble.

Dans les conditions steppiques, les tiges en bois devaient être aussi précieuses que les pointes elles-mêmes, car les arbres appropriés y étaient rares. La séparation de la tête et du projectile lors de l’impact permettaient de récupérer au moins la hampe.

Large emploi de matières dures animales au paléolithique, là où celles-ci étaient plus abondantes que le bois. L’arc est attesté dès l’aurignacien ancien mais la sagaie fut l’arme de prédilection à cette époque : elle est bien adaptée aux vastes steppes ou migrent les troupeaux.

Selon une idée reçue les premières divisions hiérarchiques ne seraient apparues qu’avec le stockage des biens et la production alimentaire, donc la propriété de la terre. Le chercheur B. Haynden a prouvé que cette hiérarchie existait aussi chez les peuples prédateurs, dès qu’une certaine abondance s’y installait. Le signe de cette classe supérieure se manifeste en particulier dans le costume et le nombre de peaux dont il est fait.

A la grotte de la Marche dans la Vienne, des centaines de plaquettes calcaires furent retrouvés datant de 15,000 ans (Magdalénien (de 17,000 à 12,000) moyen). Ici tout est réalisme, détails, vivacité, animation.  Ce monde de la Marche semble échapper aux règles mythiques, pour nous offrir la fantaisie du quotidien des Cro-Magnon.

Le point de lever du soleil varie autant selon la saison que selon l’endroit d’où l’on observe. Par contre les mouvements lunaires sont régulièrement utilisés car les phases lunaires ne varient pas selon l’emplacement.  On a trouvé 3 ou 4 exemples de « calendrier », façonnés par Cro-Magnon, sur des lames osseuses avec des séquences de 28 signes, des divisions de 14 et 7. On obtient ainsi les cycles réguliers des mois lunaires.

Une courte oscillation très rigoureuse se fit sentir, entre environ 9000 et 8000 ans avant notre ère. Dryas III, la troisième et dernière reprise rigoureuse avant la fin de la glaciation. Les chasseurs paléolithique septentrionaux redescendent vers le sud, provoquant un exode provisoire et une confusion culturelle.

La monte expliquerait aussi l’expansion rapide des Cro-Magnon. Ils utilisaient des travois pour les transports saisonniers.  Les chevaux montés ne furent jamais figurés par Cro-Magnon ; l’art ne s’appliquait aux animaux utilisés mais bien à la représentation en tant que symbole.  Les populations d’éleveurs nomades montent leur rennes pour suivre le troupeau,  le protéger, le rassembler.

Le paléolithique européen présente aussi ces moments d’abondance, de fixité et de développement démographique, sans qu’il y ait de passage à une économie productrice, surtout en raison des conditions climatiques rigoureuses, interdisant une reproduction contrôlée des plantes ou des animaux.

Les études éthologiques ont montré depuis longtemps que les mammouths, comme les éléphants, allaient mourir aux mêmes emplacements. Ces montagnes de matériaux aisément accessibles, furent ensuite traduites en termes d’architecture par les paléolithiques.

Par calcul ou par intuition, les peuples chasseurs actuels respectent cette limite de fécondité (de 0.1 personne au kilomètre carré) , en particulier lors des fréquents déplacements durant lesquels les femmes restent stériles : toutes les calories sont alors absorbées par les efforts de marche et de portage.

La relation avec le monde chez les néanderthaliens était respectueuse des êtres les plus proches de l’homme, doué de comportement analogues. Au contraire, l’homme moderne avait surmonté cette analogie en plaçant la vie animale du coté de ses intérêts, marquant une rupture avec une appréhension sacrée plusieurs centaines de fois millénaires.

Le chamanisme est illustré par de nombreuses scènes, de nombreux exemples, et il est une pratique si universelle chez les peuples chasseurs qu’il a dû être pratiqué également chez les Cro-Magnon.

Au Gravettien (28,000 a 24,000) les femmes sont adipeuses et évoquent la procréation ; au Magdalénien (14,000 a 12,000) elles se réduisent à des silhouettes cambrées, plutôt suggestives.

Comment Homo devint faber, Francois Sigaut, 2012

L’intelligence suppose l’outil aussi nécessairement que l’outil suppose l’intelligence.

Pour comprendre l’outil, il fallait donc retrouver les démarches et les circonstances de l’invention primitive. Pitt Rivers en propose un premier schéma. Il y a des singes qui savent se servir d’une pierre pour casser des noix. A l’usage, cette pierre se serait brisée, produisant des fragments plus ou moins tranchants…

Bergson imagina en effet qu’il y a avait chez l’homme une faculté supérieure l’intelligence, l’intuition, susceptible de donner un accès direct à la connaissance du réel. Il n’est pas facile de concevoir ce que Bergson entendait par là. Au risque de simplifier a l’excès, la conception de Bergson est a trois étages : au premier se trouve l’animal qui est guidé par son instinct. Au second se trouve l’homme guidé par son intelligence. Au troisième se trouve l’intuition qui est appelé a devenir la caractéristique des hommes du future.  [….] Pour Bergson, l’intelligence est née par et pour la manipulation des choses matérielles.

Pour Bergson, l’homo faber, c’était nous, les hommes actuels. Mais les préhistoriens (Leroi-Gourhan 1943) s’empressèrent de faire d’homo faber un hominien prédécesseur d’Homo sapiens. A l’intelligence que j’ai appelé intellectuelle (logique, rationnelle, abstraite) on opposait en effet une intelligence dite pratique ou sensori-motrice, observable chez les animaux supérieurs. Une intelligence pas vraiment intelligente, très convenable pour caractériser les opérations mentales inférieures associées à l’activité technique. Les intellectuels ont du mal a voir qu’il existe de l’intelligence dans les techniques… Leroi-Gourhan se corrigera 10 ans plus ans plus tard.

Anatomiquement parlant les sonorités que les hommes peuvent produire des sons en nombre illimité parce qu’elles constituent un continuum indéfini de timbres, de hauteurs, de durées. Or dans ce continuum, chaque langue parlée n’individualise en moyenne qu’une cinquantaine de sons, les phonèmes.

Il n’y a que deux espèces de primates régulièrement utilisatrice d’outils : les chimpanzes et les capucins. Chez les autres l’utilisation est soit exceptionnelle, soit en captivité.

Chez les chimpanzés ont a recensés 65 comportements culturels, c’est-à-dire transmis par l’apprentissage. Si on s’en tient aux actions réellement differentes (par exemple casser des noix, pêcher des termites), sans les variantes (en considerant identique le fait de casser des noix avec un percuteurs en bois ou en pierre par exemple), le nombre de comportements outillées ne dépasse guère la dizaine. Quelques soit son importance dans le monde animal, les comportements outillés restent l’exception, alors que chez l’homme c’est la règle.

Dans la mesure ou on est parvenu communiquer avec les singes, ce fut pour constater que « si les singes parlent, ils ne nous disent rien »

La théorie de l’esprit de David Premack : les animaux peuvent-ils prêter des intentions à leurs partenaires ? si l’on s’en tient à certain signes matériels alors tous les animaux ont une théorie de l’esprit (se faire attaquer, se faire séduire etc.). Si cela consiste a prêter a autrui un « moi », des états mentaux semblables aux miens, alors il s’agit d’autre chose, il s’agit de sympathie qui implique la conscience (car cela implique d’avoir soi-même conscience de ses propres états mentaux). La théorie de l’esprit est aujourd’hui délaissée. Comment savoir, lorsqu’un animal réagit à la présence d’un autre, si c’est parce qu’il lui prête des intentions ou s’il s’agit seulement d’actes reflexes. Il semble bien qu’en trente ans de recherches sur les primates, on ne soit pas arrivé à faire la distinction.

Il n’y a rien chez l’animal qui ressemble a un proto-langage, rien qui nous permettent d’imaginer ce qu’ont pu être les premiers langages chez les humains.

Nous n’avons pas trouvé de solutions au dilemme suivant : d’un côté des spécificités humaines avérées (la conscience, le langages…), mais dont l’origine est inexplicable parce qu’on en trouve pas trace chez l’animal, et de l’autre, des spécificités qui n’en sont pas vraiment (l’intelligence, la sociabilité…) et qui donc n’explique rien.

Je crois qu’avec ses notions de curiosité stimulante et d’ennui, Leroy a posé les bases d’une hypothèse qui n’a fait que prendre de l’intérêt avec le temps. La curiosité stimulante est la recherche du plaisir de la réussite, et l’ennui est l’effet de la privation durable de ce plaisir. L’ennui est la preuve par l’absence que l’exercice de l’intelligence s’accompagne d’un plaisir.  Pour que l’intelligence sorte des usages strictement limités qu’en font les animaux, il a fallut un motif puissant : quel autre que le plaisir ?

Pourquoi un cerveau plus volumineux ? On a supposé qu’a un certain moment de son évolution, notre ancêtre africain s’était mis à traquer le gibier à la course, des courses qui pouvaient se prolonger des heures, voire des jours ? d’où un échauffement intense du corps susceptible de détériorer les cellules cérébrales. Un cerveau plus gros aurait été une sorte d’assurance contre ce risque. Aussi hasardeuse que puisse paraitre cette hypothèse, c’est la seule a ma connaissance qui ne fasse pas intervenir des causes finales pour expliquer le volume exceptionnel du cerveau humain.

En ce qui concerne le plaisir de la réussite, une part de l’explication est certainement génétique.  La joie de la réussite chez l’enfant se manifeste de façon trop précoce, trop vigoureuse pour qu’on puisse douter de son caractère inné dans l’espèce humaine. On peut donc faire l’hypothèse d’une mutation génétique, finalement sélectionnée car générant à la fois du plaisir pour soi mais aussi la reconnaissance par d’autres (expérience partagée avec autrui qui génère une nouvelle sorte de lien social).

La partage des expériences permet de créer de nouveaux liens sociaux (développer un sens commun) plus durables que ceux qui procèdent de la seule physiologie (sexualité…) qui donne aux groupements humains une stabilité, solidité et flexibilité inconnues dans le monde animal. Le plaisir pour chaque membre d’exister pour les autres, d’exister comme les autres et pas seulement comme objet, fut-ce comme objet d’affection. C’est là l’avantage sélectif propre du plaisir de la réussite.

L’échange et l’entraide sont deux catégories de comportement animal susceptible de conduire au développement de structures sociales durables ou plus complexes que celle qui procèdent de la sexualité. L’échange implique qu’une chose produite par certains individus soit utilisés par d’autres, l’entraide implique que des individus différents se livrent ensemble à des activités semblables (les lapins s’entraident, ils n’échangent  pas). L’échange est développée chez les espèces ovipares (insectes, oiseaux) sans doute parce qu’il trouve son origine dans les comportements de nidification et de nourrissages impliqué par leur mode de reproduction. Chez les mammifères, la gestation et l’allaitement remplace la nidification, l’échange perd l’essentiel de son importance, ne laissant que l’entraide comme principal lien social.

« La société primitive est indivisée : Hors celle qui relève des sexes, il n’y a en effet dans la société primitive aucune division du travail : les hommes doivent tous faire ce que tout les hommes doivent savoir faire, les femmes savent accomplir les taches que doit accomplir toute femme. » Pierre Clastres. Ce tableau peu paraitre trop simple…l’idée est malgré tout essentielle : l’hétéro praxie serait apparue entre les hommes et les femmes. Les humains n’ont pas inventé l’hétéropraxie sur le mode eusocial (ie. fertile et non fertile) classique, ils l’ont réinventée sur une base nouvelle, inconnue ailleurs dans le monde animal, qui est la différence des sexes.

Le goût de l’avenir. Jean Claude Guillebaud. 2003

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Max Weber : la politique, c’est le goût de l’avenir.  A mes yeux, c’est vouloir gouverner l’avenir, refuser qu’il soit livré aux lois du hasard…

Ilya Prigogine : la grande bifurcation, combinaison de trois révolutions (économique, numérique et génétique) qui va bien au-delà d’un séisme comparable à celui des lumières, d’un basculement analogue à la renaissance européenne. Il n’hésite pas à comparer cette grande bifurcation à celle d’il y a douze mille ans, qui nous fit passer du paléolithique au néolithique.

La femme de Lot, transformé en statut de sel pour s’être coupablement retournée vers Sodome, femme pétrifié incarnant du même coup «  la vie figée par la fascination de l’ancien » .

Pierre Hassner : Le 11 septembre nous avait fait changer de paradigme dominant. Il était ruiné l’espoir de voir la modernité cheminer peu à peu vers l’utopie kantienne d’une paix perpétuelle qui, en dépit des tribulations et ressauts de l’actualité, finirait par naitre de la conjonction de la république participative, de l’état de droit et du principe fédéral. Il redevenait hors de portée ce règne annoncé du « doux commerce » grâce auquel la « marchandise » finirait par avoir raison de la violence et des passions humaines.

Pierre Dupuis « ne pas voir le mal pour ce qu’il est, c’est s’en rendre complice »

La démocratie moderne se veut résolument optimiste et pluraliste. Sa confiance affichée dans le progrès, son désir de bonheur terrestre et d’apaisement des mœurs, sa volonté de respecter la diversité des opinions et des croyances, tout cela lui interdit par principe de tenir un discourt autoritairement normatif. Elle ne professe pas la morale. Le silence désemparé qu’elle oppose aujourd’hui au resurgissement du mal trouve là son origine lointaine.

La plus belle réussite de la barbarie est de nous faire croire qu’elle n’existe pas – voire qu’elle est tout bonnement « une culture », comme on dit.

C’est au non-sens qu’il faut assimiler le mal afin de faire apparaitre que le contraire du mal n’est pas le bien mais le sens. Ainsi nous serait enfin permis de résister au mal sans avoir à subir la pesanteur d’un bien trop normatif dont nous n’acceptons plus l’autorité.

La priorité du juste et du raisonnable sur le bien est la matrice symbolique du régime libéral-démocratique. On préférera parler à la rigueur des biens, au pluriel…

L’Europe, dit-on, empêchera le retour à la guerre, elle évitera la déstabilisation monétaire .  L’unification du vieux continent est présentée comme un moyen de minimiser le mal et non plus réaliser un bien. La faible capacité mobilisatrice d’une telle démarche trouve là son origine.

Les media, internet et l’émergence d’une opinion globale : ces nouveaux modes d’élaboration et d’expression de l’opinion collective contribuent de façon presque automatique à un schématisme simplificateur.  La politique reprend à son compte la démagogie de la communication. Tout cela donne une prime au jugement à l’emporte-pièce plutôt qu’à l’analyse scrupuleuse ; privilégie l’invective plutôt que le débat…

Refuser la simplicité meurtrière du dualisme. La tolérance est la reconnaissance du droit aux idées et vérités contraires aux nôtres.

Une synthèse : la mutation historique et même anthropologique que nous sommes en train de vivre est exceptionnelle. Elle s’accompagne du resurgissement de certaines réalités que nous avions chassées de nos têtes : celle du mal, par exemple. Or, déshabitués de la philosophie morale, oublieux des expériences théologique, nous nous réfugions volontiers dans des postures défensives. La plus ordinaire consiste en un manichéisme réducteur : noir contre blanc, méchants contre gentils etc.  En dépits des apparences, ces dualismes équivalent à une forme d’immobilité mentale. Nous confondons la clameur des invectives avec l’audace de l’esprit.

Société schizophrène : La société exalte la transgression mais déplore l’absence de règles ; redoute la violence mais ironise sur la civilité ; exalte le libertinage mais criminalise la sexualité.

L’humanité de l’homme en général se fonde sur le concept de limite mais la réalisation de chaque homme en particulier passe par la transgression : c’est la limite qui fait l’homme mais c’est la transgression qui fait l’individu. Cela signifie qu’on ne peut renoncer ni à la limite ni à la transgression.

Pour la plupart des mythologies, des plus anciennes aux plus actuelles, le héros est celui qui désobéit.

Quant aux dix interdits du Décalogue et qui symbolise la plus essentielle de toutes les limites, leur formulation est à l’indicatif futur et non pas à l’impératif présent. Elle signale en creux l’éventualité toujours présente de leur transgression.

Diderot et les personnages du « bon sauvage » et de l’aumônier pudibond pourfendant l’hypocrisie de la société européenne. Tout à a sa volonté de célébrer la dimension paradisiaque d’une société sans tabous, Diderot oublie de mentionner plusieurs aspects moins séduisants de la société polynésienne (interdit sexuels frappant les femmes qui ont participer au culte des morts, séparation des sexes lors des repas, inégalité criante de la société tahitienne, châtiment des voleurs, sacrifices humains).  La fausseté des assertions de Diderot sera dénoncée par Bougainville lui-même.

Kant : mieux vaut la mort d’un homme que la corruption de tout un peuple.

L’autonomie individuelle. Absolue. Totale. C’est elle qui confère à notre modernité démocratique une supériorité morale sur toutes les civilisations qui l’ont précédée – ou sur celles qui l’entoure encore. La servitude du lien et du collectif est brisée. Là réside le trésor irremplaçable de la voie occidentale, celle-là même que nous opposons volontiers aux barbares pré-individualistes du dehors. Ou du sud. Mais nous déplorons simultanément la fameuse déchirure du lien social qui en résulte. L’individu contemporain est émancipé, mais orphelin. Enfin nous célébrons avec une ferveur singulière tout ce qui ressemble à un lien de substitution.

L’un des théoriciens extasiés du tribalisme urbain (fêtes, raves, tribus urbaines ; retrouvaille frénétique de l’individu avec le groupe qui ne se confondent pas avec le communautarisme religieux ou ethnique et sont plutôt un retour à un avant de l’individualisme), Michel Mafesoli, revendique l’archaïsme de ce qu’il appelle l’esthétique tribale postmoderne. Il y voit la preuve du caractère précaire, « passager, incertain, flottant » de l’individu autonome de la modernité. Cette dernière est condamné a faire un place de plus en plus grande à l’expression d’un vouloir vivre qui pousse tout un chacun à chercher l’intimité, voire la promiscuité avec l’autre.

Avec ses promesses eschatologiques, ses icones et ses rituels, le totalitarisme se présente comme un « religion laïque » qui transforme le peuple en une communauté de fidèles. L’individu est broyé, absorbé et annulé dans l’état. D’où la compacité des régimes totalitaires dans lesquels les hommes deviennent masse, dans lesquels leur singularité est dissoute et écrasée…..Ces souvenirs doivent nous servir de repère. S’il est une certitude que nous ne devrions jamais oublier, c’est donc bien celle-ci : notre refus définitif de ce type de cohésion sociale et de lien.

Paroles du Prophète : celui qui voudrait gagner le centre du paradis doit tenir à la communauté, car le démon est avec l’homme isolé, mais il s’écarte de deux hommes unis. Ajoutons qu’en arabe classique « individu » se dit fard, mot qui désigne aussi une chaussure dépareillée.

L’état nation (en Europe) cède la place à un projet européen qui, dans un premier temps, accélère la déliaison démocratique.  La nouvelle communauté en formation est conçue comme un ensemble d règle pragmatique, censée promouvoir une réalité postnationale décentrée et ouverte à la différence.  A l’appartenance clairement identifiable (du citoyen à la nation) se substituera une appartenance multiple, aux contours flous, à la fois régionale, nationale et continentale. Demain peut être, pour le moment c’est la déliaison qui l’emporte.  Cette déliaison par le haut est concomitante d’une déliaison par le bas, celle qui résulte d’une communautarisation progressive des sociétés modernes.

L’image du carreau cassé : si la vitre n’est pas remplacée rapidement, une seconde puis un troisième subiront le même sort. Pourquoi cela ? A cause d’un puissant effet symbolique : les carreaux cassés signaleront un lieu sans loi. Or un tel lieu n’est plus perçu comme un espace partagé et soumis à la responsabilité de chacun.

Lipovetsky décrivait l’avènement d’un hédonisme joyeux, l’émergence d’une éthique légère et pragmatique, ou précaution et règlementation viendrait remplacer l’interdit et le devoir. Fini la pesanteur de « l’obligation ». L’individu rendu à son innocence entend jouir de la vie sans autres limites que celles fixées par sa propre responsabilité ; ou à la rigueur celles fixées par une loi neutre, c’est-à-dire débarrassée de tout moralisme.

Apres le 11/09 G. Bush renouait avec « une culture de la victoire » dont les historiens constataient l’inexorable déclin depuis 40 ans. L’innocence retrouvée passait par une externalisation du mal ; laquelle justifiait l’esprit de croisade. Le mal n’était plus chez nous, il devait être exterminé.  Cette innocence sans cesse perdu mais toujours retrouvée correspond au thème baptiste du born again, de la chute suivie d’une rédemption et d’une seconde naissance, qui est au fondement même de l’Amérique. C’est la frontière américaine ou le limes romain, marquant les limites du monde moderne : le « sauvage » devait cesser d’exister.

Le mot « pénitentiel » désigne ces manuels du Moyen Age qui énumèrent une hiérarchie des pêchés avec, pour chacun, une échelle de pénitence.

On célèbre ici les stratégies de séduction, mais on criminalise le harcèlement ; on s’insurge contre la censure mais on judiciarise tout ce qui touche aux mœurs ; on érotise la société (via la publicité) mais on réprouve la prostitutionnos sociétés deviennent de plus en plus répressive, tout en se grisant de rhétoriques libertines.

Le ressort de l’engagement politique consiste précisément en un refus du destin et de la fatalité historique.

L’historien Jean Flori récuse l’interprétation rabâchée qui consiste à voir dans le monothéisme abrahamanique un facteur d’intolérance belliqueuse  qui aurait battu en brèche les doux polythéismes de jadis. L’ennui de cette thèse est qu’elle ne résiste pas à l’examen. Attila et Gengis Khan étaient-ils monothéistes ? Les cités grecques, incroyablement belliqueuses n’étaient-elles pas polythéistes.

L’idée d’un dieu vaincu et crucifié est étrangère aux mentalités des francs, des Burgondes ou des Wisigoths. En convertissant ces peuples, le christianisme lui-même se barbarise. Les guerriers sont mieux considérés qu’auparavant. Par voie de conséquence le message chrétien s’infléchit jusqu’à s’éloigner définitivement du pacifisme originel. Une aristocratie militaire émerge bientôt qui s’allie avec l’aristocratie religieuse des royaumes francs. Tout se met en place pour une alliance durable entre « le sabre et le goupillon ». Au X et XIème  siècle apparaitront le « saints militaires »…

Il était une fois la paléoanthropologie – Pascal Picq – 2010

 

 

En revanche, dès qu’ils concernent les théories de l’évolution et ses mécanismes appliqués à l’homme, alors les présupposés inculqués par les religions et les philosophies exercent un effet déformant et détournent des principes les plus élémentaires de l’épistémologie scientifique.

[A propos de la defaite des français au baslet] Waterloo dans un gymnase, avec une ambiance délirante, orchestre et pom pom girls.

Les travaux expérimentaux montrent sans ambiguïté que la région au-dessus des orbites subit peu de contraintes [lors de la mastication], que ce soit sur les cranes d’hommes ou de gorilles. Si la région sus orbitaire n’est pas associé à une fonction  mécanique – l’usage des dents antérieures (incisives et canines) – chez les homos et les Neandertals, alors ce caractère aurait une signification structurelle, lié à la biologie du développement et plaideraient pour une différence au niveau de l’espèce.

On ne déduit pas la fonction a partir de la forme ; c’est la forme qui est la conséquence des fonctions.

1980 Yves Coppens et l’east side story : les origines de la lignée humaine à l’est de la vallée du rift. Au moment on se rend compte que Neandertal et homo sapiens sont contemporains, enterrent leurs morts et partagent le complexe culturel du Moustérien. Neandertal devient « Homo sapiens neanderthalis » (pour 10 ans…)

1988 les paranthropes (australopithèques robustes) descendant de Lucy sont réhabilités : comme les premiers hommes ils ont un cerveau plus gros, sont bipèdes, omnivores et utilisent des outils de pierre taillé.

1990 Les Neanderthals sont une autre espèce, sur la base de leur morphologie. Confirmé 10 ans plus tard par la paléo génétique.

1996 on trouve Abel au Tchad : il y a des australopithèque a l’ouest de la vallée du rift. Fin de l’East side story.

2000 Orrorin, au Kenya, a 6 millions d’année (confirme l’east side story).

2002 Toumai est trouvé au Tchad, 7 million d’année : il réfute l’est side story. Derniers ancêtres communs aux hommes et chimpanzés.

2009 Ardi en Ethiopie – squelette presque complet de 5.7 million d’année.  Notre origine est bien en Afrique.

1992 Les hommes de Damnisi en Georgie attestent d’une sortie tres anciennes des hommes aux alentours de 2 millions d’années.  Et des populations s’aventure dans le sud de l’europe (Atpuerca en Espagne).

La séquence linéaire en Europe, reprise par Leroi-Gourhan  vers 1950-60: Les homo habilis sont associés à l’Oldowayen ; les Homo erectus sont les artisans de l’Acheuléen (bifaces emblématiques) ; Neanderthaliens sont les hommes du Mousterien (outils sur eclats) ; homo sapiens sont les hommes du paleolithique superieur et de l’art préhistorique, des outils sur lame et aussi en os et en ivoire.

En 1980 : il existe des formes fossiles – les australopithèques – qui ont précédé les hommes modernes et les plus anciens outils ; les relations entre les groupes d’hommes et les cultures ne sont pas aussi univoques.

4 concepts réfutés par les théories modernes de l’évolution. L’essentialisme : l’homme est une entité ontologique à part, idée hérité de la philosophie et de la religion. Le scalisme : voit dans les espèces proches de nous (chimpanzé) une image de notre ancêtre commun. Le finalisme : assigne a la vie un but ultime : l’homme. L’anthropocentrisme : place l’homme au cœur du cosmos.

1994 Grottes chauvet a 30,000 ans. Des artefacts striés et enduits d’ocre révèlent des créations symboliques âgées de plus de 70,000 ans a Bomblos en Afrique du sud. Les fouilles de Tafforalt au Maroc : colliers de coquillages datant de plus de 100,000 ans. Une flute de Slovénie de plus de 45,000 ans (a une époque ou il n’y avait que des Neanderthaliens). Des 1980 on comprend que Cro-Magnon et Neanderthaliens ont été contemporains en Europe et qu’il y a eu des influences culturelles et technique entre eux, autrement dit acculturation.

1990 Altapuerca en Espagne : daté d 1.2M jusqu’aux âges des métaux. 32 individus des deux sexes et de tous ages datant de 300,000 ans. Au Kenya des dizaines d’ateliers de taille de pierre sont découverts. Ils datent de 2.6M. L’idée selon laquelle « l’homme ou le genre homo, c’est l’outil de pierre taillée » éclate définitivement.

1987 avènement de l’Eve mitochondriale et 1997 de l’Adam chromosomique fondés sur la comparaison de l’ADN. Eve et Adam proviennent bien d’Afrique, mais plus de 100,000 ans les séparent.

1990 L’arbre phylogénétique des gènes des populations humaines actuelles se superpose a celui des langues.

2007 une analyse comparée des génomes de l’homme actuel et d’un Neandertal révèle que ce dernier possède deux variantes du gène FOXP2 associé au langage : Neandertal avait donc l’aptitude de parler.

Il y a cependant une grave confusion entre les mutations qui modifient des comportements et l’idée que des gènes déterminent des comportements. Un fusible qui saute exprime le dysfonctionnement d’une installation, mais ce n’est pas le fusible qui fait fonctionner l’installation. Il en va de meme pour le gène FOXP2.

2010 : séquençage de la phalange de Denisova, au sud de la Sibérie, dans l’Altaï. Il a existé une autre ligné humaine en Asie, qui se forme il y a un million d’année. La même année le séquençage plus précis de l’ADN de Neandertal indique que tous les individus non africains possèdent 1 à 4% d’ADN de Neanderthal. Il y a eu des mélanges entre 500.000 et 80.000 ans, date a laquelle les deux espèces étaient trop différentes pour pouvoir avoir une descendance.

En ce qui concerne la lignée humaine, il importe de connaitre les comportements sociaux et cognitifs des espèces les plus proches de nous, les chimpanzés et autres grands singes. Il s’agit que reconstituer le « sociotype ancestral »

1950 des macaques de l’ile de Koshima s’empare de patates douces et les lavent dans l’eau, puis dans l’eau de mer. Ce comportement est imité et se diffuse, devenant un tradition. Les chercheurs japonnais parle de proto-culture.

Vers 1985 A Mahale ainsi qu’a Gombe, Itani et Jane Goodall sont les temoins de manœuvres délibérées de males coalisés qui agressent et tuent les males de la communauté voisine. Des comportement similaire sont observe a Kibale, en Ouganda.

Il s’avere que tous les grands singes hominoides sont capables d’inventer de nouveaux comportements, d’en faire des traditions et des cultures.

En 2010 Franz de Waal montre que l’empathie, la sympathie, le partage, les négociations et les entraides calculées ou non et des comportements autour de la mort se retrouve chez de nombreux grands singes.

La sélection naturelle n’est pas une loi en soi. Il n’y a sélection que dans le cadre de relations entre les individus et leur milieu. Ce n’est pas la loi du plus fort. La sélection naturelle exprime tout simplement le fait que certains individus laissent une plus grande descendance que d’autres.

L’expression de Jacques Monod «  le hasard et la nécessité » devient plus précise. A la variabilité des mutations – le hasard – s’ajoute celle de contrainte et de plasticité associées à la génétique du développement. Quand a la nécessité, il s’agit toujours de la sélection naturelle mais aussi de la sélection sexuelle, sachant que l’histoire de la vie est contingente. Autrement dit des lignées et des plans d’organisation ont pu être sélectionnés au cours de l’évolution à la suite de catastrophes ou de goulots d’étranglement. Depuis 1990 on parle de la théorie évo-dévo pour évolution et développement dans la cadre des contraintes phylogénétiques et en s’appuyant sur les avancées de la génétique du développement.

Depuis 20 ans, j’ai introduit la reconstitution de la vie sociale de nos ancêtres en prenant en compte les avancées sur l’éthologie comparée des grands singes. Le fait que nous partagions des comportements sociaux avec les seuls chimpanzés implique qu’ils nous ont été légués par une dernier ancêtre commun. Nous partageons un héritage comportemental commun.

L’idée de la psychologie évolutionniste est que nos capacités cognitives et nos caractéristiques cognitives auraient en partie une signification adaptative, qu’elles découleraient de l’évolution (on sort enfin de l’instinct contre l’acquis). Il ne fait aucun doute qu’une partie de nos caractères psychologiques a été sélectionné.

Le jeux complexe des interactions entre biologie et culture s’appelle la coévolution. La maitrise du feu et de la cuisson il y a 600,000 ans, qui s’accompagne d’un accroissement du volume cérébrale, comme l’invention de l’agriculture, qui entraine une diminution de la taille corporelle, sont deux exemples.

Phylogénétique , epigénétique ??

Les jeunes grands singes élevés par les hommes tendent à marcher plus volontiers debout tandis que les enfants humains abandonnés des hommes se déplacent à quatre pattes. Les jeunes hominoïdes naissent avec la possibilités d’un répertoire locomoteur impliquant des aptitudes à la brachiation, à la bipédie et à la marche quadrupède ; nous possédons des neurones miroirs qui nous portent à imiter les autres.

Si, comme l’admettent de plus en plus de paléoanthropologues, le genre Homo apparait avec homo Ergaster, alors le genre Homo au sens strict voit le jour environ 500,000 ans après les plus anciens outils de pierre taillée.

Les observations des trois dernières décennies sur les chimpanzés et les orangs-outans dans leurs habitats naturels ont mis en évidence des traditions culturelles. On parle de « primatologie culturelle. ». Il existe des différences culturelles entre les populations de chimpanzés puisque certaine se contentent d’un type de noix alors que d’autres en sélectionnent plusieurs. D’autres part si dans certaines communautés, les chimpanzés utilisent des pierres (pour casser les noix), ailleurs les individus emploient de gros bout de bois.

 

L’emprunt, la diffusion, l’adaptation et la transmission des techniques constituent les éléments fondamentaux des cultures. Les chimpanzés en font preuve….

Chez les chimpanzés, ce sont les femelles qui utilisent le plus toutes sortes d’outils, qui innove et qui transmettent à leurs jeunes. On peut espérer en terminer avec l’homme, c’est « l’outil de pierre taillé= l’homme-mâle-chasseur »…

L’orang outang s’est séparé de la lignée des grands singes il y a 13 million d’années. Cela signifie que la superfamille des hominoïdes possède dans ses bagages phylogénétiques les capacités cognitives d’inventer et de transmettre des comportements culturelles.

Si l’on se réfère à l’éthologie des chimpanzés, il s’avère plus probable que les outils et les éclats aient d’abord été produits fortuitement par des femelles pour accéder à des nourritures végétales et que par la suite la fonction « couper » soit devenu de plus en plus employée, conduisant à la fabrication voulue de ces éclats.

Pourquoi les singes n’utilisent pas d’outils pour découper une carcasse (alors qu’ils utilisent des outils pour casser les noix) ? La spécialisation sexuelle est peut-être la réponse : les femelles utilisent des outils pour accéder a de la nourriture végétale alors que les mâles, plus enclins à chasser, et moins habitué à l’usage de l’outil, n’ont pas l’idée de procéder ainsi.

La canine ne sert pas à déchirer les chairs, mais à perforer, transpercer et trucider les proies.

Chez les lémuriens elle sert à l’épouillage, une fonction importante chez les primates. La canine chez les simiens n’intervient jamais dans des fonctions alimentaires, mais sexuelles. Le dimorphisme sexuel des canines ne sont aucunement corrélés au régime alimentaire.  Les espèces a harems polygynes – un male plusieurs femelles – sont nantis de canines très saillantes.  Elles sont longues – et fragiles – et servent essentiellement pour intimider les concurrents.  Pour les espèces monogames, la taille des canines est identique chez le male et la femelle. Ce n’est pas la taille des canines qui compte mais la différence relative entre males et femelle.

Si les arbres ont acquis des défenses qui protègent leur feuilles, ils ont développés un mode de reproduction qui passe par la production de fleurs pollinisées par des insectes, ce qui donne des fruits dont la dispersion de graines est assurée par les oiseaux et les singes. La compétition entre les arbres donne des espèces capables de produire des fruits de plus en plus riches en sucres, ce qui attire les singes dont le gout est de plus en plus sensible. C’est la coévolution.

On ne chipe pas le travail des autres chez les chimpanzés, ce qui induit des mœurs plutôt aimable.

La capture étant faite (chez les chimpanzés), c’est celui qui a saisi la proie qui distribue les portions. Même les individus hiérarchiquement dominants doivent attendre leur tour.

Les chimpanzès sont les seuls a rechercher des associations de gouts, mélangeant certaines feuilles avec des morceaux de viande pour susciter une autre saveur. La cervelle constitue la part du chef que se réserve le leader de la chasse. C’est la partie qui contient le plus de matière grasse. Sucres et matières grasses sont des ressources rares dans la nature et les plus recherchés . En raison du plaisir qu’elles procurent, elles créent une incitation à anticiper et à agir individuellement et collectivement. Elles participent ainsi au développement des jeux sociaux.

Les paranthropes présentent des adaptions que l’on croyait propres à l’homme, comme un cerveau relativement plus développé et l’usage d’outils en pierre taillée, tout en ayant un régime végétarien.

Les hommes au sens stricte arrivent avec Homo Ergaster autour de 2 millions d’années. Très vite ils se retrouve en Asie et en Europe. La viande étant la seule nourriture qu’on trouve sous toutes les latitudes et à toutes les époques, cela facilite l’expansion géographique. Sa taille et ses outils en font un prédateur redoutable. A cela s’ajoute l’usage du feu des 1.5 million d’années et sa maitrise à partir de 700,000 ans.

Le déplacement de la moyenne (espérance de vie) vers des âges plus tardifs ne signifie pas que l’espérance de vie de notre espèce léguée par l’évolution à augmentée. Ce qui a changé, c’est la distribution au sein de cet intervalle.

Depuis 30 ans l’homme semble avoir accepté le fait qu’il ne pourra jamais totalement maitriser la nature et qu’il lui faut plutôt construire en respectant l’environnement. C’est un véritable retournement de la pensée entre un habitat qui protège de la nature à un habitat qui protège la nature (NDLR : nonsense!!??) . C’est un changement de paradigme et cela concerne toutes nos actions.

Face a une crise, une attitude consiste a se recroqueviller, à protéger les acquis en demandant des décisions protectionnistes. Cela peut aider un temps, mais jamais longtemps, car l’isolement dans l’évolution, c’est l’avant dernière étape avant l’extinction.

Le mécanisme de l’évolution repose sur 3 faits : chez les espèces sexués les individus sont différent les uns des autres, les caractères qui les différencient sont en partie héréditaires, un facteur limite les effectifs des populations qui, sinon, envahiraient toute la Terre.

La sélection naturelle n’a rien à voir avec la loi du plus fort (des idées caricaturales forgées par Spencer). Cela signifie que certains individus laissent une plus grande descendance que d’autres : c’est le succès reproducteur différentiel.

Quand l’histoire commence – Bertrand Badie – 2012

 

Badie

La fin de l’histoire comme une obsession dans la tradition intellectuelle occidentale. On ne sait pas trop parfois si c’est un anéantissement ou une libération.

Kojève : les relations internationales auraient été entièrement comprises dans le heurt multiséculaire des Etats.

Fin de l’histoire alors ? Comment en douter si les souverainetés s’effacent, si les confrontations disparaissent, si les résistances nationales s’estompent….Cette peur du vide imaginé, mais ultra-simplifié, peut a son tour devenir une source banale de programme politique : sauvons la nation, rappelons le principe de non-ingérence, contenons la multilatéralisation, réhabilitons les frontières…

La paix de Westphalie qui mit fin en 1648 à la guerre des trente ans et officialisera au moins dans les principes, l’idée de souveraineté comme piliers de l’ordre international. L’idée-clé : l’international serait « guerre » et non pas « paix ». Les princes étaient les meilleurs alliés de cet accomplissement hégélien voyant dans l’affrontement les meilleurs raisons de consolider leur pouvoir. On est bien a Europe, et c’est la seule histoire européenne qui se trouve évoquée. C’est un imaginaire assurément peu partagé par la Chine, ni les Etats Unis…

Il apparait que les échecs essuyés par les plus fragiles nourrissent les revers des plus puissants… dans ce passage insensible à un monde ou l’échec des uns fait aussi le malheur des autres. Cette découverte, inavoué par beaucoup, de « biens communs » et d’un jeu international à somme non nulle, habilite l’idée de solidarité dans son sens étymologique : celui de la participation à un tout dont chacun est tributaire. Elle disqualifie l’égoïsme, présenté par les réalistes comme l’inévitable penchant de tout Etat, alors que l’altruisme devient, dans le nouveau monde, non pas une posture morale mais un comportement rationnel et même utilitaire.

On ne vit pas la fin de l’Histoire mais bel et bien celle d’une histoire.

Aujourd’hui les relations internationales se confondent enfin pleinement avec l’aventure humaine : marginalisées jusque-là, les sociétés entrent dans l’espace mondial…

Nous changeons de monde : la tectonique des sociétés l’emporte sur le choc des Etats. Sans disparaitre bien sûr, celui-ci …devient plus réactif que proactif (sur le scène internationale). Que valent des diplomaties d’Etats face à la complexité sociale qui se dissimule derrière les conflits africains.