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Le Bonheur avec Spinoza – Bruno Giuliani – 2011

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Spinoza est à ma connaissance le seul à avoir apporté une réponse satisfaisante à la grande question socratique : comment bien vivre, non seulement individuellement, mais tous ensemble ?

Il résout l’énigme ontologique : pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Il élucide l’énigme cosmologique : comment expliquer l’ordre du monde ? Il éclaire le mystère éthique : quel est le sens de la vie ? Il offre les bases de la sagesse politique : comment créer une société juste ? Enfin il solutionne le paradoxe central de la condition humaine : que nous soyons à la fois toujours perfectibles et toujours parfaits.

Spinoza est le fondateur de la philosophie de l’immanence, ou philosophie de la joie (du Divin, de la vérité, de l’amour et pourquoi pas de l’Eveil) : la vérité du monde est accessible à l’humanité grâce à l’éveil de la conscience.

Philosophe du Pantheisme, il démontre que Dieu est tout. Tout ce qui existe est donc parfait, et même divin…

L’univers ne peut être rationnellement conçu que comme un système géométrique dans lequel tout est relié à tout dans une harmonie parfaite.

Quand nous pensons de manière adéquate, c’est dieu qui pense en nous, ce qui apporte ainsi une explication à la fameuse boutade d’Einstein : « ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. »

Eudémonisme : doctrine philosophique posant comme principe que le bonheur est le but de la vie humaine.

Spinoza reste insupportable pour beaucoup parce qu’il détruit avant Nietzsche toute possibilité d’une morale. L’unique source des valeurs est la joie présente.  Il faut sortir des oppositions stériles de la morale (bien/mal) et favoriser l’éveil de la conscience à la véritable nature de la réalité.

Comment transformer nos tristesses en gaieté, nos peurs en sérénité : par la joie de comprendre leur cause. Comprends le monde à partir de sa véritable source et tu deviendras de plus en plus sage, libre et heureux.

Lorsqu’on raisonne correctement on s’aperçoit que tout ce qui existe est l’expression de l’unique énergie-conscience cosmique impersonnelle qui constitue toute chose et dont toute réalité particulière émerge. Rien n’est absurde. Tout est parfaitement organisé. Tout a un sens. Tout est compréhensible par notre « divine »intelligence naturelle : l’intuition (perception immédiate et directe).  La substance infinie que Spinoza a choisi d’appeler Dieu (ou son équivalent la nature) est le fond invisible et sans forme de toute réalité. Ce que les sages de l’Inde nomment Brahman.

Spinoza fait voler en éclats le dualisme en affirmant l’existence d’une seule réalité qui est tout simplement l’expérience vivante de la conscience d’être que nous connaissons à chaque instant quand nous nous contentons de vivre le monde dans l’éternité du moment présent en pleine conscience (et non a la penser en catégories du langage)

J’ai compris le sens de la « joie active » qui est au cœur de toute l’Ethique et dont la porte d’entrée est l’enthousiasme serein autrement dit la foi.

La Vie est la force cosmique qui organise l’Univers – elle désigne la source et la substance de tout. Elle est aussi la sensation d’être vivant, l’expérience sensible que chaque conscience peut faire à chaque instant.

Spinoser (de Spinoza et de oser) serait oser entrer dans une véritable spiritualité – la mystique- sans renoncer à la philosophie – la raison.

 

Avec Spinoza, nous n’avons plus à choisir. Plus de choix entre idéalisme et matérialisme, entre dogmatisme et scepticisme, entre ontologique et phénoménologie…chacune de ces positions apparait avec Spinoza comme autant de visions partielles d’une seule et même réalité que l’Ethique permet de comprendre.

L’Ethique nous propose de rejoindre le réalisme : comprendre le réel par la science et faire de son mieux par l’éthique du dialogue pour favoriser le bonheur de tous.

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L’éthique dans tous ses états – Axel Khan – 2019

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L’éthique c’est l’interrogation sur la vie bonne et sur les valeurs qui la fondent. Interrogation signifie la réflexion mais aussi les actions dont le but est de suivre cette vie bonne, le chemin correct, mais aussi ce qu’il convient de faire. Plus précisément, ce qu’il convient de faire lorsque la réponse n’est pas uniquement déterminée par l’intérêt que l’on peut y trouver. (NDLR : ou la contrainte ?)

L’éthique concerne des questions que la déontologie, la jurisprudence, la loi n’ont résolues. Il constitue le moyen de se positionner  entre ce bien et ce mal laisser à notre libre arbitre. L’éthique est sollicitée afin de choisir la « meilleure option », souvent en fait la « moins mauvaise ».

L’éthique est la pensée et l’action sur la vie bonne et les valeurs qui la fondent, sachant que ces valeurs font forcement appel au bien et au mal, c’est-à-dire la morale.

Gilgamesh, l’enfant sauvage, Frankenstein diffusent une même leçon ; pour être humain, il faut être humanisé par l’autre que l’on humanise soi-même. N’est-ce pas la preuve que la pensée éthique repose sur un socle universel et éternel, la valeur de l’autre ? Est-ce que l’ancienneté des valeurs morales n’est pas contestable ?  Cela me semble invalider l’hypothèse d’une radicale relativité des bases morales de l’action bonne.

Toutes espèces vivantes se caractérisent par une potentialité génétiquement déterminée ; mais pour que surgisse la flamme de l’humanité, l’ensemble de ces potentialités doivent s’exprimer dans le cadre d’un échange entre sujets. Et la théorie de l’évolution veut que ce qui autorise cet échange mutuellement humanisant soit favorisé.

A partir du moment où grâce à vous j’ai eu accès a une certaine capacité mentale (et vice versa), c’est qu’il doit exister entre nous une certaine réciprocité.

Si de manière très ancienne (Gilgamesh), sans doute consubstantielle à l’apparition des premiers groupes humains, il existe un noyau de valeurs morales, c’est qu’il est à l’origine de l’humain lui-même !

Quelles que soient les époques, les civilisations, nuire à l’autre est mal, secourir l’autre est bien.  L’application et le champ de la valeur de l’autre peuvent varier. Mais ladite considération, en aucun cas. C’est à elle que l’homme doit avoir émergé. Toute l’histoire de l’humanité s’emploie vers la tentative d’universaliser la notion d’humanité et les valeurs qu’elle implique.

Léguer demain à l’humanité une terre compatible avec l’accomplissement d’une vie authentiquement humaine. Voilà une injonction éthique fondamentale.

L’exigence éthique commande de penser l’éthique dans le monde tel qu’il est.

L’argent est éthique lorsqu’il a une finalité éthique.

Qu’elle est la valeur éthique de la Fondation Google de lutte contre la pauvreté quand l’entreprise Google échappe à ses devoirs fiscaux ?

Cette pensée selon laquelle l’organisation économique de la société doit en pratique faire l’économie du concept de bien commun a si bien triomphé qu’elle met en danger le squelette même du libéralisme, c’est-à-dire sa soutenabilité par des populations confrontées à des inégalités inacceptable.

L’arrivé d’Hitler aux élections de 1933, le FIS en Algérie en 1992 (suivi par 10 ans d’une guerre civile et 200,000 morts). Au nom de la démocratie, fallait-il prendre ces risques? Je ne le crois pas, mais j’ai  conscience de la fragilité de ma position. Cette tension sur la démocratie et l’approche éthique qu’elle sollicite est une immense difficulté, elle ne connait pas de réponse manichéenne.

L’activité électrique des cellules et des connexions cérébrales mettent en exergue l’existence d’un signal qui se déclenche environ 350 millisecondes avant que la personne prenne conscience de  l’acte qu’elle va engager, et encore 150millisecondes avant l’action elle-même. Des casques capables de percevoir le premier signal « préconscient » sont expérimentés.

Dans cet intervalle se concentre l’expression possible d’une conscience morale, la manifestation de la responsabilité qui en découle. Court-circuiter ce temps signifierait déshumaniser le soldat.

On ne peut totalement négliger la grille de lecture utilitariste de la légitimité éthique, celle qui prend en compte la somme algébrique des bienfaits et des méfaits pour considérer ce qui au total l’emporte. (Ex. attentat contre Hitler, utilisation de violence pour atteindre des effets heureux)

De façon générale, réparer un corps blessé et augmenter un corps bien portant relèvent de deux finalités bien différentes : Corriger des inégalités de nature, comme dans le domaine du handicap, confère aux progrès de la science une dimension éthique ; créer de nouvelles inégalités, ce à quoi aboutirait le transhumanisme, possède une autre connotation.

La conscience de soi est parfaitement accessible à une machine. Les machines pourront développer une conscience d’elle-même et, sans doute, de nous.

Morales Provisoires – Raphaël Enthoven – 2018

 

Les hommes endurent aisément ce qu’ils peuvent comprendre. Mais ils restent cois devant le drame qu’il leur tombe dessus. Et, pour surmonter l’épreuve, se doivent d’interpréter la catastrophe comme un message qui leur serait destiné.

L’enjeu, en politique, n’est pas de dire la vérité, mais de sauver les apparences.

Quand c’est un désert qu’on déserte, est-on encore un déserteur ? (la défection de Manuel Valls du PS)

Marx et Engels : « ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience » : les idées que nous croyons avoir tout seuls nous sont, en réalité, dictées par notre situation dans le monde et les rapports de forces auxquels nous sommes exposés.

Un socialiste libéral (ou un libéral de gauche) se résout à l’existence des inégalités mais il refuse l’accroissement des inégalités, car la justice sociale est, à ses yeux, une condition de la liberté. Rawls : « les inégalités sociales et économiques sont autorisés a condition qu’elles tournent à l’avantage du plus mal loti ».

Aucun passé n’est plus lointain que celui qui vous rappelle, impitoyable, que, vingt ans plus tard, « vingt ans » se dit vintage.

Catachrèse : emploi abusif d’un mot qui a survécu aux circonstances de sa naissance. Quand vous démarrez, vous n’enlevez pas vos amarres…

Les émeutes de Watts au milieu des années 1960 : J’appelle « société de provocation » toutes sociétés d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses…. Tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu’elle provoque a l’assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu’elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit.

Twitter : un vacarme de pépiement insipides, où les idées reçues côtoient les lieux communs, ou la virulence donne l’illusion de la liberté, ou le débat des idées est remplacé par leur juxtaposition conflictuelle.

Facebook revendique 2 milliards d’utilisateur (2017). Nietzsche à la fin du XIX : « Grace à la liberté des communications, des groupes d’hommes de la même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées (Fragments posthumes).

Le négationnisme:  c’est un tour de passe-passe qui consiste a présenter comme solide une thèse non réfutée (irréfutée seulement parce qu’elle est délirante) et qui, renversant la charge de la preuve, considère (à tort) qu’on a raison tant que personne ne nous a donné tort.

On choisit un médecin, un cordonnier pour leurs compétences. La politique ne doit pas échapper à cette exigence de compétence. Les affaires publiques supposent, elles aussi, un savoir spécifique.

L’idée fausse que puisque la politique est l’affaire de tous, alors elle peut être le métier de chacun. Bref, le dévoiement de la sublime égalité des droits en l’absurde équivalence des compétences.

Christine Lagarde, coupable par négligence de n’avoir pas étudié toutes les possibilités de recours contre Bernard Tapie, mais dispensée de peine par la cours de justice au nom de sa « personnalité » et de sa « réputation internationale ». Un tel verdict est le cauchemar de toute personne qui n’a pas renoncé à soutenir les institutions républicaines à l’ère du soupçon généralisé.

Pourquoi aucun des candidats à l’élection présidentielle n’échappe-t-il au rite du salon de l’agriculture? Le mythe de l’authenticité agricole contre la fourberie citadine remonte à Jean Jacques Rousseau, qui le premier transforme l’innocence primitive en arme politique («la nature ne ment jamais»).

La plus haute sagesse est de consentir à ce qu’on est. Et d’aimer mieux « les choses moyennes, comme dit Montaigne, que les éminentes».

La tolérance peut-elle, sans se nier, tolérer ce qui la contredit ? Si la tolérance tolère tout, elle doit tolérer l’intolérable. Quand la tolérance interdit ce qui la contredit, elle se contredit elle-même, mais quand la tolérance tolère ce qui la contredit, elle se tire une balle dans le pied. Que choisir ? Les deux. La tolérance impose de tolérer les deux visions de la tolérance. C’est un débat sans fin entre la défense d’un principe et le refus de toute défense.

On ne peut pas défendre la liberté tout en s’indignant que X (ou Y) en fasse l’usage qui nous déplait. La liberté n’est pas réductible à ce qui est souhaitable.

Vers une sobriété heureuse – Pierre Rabhi – 2010

 

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1960 – « la France s’ennuie » lisait-on parfois dans la presse. Contrairement à aujourd’hui la jeunesse avait un avenir assuré. Elle ressentait néanmoins un étrange malaise, comme si les excès de l’avoir abolissaient les besoins de l’être, la société de consommation créant simultanément besoins et frustrations.

Cette jeunesse pressentait la confiscation de sa propre créativité par une société matériellement trop sécurisante, et pétrifiée dans un fait accompli à caractère, semblait-il, irréversible.  Cette jeunesse aspirait probablement à un destin auquel le risque, l’inconnu donne sens et saveur.

La joie de vivre est une valeur suprême à laquelle nous aspirons tous, mais que des milliards de dollars ne peuvent offrir.

Appartenir à une terre est un impératif vital pour tous les peuples.

Aujourd’hui, à la culture vivante s’est substitué l’encyclopédisme, un amas de connaissances et d’information dignes des jeux télévisés, qui ne construisent rien d’autre que des abstractions, et ne procurent pas une identité culturelle originale, reliée à quoique ce soit de pérenne. Tous est de plus en plus provisoire et éphémère au cœur d’une frénésie en évolution exponentielle.

Mais les acquis positifs (de la modernité), au lieu de venir enrichir les acquis antérieurs, en ont fait table rase, comme si le génie de l’humanité n’avaient été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition. C’est à cette arrogance totalitaire que nous devons l’uniformisation et la standardisation du monde d’un pôle à l’autre.

La modernité semble percevoir la réalité d’une manière fragmentée et mécaniste, appelant à une prolifération de spécialistes, ce qui est contraire à la vision unitaire et interdépendante qui est celle de l’écologie.

La liste serait longue de tous les superflus qui ont précipité l’histoire dans les pires convulsions, au détriment du nécessaire.

L’anthropologie a considérablement progressé dans le déchiffrage du phénomène humain, mais beaucoup reste à faire. [Il rejette pourtant l’approche ‘fragmentée des spécialistes’ ci-dessus]

Mais il est impératif d’œuvrer pour que les choses évoluent vers la cohérence, et que l’incohérence ne soit plus la norme et encore moins une fatalité. Il ne faut surtout pas minimiser l’importance et la puissance des petites résolutions qui contribuent à construire le monde auquel nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer.

Rajid Rahnema « Quand la misère chasse la pauvreté » : les mécanismes de l’immodération, qui engendre la misère. La terre, de mère nourricière devient pourvoyeuse d’argent, lequel est responsable de la destruction d’organisation sociale séculaire, et des inégalités.

Toutes les disciplines scientifiques réunies ne peuvent nous éclairer [sur le sens de la vie]. Elles ont cependant le mérité de mettre en évidence l’impossibilité pour la pensée, de nature limitée, de nous permettre l’accès à une réalité de nature illimitée. Cependant elle peut nous conduire aux rivages de l’inconnu. Elle s’apaise alors, découvre la sobriété et nous introduit à la contemplation dénuée de tout questionnement sans objet.

La vérité semble préexister à tout ce qui existe : une approximation intuitive, et sous l’aiguillon d’un doute permanent, la puissance du divin. [Rabhi est spinosant !]

Nicholas Georgescu-Roegen : la décroissance soutenable, qui produit du bonheur avec de la modération.

La société est à l’évidence de plus en plus anxiogène. Et cela va s’amplifier en même temps que le ravage de la biosphère et l’indigence dont est responsable l’avidité accrue du genre humain.

www.terre-humanisme.org

 

 

Mon dîner chez les cannibales – Ruwen Ogien –  2016

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Dans une société à forte ségrégation sexuelle, les femmes peuvent ne pas être malheureuses du fait qu’elles soient moins éduquées que les hommes. Elles peuvent estimer que c’est normal et même que c’est une bonne chose. […] Si le seul critère de la justice sociale est le bonheur, il faudra admettre qu’une société peut être juste même si elle est profondément inégalitaire ou esclavagiste : il suffirait que les plus pauvres ou les esclaves ne s’y sentent pas malheureux.

Même si l’accroissement de la richesse des plus démunis au-delà d’un certain seuil ne contribue nullement à augmenter leur bonheur, ce n’est certainement pas une raison suffisante de ne pas militer en sa faveur.

Les inégalités de revenue etc. ne sont pas toujours injustes car elle sont souvent la sanction de choix individuels défectueux ou la récompense du mérite. Je ne (le) pense pas.

Les libertariens : les inégalités résultent de transactions consenties par les parties, elles ne sont ni injuste ni dépourvues de valeur morale. Objection : difficile de savoir si l’acquisition initiale ou le transfert de richesse était juste (et équitable), une quantité considérable de biens ont été acquis par le vol, l’exploitation massive, l’esclavage…

Les sociaux-démocrates : les inégalités sont moralement justifiées quand elles sont a l’avantage de la société et qu’elles profitent aux plus défavorisés. Objection : les pauvres pourraient avoir intérêt a vivre dans un société inégalitaire si leur condition matérielle y était meilleure. La conception social-démocrate réduit la justice sociale aux conditions matérielles : il y a toutes sortes de raisons de préférer une société plus égalitaire même si notre condition matérielle y serait plus mauvaise.

La justification social-libérale : les inégalités ne sont pas injustes quand elle engage la responsabilité des personnesObjection : il y a des limites très clair à ce raisonnement : un citoyen bourré d’alcool sans permis ni assurance et planté contre un arbre devrait être abandonné sans assistance car il est responsable. Aucun social-démocrate ne va jusqu’à la.

Aucune des trois justifications morales n’est donc bonne.

La pente « glissante » ou « fatale ». Un exemple : si on autorise le mariage gay, on en viendra nécessairement à admettre les unions de groupe, le mariage polygame, les familles incestueuses etc. Le même argument existe pour la consommation du cannabis ou l’euthanasie. L’histoire démontre que les pentes glissantes ne le sont pas tant que cela (exemple l’avortement n’a pas favoriser l’infanticide). On peut être disposé à accepter que certains engrenages sont dangereux, mais il faut aussi savoir pourquoi – la « « pente glissante » ne donne pas de raison.

Argument similaire : « aller contre la nature ».  Il aurait pu être utilisé contre la pilule contraceptive, les transplantations d’organes, la vie en ville gigantesques…c’est un argument avancé pour rejeter les revendications des couples de même sexe au droit de fonder une famille (loi naturelle, nécessité psychologique d’avoir deux parents…). Or les études empiriques ne semblent pas confirmer l’existence de différences significatives du point de vue émotionnel, cognitif, social ou sexuel entre les enfants de couples homo et hétérosexuels.

Il faut distinguer le choquant, l’immoral et ce qui devrait être interdit par la loi : il est choquant de nettoyer les toilettes avec un drapeau national, mais ce n’est pas immoral ni punissable par la loi.

La pente fatale,  la mise en garde de jouer contre la nature, le glissement du choquant a l’immoral n’exprime rien qu’un « principe de précaution » moral, utilisé par les plus conservateurs pour exclure tout changement social.  Il a servi à justifier l’esclavage, l’inégalité sociale, la discrimination raciale, l’assujettissement des femmes, le refus de décriminalise l’homosexualité. Son pedigree n’est pas très glorieux.

A la suite du referendum de 2012, la distribution et consommation recreative du cannabis est libre au Colorado. La fin de l’illégalité n’a pas été suivie d’une disparition du désir d’en consommer : elle a provoqué une explosion de l’offre et de la demande. Un tourisme du plaisir s’est développé rapidement, la criminalité a diminué. Pour le philosophe, la question est : est-ce une bonne chose? Pour Hannah Arendt, la loi ne doit pas prétendre nous protéger contre nous-mêmes (mais seulement contre autrui).  L’accès au cannabis  peut s’appuyer sur la liberté qu’a chacun de se nuire à lui-même.

Les philosophes moraux sont-ils moraux ? Non. Il n’y a aucune relation entre le fait de pratiquer la philosophie moral et celui de conduire comme un saint.  Les spécialistes des questions éthiques devrait rendre leur livre de bibliothèque en temps : ce n’est pas le cas, les livres d’éthique sont volés ou non-restitués deux fois plus… Pratiquer la philosophie morale n’est pas un certificat de bonne conduite ou une garantie d’être un bon juge des questions morales.

Le miracle Spinoza – Frederic Lenoir-2017

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Comment cet homme a-t-il pu, en moins de 2 décennies, édifier une construction intellectuelle aussi profonde que révolutionnaire ?

Il libère l’esprit humain des traditions et des conservatismes.

Spinoza place la raison au centre de tout.

L’homme n’est pas un ‘empire dans un empire’, il est une partie de la nature.

Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre.

L’ignorance est la cause de tous les maux, comme l’affirmaient déjà le bouddha et Socrate.

La recherche du ‘bien véritable’ est l’essence même de la quête de la sagesse selon les anciens : un bonheur profond et durable que l’on peut obtenir en devenant indifférent aux événements extérieurs.

L’œuvre de Descartes a exercé une influence considérable sur Spinoza. Mathématicien et physicien, Descartes a cherché a émanciper la philosophie moderne de la théologie chrétienne.

Spinoza ne cesse de s’interroger sur les raisons qui font que le peuple préfère souvent être asservi a un pouvoir fort plutôt que de s’émanciper au sein d’une république tolérante et libérale.

La religion comme « les vestiges d’un asservissement antique de l’esprit », fondée sur la superstition qui nous aide a conjurer la crainte et à allumer l’espoir dans une vie incertaine.

Le discours prophétique ne doit jamais être pris à la lettre, mais toujours interprété, relativisé, précisément parce qu’il est relatif au mode de vie du prophète. C’est la raison pour laquelle les prophètes divergent entre eux sur de nombreux points.

Dieu a élu les Hébreux parmi les autres nations pour les exhorter à la connaissance de la loi et a cause de la « puérilité de leur esprit ». Comme il ne pouvaient accéder à la véritable béatitude par les lumières naturelles de la raison, il fallait, en les flattant, les inciter a suivre la loi divine qui se résume dans la pratique de la justice et de la charité.  L’élection du peuple hébreu comme un artifice pédagogique.

Dieu comme les lois universelles de la nature : une telle conception est aux antipodes de celle dominante chez les juifs et les chrétiens, qui imaginent un Dieu extérieur, doué de sensibilité et de volonté à la manière humaine.

Notre souverain bien et notre plus grande félicité consistent dans la perfection de notre esprit.

On peut considérer Spinoza comme le fondateur de l’exégèse moderne. Sa méthode propose trois critères : maîtrise des langues dans lesquelles les écritures ont été rédigées ; regrouper les thèmes abordés et révéler les contractions et ambiguïtés, recueillir le maximum d’informations historiques sur la période. Il conclut que la Torah n’a pas été écrite par Moise mais par un prêtre (Esdras) bien plus tard qui ramena des juifs de Babylone vers la Judée en 459 avant notre ère, dans un soucis de revivifier la religion juive.  Cette interprétation fait aujourd’hui l’unanimité chez les savants.

Ce qui frappe dans le discours du Christ, c’est que cet homme simple, qui n’a reçu aucune éducation poussée, ne prononce que des paroles véritables, profondes et universelles. Au fond, le Christ incarne le modèle du sage.  L’essentiel du message de Jésus allait ressurgir dix-huit siècle plus tard, de manière laïcisée et contre les Eglises, a travers la morale universelle des droits de l’homme.

Selon Spinoza, c’est le particularisme des juifs et leur refus de s’assimiler qui suscitent l’antijudaïsme. De la dire que les juifs sont responsables de leurs malheurs, il n’y a qu’un pas (que Spinoza ne franchit pas). En fait, Spinoza fait personnellement  peu de cas de l’identité juive. Il se sentait citoyens du monde par la raison.

Il propose un dépassement de toutes les religions par la sagesse philosophique, qui conduit a un « amour intellectuel » de Dieu. La religion est utile a ceux qui ne peuvent accéder a la compréhension des décrets éternels de Dieu par la raison.

Le traite théologico-politique : il s’agit de démontrer que la meilleure organisation publique est celle qui laisse a chacun la liberté de croire, de penser et de s’exprimer. La démocratie n’est pas nécessairement le système le plus vertueux d’un point de vue moral, mais c’est le plus efficace, le plus à même d’assurer la cohésion sociale.

« Ce qu’on ne peut interdire, il faut nécessairement le permettre, malgré le dommage qui en résulte souvent. »

Il a perçu les limites de nos démocraties : le manque de rationalité des individus qui suivent la loi plus par peur de la punition que par adhésion profonde.

Spinoza avait compris, trois siècles avant Gandhi, que la véritable révolution est intérieur et que c’est en se transformant soi-même (en délaissant les émotions au profit de la raison) qu’on changera le monde.

Deleuze : Spinoza fait de la philosophie a coup de marteau (il touche a la morale, aux sentiments établis)

A la suite de Descartes, Spinoza est convaincu que la structure du monde est mathématique, et que l’exposition d’un problème et de sa solution sera d’autant plus parfaite qu’elle  aura une forme géométrique.

Marcel Maus : le don et le contre don, les humains échangeaient des biens avec les Dieux, en échange d’une protection divine. On passe de croyances polythéistes – ou tous les dieux sont égaux, à l’hénothéisme (un Dieu est supérieur aux autres – Egypte, Grèce) au monothéisme.

« la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance » Pour lui, la religion est superstition destinée a rassurer l’humain fondamentalement mû par les affects de crainte et d’espoir.

Spinoza identifie Dieu à la nature « Deus sive Natura » entendu comme le cosmos entier dans toutes ses dimensions, visibles et invisibles, matérielles et spirituelles.

Chaque pensée ou idée est donc un mode singulier et concret de l’esprit infini, comme chaque corps et chaque chose est un mode singulier de la matière infinie.

La nature est réglée par des lois immuables (« les décrets de Dieu »). Ce déterminisme rend tout aussi absurde la notion de pêché que celle de miracle, et il n’est pas sans poser de questions essentielles sur la liberté humaine.

C’est une vision moniste du monde – Dieu et le monde ne font qu’un.

L’itinéraire de la sagesse ne sera donc pas une ascension vers le ciel ou l’au-delà indicible, mais un approfondissement de l’existence elle-même, dans notre monde unique, la Nature.

Einstein : je crois au Dieu de Spinoza qui se révèle dans l’harmonie de tout ce qui existe, mais non en un Dieu qui se préoccuperait du destin et des actes humains.

L’esprit ne peut penser ou imaginer sans le corps, le corps ne peut se mouvoir ou agir sans l’esprit. Nous retrouvons [l’idée de] connaissance prophétique : elle est toujours relative á l’imagination, á la sensibilité, á l expérience corporelle du prophète.

La philosophie pessimiste de Schopenhauer est certainement liée a sa santé fragile, comme la pensé optimiste de Montaigne á sa puissance corporelle et sa joie de vivre.

Il existe une forme de dualité en nous, pas entre le corps et l’esprit, ni entre la raison et les passions, mais entre la joie et la tristesse, deux sentiments fondamentaux affectés par de nombreux autres corps et idées qui proviennent du monde extérieur, et qui augmentent ou diminuent notre puissance.

C’est le désir qui nous fait apprécier qu’une chose est bonne, et non l’inverse : voila de quoi relativiser toute la morale traditionnelle (qui affirme avec Platon qu’on désir une chose parce qu’elle est bonne). Une chose n’est jamais bonne dans l’absolue (certains n’aiment pas le chocolat ou la musique de Bach). C’est parce qu’on désir la chose qu’on la dit bonne.

C’est la grande difficulté de Spinoza, que tout est déterminé et que le libre arbitre n’existe pas. Le liberté individuelle n’est pas le libre arbitre qui est une illusion (seulement parce que nous ne connaissons pas les causes de leur désirs). Pourtant la liberté existe lorsque nos actes sont déterminés non plus par des causes extérieures mais en fonction de notre propre nature, par notre raison. Cependant notre conduite ne sera pas due au hasard, mais a la détermination de notre propre nature. Pour Spinoza, la liberté c’est l’intelligence de la nécessité (les lois de la nature) et libération par rapport aux passions.

Alors qu’il a réussit á dépasser les préjugés de sa culture et de son temps en maintes domaines, Spinoza n’a pas su pousser plus loin sa réflexion sur la question de la femme ( ‘la condition de la femme dérive de leur faiblesse naturelle’). Il est ancré dans la misogynie congénitale des sociétés patriarcales…

Slavoj Zizek, Trouble in Paradise, 2014

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There is something very hypocritical in the formula ‘forgive but do not forget’ which I deeply manipulative as it means: I forgive you, but by not forgetting your misdeed, I will make sure that you will for ever feel guilty about it.

One of the main danger of capitalism: although it is global and encompass the whole world, it sustains a stricto sensu worldless ideological constellation, depriving the large majority of people of any meaningful cognitive mapping. Capitalism is the first socio-economic order which de-totalizes meaning: it is not global at the level of meaning. There is no global ‘capitalist world view’: the fundamental lesson of globalization is precisely that capitalism can accommodate itself to all civilisations.

While modernization in Europe was spread over centuries, the Muslim world has been exposed to this impact directly, without temporal delay, so their symbolic universe has been perturbed much more brutally – they have lost their symbolic ground with no time left to establish a new balance. No wonder, then, that the only way for some of these societies to avoid total breakdown was to erect in panic the shield of fundamentalism.

People do no rebel when things are bad but when their expectations are disappointed (the French revolution, 1956 revolt in Hungary, Egypt in 2011).

Willy Brandt knew that the capitalist system is ready to make considerable concessions to the workers and the poor only if there is a serious threat of an alternative, of a different mode of production which promises workers their rights. The moment this alternative vanishes, one can proceed to dismantle the welfare state.

Fareed Zakaria has pointed out that if developing countries are prematurely democratized, the result is a populism which ends in economic catastrophe and political despotism. No wonder that today’s economically most successful third world countries (Taiwan, South Korea, Chile) embraced full democracy only after a period of authoritarian regime. Does this line of thinking not provide the best argument for the authoritarian regime in China?

Austerity politics is not really a science, not even in a minimal sense. It is much closer to a contemporary form of superstition – a kind of gut reaction to an impenetrably complex situation.  Austerity is not ‘too radical’, as some leftist critics claim, but, on the contrary, too superficial: an act of avoiding the true roots of the crisis.

The ultimate triumph of capitalism comes about when each worker becomes his or her own capitalist, the ‘entrepreneur of the self’ who decides to invest in his or her own future (education, health) paying for these investment by becoming indebted. What were formally rights (to education, to health, to housing) thus become free decision to invest.

Philanthropic colonialism (by Peter Buffett, Warren’s son): As more lives and communities are destroyed by the system that creates vast amounts of wealth for the few, the more heroic it sounds to give back. But this just keeps the existing structure of inequality in place.  With more business minded folks getting into the act, business principles are trumpeted as an important element to add to the philanthropic sector….micro-lending and financial literacy: doesn’t all of this just feed the beast?

The work of charity (of Gates, Soros etc.)  is not a personal idiosyncrasy, whether sincere or hypocritical, it is the logical concluding point of capitalist circulation, necessary from the strictly econonomic stand point since it allows the capitalist system to postpone its crisis.

Velle bonum alicui : charity is the past-time of those who are indifferent.

Jean Claude Milner – the stabilising class: the class of those who, even when they call for change, do so only to enforce changes that will make the system more efficient and ensure that nothing will really change.

Zardoz (1974) – post apocalyptic, a world radically divided along class line.

Peter Sloterdijk – the world interior of capitalism which is inhabited by one and a half billion winners of globalisation. Three times this number are left standing outside the door. After the process that transformed the world into the globe, social life could only take place in an extended interior. As cultural capitalism rules, all world-forming upheavals are contained: no historic event could take place, only domestic accident.

One of the terrifying effects of the non-contemporaneity of different level of social life is the rise of violence against women – not just random violence, but systemic violence, violence specific to a certain social context, follows a pattern, and transmit a clear message (e.g. gang rape in India by poor people)

The social dislocation due to fast industrialisation and modernisation (in Canada, Mexico, India) provokes a brutal reaction of men who experience this development as a threat.

The Pope to Napoleon: I know your aim is to destroy Christianity. But believe me, Sire, you will fail – the Church has been trying to do this for 2000 years and still hasn’t succeeded.

T.S. Eliot : there are moment when the only choice is the one between heresy and non-belief, when the only way to keep a religion alive is to perform a sectarian split from its main corpus.

Kant : all actions relating to the right of other men are unjust if their maxim is not consistent with being rendered public. A secret law would legitimise the arbitrary despotism of those who exercise it.  Compared this to title of a recent report on China : ‘Even what’s secret is a secret in China.’

The ideological stakes of such individualisation (of the efforts to save the planet through recycling, use of different transport system etc.) are easily discernible: I get lost in my own self-examination instead of raising much more pertinent global questions about the entire industrial civilisation.

Fukuyama: the protest movement that toppled Mubarak was predominantly the revolt of the educated middle class, with the poor workers and farmers reduced to the role of observers. But once the gates of democracy were open, the Muslim Brotherhood, whose social base is the poor majority, won the elections. The core of secular protester understandably turn against them and was ready to endorse even a military coup.

Jean Pierre Taguieff: Islam is turning out to be the Marxism of the twenty first century, prolonging, after communism, its violent anti-capitalism.

Is the rise of radical Islam correlative to the disappearance of the secular Left in Muslim countries?

Arab countries were all more or less authoritarian, so that the demand for social and economic justice was spontaneously integrated into the demand for democracy, as if poverty was the result of the greed and corruption of those in power, and it was enough to get rid of them. What happens is that we get democracy, but poverty remainsWhat to do then?

Badiou: a true idea is something that divides, in a true idea, universality and division are two sides of the same coin.

IN hindsight, we can now see that the original trouble in paradise was the Khomeini revolution in Iran, a country which was officially thriving, on the fast track to pro-western modernization, and the West staunchest ally in the region.

Turkey : the protesters intuitively sensed that market freedom and religious fundamentalism are not mutually exclusive, that they can work hand in hand – a clear sign that the eternal marriage between democracy and capitalism is nearing divorce.

Sometimes, because it lacks legitimacy, an authoritarian regime can be more responsible towards its subjects than a democratically elected one. On the contrary a democratically elected government can fully exert its power for the narrow private interest of its members.

It is crucial to see this ethical regression (racism, protest against gay marriage etc.) as the obverse of the explosive development of global capitalism – they are two sides of the same coin.

Aid resemble the case of domestic social welfare policies within those (donor) countries: in both cases, redistribution simply functions as another link in the process of capitalist accumulation. Far from eliminating inequality, redistributive justice actually proliferates inequality.

Incentives may be useful in getting people to accomplish boring routing work, but with more intellectually demanding tasks, the success increasingly depends on being nimble and innovative, so there is more need for people to find intrinsic value in their work.

The best use of money as a motivator is to pay people enough to take the issue of money off the table.

The stabilization under the reign of Putin mostly amounts to the newly established transparency of these unwritten rules: now, again, people mostly know how to act or react in the complex cobweb of social interaction.

In the 1990s, a silent pact regulated the relationship between the Western power and Russia: Western states treated Russia as a great power on condition that Russia effectively didn’t act as one.

The British colonization of India created the conditions for the double liberation of India: from the constraints of its own tradition as well as from colonization itself.

Steve Jobs: a lot of times, people don’t know what they want until you show it to them.

The French revolution offered the promise of a state founded on a set of principles as opposed to one based upon a nation or a people.

China: As an organization, the Party sits outside, and above the law. It should have a legal entity, in other word, a person to sue, but it is not even registered as an organization. The Party exists outside the legal system itself.