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Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre l’intelligence des animaux – Frans De Waal (2017)

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La perspective d’une récompense n’avait rien à voir (avec le comportement du chat). La présence d’une personne amicale était le seul élément nécessaire pour provoquer le frottement de flanc, qui est le geste de tous les félins pour dire bonjour et faire la cour.

Les grands singes et les humains n’ont pas eu assez de temps pour produire indépendamment des comportements d’une ressemblance frappante, comme s’embrasser sur la bouche ou respirer bruyamment quand on les chatouille. [Il y a là] des connections évolutives évidentes.

Je n’étais pas convaincu que le comportement animal put être réduit à une histoire d’incitations. Cette théorie présentait les animaux comme passifs, alors que je les voyais chercher, vouloir et lutter. Les behavioristes ont complètement occultés les inclinations propres aux espèces (le lapin ne rapportera jamais une balle, peu importe le nombre de balles que vous lui jetterez).

Les mouettes tridactyles nichent sur d’étroites aspérités des parois de falaise pour dissuader les prédateurs. Ces oiseaux lancent rarement des cris d’alarmes et ne défendent pas leur nid – ce n’est pas nécessaire. Le plus étonnant est qu’elles ne reconnaissent pas leurs petits et ne font pas la différence avec un étranger : les oisillons normalement ne peuvent pas bouger du nid. En revanche, les mouettes qui nichent au sol, et dont les oisillons circulent aux alentours après l’éclosion, reconnaissent leurs petits en quelques jours et n’hésitent pas à expulser les intrus.

Chez les espèces de rongeurs a promiscuité sexuelle, les males s’orientent plus facilement dans les labyrinthes que les femelles, alors que chez les rongeurs monogames il n’y a aucune différence entre les sexes (car les mâles et les femelles occupent le même territoire et ont acquis le même talent pour apprendre à se repérer dans l’espace).

De nombreux laboratoires maintiennent leurs animaux à 85% de leur poids normal pour être certain qu’ils seront motivés par la nourriture. Il est curieux de supposer qu’un estomac vide favorise l’apprentissage.

Puisque la musculature faciale des hommes et des chimpanzés est pratiquement identique, le rire, le sourire et la moue des deux espèces doivent surement remonter à un ancêtre commun. La compréhension de ce parallèle en anatomie et comportement a été un grand pas en avant.

Je n’ai rien contre l’anecdote mais je la considère toujours comme un point de départ pour la recherche, jamais comme un aboutissement.  « Le pluriel d’anecdote n’est pas données »

Hans le malin – un cheval qui semblait savoir compter mais qui en réalité était sensible aux signaux que son propriétaire lui envoyait sans intention (notamment la position du chapeau de son propriétaire qui relevait la tête lorsque le cheval atteignait le chiffre voulu).

Le lavage des patates douces par de macaques japonais a été la première preuve de culture animale. Au départ la tradition de lavage s’est diffusée chez les singes du même âge, mais aujourd’hui elle se transmet d’une génération à l’autre, de mère à enfant.

Je ne peux que m’étonner, je le répète, du décalage entre conviction et expertise.

Les chimpanzés tentent de comprendre l’ordre des évènements : ils cherchent une logique fondée sur la façon dont ils pensent que le monde fonctionne, ils remplissent les blancs (lorsqu’ils participent à une expérimentation dont une partie ne leur est pas accessible).

Il n’est pas rare qu’une dispute d’enfants dégénère en conflit d’adultes. Les deux mères se toisaient nerveusement tout en observant la scène. L’une d’elle a remarqué la femelle alpha assoupi non loin de là et est allé lui tapoter le flanc. La mère lui a montré la querelle en balançant le bras dans cette direction. Mama a fait un pas en avant avec un grondement menaçant. Son autorité était telle que les jeunes se sont tus. La mère avait trouvé une solution rapide et efficace à son problème.

L’altruisme chez les chimpanzés : de jeunes femelles vont chercher de l’eau ou des fruits pour une femelle plus âgée.

La reconnaissance des visages, a conclu la science, est une compétence cognitive spécialisée des primates. Ensuite on à découvert la reconnaissance des visages chez les corbeaux, les moutons et même les guêpes (les guêpes qui vivent dans des colonies hiérarchiques reconnaissent les marques faciales des individus – celles dont la vie sociale est moins différenciée ne possèdent la reconnaissance des visages – la cognition dépend de l’écologie)

Lorenz était tellement persuadé de l’aptitude à la rancune des corbeaux qu’il se déguisait chaque fois qu’il devait capturer et baguer ses choucas. De toute évidence ils sont capables de différencier les individus.

Les scientifiques ont situé l’aptitude des moutons à reconnaitre les visages au même niveau que celle des primates, et jugé qu’un troupeau soit en fait très différencié. Mêler des troupeaux, comme on le fait parfois, doit causer plus de stress que nous le pensions.

La science de l’évolution distingue l’homologie (les traits dérivés d’un ancêtre commun dans deux espèces – la main et l’aile de la chauve-souris) et l’analogie (les traits similaires que l’évolution fait apparaitre indépendamment dans les deux espèces – l’aile de la chauve-souris et celle de la libellule). La sensibilité aux visages est apparue indépendamment chez les guêpes et chez les primates (deux espèces dont les cerveaux diffèrent fondamentalement, celui de la guêpe étant constitué de minuscules ganglions nerveux).

Pour se servir de leurs outils, les chimpanzés doivent anticiper et planifier plusieurs étapes, ce qui correspond au type d’organisation des activités souvent soulignées chez nos ancêtres humains. Les outils peuvent paraitre primitifs (pierres et bâtons) mais l’usage qu’ils en font est extrêmement avancé. Les chimpanzés sauvages utilisent 15 à 25 outils différents par communautés (bâton pointu pour chasser, ouverture de noix avec pierre, bâton collecteur pour récupérer le miel, cuillères en écorce pour ramasser le miel…). L’usage d’outils existe chez les bonobos, le gorille ou l’orang-outan mais les observations sont rares : il n’est courant que chez les chimpanzés.

On a mené des fouilles sur un site de technologie lithique de percussion en Côte d’Ivoire : il est certain que les chimpanzés cassent de noix depuis au moins 4000 ans. Cette découverte avait abouti à l’idée d’une culture lithique commune aux humains et grands singes…mais on a découvert la même pratique chez les singes capucins (séparé de l’ordre des primates il y a 30 ou 40M d’année). Un cas possible d’analogie…

Sur l’ile de Piak Nam Yai, au large des côtes thaïlandaises, Michael Gumert a trouvé une population entière de macaques à longue queue utilisant des outils de pierre pour écraser les huitres et déloger les coquillages des rochers.

Les corbeaux de Nouvelle-Calédonie modifient spontanément des branches pour obtenir un petit crochet en bois permettant de pêcher les larves dans les fissures des arbres.

Confirmant le dicton « la nécessité est mère de l’invention » ainsi que l’histoire d’Esope, les corbeaux ont réussi le test du ver flottant en élevant le niveau de l’eau dans le tube grâce à des cailloux.

Taylor  essaie des tests comportant des étapes encore plus nombreuses, et les corbeaux relèvent le défi (et ils font infiniment mieux que les singes qui ont du mal avec les taches à étapes multiples).

Il est aujourd’hui admis que le langage n’est pas la matière de la pensée, même s’il assiste la réflexion humaine en lui offrant des catégories et des concepts. Mais nous n’avons vraiment besoin du langage pour penser (les enfants préverbaux pensent…)

La communication animal n’est ni symbolique, ni infiniment flexible comme le langage. Elle reste presque entièrement dans l’ici et maintenant. Un chimpanzé peut détecter des émotions dans une situation précise mais il ne peut pas communiquer la moindre information sur des évènements décalés dans l’espace ou dans le temps. Un chimpanzé n’a aucun moyen d’expliquer après coup comment il a été blessé.  Si son agresseur passe par là et qu’il lui hurle dessus, les autres pourront déduire le lien entre son comportement et la blessure, mais ce n’est possible qu’en présence du rival.

On a fait récemment une découverte : les expérimentateurs masculins – pas les femmes – stressent tellement les souris que cela influe sur leurs réactions. Mettre dans la pièce un t-shirt porté par un homme produit le même effet, ce qui suggère l’importance de l’odorat.  Les détails méthodologiques sont beaucoup plus importants que nous ne voulons l’admettre.

Lolita (une chimpanzé) a montré qu’elle comprenait que je trouverais son nouveau-né plus intéressant de face que de dos. Adopter la perspective visuelle de quelqu’un d’autre, c’est faire un pas de géant dans l’évolution sociale.

Cultures animales : lavage de patates douces chez les macaques, cassage de noix chez les chimpanzés,  chasse au filet de bulles chez les baleines à bosses.

Une femelle chimpanzé a été la première à s’introduire un brin d’herbe dans l’oreille, le laissant dépasser quand elle circulait et toilettait les autres. Au fils des ans, d’autres chimpanzés ont suivi son exemple, et plusieurs ont adopté le même nouveau look. Les modes vont et viennent chez les chimpanzés comme chez les humains. Selon moi, l’apprentissage social des primates prend racine dans un désir d’appartenance, un conformisme qui nait du désir d’agir comme les autres et d’être parfaitement intégré.

Cela exige de voir dans la cognition un phénomène biologique comme un autre. Si ces caractéristiques de base dérivent  graduellement de la descendance avec modification, toute idée de bond, de frontière et d’étincelle est exclue.

Le principe de base est un paradoxe : la force est une faiblesse. L’acteur le plus puissant est le moins attractif pour une alliance politique, car il n’a pas vraiment besoin des autres. Il estime que leur soutien va de soi et les traite sans égards.

D’une chimpanzé qui aide sa partenaire : pourquoi a-t-elle travaillé si dure pour un objectif qui l’intéresse si peu ? la réponse est vraisemblablement la réciprocité. Ces deux chimpanzés se connaissent, il est probable qu’elles vivent ensemble, donc chaque coup de main donné sera surement rendu. Elles sont amies, et les amies s’entraident.

Les chimpanzés sont très coopératifs. Ils n’ont pas le moindre problème à réguler ni à atténuer les différends pour mener un effort commun et en partager les fruits.

Nous postulons que les animaux ne regardent pas simplement ce qu’ils obtiennent, mais le compare aussi avec ce qu’obtient leur partenaire. L’inégalité les préoccupe. S’il recevait des concombres, le singe faisait une scène terrible dès qu’il remarquait que son compagnon obtenait du raisin. Pourtant un dollar c’est toujours mieux que pas de dollar du tout. Nous n’en sommes pas convaincus qu’une réaction de ce genre soit irrationnelle, puisqu’elle cherche à égaliser les résultats, et que c’est le seul moyen de pérenniser la coopération.  Les grands singes vont mêmes plus loin : ils ne sont pas d’accord quand ils obtiennent moins que l’autre, mais aussi quand ils obtiennent plus. Cela nous rapproche  du sens humain de la justice.

Chez les écureuils, ce qui déclenche le stockage, ce sont les jours qui raccourcissent et la présence des noix, que les animaux sachent ou non ce qu’est l’hiver. La planification des grands singes s’ajuste aux circonstances et s’exprime en souplesse de multiples façons.

Les pieuvres ont une très bonne vue mais elles se fient rarement à ce sens pour chasser. Elles utilisent le toucher et les informations chimiques, et sans ces indices elles ne peuvent reconnaitre leur proie. [Alors qu’elle ne touchera le bocal même s’il y a une proie à l’intérieur,] dès que l’extérieur du bocal a été couvert de mucus de hareng, la pieuvre est entrée en action et l’a manipulé jusqu’à l’ouverture du couvercle.  Une fois ces talents développés, c’est devenu une opération de routine.

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Comment Homo devint faber, Francois Sigaut, 2012

L’intelligence suppose l’outil aussi nécessairement que l’outil suppose l’intelligence.

Pour comprendre l’outil, il fallait donc retrouver les démarches et les circonstances de l’invention primitive. Pitt Rivers en propose un premier schéma. Il y a des singes qui savent se servir d’une pierre pour casser des noix. A l’usage, cette pierre se serait brisée, produisant des fragments plus ou moins tranchants…

Bergson imagina en effet qu’il y a avait chez l’homme une faculté supérieure l’intelligence, l’intuition, susceptible de donner un accès direct à la connaissance du réel. Il n’est pas facile de concevoir ce que Bergson entendait par là. Au risque de simplifier a l’excès, la conception de Bergson est a trois étages : au premier se trouve l’animal qui est guidé par son instinct. Au second se trouve l’homme guidé par son intelligence. Au troisième se trouve l’intuition qui est appelé a devenir la caractéristique des hommes du future.  [….] Pour Bergson, l’intelligence est née par et pour la manipulation des choses matérielles.

Pour Bergson, l’homo faber, c’était nous, les hommes actuels. Mais les préhistoriens (Leroi-Gourhan 1943) s’empressèrent de faire d’homo faber un hominien prédécesseur d’Homo sapiens. A l’intelligence que j’ai appelé intellectuelle (logique, rationnelle, abstraite) on opposait en effet une intelligence dite pratique ou sensori-motrice, observable chez les animaux supérieurs. Une intelligence pas vraiment intelligente, très convenable pour caractériser les opérations mentales inférieures associées à l’activité technique. Les intellectuels ont du mal a voir qu’il existe de l’intelligence dans les techniques… Leroi-Gourhan se corrigera 10 ans plus ans plus tard.

Anatomiquement parlant les sonorités que les hommes peuvent produire des sons en nombre illimité parce qu’elles constituent un continuum indéfini de timbres, de hauteurs, de durées. Or dans ce continuum, chaque langue parlée n’individualise en moyenne qu’une cinquantaine de sons, les phonèmes.

Il n’y a que deux espèces de primates régulièrement utilisatrice d’outils : les chimpanzes et les capucins. Chez les autres l’utilisation est soit exceptionnelle, soit en captivité.

Chez les chimpanzés ont a recensés 65 comportements culturels, c’est-à-dire transmis par l’apprentissage. Si on s’en tient aux actions réellement differentes (par exemple casser des noix, pêcher des termites), sans les variantes (en considerant identique le fait de casser des noix avec un percuteurs en bois ou en pierre par exemple), le nombre de comportements outillées ne dépasse guère la dizaine. Quelques soit son importance dans le monde animal, les comportements outillés restent l’exception, alors que chez l’homme c’est la règle.

Dans la mesure ou on est parvenu communiquer avec les singes, ce fut pour constater que « si les singes parlent, ils ne nous disent rien »

La théorie de l’esprit de David Premack : les animaux peuvent-ils prêter des intentions à leurs partenaires ? si l’on s’en tient à certain signes matériels alors tous les animaux ont une théorie de l’esprit (se faire attaquer, se faire séduire etc.). Si cela consiste a prêter a autrui un « moi », des états mentaux semblables aux miens, alors il s’agit d’autre chose, il s’agit de sympathie qui implique la conscience (car cela implique d’avoir soi-même conscience de ses propres états mentaux). La théorie de l’esprit est aujourd’hui délaissée. Comment savoir, lorsqu’un animal réagit à la présence d’un autre, si c’est parce qu’il lui prête des intentions ou s’il s’agit seulement d’actes reflexes. Il semble bien qu’en trente ans de recherches sur les primates, on ne soit pas arrivé à faire la distinction.

Il n’y a rien chez l’animal qui ressemble a un proto-langage, rien qui nous permettent d’imaginer ce qu’ont pu être les premiers langages chez les humains.

Nous n’avons pas trouvé de solutions au dilemme suivant : d’un côté des spécificités humaines avérées (la conscience, le langages…), mais dont l’origine est inexplicable parce qu’on en trouve pas trace chez l’animal, et de l’autre, des spécificités qui n’en sont pas vraiment (l’intelligence, la sociabilité…) et qui donc n’explique rien.

Je crois qu’avec ses notions de curiosité stimulante et d’ennui, Leroy a posé les bases d’une hypothèse qui n’a fait que prendre de l’intérêt avec le temps. La curiosité stimulante est la recherche du plaisir de la réussite, et l’ennui est l’effet de la privation durable de ce plaisir. L’ennui est la preuve par l’absence que l’exercice de l’intelligence s’accompagne d’un plaisir.  Pour que l’intelligence sorte des usages strictement limités qu’en font les animaux, il a fallut un motif puissant : quel autre que le plaisir ?

Pourquoi un cerveau plus volumineux ? On a supposé qu’a un certain moment de son évolution, notre ancêtre africain s’était mis à traquer le gibier à la course, des courses qui pouvaient se prolonger des heures, voire des jours ? d’où un échauffement intense du corps susceptible de détériorer les cellules cérébrales. Un cerveau plus gros aurait été une sorte d’assurance contre ce risque. Aussi hasardeuse que puisse paraitre cette hypothèse, c’est la seule a ma connaissance qui ne fasse pas intervenir des causes finales pour expliquer le volume exceptionnel du cerveau humain.

En ce qui concerne le plaisir de la réussite, une part de l’explication est certainement génétique.  La joie de la réussite chez l’enfant se manifeste de façon trop précoce, trop vigoureuse pour qu’on puisse douter de son caractère inné dans l’espèce humaine. On peut donc faire l’hypothèse d’une mutation génétique, finalement sélectionnée car générant à la fois du plaisir pour soi mais aussi la reconnaissance par d’autres (expérience partagée avec autrui qui génère une nouvelle sorte de lien social).

La partage des expériences permet de créer de nouveaux liens sociaux (développer un sens commun) plus durables que ceux qui procèdent de la seule physiologie (sexualité…) qui donne aux groupements humains une stabilité, solidité et flexibilité inconnues dans le monde animal. Le plaisir pour chaque membre d’exister pour les autres, d’exister comme les autres et pas seulement comme objet, fut-ce comme objet d’affection. C’est là l’avantage sélectif propre du plaisir de la réussite.

L’échange et l’entraide sont deux catégories de comportement animal susceptible de conduire au développement de structures sociales durables ou plus complexes que celle qui procèdent de la sexualité. L’échange implique qu’une chose produite par certains individus soit utilisés par d’autres, l’entraide implique que des individus différents se livrent ensemble à des activités semblables (les lapins s’entraident, ils n’échangent  pas). L’échange est développée chez les espèces ovipares (insectes, oiseaux) sans doute parce qu’il trouve son origine dans les comportements de nidification et de nourrissages impliqué par leur mode de reproduction. Chez les mammifères, la gestation et l’allaitement remplace la nidification, l’échange perd l’essentiel de son importance, ne laissant que l’entraide comme principal lien social.

« La société primitive est indivisée : Hors celle qui relève des sexes, il n’y a en effet dans la société primitive aucune division du travail : les hommes doivent tous faire ce que tout les hommes doivent savoir faire, les femmes savent accomplir les taches que doit accomplir toute femme. » Pierre Clastres. Ce tableau peu paraitre trop simple…l’idée est malgré tout essentielle : l’hétéro praxie serait apparue entre les hommes et les femmes. Les humains n’ont pas inventé l’hétéropraxie sur le mode eusocial (ie. fertile et non fertile) classique, ils l’ont réinventée sur une base nouvelle, inconnue ailleurs dans le monde animal, qui est la différence des sexes.

Quand d’autres hommes peuplaient la terre – Jean jacques Hublin

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L’évolution des premiers hominoïdes est bien documentée en Afrique de l’Est, mais voici une quinzaine de millions d’années on les voit également apparaitre en Eurasie.

La question de l’origine des chimpanzés, des gorilles et des hommes est de plus en plus débattue, mais il n’est pas impossible qu’elle résulte d’une seconde migration, dans le sens Eurasie-Afrique celle-là, il y a environ 10 millions d’années. Cette double migration fait l’objet d’âpres discussions…

Les Hominines: l’Homme et ses ancêtres.

Les Homininés : L’Homme et le Chimpanzé.

Les Hominidés : Homininés + Gorilles et Orang Outang.

Les Hominoides : Hominidés + Gibbons et Bonobos.

Le chromosome 2 humain correspond à la fusion de 2 chromosomes distincts du chimpanzé, que l’on retrouve aussi séparés chez le Gorilles et l’Orang-outang.

Le déplacement debout semble avoir permis d’autres aspects importants de l’évolution humaine : la réorganisation du crâne avec l’augmentation du volume du cerveau, la libération de la main et peut être même l’apparition de la parole.

La bipédie s’est mise en place entre 7 et 4.5 millions d’années.

Le mode de locomotion des ancêtres des Hominines était différent : ils combinaient brachiationl’animal se suspendant par les bras sous les branches à la façon d’un gibbon – avec des evolutions le long des troncs au cours desquelles le corps était, une fois encore, vertical. Ces animaux étaient en quelques sortes préadaptés à la locomotion terrestre verticale.

Un bipède absorbe beaucoup de chaleur le matin et le soir, quand les rayons du soleil tombent obliquement, mais peu aux heures les plus chaudes. La disparition du pelage intervient ici : la protection contre le soleil est nécessaire seulement sur la tête

Une alimentation carnée est plus énergétique qu’une alimentation purement végétale et plus facile a digérer permettant un raccourcissement de l’intestin et donc une plus faible consommation d’énergie : le cerveau peut donc se développer.

Le dimorphisme sexuel est extrême chez les grands primates polygames comme le gorille. A l’inverse males et femelles sont totalement identique chez les singes monogames comme les ouistitis. Le faible dimorphisme sexuel de l’homme est rare chez les grands primates. Chez les primates la période de fécondité des femelles est évidente. Au contraire de l’Homme qui, pour assurer sa descendance, doit régulièrement connaitre sa femme, renforçant les liens du couple.

Les bouleversements climatiques de 2.5 à 2.8 millions d’années se traduisent par un environnement plus ouvert et plus sec en Afrique. Ce fut un coup d’arrêt de plus 1.5 millions d’années de prospérités pour les australopithèques. Ils cédèrent la place a deux groupes plus adaptés :  les paranthropes, qui ne survivront que 1.5 million d’année, et les homos.  Un nouveau refroidissement climatique vers 1.7 million d’années et les habitats forestiers africains rétrécissent encore. Homo habilis disparait pour laisser la place a homo erectus.

Ergaster – premiers erectus africains : adaptés à la course d’endurance, un cerveau accru de 800cm3, de nouveau outil (le biface), mobilité accrue, réduction de l’abdomen (il ressemble plus a un homme), il est peut être le premier a posséder une peau nue. Il a un nez humain tourné vers le bas et non vers l’avant, permettant de limiter les pertes d’eau durant la respiration.

Glossopètres : langue de serpents pétrifiés, nom donnée aux outils de pierre taillé (pointes de flèches) ou pierres de foudre car trouvée dans les champs lessivés par les orages.

Les hommes de Zhoukoudian ont longtemps été considérés comme une espèce particulière, sinanthropus pekinensis, l’homme de pékin, qui aujourd’hui a réintégré l’espèce homo erectus.

Un curieux paradoxe : les outillages des homo erectus sont bien connus en extrême orient, ou l’on ne trouve guère d’outils biface. L’acheuléen, l’industrie des bifaces, est cantonné au sud de la ligne de Movius (du Danemark au golf de Bengale). Le paradoxe s’explique aujourd’hui par la demonstration d’une presence d’homo erectus beaucoup plus ancienne que prévu en Asie (1.5-1.6 million d’année a Longgupo en Chine, 1.8M a Damnasi)

Un nouveau scenario : des homos (erectus) primitifs quittent l’Afrique vers 2M et colonisent toutes les basses latitudes de l’Eurasie emportant un outillage primitif (oldowayen). Les bifaces acheuléens furent inventés beaucoup plus tard en Afrique et se diffusèrent vers 600,000 en Asie, sans dépasser la ligne de Movius. Peut-être l’utilisation du bambou joua un rôle dans la limite de cette expansion. Un deuxième scenario fait sortir du continent homo ergaster qui aurait évolue vers homo erectus seulement en asie. Un troisième scenario considère qu’homo ergaster n’est pas nécessaire et que les ergaster ne sont que les premiers erectus en Afrique.

L’évolution biologique semble souvent en avance, comme s’il fallait du temps a l’homme pour exploiter toutes les possibilités comportementales, cognitives ou psychomotrices dont la nature le dote…peut être 400 ,000 ans d’avance dans le cas de l’Acheuleen qui date de 1.6m alors qu’homo ergaster remonte a plus de 2m (et étaient capable de découvrir le biface…)

L’homme de Flores : découvert en  2003, à peine un mètre et une capacité crânienne très réduite 400cm3. L’ensemble des trouvailles s’échelonnent entre 95,000 et 12,000 ans. Les restes revèlent l’existence d’une nouvelle espèce d’homininés, Homo floresiensis, qui, isolés depuis des centaines de milliers d’années aurait évolué vers une forme humaine naine à partir des premiers peuplements humains de l’Indonésie. Ils pourraient aussi être relié au Homo erectus qui ont quitté l’Afrique il y a 1.7M (mais pourquoi auraient-ils développé une technologie lithique peu différente de celle de hommes modernes et pourquoi n’a-t-elle pas été éliminée par les peuplements modernes qui ont atteints l’Australie voici 60-40,000 ans?)

Milutin Milankovitch est le premier a proposer une explication aux alternances climatiques avec trois cycles distincts : un cycle de 100,000 ans due au modification de l’excentricité de l’orbite terrestre (raccourcissement ou allongement de l’ellipse décrite par la terre autour du soleil) ; un cycle de 40,000 ans du au changement d’inclinaison de l’axe de rotation de la terre par rapport au plan de son orbite ; un cycle de 20,000 ans au conséquence plus limités est la conséquence du mouvement de précession (l’axe de rotation de la terre décrit un lent mouvement conique).

Le climat chaud actuel est exceptionnel, nos régions ont été plus froides durant 95% du dernier demi-million d’années. Deux périodes plus chaudes sont connues dont le stade 5e (130,000 a 117,000) ou des hippopotames s’ébattaient dans la tamise.

A cause de la multitude de petits animaux qui vivent au fond des océans et mélangent les couches de sédiments, le carottage des fonds marins ne peut rendre compte que de cycles de plusieurs milliers d’années.

Le passage d’une phase froide à une phase chaude peut être brutal, produisant une fonte très rapide de la calotte polaire. Le Déluge des textes anciens n’est peut-être que le souvenir de la dernière catastrophe qui s’est produite il y a 10,000 ans et a entrainé la monté des mers de 5 cm par an pendant plusieurs siècles….A cause des modifications des courants marins, la température de surface moyenne de l’atlantique nord a parfois baissé de 15 C en l’espace de quelques générations.

Les hommes se répandent hors d’Afrique il y a un peu moins de 2m d’années, ils arrivent en Georgie il y a 1.7m d’année et sont en Espagne vers 1.2m au moins.

Inhumations volontaires : les mieux datées remonte a 110,000 ans, ce sont des hommes modernes. Puis un certain nombre d’exemples chez les néanderthaliens (uniquement en Europe occidentale, orientale et au proche orient).

Le développement de l’encéphale s’est surtout accéléré au cours des 500,000 dernières années, donnant à Neandertal le plus gros cerveau. Comme Neandertal était plus corpulent que nous, son coefficient d’encéphalisation était tout de même légèrement inférieur au notre.

Détail anatomique capital : l’oreille interne de Neandertal est différente de la notre. Cette structure du labyrinthe n’existe que chez lui et est un argument supplémentaire selon lequel l’homme moderne descend d’homo erectus et non de Neandertal.  Elle résulte sans doute de particularités dans le développement de la base du crane et aussi d’une locomotion différente.

Les premiers européens moderne – peut etre 6000 personnes entre l’Espagne et la Belgique.

De caractères rares ou inhabituels dans une vaste population peuvent devenir fréquents s’ils sont, par hasard, présents dans un groupe isolé fondateur. C’est ainsi que l’évolution des Néanderthaliens est la somme de caractères adaptatifs et de traits parfois curieux, qui n’ont d’autres raisons d’être que les hasards génétiques d’une suite de goulots d’étranglement.

Le séquençage du génome néanderthalien a confirmé que des exchanges génétiques limités s’étaient produit entre eux et les hommes modernes, probablement au proche orient il y a 50,000 ans ou plus.

Alors que la température habituelle d’un feu de savane d’origine naturelle est de l’ordre de 200 C, de nombreux ossements animaux découverts à Swartkrans, en Afrique du Sud, semblent avoir été chauffé a 600 C.  Alors que les premières traces de feu (790,000 au proche orient, 500,000 a Zhoukoudian, 400,000 dans nos régions) demeurent très rares et discutable, on trouve des traces d’utilisation presque systématique dans les sites habités par l’homme à partir de 250,000 ans.

L’analyse génétique montre que l’ADN mitochondrial des Africains est beaucoup plus variable que celui des autres populations humaines et, par ailleurs, que les lignées d’ADN mitochondrial trouvées hors d’Afrique s’enracinent toutes dans la variabilité de lignées africaines. Les hommes non Africain descendent d’un groupe ancestral limité sorti d’Afrique. Et cette origine est récente – entre 150,000 et 200,000 ans.  Quatre preuves : l’espèce humaine actuelle est très homogène (la variabilité au sein des grands groupes est environ 10 fois plus élevé que la variabilité entre les groupes) ; la variabilité de population d’Afrique est plus grande que celle des autres (et proportionnelle à l’âge de la population) ; les marqueurs génétique permet de reconnaitre des grands groupes qui s’enracinent les uns dans les autres (les analyses du chromosomes Y suggèrent 2 itineraire de peuplement de Eurasie : l’un le long de la cote asiatique jusqu’à l’Australie, l’autre plus tardif passe par le nord pour conduire en Europe et en Asie centrale ; la taille de la population ancestrale dont descend l’humanité est restreinte (15,000 individu peuvent expliquer la variabilité actuelle).

Probablement 4 sorties d’Afrique – il y a 2 m d’années (1.7m en georgie, 1.2m en Espagne) ;vers 600,000 (quelques fossiles dans le sud de l’Europe, en Inde et en Chine vers 200,000) ;  vers 130,000 ans les premiers hommes modernes au proche orient (Skhul) et peut-être jusqu’en Australie il y a 60,000, peut être aussi repoussé pas Neandertal qui était au proche orient a cette epoque) ; vers 50,000 la grande sortie menant a la colonisation du nord de L’Eurasie et de l’Amérique plus tard.

Les groupes que quittent l’Afrique il y a 50,000 sont peu diffèrent biologiquement. Leur différence est peut être avant tout sociale et culturelle. Quel est la cause de l’expansion il y a 50,000 ans ? pression démographique et adoucissement du climat, ou crise d’aridité peut-être, mais alors pourquoi pas plus tôt ? C’est la culture, l’outillage lithique, des équipements nouveaux qui ont permis a nos ancêtres de remplacer l’homme de Neandertal en Europe.

Les ocres gravés en Afrique du Sud vers 75,000 et coquillages percés en Afrique du Nord (82,000) montrent que le continent africain est en avance sur le plan culturel : le port de parures n’est connu nulle part ailleurs à une époque si ancienne. La parure témoigne d’une pensée abstraite, de représentation symbolique, d’un gout artistique avec d’importante implication sociale.

Les hommes de Skhul en Israel, longtemps appelé proto Cro-magnon. L’usage est tombé en désuétude : 70000 sépare les deux groupes. Cro-magnon est rattaché à une des plus vieilles cultures du paléolithique supérieur – l’Aurignacien –  qui débute vers 40,000.  Art figuratif (peinture de chauvet, statuettes animales a partir de 30,000).

Moustérien : un panoplie reduite d’outils sur eclats et ou subsistent parfois encore quelques bifaces. Il est plus difficile de parler d’une culture moustérienne (les neanderthals) que d’une culture gravettienne. Châtelperronien : les derniers Neanderthals étaient les artisans de cette industrie (36,000) qui est peut être le résultat d’une acculturation des derniers néanderthaliens par les envahisseurs modernes. Il y eut peut être aussi une diffusion dans les deux sens.

Pourquoi les hommes de Neandertal avaient-ils tout à coup développé des comportements entièrement nouveaux après plus de 200,000 ans de Moustérien ? L’arrivée de Cro-Magnon de l’Est et la coexistence probable des deux groupes pendant plusieurs milliers d’années (peut-être 6000 ans).Ce qui ne démontre pas une supériorité écrasante des nouveaux venus.

Si les néanderthaliens chassaient bien les grands mammifères, les hommes modernes avaient intégré des petites proies à leur menu, favorisant la survie en cas de disette. Un faible différence d’enfant par femme et du taux de mortalité a pu a terme conduire a l’effacement d’un groupe au profit de l’autre. L’une des périodes glacières les plus rigoureuses (de 21.000 à 17,000 ans) s’installe peut après l’arrivé de CroMagnon, réduisant le territoire habitable et exacerbant la concurrence entre les deux groupes. L’homme moderne est le premier a s’adapter a l’environnement périglaciaire.  Ils durent inventer des techniques, des modes de vie, des structures sociales leur permettant de résister : l’innovation rapide devint un moyen d’adaptation a des environnements nouveaux. De biologique, l’évolution devint aussi culturelle.

Les sépultures du Paléolithique supérieur ou les morts sont habillés, parés d’objets, utilisant l’ocre. Parfois destinés a deux ou trois personnes mais réservé à une minorité de la population.

Nous connaissons 300 sites grottes ou abris peints, de l’Oural au Portugal : 95% en France et en Espagne. Chauvet 30,000 ; Lascaus, Alta Mira : 26,000 ans.

Les artistes ne décrivaient pas ce qu’ils chassaient (ils dessinaient rarement les rennes, qu’ils chassaient) et souvent des rhinos ou de mammouths, pourtant peu consommés. Les hommes sont rarement représentés. Quasiment tous les sites offrent de curieux alignement de points, de traits ou signes de formes stéréotypés. Certaines grottes ont été utilisé à plusieurs reprises sur parfois 10,000 years.

Il fait peu de doute que les grottes ornées étaient des sortes de sanctuaires. Mais pour quels rites ?

Seul un langage moderne, avec une syntaxe comparable a la nôtre, pouvait sous-tendre les représentations symboliques, l’organisation complexe et les réseaux d’échange du Paléolithique supérieur.

Les linguistes ont regroupés les 5000-6000 langues en 300-400 familles, elles-mêmes classés en une douzaine de superfamilles. Pour certains, il y aurait eu une proto-langue unique provenant de la vague d’immigration des hommes modernes hors d’Afrique il y a 50,000 ans.

Les hommes sortirent de l’âge glaciaire voici 10-12.000 ans. L’épisode final de ce réchauffement n’a pas duré plus de 40 ans (phénomène rapide, classique à tous les cycles glaciaires), bouleversant les conditions de vie et marquant la fin du paléolithique supérieur.  C’est la fin de l’art des grottes, étroitement lié aux systèmes idéologiques, religieux et sociaux qui ont marqué le paléolithique. On voit apparaitre un système moins strict et plus individualiste – la rudesse du climat disparut, les solidarités sont moins nécessaires. Les territoires a exploiter sont plus grand , l’échange d’information devient plus importante. On cueille déjà le blé et l’orge au proche orient et c’est le début de la sédentarisation. Un bref épisode rigoureux 12900-11600 raréfié le produit de la cueillette et pour survivre les Natoufiens vont peut-être inventer l’agriculture…

Hypertension artérielle de noirs américains : lors de la traversé de l’Atlantique en bateau, les individus qui retenaient mieux le sel survivaient d’avantage que les autres. Cette disposition génétique s’est amplifiée et est devenus fréquente dans la population. Ils ont en revanche perdu leur résistance naturelle au paludisme, qui n’est pas un avantage sélectif aux Etats Unis.

Le livre des savoirs – Constantin von Barloewen 2007

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151 Samuel Huntington – pourquoi certain pays se sont-ils développés et pas d’autres ?

 

Ghana et Corée du sud en 1960 avaient les mêmes statistiques.  Les explications sont nombreuses mais la culture y tient une large place. Les coréens valorisent le travail, la discipline, l’education, l’économie. Le ghana defend des valeurs sensiblement différentes….. A partir de 80 je suis frappé par le rôle que jouaient les affiliations et des différences culturelles dans la structuration des politiques de l’apres guerre froide.

 

Par civilisation, je designe des régions culturelles vastes. Elles connaissent des conflits internes mais ce sont les conflits entre groupes appartenant a des civilisations différentes qui possèdent un potentiel d’escalade vers des guerres majeures.

 

Le modèle que je propose n’a pas perdu de sa valeur et l’on peut repérer toutes sortes de phénomène qui cadrent avec le schéma.

 

L’occidentalisation est distinct de la modernisation.  Il y a 4 siècles toutes les sociétés s’inscrivaient dans une tradition. Le processus de modernisation n’avait pas commencé. Puis cela a débuté en GB, et s’est propagé dans les autres pays occidentaux – le monde s’est divisé entre pays modernes et traditionnels qui coincide avec la scission pays occidentaux/ pays non-occidentaux. Aujourd’hui des pays non-occidentaux se modernisent à leur tour. Ils se modernisent s’en pour autant s’occidentaliser. Or à mesure que les sociétés se modernisent, elles atteignent un seuil ou elles défendent de plus en plus leurs valeurs indigènes, leurs religions, leur mode de vie. En ce modernisant, les pays n’avancent pas au même pas…

 

L’occident restera dominant, la Chine et l’Islam seront concurrentes mais ne le supplanteront pas.

 

Les fondamentalismes – cela a commencé il y a une vingtaine d’année en relation avec le changement social et économique.  Les individus qui tiennent un rôle central dans cette revitalisation du religieux sont des gens qui ont émigrés vers les villes en quittant les régions rurales, qui ont été scolarisé, sont en pleine ascension sociale et se tourne vers la religion pour y trouver un soutien, une direction. Ces mouvements renforcent justement les valeurs qui sont necessairement favorables à la reussite sociale et l’industrialisation de la société. Ce sont des variantes de l’ethique du protestantisme de Max Weber.

 

On peut se modernisé sans s’occidentaliser. Le Japon par exemple. Demain la Chine – elle ne deviendra pas une nation occidentale, dans aucune de ses composantes culturelles.

 

Un monde unimultipolaire ou une superpuissance decide avec 6 ou 7 autres puissances majeures (EU, chine, inde, russie, japon). Tout action devra chercher le soutien de la superpuissance et de quelques puissances majeures. Agir unilateralement pour les americains est une impasse.  La participation américain à toute visée mondiale est indispensable mais pas suffisante.  Il faut aussi des puissances majeures.

 

Il y a déclin de l’occident, aujourd’hui les pays occidentaux ne contrôlent plus que l’occident – changement du a la 2nd guerre mondiale.

 

La plupart des mouvements fondamentalistes islamiques présentent certaines similitudes avec le protestantisme : attaque contre l’ordre établi corrompu par exemple (en lieu et place des gouvernements oppresseurs de beaucoup de société musulmanes.) Ces mouvements défendent une certaine pureté, l’observance de code religieux stricte, une droiture du comportement caractéristique aussi de la reforme protestante.

 

Sur le caractère prophétique de ma thèse (le dire c’est finalement promouvoir la réalisation) : predire l’évènement ne le rend pas plus probable.  La guerre nucléaire US/URSS en 50 avait été prédit maintes fois… Depuis que ma thèse est paru, les acteurs responsables s’inquiètent et agissent. Il convient de promouvoir le dialogue entre les civilisations.

 

La premiere guerre d’iraq est d’abord un probleme entre deux pays musulman. Ensuite la coalition incluait des pays issus de plusieurs civilisations. Ce fut une reussite diplomatique considérable.  Pourtant les populations musulmans n’ont pas apprécié l’invasion de Saddam pas plus que la campagne militaire qui suivi. Le conflit a eu pour resultat s’accentuer les differences entre les civilisations.

 

 Inde, pakistan, israel, Irak, Iran, Corée du nord cherche a acquerir l’arme nuclaire : ils se sentent menacé par d’autres pays appartenant a d’autres civilisations.

Ukraine, Kasakstan, Belarus, Afrique du Sud, Bresil, argentine qui avait des programmes de developpement nucleaire les ont arretés. Il ne se sentent pas menacés par d’autres civilisations.

Federico Mayor

P240 La technique occulte notre faculté critique : nous sommes passifs devant l’ordinateur, l’ecran TV, le jeu video alors que ce sont nos désaccords avec telle ou telle phrases, tel ou tel passage qui forment une pensée constructive et creatrice.

A l’entreé d’Oxford «  Sapere Aude » : ose savoir. Apres coup, j’aicompris qu’il est tout aussi important de savoir oser…

Paul Virilio: l’homme n’est pas le centre du monde, mais sont objectif, la quintessence de sa perfection.

 

Levi Strauss

P 228 Tout laisse a penser que les precurseurs de l’Homosapiens (erectus, habilis encore plus tot) disposait d’un language, des formes linguistiques. Il y a pu avoir des mythes dont les rudiments ont été préservés tres longtemps : il est possible qu’il existe un héritage paleolithique qui s’est diffusé à travers le monde entier.  Et même si nous nous abstenons de ce genre de spéculations, l’homme possèdent un cerveau qui fonctionne partout et toujours de la même manière…les liaisons transversales entre les contenus de la pensée paraissent tout à fait normales.

Le commencement d’un Monde – Jean Claude Guillebaud Nov 2008

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P 13. Huntington :  le monde connaitra des conflits d’un nouveau type – entre 7 grandes civilisations . Ces civilisations sont le produit de lentes évolutions : ces concrétions culturelles sont consistantes et tenaces. Le rétrécissement du monde, pas des contacts accrus entre les peuples, exacerbe les différences entre ces civilisations. La mondialisation affaibli les états nations qui permettaient un échelon d’appartenance distinctifs : cet effacements  du « national » favorise les replis identitaires et religieux. La faiblesse de l’occident encourage le reste du monde à remettre en cause le modèle que la modernité occidentale prétend incarner. Fondées sur les « civilisations » les identités ne sont plus négociables comme c’est le cas avec les idéologies par exemple. Pour Huntington , c’est dans le sentiment de différence que la violence prend sa source – elle s’accroît à mesure que la différence s’accuse.

P 18.  Hungtington sous estime le rôle des états nations et leur force stabilisatrice. Les démentis de la réalité : les conflits de la fin des années 90 n’ont pas opposé des civilisations : ils ont lieu à l’intérieur de plusieurs civilisations. En réalité, Huntington lance un appel aux armes : la théorie n’est pas un examen informé de l’etat du monde, elle exprime surtout les angoisses de la société américaine, elle participe d’une volonté de défense de l’occident, elle presente les USA comme dernier rempart d’un occident assiégé par les autres civilisations.

La thèse de Huntington aurait du être oubliée : elle ne l’a pas été et la cause en fut le11/09/01 qui conféra artificiellement à la thèse le statut de vérité prophétique et réflexion clairvoyante.

 

P27.Le 11/09 et le sac de rome en 410 par les wisigoth : les philosophes de l’epoque rendent les chretiens, la nouvelle religion de l’empire, responsables de la tragédie. Ils ont rompu avec les divinités protectrice de la ville.  Les wisigoths ne sont pas extérieur à l’empire romain – ils en sont en quelques sortes l’équivalent des travailleurs immigrés.

 

P32 De la théorie de Huntington : la réalité est exactement l’inverse. Si la violence menace, cetra n’est pas parce que les différences se renforcent mais parce que les ressemblances progressent. Loin de s’éloigner les unes des autres, les civilisations sont prises dans la logique d’une irrésistible rencontre, d’un mélange, d’un métissage.

 

P47 a partir du XVI a lieu le décollage occidental et l’histoire humaine s’occidentalise. Selon Davis Landes, c’est la culture qui fait la difference (pas l’economie, la geographie ou les ressources naturelles) : l’héritage grec  et  l’esprit critique des lumières ont joué un rôle clé : c’est lui qui a permis l’émancipation des traditions par la mise en doute des mythes fondateurs et faire place à l’expérimentation. Cet héritage que la civilisation arabe avait aussi repris ne lui a pas servi. En europe, l’héritage judeo-chretien l’a fécondé (conception lineaire du temps, approche évolutive de l’histoire…) Se developpe aussi un approche rationnelle et mathématique de la nature qui gagne progressivement la vie sociale et transforme la représentation que l’occident se fait de lui-même. Elle renforçait la conviction que cette rationalité de la pensée et du social pouvait prétendre à l’universel. Conséquence : nouvelle légitimité politique qui n’est plus entée sur le divin, sur le culte des ancètres ou la tradition mais sur l’adhésion des individus à qui on reconnaît une égale liberté. C’est cette autonomie qui peu à peu se substitue à l’hétéronomie des sociétés traditionelles qui rendre imaginable le concept des droits de l’homme.

 

Ces deux éléments – la science determinant une manière de faire et la politique determinant une manière de se constituer – ont nourri l’histoire de la civilisation occidentale : ils sont aujourd’hui en passe de lui échapper. (Gauchet)

 

P62 Chine : 6 mois avant Tienanmen, une nouvelle revue est lancée « les nouvelles lumières » elle exprime clairement la volonté des intellectuels chinois de se réapproprier la philosophie de l’Europe des Lumières du XVIIIe siècle. Il y a importation des Lumières et relecture de la tradition chinoise – un métissage culturel.

 

P71 Une occidentalisation présenté comme selective afin de désarmorcer les réactions identitaires. Calcul illusoire. Parce qu’on ne peut importer une science ou une technique en refusant le soubassement culturel qui fonde sa cohérence….loin d’être neutre, la science porte en elle un projet, un édifice normatif associé au savoir occidental : c’est une police de caractère,un mode d’écriture sociale du lien humain..

 

P73 Jacques Derrida évoquait l’étrangeté des demandes de pardons répétés du gouvernement japonais aux différents peuples d’Asie qui ont souffert du militarisme japonais. Justifié sur le plan moral et politique, ces repentances paraissaient singulières car la thématique du pardon est étrangère aux cultures chinoises et japonaises. En Extrême-Orient prévaut la culture de la honte qui n’est pas de même nature que la culture de la faute propre a l’occident. Ces repentances trahissent un intériorisation de la marque généalogique occidentale et, dans ce cas, judéo-chrétienne….les cultures asiatiques sont déjà profondément composite.

P77Reaction ambivalente au XVIII des intellectuels allemands confrontés au Lumières venues de France alors qu’au XVII l’Aufklarung paraissait en harmonie avec les lumières en France. Un pensée réactive a fini par sélaborer : la France parait porteuse d’un projet calculateur, abstrait et desséchant qui s’oppose au romantisme  naissant.

 

P 80 Japon : les japonais sont impressionnés par la canonnière américaine crachant de la fumée noire dans le port de Tokyo et après quelques coups de canon ils acceptent de s’ouvrir à l’occident après deux siècles de fermeture (la défaite de la Chine lors de la guerre de l’opium avait déjà démontré la supériorité occidental quelques temps auparavant)

P 87 au lendemain d’Hiroshima le criminel a été métamorphosé en martyr. C’est toute la différence avec l’Allemagne dénazifiée qui elle sera entraînée dans une longue repentance. Les bombardement conventionnels sur l’Allemagne (Dresde 130000 victimes) n’ont pas généré le même effroi que le feu nucléaire.

P104 Amérique latine : Comme celui des japonais ou des iraniens, le grand refus indien de la modernité occidentale menace ainsi, à tout moment, de basculer dans un traditionalisme purement régressif. …le pragmatisme prend souvent le pas sur l’idéologie, des synergies subtiles entre modernité occidentale et cultures indiennes finissent par prévaloir : en matière identitaire on assiste souvent à une serie d’ajustements complexes, d’accommodements, de bricolages.

 

P107 La modernité produite par l’occident a cessé de rayonner sur le reste du monde….la seule lumière qu’émettent encore l’Europe et l’Amerique s’apparente trop souvent à l’enseigne d’un supermarché…elles invitent les autres peuples à rejoindre le global shopping center (Jeremy Rifkin probablement)…c’est un peu court.

 

P 117 On a pu constater que les évolutions démographiques et notamment la fameuse transition n’obéissaient plus au rythme du développement économique mais bien d’avantage au degré d’exposition au spectacle venu d’occident (coef évalué en fonction de nombre de téléviseurs pour 100.000 habitants)

 

P122 L’humanité n’est pas héréditaire (Marie Balmary)

 

P130 Admettre les differences, c’est reconnaître que la perception des droits de l’homme peut être conditionée par l’histoire et par divers facteurs d’ordre politique, culturel, religieux, économique et social et que chaque homme n’accède a l’humanité que la par médiation d’une culture particulière (Mireille Demas Marty)

 

P153 Les crimes de masse et les massacres commis par l’occident sont evidemment les premiers visés par cet effort de mémoire. Ils sont souvent connus de tous, certes, mais leur souvenir demeure superficiel, marginal. Sait on qu’entre 1880-1920 la conquête apocalyptique de l’Afrique a causé la mort d’une bonne moitié de la population ?

 

P 159 Le réemploi par les nationalistes hindous des stéréotypes produits par le discours colonial illustre un phénomène de portée plus générale : l’intériorisation inconsciente par les colonisées de l’image d’eux-mêmes que leur renvoyait l’occident. A force d’être définis comme des champions de la spiritualité, les indiens ont fini par se conformer effectivement à ce modèle. Faisant cela, ils ont oublié la composante – rationaliste et laique – de leurs propres traditions.

 

P166 Le rejet instinctif des grands idéaux humanistes par les « subalternes » est largement imputable au fait que le « centre » lui-même ne les respectait pas quand il se faisait colonisateur.

 

P174 Nous habitions, depuis l’origine, un espace temps commun a l’espèce humaine, mais que chaque peuple aménageait à sa façon. Les uns dans un consentement au monde présent et à la fatalité de l’éternel retour ; les autres dans une tension téléologique vers un avenir promis ou espéré.

 

P 189 Amarya Sen : il n’est pas rare que les thèses sectaires et fondamentalistes de tel ou tel groupe religieux fassent florès aupres des émigrants : certains sont d’autant plus enclins à surestimer agressivement la valeur de ce qu’ils identifient comme leurs « propres traditions » qu’ils se retrouvent plongés dans une culture étrangère dominante.  ….La surevaluation des identités d’origine explique d’ailleurs que ces expatriés se définissent comme des hindous et non comme des indiens. La nuance est révélatrice d’un réinvestissement redoutable dans la religion assimilée à une identité et non plus à une spiritualité.

 

P214 Le christianisme a été décrit comme une religion qui permet de sortir du religieux – c’est la thèse de Marcel Gauchet. D’ailleurs l’athéisme, historiquement, n’apparaît que dans les civilisations marqués par le christianisme. …pour les habitants du sud, l’atheisme du « centre » couvre aujourd’hui un projet d’asservissement economique, exactement comme le christianisme jadis légitimait la conquête coloniale. La rationalité fétichisée et le primat donné à l’économie constituent la nouvelle théologie athée que les occidentaux tentent  d’imposer au reste du monde.

P 216 « Simone Weil – le christianisme comme religion des esclaves. Le christianisme n’est déjà plus la religion du centre. Le périphérie prend le relais….En émigrant vers les pays du sud, le message évangélique retrouve ainsi ses couleurs et sa fulgurance originelles (aspect subversif des églises protestantes contre la dictature en corée du sud, en amerique (Martin luther King), Desmond tutu en Afrique du sud)

 

P236 Islam : on n’est pas confronté à un particularisme culturel rétif – la perversité intrinsèque de l’islam- mais à une réaction panique contre la rapidité du changement et l’influence grandissante du « mal de l’occident »….la violence identitaire, comme ce fut souvent le cas  dans l’histoire est imputable à la ressemblance  et non à la différence.

 

P 241 A terme, en effet, on ne peut copier la technologie occidentale sans importer du même coup une partie au moins de mode de pensée qui la sous-tendent.

 

P255 Iran : en dépit des blocages politiques de toutes sortes, les indicateurs de fécondité suggèrent que l’iran est plus moderne, plus homogène, plus individualiste que la Turquie qui est pourtant une république laïque depuis 1930…Preuve que la couleur affiché par les politiques ne coïncide pas toujours avec les mouvements profonds de la société.

 

P256 Turquie le laboratoire, fissure sociétale entre les laics et les islamiques. A la différence de ce qui se passe en occident, il n’existe aucun terrain culturel commun susceptible de les unir. La société turque n’a pas trouvé d’équilibre après 80 ans de laïcisation.

 

P267  le réformateur s’imagine que l’idée et le droit vaincront la coutume en un tournemain. C’est une erreur les coutumes sont des concrétions crées jour après jour. Elles doivent leur solidité au temps. Seul une patience et une lenteur comparable peuvent les araser.

 

P272 La réapparition des tribalismes identitaires est allée de pair avec l’affaiblissement des états et l’insuffisance du patriotisme constitutionnel…même au USA la foi constitutionnelle des origines tend a s’affaiblir ce qui ruine peu à peu l’idée du melting pot…

 

P275 Quebec a pousser loin le respect des minorités – les concessions en application du principe de multiculturalisme ( consultation a l’hopital pour musulman, burqua dans l’exercice d’une profession, piscine non mixte…) mais contradiction avec les principes laics d’égalité des sexes, émancipation des femmes etc. deux logiques : respect des différence et protection des droits de l’homme. Le multiculturalisme poussé si loin menace le « monde commun » sans lequel une société ne peut exister, ni une démocratie fonctionner.