Archives for posts with tag: democratie

Le dernier qui s’en va éteint la LUMIERE – Paul Jorion – 2016

Crise environnementale, crise de la complexité (les interactions augmentent entre des populations de plus en plus nombreuses dans un environnement de plus en plus mécanisé où nous confions nos décisions à l’ordinateur), crise économique et financière due au fait que nos systèmes sont une gigantesque machine a concentrer la richesse (alimentées par les intérêts de la dette et dont les effets délétères sont encore amplifiés par la spéculation (pari sur la hausse ou la baisse des titres financiers).

Nous croissons aujourd’hui a raison de 77 millions d’êtres humains supplémentaires par an.

Thomas Hobbes – la guerre du tous contre tous.

Depuis d’adoption du protocole de Kyoto visant a reduire les emissions de gas a effet de serre, les émissions annuelles de carbone sont passées de 6400 à 8700 millions de tonnes. On mesure la l’efficacité de nos efforts en la matière.

Il s’agit de réintroduire des notions telles que le bonheur, non pas mesuré puisqu’il est d’une nature qui ne se prête pas à la mesure, mais comme quelque chose de présent plutôt qu’absent.

Aristote : les valeurs et les prix relèvent de domaines absolument distincts. Il n’y a pas de valeur cachée derrière un prix, la seule chose qu’il y ait la est un rapport de forces entre êtres humains.

Trop de CO2 ou de dioxyde d’Azote, trop de phosphates….Aussi longtemps qu’il ne sera pas questions de qualités, tout calcul est condamné à n’être que comptes d’apothicaire dont aucune vérité profonde n’émergera jamais.

Gilens et Page, 2014 : ils ont comparé un catalogue d’objectifs politiques exprimés dans l’opinion publique (1779 en tout) et examiné si les mesures ont été, oui ou non, mis en œuvre. Conclusion : l’opinion de la majorité est ignorée : elle ne compte pas et n’est pas reflétée dans les mesures qui sont prises. Aux etats unis règne un système politique caractérisé par la domination d’une élite écconomique.

Lacordaire (1802-1861) avait dit « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maitre et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit ».

Les entreprises innovantes d’aujourd’hui exigent désormais une mise de fonds importante en capital, ne créent pour l’essentiel que des emplois très qualifiés en petit nombre par rapport au chiffre d’affaires. La firme WhatsApp ne comptait que 50 employes quand elle fut rachetée pour 19 milliard de dollars par Facebook. La technologie ne crée pas nécessairement d’emploi.

On progresse vers une économie ou le vainqueur emporte tout (the winner takes all) ou un très petit nombre de travailleurs très qualifies créent une part disproportionnée de la richesse.

Alain Supiot : L’imaginaire cybernétique tend à effacer la différence entre l’homme, l’animal et la machine, saisi comme autant de système homéostatique communiquant les uns avec les autres.  A ce nouvel imaginaire correspond le passage du libéralisme économique – qui place le calcul économique sous l’égide de la loi – à l’ultralibéralisme, qui place la loi sous l’égide du calcul économique. Etendu a toutes activités humaines, le paradigme du marché occupe désormais la place de norme fondamentale à l’échelle du globe.

L’invention du statut de la personne morale, calqué sur celui de la personne physique (la justification intuitive en étant que celle-ci dispose, comme souvent la personne physique, d’un patrimoine) prit place aux Etats Unis au milieu du XIXe siècle.

Au fils des ans, les droits des personnes morales ne cessèrent de croitre et leurs devoirs de se réduire, tandis que l’immortalité potentielle qui leur était dorénavant assurée leur permettait une accumulation quasi infinie de patrimoine et du pouvoir qui lui est associe.

La formulation juridique des principes ultralibéraux crée par anticipation le cadre de fonctionnement d’un univers peuplé seulement de robots.

Lord Adair Turner, patron du régulateur des marchés financiers au royaume uni qui dressa en 2010 la liste des activités inutiles, voire nocives, de la finance. Il est nocif qu’un secteur dépasse la taille correspondant à son véritable rôle économique. A un contradicteur prétendant que le secteur financier devait s’efforcer de devenir le plus gros possible, il avait répondu que l’on imagine pas des centrales électriques cherchant à excéder la demande du marché.

La promotion implicite du court termisme par la philosophie qui sous-tend la règlementation comptable date des années 1980 et est lié à l’internationalisation et la privatisation de la rédaction des règles comptables (grandes firmes d’audit et l’International Accounting Standard Board – qui est finance par ces mêmes firmes). IASB est domicilié dans l’état du Delaware qui constitue un havre fiscal. Conflit d’intérêt, puisque IASB est aussi finance par les mêmes firmes d’audit, et aucun contrôle démocratique….

La comptabilité moderne a évolué en trois temps : primo, début du XIX, les bénéfices ne sont comptabilises que lorsqu’ils sont apparus : pour distribuer des parts il faut d’abord  avoir couvert les coûts. Secundo au milieu du XIX, les bénéfices apparaissent anticipées en enkystant le passif, et ce pour ne pas décourager les petits investisseurs dont on avait besoin pour financer les grands projets de construction. Tertio, les années 1980, la comptabilité  « mark to market » au prix du marché, les bénéfices sont distribués à titre anticipé. Le moindre bénéfice est aussitôt partagée entre amis, et s’il manque de l’argent pour l’entreprise, on l’emprunte !

Les docteurs de l’Eglise, au Moyen Age, appelait « usure » ce que nous appelons « crédit à la consommation » et bannissaient le paiement d’intérêts sur des sommes empruntées pour la seule et unique raison que l’emprunteur y était forcé.

Au cours des premiers siècles de notre ère, la concentration de la richesse a condamné une part toujours croissante de la population au surendettement, entrainant l’apparition d’un statut social inédit : celui, devenu rapidement héréditaire, de serf attaché de génération en génération a la terre de son maitre.

Le système économique nécessite la croissance comme l’un de ses éléments constituants en tant qu’il est un système capitaliste, et qu’il est donc impossible de parler de décroissance sans remettre en question la nature capitaliste de notre système économique. Le système économique n’est pas monolithique : il est à la fois « capitaliste », « de marché », « libéral » voire « ultralibéral ».

Comptabiliser le travail comme coût (qu’il convient donc de minimiser pour augmenter les dividendes) et les dividendes comme part de profit est en réalité arbitraire : c’est l’expression d’un choix politique. Un juste partage exige la remise en cause des règles comptables qui traitent les salaires comme des coûts, et les bonus de la direction et les dividendes des actionnaires comme des parts de bénéfices, pour considérer tous ensemble comme avances faites au même titre à la production de marchandises ou de services.

Le coût de la crise des « subprimes » fut considérable : 8% du PIB de la zone euro. Les garanties des Etats de la zone euro au secteur financier équivalaient en 2014 à 2.7% du PIB en 2014.

Un article signé Vitali, Glattfelder et Battiston mettait en évidence en 2011 l’existence, en parallèle du réseau de pouvoir que forme les Etats, d’un autre réseau constitué en son cœur par un nombre restreint  (147) de compagnies transnationales dont la puissance économique est considérablement supérieur à celle des Etats.  Un nombre réduit d’individu (737) exerce le pouvoir effectif au sein de (80%) ces compagnies. Les trois quarts des 147 compagnies sont des établissements financiers.

Apple, jouant sur les ambiguïtés des codes des impôts nationaux, a même réussi la gageure de n’avoir aucune domiciliation fiscales pour les principales composantes de son conglomérat, et d’être ainsi pleinement déterritorialisé. Aucun devoir, aucun engagement ne lie (ces entreprises internationales) à une véritable communauté de citoyens en aucun endroit du globe.

Si l’on veut stopper le processus de destruction en cours, le choix est simple : il faut imposer à la finance, l’éthique qui prévaut dans les autres départements de nos sociétés : mettre fin le plus rapidement possible à l’extraterritorialité éthique dont elle bénéficie à l’heure actuelle.

The Economist 2012 : à la questions envers qui il conviendrait qu’il se sentent davantage responsables, les leaders de la finance considèrent : leur PDG (pour 48%), leur actionnaires (pour 44%)…les choix les moins populaires sont la société dans son ensemble (pour 25%) l’Etat (11%). Le monde financier reste convaincu du bien-fondé de son extraterritorialité sur le plan éthique.

Francois Debauche nous à enseigné des choses précieuses, consciencieusement retenues.

Rien ne permet d’exclure que les processus biologiques ne produisent eux aussi ultérieurement, par émergence,  un type de phénomène d’une nature inédite. Et que, du coup, ce qui nous avions imaginé à tort comme étant intervenu avant nous, la présence d’un Dieu démiurge ayant été la cause de notre monde, n’apparaisse en fait ultérieurement au sein du monde. Dieu non comme la cause mais comme la conséquence de cet univers.

Rees : « Notre ère d’intelligence organique constitue un triomphe de la complexité sur l’entropie mais un triomphe passager, qui sera suivi d’une période considérablement plus longue d’intelligence inorganique, beaucoup moins contrainte par son environnement.  Il est probable que les extraterrestres auront opéré la transition qui permet de dépasser le stade organique il y a déjà très longtemps ».  Proposition intrigante qui implique que nous perdons notre temps quand nous recherchons aujourd’hui des manifestations de vie intelligente. Devons-nous attrister que l’être humain ne soit pas le point culminent de l’évolution ? Que les humains ne soient que les précurseurs fugaces d’une culture dominée par les machines ?

Hegel – S’impose a nous la question de savoir si, derrière le vacarme, ne se trouverait pas une œuvre intérieur dans laquelle serait emmagasinée la force des phénomènes et à laquelle tout profiterait. C’est la catégorie de la Raison, celle de la pensée d’une fin ultime en elle-même. Le ruse de la Raison : la Raison s’accomplit, quelque que soit la représentation qu’en ont les hommes par le truchement de ce qui se réalise dans le monde. Mais pour Hegel toujours, ce n’est pas tant l’histoire qui réalise la raison, que nous qui la lisons dans son déroulement. La Raison est donc cette chose qu’on est à même de lire dans l’histoire, bien davantage qu’elle n’y est véritablement présente.

Advertisements

Avant l’histoire, Alain Testart, 2012

 

testart?????????????

 

L’idée d’une complexification croissante de la société se fonde sur quelques erreurs d’appréciation:  en premier lieu, sur le préjugé ordinaire qui nous fait juger simples et rudimentaires les peuples aux mœurs trop éloignées des nôtres, et dont nous ne saisissons pas les principes. En second lieu sur la méconnaissance de la différence fondamentale qui sépare les lois de l’évolution technique et celles qui président aux transformations des sociétés. Les inventions techniques sont des phénomènes cumulatifs – c’est pourquoi il existe un progrès technique. On peut parler de complexification croissante pour l’infrastructure matérielle des sociétés, mais, en ce qui concerne les structures sociales, on ne voit pas quel sens cela pourrait avoir. En troisième lieu sur une analogie implicite entre société et être vivant (l’exemple de l’Etat communément comparé avec un système nerveux). En quatrième lieu, sur l’opinion selon laquelle les conflits sociaux deviendrait plus nombreux avec l’accroissement de la population, le développement des richesses, l’émergence du pouvoirs politiques ou administratifs. Enfin, l’idée selon laquelle certaines sociétés seraient simples se fonde sur les phénomènes invisibles : le premier est que 90-95% des phénomènes sociaux ne sont pas archéologiquement visibles, le second est que beaucoup de sociétés ne connaissent pas l’écriture.

Culture et société : Une société c’est un ensemble de structures et d’institutions, ce n’est pas les gens, les hommes et les femmes qui vivent dans cette société. (Exemple les sociétés russes d’avant et d’après 1917 sont différentes mais constituées de russes) Les hommes et les femmes forment une communauté ou un peuple. Une société est donc indépendante des peuples (qui vivent dans ce modèle de société). (Exemple : Une société occidentale mais pas de peuple occidental). Dans la culture on ne peut faire abstraction du lien avec le peuple. Les cultures sont uniques, les sociétés ont des caractéristiques générales communes a plusieurs pays, états etc.  La culture est lié aux spécificités d’un peuple, sa langue, son enracinement géographique, son histoire.

Les crocodiles partagent avec les oiseaux des dizaines de structures anatomiques qui leur sont exclusives (mandibule fenestrée, gésier, etc.) et que d’autres reptiles, comme les varans, ne partagent pas. Ce n’est ni l’apparence, ni les fonctionnalités, ni l’adaptation au milieu qui fonde une classification phylogénétique (ou apparentement). (Les oiseaux sont plus proches des crocodiles que les varans).

Childe et la théorie du surplus : la révolution néolithique est la plus grande révolution technico-économique que connut l’humanité avant la révolution industrielle. Révolution du mode de vie, puisque le mode de vie agraire implique la sédentarité ; révolution démographique, puisque les chasseurs-cueilleurs, exploitant des ressources sauvages ne peuvent avoir qu’une population clairsemée, un territoire cultivé étant capable de supporter une population incomparablement plus nombreuse. Childe, très influencé par le marxisme, expliqua pourquoi l’agriculture permettait des société de classes, avec un classe dominante qui vivait sans travailler la terre. Le rendement du travail agricole est suffisant pour dégager un surplus au delà de ce qui est nécessaire au producteur.  Les observations du temps de travail des peuples de chasseur-cueilleurs (Bochimans) montrent que les chasseurs-cueilleurs travaillaient moins que les travailleurs de société industrielles (4-5 heures/jour). Au sein de cette population de chasseurs-cueilleurs, certains auraient pu travailler plus, d’autres moins et c’eût été une société de classe, analogue a celle que Childe croyait impossible avant l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs ne sont pas des sociétés de classes, mais ce n’est pas le niveau technique qui l’explique.

Childe – théorie des oasis :  c’est le réchauffement climatique qui marque la fin du glaciaire qui serait l’élément déterminant de l’invention de l’agriculture, en raison de l’aridification des contrées antérieurement verdoyantes et de la concentrations des êtres vivants (hommes et bêtes) sur des territoires exigus non arides (au proche orient notamment).  Or, pendant la dernière glaciation (celle de Würm) il y a eu des interstades, long de plusieurs millénaires, qui avaient un climat plus doux. Pourquoi l’agriculture n’a-t-elle pas été inventé a l’une ou l’autre de ces périodes ? La même chose peut être dite de la pression démographique, souvent considérée comme étant à l’origine de l’agriculture.

Il ne suffit pas qu’une invention soit inventée pour qu’elle se diffuse. Cela ne suffit même pas pour qu’elle soit adoptée.  A Dolni Vestonice les hommes inventèrent il y a 26,000 ans la céramique (Venus en terre cuite) précédant de plusieurs milliers d’années la céramique du proche orient.  Ils ont fait cela sans faire des pots, et sans qu’aucun n’autre peuple les imite: pourquoi ? Probablement parce que la céramique ne servait à rien pour ces chasseurs-cueilleurs. Elle servira plus tard aux agriculteurs. C’est donc le milieu et le social qui explique l’adoption et diffusion d’une invention.  Les aborigènes sont en contact avec les habitants des iles du détroits de Torres, qui ont une culture de type néoguinéenne (horticulture, conservation du poisson, arc et flèches). Ils connaissent ces techniques mais ne les ont pas adoptées. C’est une question fondamentale de savoir pourquoi.

Il y eu seulement trois inventions majeures pendant les 30,000 ans du paléolithique supérieurs : l’aiguille à chas, entre 19,000 et 18,000. Elles servent à confectionner des vêtements de peaux, de couvertures de tentes, des canots de peaux. Le propulseur, a partir de 16,000, qui permet de doubler la distance de jet. La barbelure (des 25,000 ans), laquelle fait donc des pointes barbelées qui resteront fichées dans les chairs de la proie une fois touchée. L’intérêt est évident pour la guerre, la chasse au singes (les deux étant pareillement capables de retirer un trait de leur plaie. Cette forme convient très bien à un gibier aquatique, sinon a la pêche.  Il y a aussi des inventions virtuelles (les Venus) qui ne débouchent pas sur des applications pratiques. Au mésolithique, qui s’étend sur 3 ou 5,000 ans, des dizaines d’inventions vont survenir : l’arc, le piège a poisson (nasse), filets, canots, le chien de chasse (non prouvé), traineau, vaisselles de céramique (10,000 ans, Jomon au japon), les habitations permanentes (les natoufiens au proche orient) et l’agriculture. C’est le rythme du développement technique qui a changé.

Les aborigènes utilisaient déjà la pierre polis il y a 20-30,000, bien avant qu’elle ne soit connu en Europe et au Proche Orient (au Néolithique – ou âge de la pierre polie). En revanche, ils n’ont jamais adapté l’arc, le fumage de la viande animale, la vie sédentaire, les cantonnant dans le domaine du rituel. La hache australienne ne saurait avoir la même fonction que la hache néolithique des forets tempérées européennes. Toutes ces fonctions tournent autour du végétal : il fait des entailles pour monter aux arbres, ouvre des branches pour y attraper les opossums qui s’y cachent etc. Avec cumul sur un même instrument de fonctions différentes permettant d’alléger l’équipement. Le travail de la pierre en Europe était plus orienté sur l’animal (pointes de flèches, grattoirs, burins)  En avance sur ce point, les aborigènes sont en retard sur beaucoup d’autres.

Le sens de l’histoire : La société est structurée depuis des millénaires non pas autour de la richesse mais autour de ce qui fait depuis toujours courir les hommes : la quête du partenaire sexuel. L’ethnologie des chasseurs-cueilleurs ou le futur mari doit payer pour obtenir une épouse. Quand nait la richesse, elle nait sur ce fond social plurimillénaire et elle sert d’abord et avant tout à payer pour les femmes. L’obtention d’une épouse entraine une dépendance du gendre par rapport au beau-père. Fournir des biens supprime cette dépendance. Dans ces conditions, la richesse, quand elle fait son apparition, est facteur de liberté. Mais elle est aussi un moyen d’oppression. Avant la richesse, il suffisait au prétendant de travailler plus – pour le beau-père- pour acquérir son épouse. Avec l’apparition d’un prix pour la fiancé, seul celui qui est riche se trouve libéré. Le pauvre ne peut plus se marier du tout, il ne se marie pas ou entre en servitude. Rien n’est plus courant dans le monde que d’opprimer les pauvres.

L’invention de la richesse : elle est arrivée toute seule, sans que les hommes y prennent garde, en même temps que l’équipement du chasseur s’alourdissait et que les chasseurs-cueilleurs se sédentarisent. Ce fut sans doute parmi les derniers chasseurs du pléistocène, des peaux et des objets en os qui jouèrent le rôle de la richesse. C’étaient des biens durables et toutes choses qui représentaient un temps de travail assez important, ainsi que des objets de provenance lointaine, parce que difficile à se procurer.

La propriété au néolithique : nous n’en savons rien. Mais les sociétés ethnographiées en Mélanésie ou Amérique du nord montrent qu’elle ne connaisse qu’un avantage à la richesse : la considération sociale, l’estime, qu’elle confère. Luxe, confort, pouvoir sur le travail des autres ne semblent pas être des avantages procurés par la richesse que les sociétés traditionnelles considèrent importante – ou connaissent.  Le riche ne vit pas dans une maison luxueuse, mais il donne des fêtes, détient des objets de valeurs, il a des créances sur d’autres, de nombreuses épouses.  La richesse ne s’investit pas en terres, parce qu’on est propriétaire de la terre seulement si on l’utilise (Afrique, Mélanésie, Amérique du nord). La terre devient importante plus tard e  Eurasie, depuis les romains.

Les sociétés de chasseurs-cueilleurs ne sont pas plus égalitaires que les nôtres. Elles sont traversées par des rapports de dépendance, des rapports de force. Ce qui nait avec le néolithique, c’est l’existence d’inégalités socio-économique – la différentiation entre riches et pauvres. Ceux qui parlent de sociétés égalitaires ne s’interrogent pas sur les mécanismes susceptibles d’engendrer cette égalité. Ces mécanismes supposent une autorité centrale qui fait défaut dans les sociétés étudiées. Les dons – qui existent – ne supprime pas les inégalités : la raison en ai qu’on ne distribue que les revenus mais pas la source de ces revenus.

Misère : historiquement nous n’avons aucune preuve de son existence avant la fin de la première moitié du 1er millénaire avant notre ère (-500), le VI ou VII siècle, juste avant l’antiquité classique. Elle fut absente des sociétés d’Océanie et d’Amérique étudiées, petites, loin des empire et encore a outillage lithique. Le fait que le luxe et la misère soient absents de ces sociétés mais n’en font pas pour autant des sociétés égalitaires. La richesse néolithique ne se montre pas mais permet des dépenses ostentatoires dans l’intérêt public.  Les sources des inégalités sont nombreuses, à commencer par la propriété : les clans puissants sont ceux qui ont les meilleurs sites. Le capital financier constitue une autre source : c’est a coups de prêts que les big men renforcent leur emprise sur le villageois, a coups de dons qu’ils financent la paix (constructions, réparations après guerre etc.). Ils ne répugnent pas prêter à taux usuraire, et c’est ainsi qu’ils financent leurs fêtes.

La forme de propriété fundiaire conduit certains à accumuler les terres et d’autres à en être dépossédés.  La forme usufondé précède la forme fundiaire et nous n’avons aucun exemple de l’inverse.  Le régime usufondée fonctionne s’il y a une réserve illimitée de terres. Lorsque la densité démographique devient trop élevée, le régime de propriété se meut en régime fundiaire, analogue au nôtre.

L’économie néolithique : la richesse y sert principalement à faire face à ses obligations sociales et pas à assurer son pain. Ces sociétés sont structurées par des liens personnels, pas seulement des liens de parenté. La terre n’est pas un enjeux majeurs (propriété usufondée) et fait apparaitre tout au plus des inégalités liés à la fertilité des terres (ce ne sont pas des sociétés de classes).  Le surcroit de richesse ne s’investit pas dans la terre, il y a une tendance intrinsèque à la dépense ostentatoire, dans l’intérêt de tous (et aussi des plus pauvres) : fêtes, érection de monuments pour lesquelles ils faut nourrir une quantité importante de gens. Et il y a tout lieu de penser que l’esclavage est apparu avec le néolithique (3 critères : les hommes libres pratiquent la déformation crânienne – ceux qui n’ont pas ces déformations sont d’un statut social inferieur ; on massacre en général les hommes adultes qu’on ne peut réduire en esclavage et on conserve les femmes et les enfants ; la coutume de l’accompagnement funéraire)

Le sens du monumentalisme naquit avec le néolithique. On donnait à voir la réalisation et il faut s’interroger non pas sur la technique de réalisation (qui pose peu de problème avec beaucoup d’hommes) mais sur le financement de ces réalisations. Que donne-t-on a voir dans ces fêtes ou érection de ces monuments ? Non pas la puissance politique d’un chef capable de mobiliser les hommes (comme les souverains chinois pour construire la muraille de chine). On donne a voir la puissance de l’argent, la puissance économique d’un homme capable d’employer – de salarier- ses covillageois. Les mégalithes furent autant de manifestations de puissance, de cette puissance que confère la richesse.

A Madagascar, les dimensions de la pierre à ériger étaient fonction du revenu de celui qui commandait la cérémonie…jusqu’à 300 personnes participaient au transport…distribution de viande pour tout le monde…100 bœuf furent tués.

Disposition côtière du premier mégalithisme européen. Il n’y a pas de problème technique : ils ont suffisamment de bras et les marins savent fabriquer des cordes solides. Quant a la traction, faire rouler les mégalithes sur des rouleaux, c’est un problème technique très similaire à celui de la miseà l’eau d’un navire.

Je crois que les défunts néolithiques qui étaient dans les caveaux mégalithiques étaient bien des égaux, des membres d’une classe ou d’une caste dominante qui s’imposent entre eux de ne pas faire apparaitre de différences de richesse pour mieux rester unis. Ils imaginèrent de partager le même caveau, ils se rendaient indistinguables les uns des autres dans la mort, tout en se distinguant par une inhumation en mégalithique.

Le monde mégalithique n’apparait nullement comme un monde unifié, certainement pas politiquement, même pas culturellement, tout au contraire, c’est le règne du particularisme qui veut que chacun de distingue de son voisin par quelque originalité ou excentricité.  Ce fut sans doute la limite sociale et politique de ces sociétés qui furent incapables de s’unifier ou de se fédérer en entités plus grandes et donc plus puissantes. Les sociétés mégalithiques n’ont pas de descendance. Elles disparaissent sans laisser de traces  autres que ces pierres énigmatiques. Ces ploutocraties ostentatoires mégalithiques étaient incapables de fédérer des populations libres et furent remplacé par des systèmes d’organisation plus performante et différente. Childe voit ainsi dans les longue maisons des Rubanés (nord de l’Europe entre 5500 et 4800) une inversion des tumulus des peuples mégalithiques. Les vivants d’un côté, les morts de l’autre.

Le miracle grec de la démocratie 5 ou 6 siècles avant notre ère. En Gaule, en Germanie,  en Scandinavie, à Rome, en Grèce, on trouve partout des systèmes différents mais toujours avec une assemblée du peuple réputée souveraine. On peut faire l’hypothèse d’un fond démocratique primitif commun à l’Europe depuis le début du néolithique.  Ce furent des immigrants du proche orient qui l’apportèrent en Europe. Les grecs n’inventèrent pas la démocratie : ce qu’ils firent fut de parfaire une forme très ancienne. L’Europe est unique au monde pour ses traditions démocratiques, notamment le recours a une assemblée populaire.

Le Proche Orient ancien a connu l’organisation lignagère – elles sont si courantes chez les Bédouins en particulier. Ce milieu social fut favorable à une naissance précoce de l’Etat. L’Europe, structurée par des démocraties primitives, a longtemps refusé l’Etat, a fortiori l’Etat despotique du Proche-Orient. Elle ne l’accepta qu’avec la Grèce au V-VI siècles.

Ce grand  cadavre à la renverse. Bernard Henri Levy (2007)

 BHL

P46: Heidegger: distinction entre les évènements naturels et historique. Des évènements historiques ont ne peut dire: “voila c’est fini, sa vie s’est déroulée, son sens s’est dégagé, il a pris l’allure qui sera désormais , et de toute éternité, la sienne.” Et c’est la raisons pour laquelle ces évènements jouent ce rôle de marqueurs d’identité.

P47: Le mot si drôle de Mao Tsé Toung qui, à la question des “leçons” qu’il tirait de “ la révolution de 1789” répondit “il est encore un peu tôt pour se prononcer sur cet évènements”.

P65: Un réflexe n’est jamais juste un réflexe; ni, encore moins, un instinct; que rien n’est plus intelligent, chargé de culture et de mémoire, qu’un bon et sûr réflexe – étant entendu que les réflexes sont des blocs de mémoire, de pensée et de savoir pétrifiés.

P81: Il ne lui resterait plus du soixante-huitisme que la philosophie du soupçon, le refus des dogmes, la contestation généralisée, la volupté du schisme et de la démystification (…)

P81. La révocation en doute des chambres à gaz, le négationnisme, le soutien à Faurisson, la rechute dans un néofascisme relooké radicalité contestataire.

P 88 J’ai sous les yeuxle poème de Victor Hugo écrit juste après l’incendie des Tuileries…Le poète fait la leçon à l’un des incendiaires. Il lui reproche ce “crime inouï” qu’est l’incendie d’un lieu de culture. Il lui remontre que ces livres qu’il a brûlés c’était le rayon de son ame, le propre flambeau qui devait le guider sur le chemin du bonheur et du progrès. Le livre est ton libérateur, ton médecin, ton guide, ton gardien. Et que croit-on que l’incendiaire lui répond? “je ne sais pas lire”…

P101 Tout le monde le savait mais c’est elle, et personne d’autre, qui aura, en position de candidate, trouvé et osé les mots pour le dire

P 116 Si la tentation totalitaire est pour une bonne part histoire ancienne cela tient a d’autres évènements qui ont précédé la chute du mur, dont celle ci n’a été que la suit logique, et qui, même s’ils sont moins souvent cités, donnent à cette conversion une nécessité, une profondeur, un ancrage dans le réel, beaucoup plus fort et , probablement, sans retour.

P 118 comme si le temps de la plus grande déraison avait été celui du cheminement vers une raison plus haute.

P124 Jusqu’au Cambodge, on pensait que, si toutes les révolutions avaient échoué, si elles avaient produit des dictatures pires que celles qu’elles avaient abolies, si elles avaient gelé, dégénéré, raté leur but, c’est qu’elles n’étaient pas allées assez loin, qu’elles avaient manqué d’élan, de puissance, de courage. (…) P130 il était indubitable que, de cette révolution-ci, on ne pourrait plus dire, si elle échouait aussi, “c’est parce qu’elle n’est pas allée assez loin…” P132 c’est la que s’établit le théorème du Cambodge: plus une révolution est radicale, plus elle est sanglante; plus elle est sérieuse, plus elle va loin dans la rigueur, et plus elle déchaîne de cataclysmes; l’utopie révolutionnaire est, en soi, par nécessité et non par accident, un rêve qui tourne au cauchemar, tend au pre et transforme les hommes en bêtes. C’est là que trouve sa source…la nouvelle philosophie.

P143 Nouvelle philosophie était le principe d’une politique qui ne voulait plus entendre parler de Coté bonne, ou de Cités des fins, advenant sur la terre. C’était le congé donné à toute idée de solution finale à la misère, au désordre, à la tragédie des hommes. C’était l’idée qu’il faut mieux se mettre d’accord sur le Mal que sur le Bien et, une fois qu’on s’est entendu sur le Mal, négocier le moindre Mal. Et c’était le choix d’une politique qui, au souci ancien de rendre le monde conforme à un idéal moral, substituerait celui de le rendre un peu plus habitable pour un plus grand nombre de gens; qui ne céderait plus, du coup, sur les petites choses, la vie, les droits ici et maintenant, les droits de l’homme et qui surtout, ne tomberait plus dans les facilités de la rhétorique radicale ou de ce que l’on appelait du temps du stalinisme encore, “la politique du pire”.  Avantage (…) à la politique conçue comme le règne de l’indétermination, de la complexité assumée des choses humaines, de la délibération, du compromis.

P 200 – Pour le libéralisme: les trois révolutions (française, anglaise, française – au départ) furent des révolutions explicitement libérales qui conçurent le libéralisme comme un instrument de lutte contre l’absolutisme..

P 200 Chavez, dont l’episcopat latino-américain lui-même note que la rhétorique antilibérale rappelle celle des régimes de type faciste ou nazie.

P203…pour aller droit à la seule scène où a su s’affûter une critique réelle, sérieuse, sans concessions ni états d’âme, de ce libéralisme devenu leur ennemi principal, et où, de Burke à Herder puis Maurras et aux idéologues fascistes et nazis, de bons ouvriers du concept, travaillent, depuis longtemps maintenant à déjouer le complot libéral.

P205 …ni Heidegger, ni Hegel, ni aucun de ces penseurs immenses dont on est obligé d’avaler les turpitudes parce que leur doctrine est incontournable et que l’on est, sans elle, condamné à penser moins bien et moins haut

P 208 Il est vrai que le concept de guerre juste pose problème. Il est vrai que, parce qu’elle disqualifie moralement l’adversaire et le rejette dans les ténèbres de la barbarie, la guerre juste ne sait pas s’auto-limiter. Et il y a la une sorte de guerre qui, contrairement aux guerres traditionnelles où l’on se battait autour, par exemple d’un territoire, sera toujours tenté par l’anéantissement de l’adversaire.

P 275 Ou bien j’avais envie d’une bonne discussion où l’on se soucierait moins de pousser son avantage que de faire avancer les choses d’aider les hommes de bonne volonté à voi un peu plus clair dans une situation qui passe, à tort, pour obscure…(…)

Toujours est-il qu’au lieu, comme devait s’y attendre Brauman, d’ouvrir effectivement le feu, au lieu d’attaquer, tonner…je commence en lui disant que son attitude est un mystère et que j’aimerai juste profiter de l’occasion pour comprendre comment un homme comme lui peut se contenter de ces considérations circonspectes sur ce qui est peut être en train de devenir le premier génocide du XXIe siècle (le Darfour).

P278 La Chine qui exécute chaque année entre 8 et 10,000 droit commun, pratique la torture à grande échelle, bâillonne l’information, interdit les syndicat libres et les partis, pratique et organise l’esclavage, ne voit d’objection ni au travail des enfants ni à la vente d’organes des prisonniers exécutés et detient toujours dans ses geôles les quelques centaines de survivants de l’insurection de Tien An Men….

P 280 je ne vais pas, en me laissant aveugler par l’émotion, les réflexes de la belle âme ou les illusions de ce que Hegel appelait “l’homme actuel” tomber dans ce piège grossier; je ne marche pas dans une mobilisation qui sous couvert de sauver les derniers darfouris, ne serait en réalité qu’un diversion dans la stratégie générale de l’Empire (i.e. Prendre parti pour les USA et sauver le Darfouris mais alors soutenir un Empire (USA) qui par ailleurs est haïssable…mieux vaut laisser mourir les Darfouris propose Brauman (selon BHL) car le prix à payer pour soutenir les USA est trop important…)

P 288 Durban où était censé se tenir un rassemblement d’ONG condamnant comme jamais l’esclavage, la faim dans le monde, le racisme, les guerres, mais où l’on entendit, surtout, l’immonde “one jew, one bullet” que lancèrent des groupes d’extrémistes de la cause palestinienne et que reprirent en coeur nombre des huit milles militants des trois mille ONGs présent à Durban.

P 290…citoyen Burundais me disant presque en larmes, que le détournement de la Conférence par les associations palestiniennes n’avaient réussi qu’à repousser aux calendes la prise de conscience du génocide perlé qui affectait son pays depuis vingt ans. Je songeais au indiens Dalit defandant les intouchable en inde, aux activistes de la cause Rom, aux portes paroles des peuples indigènes de Colombie et Equateur….qui étaient arrivés rempli d’espoir et qui furent de fait réduits au silence….

P 298 Ne pas déplorer, ne pas maudire, disait Spinoza, comprendre.

P 356 La tolerance a ses préférences et peut, selon l’humeur, changer de préférence. Elle peut décider qu’elle a trop toléré et changer d’avis. Ou elle peut décidé qu’elle n’a pas bien toléré, pas assez donné et changer encore d’avis. Avec la laïcité pas de danger. Le respect est un principe stable. Il n’est pas affaire d’affect mais de structure.  Et sa structure consiste a poser entre les croyances une équidistance vis-à-vis du centre de pouvoir.

P 365 L’islamisme radicale n’est pas contemporain du tiers-mondisme (année 60) mais de ce mouvement mondiale qui voulait en finir avec la decadence démocratique et qui s’est appelé le fascisme. “Fascislamisme” est le concept qui rend compte de ce grand contexte. 

P 375 s’il est vrai que les principes de démocratie sont, en effet, d’origine juive et chrétienne, s’il est vrai que l’autonomie du sujet, de droit d’un corps à ne pas être torturé, celui d’une âme à ne pas être asservie, la construction d’une espace public, enfin, fondé sur ce double droit ne furent pensables qu’a partir du concept judeo-chretien de Personne (créature façonnée par Dieu à son image et pour cela inviolable)… Mais est ce pour cela un concept de l’occident? Le desert du Sinai, le Golgotha…non bien sur.

P 378 Mais il est clair que c’est tout de même, pour l’essentiel, en Europe que ces principes se sont développés. Et il est incontestable que l’idée démocratique dans sa forme la plus moderne, le pari sur une définition de l’humain telle que l’on puisse, non seulement lui rapporter des droits, mais prétendre que ces droits sont universels, identiques, pour tous, inaliénables, sont, pour l’essentiel une création européenne.

P 402 Même quand elles ne sont aux commandes de rien, ce sont les idées qui, pour le meilleur et pour le pire, mènent et permettent de changer le monde.

P 409 c’est la devise de Guillaume d’Orange: “Il n’est pas necessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer”.

Tzvetan Todorov, Mémoire du mal Tentation du bien. 2000

TZVETAN%20TODOROV

Le totalitarisme est la grande invention du siècle. P12
S’il existe des différences entre totalitarisme et démocratie, la ou il y a continuité c’est dans la politique extérieur et les relations entre Etats. Le projet de démocratie libérale concerne avant tout le fonctionnement interne de chaque état. Les affaires étrangères sont donc un état de nature ou s’affronte les forces pures, sans référence au droit. P 32
Le totalitarisme contient une promesse (non tenue) de bonheur, de plénitude, de salut que la démocratie ne fait pas. L’autonomie des individus correspond à la faculté de chercher le meilleur pour soi. Non pas à la certitude de trouver. P37
C’est l’évolution des science qui a permis une vision global des choses. Cette vision a permis au totalitarisme de proposer un moyen global d’améliorer les choses. Le mal humain éternel se transforme en mal du siècle: la science lui permet de s’en rendre compte et de la promouvoir. p38
Puisqu’il n’y a qu’une façon de voir le monde, ce dernier doit devenir un. P39
Le projet démocratique, fondé sur la pensée humaniste, n’ignore pas le mal dans l’homme. Il ne postule pas y trouver un remède. Les biens et les maux sont consubstantiels à notre vie (Montaigne), le bien et le mal coulent de la même sources (Rousseau). Bien et mal résultent de la liberté de choisir. La source est notre sociabilité, notre besoin des autres pour assurer le sentiment de notre existence. P43
La démocratie ne satisfait pas le besoin de salut ou d’absolu; elle ne peut pour autant se permettre d’en ignorer l’existence. P51
Les hommes ne font pas le mal pour le mal. Ils croient toujours poursuivre le bien, seulement en chemin ils sont amenés à faire souffrir les autres. p103
Il faut mettre à bas les grandes idées progressistes et commencer tout en bas: soyons attentif à l’égard de l’homme quel qu’il soit. Ce rappel du caractère irréductible de l’individu permet de court-circuiter le détournement de la bienveillance vers le bien. Levinas précise que la petite bonté allant d’un homme vers son prochain se perd et se déforme des qu’elle se veut doctrine, traite politique, état ou religion. p104
Pour chacun d’entre nous l’expérience est forcement singulière et du reste la plus intense de toutes. Il y a une arrogance de la raison, insupportable, de vouloir déposséder celui qui souffre de sa douleur en lui fournissant une explication externe, général de son problème. Celui qui est engagé dans une expérience mystique refuse de comparer, d’en parler même. Cela reste indicible, indescriptible car du domaine du sacrée. Ceci est valable pour l’individu. Pour le débat public la comparaison est essentielle pour juger de l’unicité du cas (à propos du génocide) P 112
La raison sert indifféremment le bien et le mal. Elle est ployable a merci. P117
Le christianisme prétend que la souffrance anoblit et purifie l’homme. L’expérience des camps prouve le contraire. Trop de souffrance est dangereux et les détenus prennent petit à petit les valeurs des gardiens. p149
Les hommes sont tous potentiellement capables du même mal mais ils ne le sont pas effectivement car ils n’ont pas eu les mêmes expériences: leurs capacités d’amour, de jugement moral a été développé ou au contraire s’est éteinte. …Certains êtres humains peuvent tuer et torturer. D’autres non. Pour cette raison on évitera de parler de banalisation du mal. …Les hommes sont semblables mais les événements sont uniques: ce sont ces derniers qu’il faut considérer. P 182
Que doit-on chercher à comprendre lorsque le mal surgit? Ce sont les processus -politiques, sociaux, psychiques- qui y conduisent. Les victimes ne méritent pas un tel travail, elles méritent compassion. Mais il n’en va pas de même lorsqu’on peut résister au mal: mieux vaut ne pas éluder les questions politiques “en substituant la spectacle du malheur à la réflexion sur le mal” (Brauman). Ce qu’il y a comprendre est plus que l’action des malfaiteurs, c’est l’action des résistants… P183
Cela ne veut pas dire qu’il faille privilégier le discourt du témoin sur celui de l’historien. Les deux démarches sont, une fois de plus complémentaire.
Traiter son prochain comme soi-même relève de la justice, le traiter mieux que soi nous fait entrer dans le royaume de la morale. On peut comprendre Levinas qui précise que l’acte moral est, pour nous, nécessairement désintéresse. La seule valeur absolue c’est la possibilité humaine de donner sur soi une priorité à l’autre. p201
La compassion automatique (celle qui est produite en tout un chacun par la diffusion d’image forte lors de conflits ou catastrophes) est bien sur meilleur que de l’indifférence mais nous place d’emble sur le terrain des sentiment, de la bonne cause et du cote des victimes. Mais cette compassion a des effets secondaire ceux de transformer le mal en malheur, de remplacer l’analyse politique par l’éruption de sentiment. p202
En relation avec “la concurrence des victimes”. Il est important de constater que les gratifications obtenues par le statut de victime n’ont aucunement besoin d’être matérielles. Alain Finkielkraut “D’autres avaient souffert et moi, parce que j’étais leur descendant j’en recueillait tout le bénéfice moral. Le lignage faisait de moi le concessionnaire du génocide, son témoin et presque sa victime. Comparé à une telle investiture, tout autre titre me paraissait misérable ou dérisoire. p207
Il faut éviter de tomber dans les pièges du devoir de mémoire et s’attacher de préférence au travail de mémoire. Si l’on ne veut pas que le passé revienne, il ne suffit pas de le réciter… le chemin peut paraître étroit entre sacralisation et banalisation du passé, entre servir son propre camp et faire la morale aux autres, et pourtant il existe. P253
Des camps par Primo Lévi: cette férocité totale n’a pas existé. A l’époque nous étions tous gris. Cela ne fait aucun doute, chacun de nous peut potentiellement devenir un monstre. p261
Le dilemme: soit il existe un mal radical, un mal qui est une fin en soi (le service du diable pour les chrétien), soit il existe un mal banal, celui qui résulte de ce qu’on se préfère aux autres. Dans certaines circonstances (guerres etc) ce mal ordinaire a des conséquences extraordinaire. p263
Le rayon de lumière ne vient pas du monde que décrit et analysé par Lévi mais de Lévi lui-même: que des hommes comme lui aient existé est source d’encouragement.
Apropos du cas d’Arthur London, dont le livre inspira le film l’Aveu. Les historiens ont pu montré qu’il était malgré tout un espion en France. Mais avec des idéaux. Il croyait à la victoire finale du communiste et tout était bon pour y arriver. Il y avait donc dans son comportement des zones d’ombre qui ont été oublié pour qu’il conserve cette aura de communiste parfait détruit par la machine communiste. P292
Romain Gary: les Nazis étaient humains. Ce qui était humain en eux était leur inhumanité. Tant qu’on ne reconnaît pas cette inhumanité, cette parenté avec le mal, on reste dans le mensonge pieux. P319
Gary: “Pour l’essentiel, il n’y a pas de réponse” Comment alors ne pas désespérer de tout? “Le geste le plus méprisant qu’un homme puisse faire est de rester vivant.” ” Toute mon oeuvre est faite de respect pour la faiblesse” Cf Gary – La nuit sera calme, 1974. P321
Il n’y a pas de coïncidence entre Etat et ethnie (200 Etats contre 5000 ethnies sur la planète). L’Etat naturel/ethnique serait fondé sur la naissance, l’origine des parents. L’Etat démocratique est un état contractuel fonde sur une partage de valeurs communes, de droits et devoirs. p348
Autre raison de préférer la souveraineté nationale au droit d’ingérence. Les individus ont beaucoup plus de droits nationaux que de droits internationaux attachés à leur personne. L’ingérence mets en péril la souveraineté nationale et les institutions en charge dans le pays. Le tribunal international devrait être remplacé par un appui aux juridictions nationales qui deviendraient capable de juger les crimes les plus terribles.
L’anarchie peut être pire que la tyrannie dont les lois, mêmes injustes, sont connues. L’effondrement des pays de l’est a donné lieu à la naissance de mafias en tout genre dans des pays ou l’Etat avait réellement disparu. p398
Les guerres de religions ont cessé du jour ou l’on a accepté que plusieurs conceptions du bien pouvaient exister conjointement. La justice universelle implique un état universel. P405
Montesquieu pense que les systèmes de lois doivent avoir une même source (justice) mais être différent d’un pays à l’autre en vertu des traditions, habitudes de chacun. Condorcet souhaite lui une unicité des systèmes en place. Ce qui est bon pour les uns l’est aussi pour les autres.
Le pluralisme est un bien en lui même car il permet qu’aucune opinion ne puisse devenir absolu et unique, apportant oppression. P406
Pour comprendre une seule civilisation, il faut en connaître au moins deux, très profondément. Il n’est de connaissance humaine sans comparaison et confrontation, c’est pourquoi on ne saura jamais en éliminer la part de subjectivité. p424
Tillion “j’avais décidé de ne plus m’occuper d’ethnologie mais de consacrer tout mes efforts à comprendre comment un peuple européen plus éduqué que la moyenne avait pu sombrer dans une telle démence.
Vivre et agir sans parti pris est inconcevable. Le mieux qu’on puisse faire est de choisir les siens en connaissance de cause. P425-426
Il existe deux infimes minorités: celles des assassins, des bourreaux, des brutes et des traîtres, celles des hommes d’un courage extraordinaire. L’immense majorité d’entre nous est composé de gens ordinaires, inoffensifs en temps de paix, dangereux en temps de crise. P 430
Il n’existe pas moralement de vrai médiocre, seulement des êtres qui n’ont rencontré les événements qui les révèleront. L’être humain est moralement indécis, à la fois bon et mauvais, c’est bien pourquoi le champ de l’action reste grand ouvert. P 433
Sur le conflit algérien (1965 et suiv.). La paix ne peut venir que de la confiance réciproque. Mais la confiance ne peut venir que dans la paix. Donc la guerre continue. P439 (prévention des conflits en temps de paix: travail sur la confiance)
Quand on lit ses écrits, on a parfois l’impression d’avoir affaire à une double personnalité: il y a l’actrice agissante mue par la tendresse pour ses semblables et l’observatrice passionnée par la connaissance. Ces deux facettes n’entrent pas en conflit, elles s’articulent harmonieusement et ne cessent de se rendre service: l’observatrice introduit une perspective plus large aux difficultés rencontrées par l’actrice. P440
On peut identifier 3 dérives menaçant la vie démocratique: La dérive identitaire, L’identité est essentielle a la collectivité et use de la mémoire pour se fabriquer. Cette exigence ‘légitime ne l’est plus lorsqu’elle l’emporte sur les valeurs démocratiques fondamentales: l’individu et l’universalité. Les communautés peuvent être diverses mais doivent respecter le contrat démocratique: aucun avantage particulier, égalité et tolérance.
La dérive moralisatrice. Pluralité et diversité des sujets en démocratie et pluralité des institutions. La morale revient à la sphère privée (contrairement aux états théocratiques). Or le moralement correct veut réunir moral et politique et stigmatiser les contrevenants et assurer le règne de la bonne conscience. C’est les croisades ou les colonisations, conduites au nom du bien. On nie ici l’autonomie du sujet: d’un cote l’état impose un moralement correct, de l’autre un groupe d’état impose à un autre, par ingérence, le bien, par la force s’il le faut. La tentation du bien est dangereuse.
Les deux dérives procède de la nostalgie d’un état antérieur: celui dans lequel les liens de communautés étaient plus fort et possédait une morale publique.
La dérive instrumentale qui consiste à se soucier des seuls instruments, outils, moyens devant conduire à un but, sans s’interroger sur le but. (conception et réalisation de la Bombe atomique par exemple). Cette dérive est propre aux pays démocratiques qui refusent une définition du souverain bien et laissent à chacun le soin de le chercher (dans le respect des autres évidemment). C’est une technisation des problèmes qui ne fonctionne pas car elle ignore l’homme comme fin ultime de tout action. Ici on se concentre sur le moyen, sans s’intéresser à la fin (le marché par exemple)

 L’empire et les nouveaux Barbares – Jean Christophe Rufin – Edition 2001.

 PARIS : Jean-Christophe Rufin

La théorie de la Fin de l’Histoire a été critiquée, rejetée etc. Mais elle a survécu dans la notion de globalisation : un seul système s’étend désormais sur le monde entier. La recrudescence des conflits locaux constituait l’objection la plus forte à cette théorie. La notion de choc des civilisations  est venue donner a ces phénomènes une interprétation. Les deux théories ne sont pas uniquement opposées : elles se complètent.

« Dans ce mouvement de globalisation […] les différentes couleurs culturelles de l’humanité reprennent une tendance naturelle au frottement sinon à l’affrontement » P 10 :

 

Durant la guerre froide, lorsque l’une des deux puissances reculait, l’autre prenait immédiatement sa place. Il y a belle lurette qu’on a plus d’exemple de tels appétits et nombre de pays en conflit sont abandonnés : la nouveauté de cette décennie (90-00) est l’existence de tels trous dans les relations internationales.

 

L’opposition en Afrique entre les comptoirs et les « terrae incognitae ». Les comptoirs vitrines des pays ou l’occident peut faire des affaires sans pour autant s’intéresser au sort du pays dans son ensemble parfois livré à la guerre, à des pouvoirs archaïques, à la famine etc. P 13.

 

Les rebellions, longtemps soutenu par l’une ou l’autre des factions, est désormais conduite par des forces locales qui prennent des aspects étranges à nos yeux.

 

La notion de guerre de civilisation n’est pas pertinente : le terme s’applique a des entités vastes et stables tandis que la scène identitaire est floue, mouvante, en perpétuelle reconstruction. Valeur explicative réduite donc.

 

La fonction des deux théories est plus idéologique que cognitive. Ce livre, tout à l’inverse, cherche à comprendre, non à mobiliser.

 

Nous assistons à une globalisation limitée, selon laquelle deux évolutions divergentes sont observables. D’un coté une unification démographique, politique, économique et culturelle du Nord. De l’autre, le décrochage d’un nombre croissant de régions et de peuples situés dans un au-delà hétérogène : le Sud.  [Le recours aux élections et une démocratie parfois de façade, mais toujours dans la bonne direction, étant considéré comme le rite de passage d’un Sud a l’abandon vers un Sud réhabilité et générant un intérêt particulier pour le Nord.]

 

P 18. L’affrontement Est/ouest est mort. L’affrontement Nord/Sud le remplace. Une symétrie si pure enchante l’esprit. Ce chassé-croisé de points cardinaux à quelque chose de religieux, comme un signe de croix planétaire.

 

La chute de Carthage est sans doute la dernière circonstance historique dans laquelle une civilisation, perdant l’ultime adversaire qui lui fut semblable, a dû se penser face au vide.

A cette image angoissante du vide, Polybe substitue l’exaltante idée de responsabilité impériale, d’une mission universelle. C’est évidemment une construction idéologique.

 

L’opposition Nord/Sud ressuscite cette idéologie de l’inégalité, de l’asymétrie. Le Sud se voit confier le rôle de nouveaux barbares face à un Nord supposé réunifié, impérial, dépositaires des valeurs universelles de la civilisation libérale et démocratique.[Imposer des valeurs du Nord, défense de valeurs du Nord, promotion des valeurs du Nord – élections libre etc…réguler par les NU : on ne va pas jusqu’à imposer un système mais un corpus d’élément, le plus petit dénominateur commun de la démocratie. Même s’il existe des organismes régionaux pour observer les élections, ces organismes procèdent d’une même idéologie unificatrice qui prend sa source dans des valeurs mis en musique au Nord (même si elle existe partout – solidarites etc). L’EU comme modèle de l’OUA ou de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest)] P 25

 

3 mouvements caractérisent la transition de la guerre froide à l’idée nouvelle d’opposition Nord/Sud.

D’abord (1er mouvement) la « chute du communisme » s’est transformé en « victoire du capitalisme ».  L’idée de réunification (Allemagne) s’est étendu au pays de l’Est selon un processus d’universalisation de la démocratie occidentale. Les élections libres en Europe de l’Est ont fortement contribué a cette prise de conscience de valeurs communes a cet ensemble réunifié.

Ensuite (2nd mouvement), La réunification du Nord est fragile voir paradoxale comme en témoigne le destin incertain de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est : L’Etat libérale démocratique ne supprime pas les inégalités, ni les antagonismes ethniques ou religieux. Unification pas si aisé que cela .

Finalement (3ème mouvement) une véritable unification n’est possible qu’en définissant ces valeurs communes par leur opposé, ce qui les contrarie ou les menaces.  Les barbares sont ceux qui s’oppose a l’Empire, ceux qui, a contrario, le conforte et le définit.

 

P.28. Le mythe du développement (1990) éclate et laisse apercevoir une réalité longtemps dissimulée : Sud et Nord ne sont pas dans un rapport relatif d’avance ou de retard. Ils évoluent en sens contraire. Quels sont les règles de cette opposition ?  Quelles sont les propriétés  de cette ligne (Limes) qui sépare l’empire des barbares ?

De part et d’autre du Limes, l’homme n’a pas le même prix, n’obéit pas au même règles et l’histoire n’a pas le même sens.

Dans l’idée de Limes il y a aussi l’idée de protection du Nord par l’abandon du Sud violent. De façon politique, au soutien universel de la démocratie se substitue une complaisance nouvelle à l’égard des Etats totalitaires du tiers monde qui se révèle capables de contribuer à des stabilités régionales et surtout d’empêcher des mouvements migratoires massifs.

L’opposition Est/Ouest était une idéologie de guerre qui installait un équilibre de paix. Le Limes Nord/Sud se présente comme un nouvel ordre pacifique : il contient le déséquilibre et l’affrontement. [il contient aussi toute la diversité des idéologies –extrémistes aussi- qui n’existait pas auparavant. L’opposition Est/ouest était idéologique,  l’opposition Nord/Sud est pragmatique – on se bat pour vivre tout simplement, non pas pour un modèle de vie qu’on trouve meilleur qu’un autre]

 

Les régions du Sud dont je parle connaissent une évolution beaucoup plus grave : elles s’écartent du monde, se replient. Leur vie n’est pas assoupie : elles sont souvent le théâtre de grand drames. Mais ces drames sont inconnus, indifférents, ignorés du reste du monde. P 35

 

L’idée de rétrécissement du monde connu heurte en nous un idée, une évidence familière : la certitude qu’un longue marche historique a conduit les européens a pénétrer jusqu’aux retraits les plus ultimes de la planètes. Or, commence depuis 10 ans, un retrait de certaines régions : les terrae incognita reprennent du terrain, le « blanc » se retire…

 

P 37 : Nouvelle terrae ingognitae : les régions en rébellion. De vastes pan de la Colombie, des Philippines, de la Birmanie échappent à l’autorité centrale depuis de nombreuses années [Election en Colombie, Moz 98 dans 33 villes, région du Nepal inaccessibles, quartier de Karashi ou Lagos  ou le danger est tel que les NU/US les qualifient de « no go areas » et la Police n’y circule plus. Nord du Sri lanka. L’évaluation des risques a partir des palais de verre des Nations Unies n’est pas toujours réaliste.]

 

Les mouvements rebelles autrefois soutenus souhaitaient une reconnaissance internationale. On conviait les internationaux pour témoigner, aider.  Ces régions sont en voix de disparition et les expatriés pris pour cible, pris en otage, rançonner.

 

Auparavant même les pouvoirs antidémocratiques savaient qu’à partir d’un point extrême leurs meilleurs alliés refuseraient de les soutenir et les pousseraient à quitter le pays. Somoza, Marcos, Le Shah…A répéter que ces pouvoirs étaient des dictatures, on finit par oublier qu’ils avaient le respect de cette forme ultime d’alternance qui consiste a reconnaître qu’on a perdu.[…] lorsque ces pouvoirs tombent, la situation est si dégradée qu’une anarchie complète se développe. La terreur provient de la décomposition anarchique, de l’éclatement en factions rivales. Elle peut aussi être délibérer (Perou – Sentier Lumineux, Guerilla Tamil au Sri Lanka.) Les rebelles souhaitent couper du monde les régions qu’ils contrôlent et éloigner les témoins. [ Particularité des pays dans lesquelles on observe les élections : violence et groupes rebelles actifs. Enfin, Exemple du Congo Brz 2002 et du pasteur N’Toumi dont les rebelles restent actifs et gênent le bon déroulement du processus électoral. Transformation des factions en partis politiques, cas de Sierra Leone et du leader emprisonné Fodé Sanko…] P42

 

La fin des soutiens aux guérillas pousse certaine a recourir à la prédation et aux terrorismes. C’est le cas dans les territoires contrôlées par la Renamo en 1983 et suivante alors qu’elle avait perdu le soutien sud africain. [référence au rapport sur le Libéria ou les gens vote non pas pour le futur mais parce qu’il on connu 10 ans de guerre…et encore nécessité de soutenir les partis politiques issues des guérillas, au risque de le voir échouer et recourir à la violence a nouveau (Moz/ Sierra leone)]

 

Les mégapoles du tiers monde forme des zones particulièrement instable, des terrae incognitae : ces zones sont aussi impénétrable incontrôlable que les zones de rébellion. A tort, les villes sont considérés comme politiquement stable [elles sont la ou le vote ethnique à le moins d’influence car les populations sont plus mélangé et les liens traditionnels s’effacent peu a peu. En revanche, les banlieues peuvent abriter des réfugiés apeurés et dont le vote est éminemment sécuritaire (Angola, banlieues de Luanda)] P46

 

Un courant de pensée tiers-mondiste pousse a avoir une vision positive de ces formes urbaines : encourager l’organisation  de leur habitants, donner les moyens de se constituer en véritable communautés structurées. Beaucoup d’organisations de coopération travaille sur cette idée. Pourtant la socialisation qui s’y opère s’organise plus souvent (dans le bidonville au moins) autour de la criminalité organisée. Misère urbaine et trafic en tout genre se développe symbiotiquement. C’est régime mafieux vont de pair avec une redistribution des pouvoirs, une déliquescence de l’autorité de l’état, une corruption croissante politique et policière.  Les favelas de Rio de Janeiro en sont un exemple frappant. L’ordre règne le jour, une importante présence de police privée (vigiles, communauté de défense  citoyenne…). Loi du silence et pouvoir occulte sur des populations soumises par la force et/ou l’intérêt.  D’autre favelas, plus récentes, sont un amas d’habitat précaire, de cartons, de branche, de matériaux de récupération. Les rivalités entre bande y sont très présentes.

[Utilisation par les partis des ces bandes, de ces hommes désoeuvrés, de ces jeunes délaissés par les familles près a tout pour gagner quelques dollars…(Niger et marabout des carrefours)]

 

Apres l’abandon des touristes, puis le départ des journalistes, l’élimination des organisations humanitaires signe, pour une région, son entrée dans le chaos. [ on peut ajouter départ des hommes d’affaires . A l’opposé, les observateurs consacrent le retour des expatriés signe d’une stabilisation de la région. Naissance du tourisme de post conflit : en 1990 on faisait visiter l’URSS et les camps de Sibérie, avec hébergement local. En 2000, on fait visiter aux touristes la Bosnie déchirée et en phase de réconciliation…] P. 51.

 

faute d’avoir contrôle les variables démographiques par des méthodes douces, on voit entrer en scène des moyens brutaux ( contrôle totalitaire de la fécondité, fléau venant accroître la mortalité) Ces moyens sont spécifique au Sud et ne seraient pas toléré au Nord. Il n’est qu’une solution malthusienne que nous soyons prêts a combattre vigoureusement : la migration. La complaisance a l’égard des méthodes totalitaires de contrôle démographiques naît de la : la peur de l’invasion. P 66 : 

 

La misère actuelle est le produit de 30 ans de développement. Les masses déracinées et dépendantes qu’ont déplacées ces 30 glorieuses se répartissent en agglomérat, en îlots : réfugiés et bidon villes. [ traitement du cas de réfugiés dans les élections : Mozambique 94 incluant une phase de réintégration des réfugiés, Sierra Léone 2002 aussi). ] Pourtant, notons qu’au Sud mouvement n’est pas nécessairement déracinement : il y a en Afrique une longue tradition de mobilité, par rapport au catastrophe naturelle notamment. P70 :

 

Deux grands obstacles sur le chemin des migrations : la frontière et la ville.

 

l’exode rural au Sud concerne essentiellement les grandes villes : plus elle s’accroît plus son effet d’attraction augmente, au détriment même des villes intermédiaires. Secteur informel, économie parallèle, absence d’état et quelques opportunités de travail mais surtout accès a l’eau et l’électricité, voir la TV, le tout même en partage. C’est une société du spectacle : le rêve de la richesse est la à coté, inaccessible mais visible. Oisiveté vigilante des populations : toujours prêt pour une bonne affaire qui permettra de tenir quelques jours.  [Difficultés de planifier, de prévoir l’avenir, de la concevoir, capacité limité a imaginer le futur est une caractéristique commune aux réfugiés et au personne vivant dans la précarité. Valeur affecté au futur est limité et de loin moins importante que l’intérêt pour le présent : risque est plus acceptable.  (acheter sa nourriture en petite quantité plusieurs fois par jour, pas d’argent liquide, vêtements usager etc, une survie grâce à un réseau plus ou moins dense de contacts…). Des individus facilement manipulables et qui ne sont guère sensible au programme politique de long terme…favorisent le clientélisme. Solution de long terme dans l’éducation]. P 80 :

 

Dans les camps de réfugies, les mouvements politiques contrôle les masses, obtenant une stricte allégeance de ces dernières.

 

Le concept de « Politique du ventre » : tout se résume à l’acquisition de richesse et non à leur production.

 Le clientélisme politique prend différent aspects : en campagne électorale il revêt des allures caricaturales. AU brésil,  pendant les municipales, chaque conseiller d’arrondissement mène sa propre campagne. Des troupes misérables sont engagées pour des sommes modestes, et animent des défilés sur des rythmes de samba. Les T shirts distribués par les candidat sont portés bien après les élections : ceux qui les reçoivent n’en ont souvent pas d’autres. Le dénuement est tel que les sommes dépensées pendant la campagne permettent de procéder à de véritable d’achat d’électeur.  P 86 :

 

Oscar Lewis « Une attitude critique à l’égard de certaine valeurs et institutions des classes dominantes, la haine de la police, la méfiance à l’égard du gouvernement et des personnalités haut placées et un cynisme qui s’étend même à l’égard de l’église donnent à la culture des pauvres une qualité d’opposition et un potentiel utilisable dans les mouvements politiques dirigés contre l’ordre social existant » (Oscar Lewis, La Famille Sanchez, P33, Gallimard 1963) Ces populations n’ont rien a perdre, rien a craindre. P.87

 

Ce dessèchement rapide et mortel végétaux, certains hommes, certaines idées en sont victimes tout autant. P. 91 :

Aujourd’hui pour le Nord, Le sud apparaît comme une sorte de gigantesque poubelle des idéologies périmées. P 94 :

 

Les idéologie du Sud contemporain ne s’est pas construit « vers » mais « contre » : Il y a une volonté de rupture. Le marxisme est aussi un produit de l’occident, il est aussi rejeté.  L’activités révolutionnaires du tiers monde a quelques caractéristiques dont celle d’autoriser la négations des valeurs gréco-latines : culture scientifique, progrès technique, démocratie politique, liberté des mœurs, rationalité économique. [ Plus généralement, on peut placer l’observation dans le cadre de la o-confrontation occident/islam : aucune démocratie en terre d’Islam. Dans les pays qui ont les moyens. Seules les anciennes colonies ou l’Islam est plus doux, bien qu’en voie de radicalisation, peuvent prétendre à un caractère démocratique.] P98

 

L’économie exprime les différences sous forme d’écarts quantitatifs mais elle atteste implicitement que l’Etre dans les deux entités comparées est identique. Enveloppés de la sorte, Malawi et Etats Unis sont deux objets de dimension inégale mais de même nature. L’un est plus avancé que l’autre mais tout deux sont situés sur une ligne continue, avec le temps on peut rattraper le retard. [Concept d’enveloppement économique que l’on peut reprendre en matière de démocratie : enveloppement démocratique] P118

 

La dimension que je veux souligner dans cette religion du micro-projet, c’est la résignation [titre du chapitre : Micro-projet – Macro indifférence]. Le micro-projet se fait dans les mailles du réseau de corruption local. Il le contourne ou lui paie un tribut pour acheter sa tranquillité. P129 :

 

Ces politiques [de coopération internationale] auront désormais moins comme but de promouvoir le développement économique du sud que de prévenir les dangers politiques et sociaux de ce développement. La Coopération devient un outil au service du Nord : c’est l’instrument de stabilité du sud malgré le développement ou sans lui. P132 :

 

Seul nous importe ce qui concerne le Nord : la zone cruciale est à sa périphérie, la ligne le long de laquelle il jouxte les nouveaux barbares. Plus question la de lutte indirecte, de camouflage, c’est soi-même qu’on défend. On peut libérer toute la puissance, ouvertement, avec pour seule limite le respect du Droit puisque le Nord entend le représenter et le défendre. P 142 :

 

Les Sud et ses spécificités : croissance de la population, l’ampleur et l’aspect de sa misère, les racines séculaires de ses conflits, dans la violence de ses idéologies.

 

sur le moyen orient : Par une politique d’affaiblissement, d’équilibre et de neutralisation des Etats de la région, il sera sans doute possible d’aboutir à une sanctuarisation d’Israël et des zones pétrolières. Mais ces sanctuaires resteront situés au milieu d’Etats dont la nature sudiste ne se démentira pas avant longtemps. P162 :

 

Le conseil de sécurité, où les principales capitales du Nord disposent d’une place permanente et d’un veto, les met en mesure d’énoncer le Droit et de l’imposer. P 175 :

De même les critiques à l’égard du boucher de Bagdad, n’ont pas empêché d’opérer un rapprochement avec l’Iran (dont on connaît les vertus démocratiques), la Chine et de laisser la Syrie s’emparer du Liban chrétien. Il est clair que le nouvel ordre mondial fondé sur la démocratie et le Droit est limité dans l’espace.  Les Etats unis sont prêts a soutenir des Etats qui ne respectent ni la démocratie ni le droit pourvu qu’ils remplissent une fonction utile de stabilisation du « limes ».

 

Cette définition théorique de l’Etat tampon, on peut la résumer d’un mot : stabilité.  Lorsqu’il touche les limes, un état du sud n’a qu’une chose à vendre, une chose sans prix, un richesse inépuisable : sa stabilité. P196 :

 

L’expression « infériorité civile des femmes ». P 198

 

La vie dans les tiers-mondes nous a toujours paru exagérément peu cotée : pourtant, jusqu’à présent, la rivalité Est/Ouest contribuait à en soutenir fermement le cours. Aujourd’hui, il s’effondre. La vie au Sud ne vaut plus rien, rien là-bas, ce qui n’est pas nouveau, mais rien non plus ici. P 204

 

Si l’aide humanitaire est née au Biafra (70), elle est morte au Liberia (90). A vingt ans de distance, ces deux guerres alignent un nombre sans doute égal de morts atroces […] Le choc des reportages sur le Biafra avait été énorme : c’est à peine si le Libéria est entrevu sur les écrans.

 

St Ambroise, par exemple, encourageait la vente de vin aux barbares « afin qu’ils s’anéantissent dans l’ivresse et qu’ils en soient affaiblis »…Autrement dit : avec des gens qui nous menacent, que nous devons combattre, les lois ordinaires ne s’appliquent pas. Ce qui n’est pas licite dans l’Empire, le devient au-delà du limes. On accepte dans cet espace barbare ce qu’on ne saurait tolérer en pays civilisé. P 208 :

Dans le domaine politique, l’idéal démocratique s’applique au Nord mais sur le limes comme dans le reste du monde barbare l’impératif de stabilité prime tout. Au Sud , le totalitarisme peut être accepté.

De même le soutien de  régimes autoritaires n’est plus tabou s’il apparaît que face à un Sud incontrôlable, ils sont les derniers remparts de l’ordre.

 

La diplomatie du limes est un périlleux exercice de maintien de l’inégalité. Si elle néglige les Etats tampons et les laisse dans le chaos, elle met en danger le Nord très directement. Si, au contraire, elle développe cette zone, elle pose, à terme, la question de son intégration dans le Nord. Faute d’être récompensés de leurs efforts mimétiques, les bons élèves de la zone tampon risquent de se tourner vers les idéologies de rupture pour obtenir ce qu’ils veulent par la force. Le limes est incontestablement un lieu de tension progressive est d’affrontement non parce qu’il sépare deux mondes différents mais parce qu’il égalise ses deux berges et tend à faire perdre toute justification à l’inégalité de statut qui les distingue. P 226 :

 

Post face écrite en 2001

 

Les années 90 ont été marqués par une intense activité diplomatico-militaire qui a pu faire illusion. La Communauté internationale fraîchement réunifiée a proclamé sa volonté de pratiquer partout une diplomatie morale que les opérations de maintien de la paix engagées par l’ONU ont symbolisé. […] La communauté internationale semblait vouloir affirmer sa vocation mondiale, sans distinction de proximité ou de richesse (Cambodge, Moz, Salvador, Kurdistan, Bosnie). Le Slogan du « droit d’ingérence » était brandi comme un mot d’ordre universel. P243 :

 

De 95 à 99 s’est accompli un double mouvement contradictoire, désengagement international sur certains théâtres, engagement massif sur d’autre, en accord avec la théorie du Limes qui rend nécessaire, pour le bien du Nord, son intervention dans certains états su sud, son aveuglement vis-à-vis de certains régimes politiques favorisant la stabilité de tels ou tels régions, son abandon total de régions périphériques.

 

Le Maghreb est stabilisé, malgré les fortes turbulences qu’il connaît, par l’action autonome de régimes politiques durs. [révision constitutionnelle en Tunisie permettant 14 ans de pouvoirs supplémentaire au président actuel : media doit lutter contre mais au niveau de la démocratie, peu à dire sur la révision constitutionnelle.] Concernant l’Algérie, le soutien de l’occident ne lui a jamais été disputé et peu de répressions ont été menées avec une telle tranquillité. P246

 

Au Kosovo, le rôle des troupes internationales est de sanctuariser ce découpage.

 

La crise des états du Sudan pris une ampleur qu’il était difficile de soupçonner : crise politique qui va jusqu’à l’effondrement comme dans plusieurs pays d’afrique, crise économique qui va jusqu’à la banqueroute comme dans certains pays pourtant prometteurs d’Amérique latine, crise sociale, volontiers exprimée sur le mode de tensions religieuses et ethniques dans la sous continent indien et en extrême orient. [la démocratie électorale n’a pas aidé la Cote d’Ivoire a évoluer favorablement après Oufouet Boigni, La démocratie au Pakistan a apporté la corruption de la classe politique (qui n’a jamais fini son mandat. – Comment se placer par rapport à l’armée dont le role dans le fonctionnement des états est essentiel. L’armée siège à l’assemblé nationale en Indonésie, au Conseil de Sécurité National au Pakistan, garante de la république turque : l’argument étant d’intégrer l’armée aux institutions afin que cette dernière soit  parties prenantes de la politique et ne souhaite pas renverser les institutions..] P249 :

 

La disparité Nord/Sud ne cesse de s’aggraver ; le fossé se creuse, même si le sud, bien sur, reste hétérogène et comporte en son sein des inégalités non moins criantes.

 

Quelques exemples positifs : la stabilisation de l’Ouganda, Mandela en Afrique du sud, la transition démocratique au Mali.

 

P250 : Je vois la une des principales erreurs de cette ouvrage : la tendance à négliger les évolutions spontanées, la capacité de réaction et de réponse des peuples à la crise.

 

Partout où se répand la culture de la pauvreté que nous avons évoquée, se constituent des forces politiques radicales dont nous n’avions pas assez estimé la force. Le fondamentalisme islamique est évidemment la plus en vue aujourd’hui et ceci, sans être tout à fait une surprise, constitue néanmoins une nouveauté.

 

De nombreux pays sont ainsi découpé et, autour d’îlots de prospérité (relative), laissent croître de vastes zones en déréliction. […] Cette logique de comptoir est évidemment très condamnable.

Les Penchants Criminels De L’europe Démocratique, Jean-Claude Milner, 2003

 Milner_Brenner

Qu’est-ce que la société moderne ? C’est la société née en Europe de la rupture de 1789-1815. Bien entendu, elle ne s’est pas établie immédiatement, ni partout, mais un idéal a été construit. Les observateurs les plus éclairés du Congrès de Vienne – parmi lesquels Talleyrand – ont compris plus ou moins vite qu’était proposé à l’Europe un type de société, et non pas un type de gouvernement. ….L’émergence de la société comme point organisateur de la vision politique du monde – et non plus le bon gouvernement, en cela consiste la grande découverte de Balzac. 20.

 

27.Que raconte Thucydide ? L’histoire d’une guerre, pensée par lui comme la plus importante de routes : la guerre du Péloponnèse. De fait, il la tient très exactement pour ce que le vingtième siècle appellera une guerre mondiale : « Ce fut bien la plus grande crise qui émut la Grèce et une fraction du monde barbare : elle gagna pour ainsi dire la majeure partie de l’humanité».

 

28. Thucydide est acteur puis témoin de la guerre. C’est donc une histoire en cours et toute proche. Il est possible et opportun d’en tirer des leçons pour le présent. … Tous les historiens ne se reconnaissent pas dans un tel mouvement. Chez certains, la distance (entre le passé observé et le présent) est une fracture réelle, impossible à combler. Du point éloigné, on ne revient pas sur le présent, quand bien même la distance chronologique serait infime.

 

29.On en arrive ainsi à ce que j’appellerai l’axiome de Thucydide : la langue de l’histoire et la langue de la politique sont une seule et même langue.

 

30. Se constitue ainsi à partir d’Aristote un paradigme fondamental que j’appellerai le parallélisme logico-politique : il repose sur quelques axiomes et définitions.

La tripartition des trois régimes (démocratie, oligarchie, monarchie) répète la tripartition des propositions (universelles, particulières, singulières).

Il existe un syllogisme politique comme il existe un syllogisme logique ; tout de même que le syllogisme des manuels (tous les hommes sont mortels, or Socrate etc.) articule, par un moyen terme, l’universel au singulier, de même une constitution politique peut être pensée comme un syllogisme articulant le « tous» du corps politique (gouvernés et gouvernants) au singulier de l’individu, membre du corps politique.

 

Le rôle du « dictum de omni et nullo ». Ce qui est affirmé ou nié de tous est du même coup affirmé et nié de chacun. On  Sait que ce principe fonde la possibilité de passer du tous aux quelques-uns ou au nom d’individu. Seul le « dictum de omni et nullo » permet au dominant, en imposant sa domination à tous les dominés, de l’imposer à chacun.

 

32. Dans le parcours qui mène des textes originaux à la vulgate, une distorsion s’est produite. C’est peut-être l’Église qui fut à l’origine de cette distorsion. Par la scolastique, dont l’histoire est longue et l’influence plus longue encore, elle construisit patiemment, en politique et en logique, la chaîne à trois anneaux tous / quelques-uns / un. Aristote l’ignorait, tant en politique qu’en logique….On se souvient du syllogisme scolaire « tous les hommes sont mortels ; or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ». Il s’écarte en tous points d’Aristote. L’évidence qu’il revêt témoigne du succès de l’Église. Il ne s’agit évidemment pas de technique ; un enjeu grave est engagé. Rien de moins, en fait, que la doctrine du péché et du salut. Paul de Tarse la formule : tous les hommes ont pêché en un seul, Adam ; tous les hommes sont sauvés en un seul, Jésus la symétrie est décisive ; elle doit permettre, en condition nécessaire et suffisante, de superposer la Nouvelle Alliance à l’Ancienne ; puis. En repliant la symétrie comme un diptyque, de renfermer l’Ancienne dans la Nouvelle sans que rien soit perdu et sans que rien soit conservé. Pour l’Église, il n’y a pas à transiger ; elle a besoin d’une théologie qui soit une science ; si la théologie doit être une science, il faut qu’elle s’exprime sans reste en langue logique. Mais il faut d’autre pan que la théologie, du même coup, fonde une Église universelle, dont les enseignements obligent tous les chrétiens – au pluriel – jusqu’au plus intime de chacun. On comprend aussitôt que le pluriel ne désigne pas simplement une multitude – comme le faisait les « Athéniens» chez Thucydide- ; le trait pertinent n’est pas seulement le grand nombre, mais bien l’exhaustivité qui embrasse tous les hommes passés, présents et à venir, sans en omettre aucun.

 

 

36. Quoi qu’il en soit des détours de l’histoire de : la pensée logique et politique, une certitude demeure: le tous politique est un tout limité.

 

38.De là l’idée que la démocratie la plus débonnaire est de soi un régime de violence et que cette violence se manifeste tôt ou tard. L’idée est spécialement répandue chez les Anciens. Ainsi s’explique que la forme soit dénommée « kratia » et non pas archia : régime de force (kratos) et non de pouvoir réglé (archè).

 

39.La démocratie issue du logico-politique peut et doit s’accomplir comme bricolage. Outillage des modes de scrutin, des ordres du jour, des tours de parole etc. Nul ne peut se dire démocrate non violent, sans recourir à ces choses – qu’il y croie sérieusement ou pas. Rien de plus sot à cet égard que l’indignation vertueuse touchant l’élection de George W. Bush…. Le propre d’un État de droit est que ces manipulations soient légales, publiques, connues d’avance et limitées. Il n’est pas que ces manipulations soient équitables. Quiconque voudrait un peu trop sincèrement que l’équité ait le dernier mot en matière de vote, court toujours le risque de choisir la face obscure de la force.

 

41.. la  démocratie comme forme politique n’est pas la même chose, que la démocratie comme forme de société. Rien ne prouve qu’elles aient à faire l’une avec l’autre. On pourrait même supposer que dans les faits, chacune se révèle, tour à tour, comme une entrave pour l’autre. Après tout, il est arrivé bien souvent que la démocratie comme forme politique ait installé au pouvoir des forces ouvertement ennemies de la démocratie comme forme de société ; inversement, la démocratie comme forme de société se déclare de plus en plus indifférente à la démocratie comme forme politique ; les gémissements sur l’abstention en témoignent.

 

42. Elle ne suffit pas à masquer l’existence réelle d’une contradiction structurale : la société moderne est illimitée et la politique, telle qu’elle a été configurée par l’histoire et par la théorie, manie des ensembles limités. Ces deux structures entrent en collision.

 

55Très tôt, Élie Halévy démontra que ce qu’on commençait d’appeler les démocraties occidentales devaient gagner la guerre en reniant leurs principes politiques et juridiques de fonctionnement. La victoire militaire n’était pas due à la supériorité des formes politiques, mais bien à la supériorité des forces militaires. Au premier rang desquelles il fallait mettre la technique industrielle.

 

59 ; Ma doctrine est simple : le problème  juif est le problème qui requérait, pour être définitivement résolu, une invention technique ; le Juif est celui pour qui la chambre à gaz a été inventée. (Parce que le monde moderne –de 39- avait besoin d’une solution moderne – les inventions, la technique – pour résoudre un problème ancien – les juifs – et permettre au monde moderne de le devenir vraiment, complètement.)

 

64. le meilleur moyen de l’oublier, c’est de récuser l’histoire comme telle. Tel est le sens profond de la réconciliation franco-allemande ; faire comme si l’histoire : n’avait pas eu lieu….Plus d’histoire-batailles, mais histoire des mentalités et des sociétés ; non pas histoire de ce qui divise, mais histoire de ce qui à terme doit unir ; non pas histoire des morts, mais histoire des vies.

 

66.À cette lumière sont abordés tous les conflits de toutes les régions du monde, y compris le Proche et le Moyen-Orient, où tout est histoire. Le fait est qu’en dehors de l’Europe, personne ne croit à cette axiomatique pour bébés. En particulier, le passé historique ou légendaire est partout tenu pour une des sources majeures de la légitimité ; mais le sage européen, politique, journaliste ou expert lève les yeux au ciel et n’en tient pas compte.

 

74. Simone Weil avait révélé le secret de la justice à l’européenne : le sans-foi. « être toujours prêt à changer de côté. »

 

75. (en réponse à 64.) La réciproque s’impose : un mythe chassant l’autre, le mythe de l’Europe rend inutile le mythe de la défaite absolue du fascisme. …Parallèlement, l’existence matérielle d’Israël devient superflue. La fonction de transmutation qu’il assurait se dématérialise à tel point qu’y suffit le geste futile du devoir : le devoir de mémoire….Vu d’Europe, l’État d’Israël est une figure héritée de la guerre mondiale. De là il tirait son utilité. Cette utilité disparue, il est devenu insupportable. Lui qui permettait de couvrir du voile de la victoire le réel de la solution définitive, il ne fait désormais que rappeler cette solution définitive.

 

76.Quand on ignore l’histoire, tout est possible, y compris le retour au Moyen Âge.

 

104. la société moderne se présente comme le lieu de la satisfaction à terme de toute demande ; cela s’appelle le progrès.

 

108. À la persistance du nom juif, on demande une explication. Autrement dit, elle pose un problème. Spinoza en avait fixé les termes : « leur longue existence comme nation dispersée ne formant plus un État ». Les raisons en sont : l’observation de rites mystérieux, au premier rang desquels il met la circoncision ; La séparation que (les rites opèrent entre les Juifs et les autres nations (en effet, ces rites sont opposés à ceux des autres nations) ; la haine que provoque, parmi les nations, la séparation.

 

114. Attacher son nom à une découverte, l’inscrire en couverture d’un livre, le transmuer en matériau littéraire, c’était le laver du même coup de la tare venue des parents, des parents des parents, depuis l’origine. (cela permet l’anonymat, de faire disparaître le nom propre pour l’inscrire dans une culture).

 

Mais les Juifs cultivés d’après 45 ne souhaitent pas cela. Canailles mises à part, ils souhaitent ardemment que leur nom de sujet – leur nom propre – ne soit pas absorbé. À le maintenir, inentamable, chacun d’eux sait, obscurément ou clairement, que son nom – prénoms et patronyme, avec une force égale quoique distincte – proclame l’échec de l’extermination….Mais les porteurs du nom juif y ajoutent une croyance folle : qu’en s’adonnant aux conduites de la brillance …ils auront remplacé leur nom ancien par un nom nouveau, qui aura néanmoins  propriété singulière de l’ancien. Comme l’ancien, le nom nouveau les nommera en tant que sujets.

Récidives – Bernard Henri levy –Grasset 2004

 BHL

 « Le droit de disparaître » (Beckett). 26.

Cioran, ce désespéré ne comprenait pas pourquoi «le risque d’avoir un biographe n’avait jamais dissuadé personne d’avoir une vie ». Pour entrevoir la vérité, affirmait-il, mieux vaut n’exercer aucun métier : s’allonger, gémir, ne rien accomplir, seront les seuls piliers de sa sagesse, les vrais articles de son credo précaire. 

Il deviendra avec l’âge – et telle sera sa grandeur – une sorte de styliste zen, un dandy du vide auprès duquel les stoïciens eux-mêmes passeraient pour d’incurables noceurs

 

S’il est vrai, comme le disait Roland Barthes dans ses Mythologies, que l’histoire des influences littéraires, l’histoire de la circulation des influences entre les écrivains de générations différentes, passe moins par une « histoire des styles » que par une  « histoire des positions ».

 

Comme disait Sartre, dans une formule qui a fait florès, ce qui est important chez un homme, ce n’est pas son essence, ce n’est pas ce qu’il est dans une sorte d’intériorité muette, repliée sur elle-même et sur ses secrets, mais c’est son existence, c’est ce qu’il est dans le geste, dans le mouvement, dans l’élan, dans les procédures qui le raccordent au monde et l’élancent vers le monde. C’est l’idée qu’un homme est moins ce qu’il est que ce qu’il fait.

 

Se soumettre à l’effet, aux tumultes, aux grondements des choses, voilà l’objectif. Il y a un métaphysicien en Malraux qui pense que la vérité d’un homme ne précède pas ses actes, qu’elle n’est pas dissociable avec cette course et ce tumulte. Celui-là était inévitablement un homme engagé.

 

Il est ahurissant de penser qu’il y a eu des idéologues et des écrivains pour parler de l’époque contemporaine comme d’une époque d’individualisme alors que précisément, ce qu’il faut surtout déplorer actuellement, c’est la disparition des individus véritables devant cette espèce de conformisme généralisé. 49. 

 

 J’ai parlé de marché : le marché réduit les valeurs au prix unique, en ce sens, il substitue à la pluralité des valeurs une seule valeur, et cette valeur n’est pas fondée sur une notion métahistorique ou éthique, mais sur l’utilité. La profonde dégradation de toutes les valeurs soumises à ces lois de l’échange économique, de l’échange commercial, de la consommation. La société moderne a changé les citoyens en consommateurs.  II n’y a pas de conspiration du grand capital, il n’y pas des méchants particuliers, il n’y pas de conspiration mais tout conspire au sens que tout respire ensemble, tout respire dans la même direction : la corruption qui est devenue systémique, l’autonomisation de l’évolution de la technoscience que personne ne contrôle, bien sûr, le marché, la tendance de l’économie, le fait qu’on ne se soucie plus de savoir si ce qu’on produit sert à quoi que ce soit mais uniquement de savoir si c’est vendable. Nous nous trouvons donc devant des forces impersonnelles, des mécanismes presque autonomes, et en même temps, face à cela, c’est la passivité générale.

 

 À la fin du siècle, après l’échec du communisme, nous nous sommes trouvés dans une sorte de pause historique, de vide. Il n’y a pas de projet historique. La deuxième chose, c’est qu’il y a eu quand même une extraordinaire adaptation du régime, disons du capitalisme.

 

 Se demander si la passivité ne s’explique pas aussi par l’amélioration des conditions de vie matérielles de la société. Comment l’abondance, en produisant la conformité, a châtré les individus, transformé les personnes en masses, et en masses satisfaites, sans volonté et sans direction.  Mais je ne crois pas qu’il faille incriminer la mentalité qui fait de l’économie le centre de tout. Sur quoi et sur qui peut-on compter pour échapper à l’insignifiance ?

Je pense que ce qui marque à la fois la profondeur de la crise actuelle et peut-être la profondeur des espoirs qu’on peut avoir, c’est cette disparition d’un porteur privilégié. Le prolétariat est devenu une minorité et il n’y a pas de classe sociale privilégiée du point de vue d’un projet politique. 54

 

Et puis, d’un autre côté, il y a un fait, que les révolutionnaires classiques, les réformateurs ou les démocrates n’avaient jamais vraiment compris, réalisé ou prévu : c’est cette fantastique capacité de la société contemporaine à tout résorber, c’est-à-dire que tout devient un moyen pour le système.

S’il y avait aujourd’hui, par exemple un Antonin Artaud, il serait une curiosité passionnante que l’on financerait : alors, il deviendrait lui aussi quelqu’un qui passerait à la télévision…  63 

 

Castoriadis a dit une chose que je crois importante. Il a parlé de sociétés hétéronomes et de sociétés autonomes. Une société autonome, c’est-à-dire une société fondée par elle-même et consciente que la fondatrice c’est elle, et non un agent extérieur, un dieu, une idée….les lois de l’histoire comme la dernière forme de l’hétéronomie

 

Les Grecs anciens n’espéraient rien, le fameux cœur d’Oedipe dit que la meilleure chose, c’est de ne pas naître, et que la seconde en qualité c’est de, une fois qu’on est né, mourir le plus tôt possible. C’est vrai que les Grecs n’espéraient pas, c’est pour cela qu’ils ont inventé la tragédie, c’est clair. Les anciens ne connaissaient pas la notion du progrès. C’est une notion qui vient de la Bible : Qu’est-ce qu’une société autonome pourrait se proposer comme objectif? La liberté de tous et la justice, élever les nouvelles générations dans un esprit de développement de leurs capacités, de respect des autres, de respect de la nature. 70 

 

Benny Lévy : La liberté, pour être pensée, requiert un « au-delà de l’Etre ». Qu’il soit conçu, cet Etre, dans la forme de la Nature ou de l’Histoire, de la Création ou de la Structure, tout le problème est de briser sa clôture, d’interrompre son discours muet mais total – tout l’enjeu de l’aventure humaine est de lui rendre le dernier mot en pariant sur un « premier mot » qui le surplombe, sur un « Dire-d’Avant-le-dit » qui ne soit pas une donnée du monde mais le signe d’une transcendance. 77.

 

Au-delà du problème strictement militaire est-on bien conscient de ce que l’on mettrait en branle avec une opération militaire [en Bosnie en 93] Il y a la Russie de Boris Eltsine par exemple, de plus en plus tentée par le nationalisme et par le rapprochement avec la Serbie ? Qu’est-ce que vous voulez que je réponde à cela? C’est toujours la même histoire de la mort douce, l’accouchement sans douleur, du sucre sans calories, du destin sans drame, du beurre sans graisse ni diabète encore, et toujours, ce rêve bizarre d’un monde sans négativité où l’on se serait définitivement prémuni contre les virtualités du Mal. L’Histoire n’est pas assurée à la Lloyd’s, voilà qui est sûr.550 

 

Husserl, à Prague, dans sa fameuse conférence de 1935. L’Europe n’est pas un continent, dit-il. Ce n’est pas une région du monde, ni même un ensemble de pays. C’est un esprit. Une catégorie mentale. C’est un ensemble de valeurs dont peuvent se réclamer, d’un bout du monde à. l’autre, les pays les plus différents. 527 

 

479 Vous connaissez le mot de ce social-démocrate allemand qui, au lendemain de la prise du pouvoir par Hitler, définissait le « fasciste » comme celui qui fait appel au cochon qui sommeille en chaque homme. Soyons nombreux, dimanche, à empêcher l’invasion des cochons. Les fascistes ne sont jamais des monstres venus d’un autre monde. 

 

 « Toutes les démocraties, m’explique-t-il, ont une base, un socle fondateur… La France, c’est 1789. Les Etats-Unis, la Déclaration d’indépendance. L’Espagne, la guerre d’Espagne. Eh bien l’Allemagne, c’est Auschwitz. Ce ne peut être qu’Auschwitz. Fischer est un enfant de l’Ecole de Francfort. Il connaît les thèses de Habermas sur le « patriotisme constitutionnel ». Mais encore faut-il savoir ce qu’il y a dans la Constitution : si Auschwitz n’est pas le fond, la racine, le radical, de la Constitution, il n’y a plus de Constitution du tout et plus de patriotisme constitutionnel. Quand un ministre des Affaires étrangères allemand dit : « quand on tue les habitants d’un village kosovar d’une halle dans la nuque comme le faisaient, autrefois, les réservistes du 101e bataillon, c’est la Constitution allemande qui est concernée, c’est la vie constitutionnelle, l’Allemagne qui est touchée ». 350

 

Mais oui. Vivre c’est être en dette. Dans le fait même d’exister, il y a cette dimension de dette, cette idée que nous devons quelque chose au monde. Et cela est encore plus vrai quand on a « reçu » un peu plus que d’autres… Sartre disait cela. C’était même sa définition du salaud : quelqu’un qui croit que ce qu’il est lui est dû. 864 

 

La phrase de Barrès, à la fois écrivain et député : « comme on ne peut pas écrire tout le temps, il faut bien aller à la Chambre l’après-midi. » Une manière de vivre plusieurs vies en une.

 

 Comme un prodigieux big bang à l’occasion duquel les molécules politiques chaufferaient, craqueraient, puis libéreraient leurs atomes captifs et les laisseraient se recomposer pour constituer des synthèses inédites.  Alors? Alors penser l’ancienneté du processus et la nouveauté de la synthèse – voilà la double tâche, ici, de la pensée. 923

 

 la formule malrucienne « l’homme n’est pas ce qu’il cache mais ce qu’il fait » 927

 

Les contradictions sont-elles solubles ou non? C’est, finalement, la seule question politique qui vaille. Si on répond non, si on tient que les contradictions d’une société ne sont pas faites pour être résolues, si on caractérise l’action politique comme une tentative, non pas de dénouer, mais de déplacer ces contradictions, on est globalement dans le champ démocratique. Si on dit oui, si on postule qu’il n’y a pas de grands conflits qui ne dissimulent un ordre souterrain, si on se met en tête, comme les grands philosophes classiques, Leibniz, par exemple, ou Descartes, qu’il y a un « certain point » depuis lequel, quand on parvient à s’y poster, les déchirements du monde, ses désordres, apparaissent comme des leurres, des illusions d’optique, l’envers d’un ordre secret, alors on s’installe dans une vision organiciste de la société, et on est mûr pour le despotisme. C’est quoi, un despote? C’est quelqu’un qui pense qu’il y a un ordre secret du monde, et qu’il lui appartient de le percer à jour. 970 

 

Un écrivain doit autant à ceux contre qui il a pensé qu’à ceux qui l’ont façonné, et accompagné. 537 

 

 J’ai dit l’ivresse que l’on éprouve à sentir le moteur mental, c’est-à-dire physiologique, qui tourne soudain autrement, s’emballe, s’affole ou, au contraire, dans les situations de péril, se cale sur son régime le plus bas, se suspend – tout le corps en alerte, tous les radars en batterie, une perception démultipliée, y compris pour les aveugles-nés, ou les sourds, de mon espèce : tous les bruits, alors, toutes les odeurs, toutes les sensations du monde, monstrueusement présents ; la mise en ébullition des heures ; l’univers hideux et ses instants trop lourds; la paix magnifique et terrible, le propre passage du temps… Goût de ces situations limites dont Sartre a montré la vertu qu’elles ont d’arracher le sujet à soi, de casser son inertie, de l’ouvrir à cet autre monde. Goût, pour parler comme Bataille, de ces situations paroxystiques qui, parce qu’elles débordent le sujet, parce qu’elles le détachent de lui-même et de ses habitudes, l’initient à une algèbre neuve du sentir. 379

 

Oh! Pas le Luther antisémite. Pas celui des « Propos de table » de la fin : « brûlez Talmuds! brûlez les Juifs avec, car ce sont des Talmuds vivants!» 326.

 

Moscou 1991. Deux jours après la fin du putsch. Combien de jeunes, de punks, d’intellectuels ou d’anciens d’Afghanistan, rassemblés là, dans cet espace qui doit représenter, au maximum, l’équivalent de la place de la Concorde? Mille, m’assure Guy Sitbon, qui y était.  J’ai beau savoir que, pour moins que cela, le monde a parfois chaviré. On est quand même loin de ces foules innombrables qui, à en croire les médias français, se seraient soulevées contre les tanks. On les a vues, ces foules ? Nuance : on les a montrées ; CNN les a cadrées ; et je ne peux m’empêcher de songer que c’est en les cadrant qu’on les a – un peu – fait exister. 269