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Le négationnisme économique, Pierre Cahuc et Andre Zylberberg, 2016

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Pour le grand public, un grand nombre d’intellectuels et de journalistes, et même certains économistes dissidents ou hétérodoxes, l’économie ne serait pas une discipline scientifique. Selon eux, l’analyse économique  se réduirait à des arguties théoriques, le plus souvent déconnecté de la réalité. Ce jugement est erroné. Ce n’est pas le sujet abordé qui permet de qualifier la discipline de scientifique, c’est la méthode employée pour valider les résultats. Depuis 3 décennies, l’économie est devenue science expérimentale dans le sens plein du terme.

Le négationnisme repose sur trois pilier: 1.L’ethos, la qualité de celui qui s’exprime. Avec deux figures ; l’intellectuel engage et le grand patron.2. La désignation de boucs émissaires: pour les uns, la Finance, pour les autres l’Etat. 3. Le logos ou l’art de construire le raisonnement, de le faire apparaitre logique et capable de répondre à toutes les objections.

Pour Sartre, le vrai intellectuel est un technicien du savoir conscient que sa connaissance est façonnée par l’idéologie dominante. Dès lors il doit combattre l’idéologie dominante afin d’être en mesure de produire du vrai savoir. Ce sont les économistes hétérodoxes qui se reconnaissent pour la plupart sous la bannière des ‘économistes atterrés’ (manifeste de 2010). Ils dénoncent une science économique orthodoxe au service du libéralisme, ne défendant que les intérêts de la classe dominante.

Faut-il changer d’école pour réussir: oui mais seulement si les enfants ont moins de 13 ans. Il existe de meilleur moyen pour permettre aux familles pauvres de réussir à l’école: investir dans les très jeunes enfants  de 3 et 4 ans (Perry Preschool programme). Pour les adultes les plus défavorisés, les politiques de formation n’améliorent pas significativement le sort de leurs bénéficiaires. A choisir, il vaut mieux subventionner l’embauche avec des baisses de charges sociales ou réduction d’impôts.

La hausse du salaire minimum n’a pas eu d’impact négatif sur l’emploi dans les fast-foods du New Jersey. Tant que le salaire minimum est plus faible que le salaire choisi par l’employeur, celui-ci voit sa marge réduite mais va continuer à embaucher. Les hausses de salaires minimums n’agissent pas toujours dans le même sens.

Fernand Braudel: tout au long de l’histoire, les entrepreneurs les plus puissants ont cherché à se protéger de la concurrence avec l’appui du pouvoir en place. Les plus farouches opposants à la dure loi de la concurrence sont le plus souvent des capitalistes à la tête de grandes entreprises qui cherchent à préserver ou augmenter leurs parts de marche.

Le programme Quaero a reçu 90 million d’euro pour relever le défi mondial des géants américains Google et Yahoo. Il s’est achevé en Décembre 2013 et on ne trouve pas trace de ce moteur de recherche sur internet…

En règle générale, la puissance publique, même épaulée par des chefs d’entreprises talentueux, n’est pas mieux a même que les investisseurs privés de choisir les bons projets.

Une synthèse des travaux d’évaluation des politiques volontaristes de regroupement d’entreprises (cluster) confirme que l’intervention des pouvoirs publics via subvention et la sélection de projets spécifiques n’améliore pas véritablement les performances des entreprises. Elles devraient plutôt créer un environnement favorable à la mobilité des entreprises, de la main d’œuvre et des organismes de formation…

La production d’une pseudoscience mettant en doute le consensus établi par la communauté des chercheurs est une constante de la stratégie négationniste.

La conclusion de Schumpeter revient à dire que nous serions collectivement beaucoup moins riches sans l’incessant mouvement de créations et de destructions d’emplois. La prospérité provient en grande partie des réallocations d’emplois.

Marché n’est pas synonyme d’absence de régulation. Au contraire, le marché financier ne peut remplir correctement son rôle que s’il est supervisé….

La cohérence d’un raisonnement ne prouve rien quant à la validité des conclusions.

Le consensus actuel s’appuyant sur plus de 40 ans de recherche sur la question va à l’encontre du jugement des économistes atterrés: un marché financier concurrentiel supervisé par des autorités de régulation indépendantes du pouvoir politique, avec des acteurs prives responsables de leurs ressources, constitue un moyen efficace d’allouer l’épargne et de favoriser la croissance.

Stiglitz, comme Tobin, se déclare partisan d’une taxe sur les transactions financières non pas pour prendre de l’argent là où il y en a (Sarkozy, Hollande, le pape…) mais pour améliorer le fonctionnement des marchés financiers (afin de limiter les transactions erratiques et mal informes des traders non-professionnels). Une comparaison entre Chine et Hong Kong montre qu’en moyenne une hausse des taxes  diminue la volatilité des cours financiers (1996-2009).

Moins d’impôt sur les revenus incite à travailler plus (Iceland). Au RU une hausse de la fiscalité équivalente à 1% du PIB se traduit au bout de 3 ans par une baisse de 2.5% du PIB (3% aux US). La pression fiscale a un impact négatif sur la croissance à moyen terme.

Effet Laffer: une hausse des taxes, au-delà d’une certaine limite, finit par diminuer les recettes fiscales. Mais pour la France on est  vraisemblablement très loin de cette situation…

Cette expérience naturelle (transfert de ressource de l’Etat fédéral aux Etats et montants additionnels résultant de la mise à niveau des chiffres de population suite au recensement) nous apprend que l’injection d’un dollar supplémentaire de dépenses publiques est associe en moyenne a une augmentation du revenu de 1.6 dollar. Les dépenses publiques ont donc un effet multiplicateur: elles entrainent  un accroissement de revenu supérieur au montant injecte. L’impact est plus élevé là où le revenu par habitant est faible. Il est pratiquement nul dans les comtes les plus riches. De façon similaire, une diminution de 1 dollar des dépenses publiques d’une collectivité locale en 2008-2009 a provoqué une contraction de 1.6 dollar du revenue sur son territoire.

Les Fonds Européens de Développement: un examen méticuleux de 600 programmes d’investissement de 1993 à 2006  révèle  un effet positif sur le revenu par habitant seulement dans 30% des cas. Les aides européennes  améliorant le revenu dans les régions ou le niveau d’éducation, de sante et de justice est élevé. Les dépenses publiques n’ont pas systématiquement des effets multiplicateurs dans les zones à sous-emploi important.

La médicine keynésienne faite de relance par les dépenses publiques financées par du déficit budgétaire, peut être adaptée en période de récession et sous-emploi. Le Recovery Act d’Obama a réussi car les conditions étaient réunies. Comment expliquer le soutien inconditionnel aux remèdes keynésiens? Ils sont indolores et universels. Il ne faut pas changer l’économie, juste augmenter la dépense publique…

La loi de Malthus (dans une économie agricole, la population a tendance à augmenter plus vite que les ressources) : la surpopulation réduit le revenu des habitants.  C’est ce que confirme le cas du Rwanda. Six années après la fin du génocide, les survivants ont des revenus plus élevés dans les zones ou les massacres furent les plus massifs. Ils cultivent des exploitations plus grandes, ont plus de bétails et consomment plus.

1980 – on estime à 125.000 le nombre de cubains ayant émigré avant la fermeture du port de Mariel en septembre 1980. La moitie s’était installé à Miami (soit une hausse de 7% de la population active). En comparaison avec 43 autres villes américaines en termes de salaires et d’emplois, l’immigration massive des cubains a été absorbée sans effet négatif sur les résidents (même sur les populations les plus exposées à la concurrence des nouveaux réfugiés).

L’Autriche a accueilli 100.000  refugies bosniaques entre 1992 et 1995 avec un effet très faible sur les salaires et l’emploi des populations d’origine. L’accroissement des populations en âge de travailler ne fait pas systématiquement baisser les salaires ou créer du chômage.

Les études en Allemagne, au Québec et en France aboutissent toutes à la même conclusion: la réduction du temps de travail ne crée pas d’emplois. L’emploi des jeunes ne s’améliore pas lorsque les seniors se retirent du marché du travail. Au contraire,  une baisse de l’emploi des seniors induite par interventions publiques est plutôt associée a une diminution de l’emploi des jeunes.

Les medias mettent ainsi aux mêmes niveaux des conclusions scientifiques et des opinions pseudo scientifiques (d’apparence crédible mais en opposition aux connaissances établies) afin de présenter des vues équilibrées. Ainsi, paradoxalement, le souci de maintenir une réputation d’objectivité de la part des medias ne favorise pas la connaissance scientifique.

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L’hydre mondiale, Francois Morin, 2015

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L’objectif de ce livre est de démontrer que « l’être » des plus grandes banques mondiales est effectivement de nature systémique et que seule action qui changerait cela est susceptible de prévenir un prochain cataclysme financier.

Cet ouvrage démontrera l’existence d’un oligopole bancaire a l’échelle mondiale. Celui-ci est constitué de banques systémiques, au nombre de 28 selon le G20. Nous observerons que 11 sont en fait beaucoup plus puissantes que les autres…et, face à des états surendettés, le rapport de force entre Etat et banques s’est progressivement inversé. C’est ce qui explique l’emprise de l’oligopole bancaire sur la conduite des politiques économiques et le cycle des affaires.

Plusieurs de ces banques ont pris l’habitude de s’entendre entre elles, notamment sur les prix essentiels que sont les taux de change et les taux d’intérêt.

Cet oligopole est de formation récente. Il est né de la globalisation des marchés monétaires et financiers survenue vers le milieu des années 90. Les premières ententes frauduleuses n’ont été détectées qu’autour de 2012.

Les banques systémiques sont les seules a proposer aux entreprises des contrats de produits dérivés.  Ces contrats permettent d’assurer contre les risques que représentent les variations de prix de produits dits sous-jacents, comme le cours des actions, le prix de matières premières, les taux de change. La valeur des produits assurés par ces contrats (dites valeurs notionnelles) représente des sommes astronomiques – en 2013, ce montant était de 710 000 milliard de dollars, soit 10 fois le PIB mondial.  Ces contrats fournissent une sorte de stabilité des prix, ce qui est absolument necessaire à la poursuite de leurs activités.

On sait que la création et la gestion de la monnaie dans le monde développé sont uniquement le fait de banques privées et de banques centrales indépendantes. Cela signifie que les états ont abandonné au cours des 40 dernières années toutes souverainetés en matière monétaire.

Depuis le milieu des années 90, les crises systémiques se sont enchainées ; leur cause est chaque fois la spéculation à base de produits dérivés crées par les grandes banques systémiques.

La crise de la dette publique ne tient pas à une soi-disant gabegie des finances publiques depuis 30 ou 40 ans. Le surendettement est dû à la réparation des dégâts toujours plus considérables causés par cette finance globalisée et l’oligopole qui en est le cœur.

Si l’on veut éviter le prochain cataclysme financier…il faut militer d’urgence pour un nouveau Bretton Woods qui permettrait de mettre en place une monnaie commune (et non unique) par rapport à laquelle toutes les autres monnaies pourrait se référer dans des rapports stables.

7 top banks in 2013:  JP morgan, Bank of America, Citigroup, HSBC, Deutsche Bank, Credit Agricole and BNPParibas.  Dans les 28 banques systémiques: Poids prééminent des acteurs bancaires occidentaux (30% US, 30% EU avec 8 banques chacun) et seulement 4 banques asiatiques (3 du Japon, une de Chine).

En 2013, les banques ont généré 200 milliard de profit, un chiffre d’autant important qu’il est réalisé en pleine crise économique.  Les rémunérations des dirigeants des 8 banques américaines concentre 50% des rémunérations de ce panel.  Ces hausses vertigineuses (pour Goldman Sachs l’écart entre le revenu du dirigeant principal au salaire moyen est de 400 (il est de 20 chez Sumitomo, Japon) de revenu des dirigeants est un phénomène récent, qui s’est accélérée seulement a partir des années 1980.

 

Endettement public mondial (200 pays) est de 48 000 milliard de dollars en 2012. Le bilan total des 28 banques systémiques est de 50 000 milliard de dollars.

Pour les seules produits dérivés, les hors bilans des banques systémiques sont près de 15 fois supérieurs à leurs bilans (et presque 10 fois le PIB mondiale en 2012). L’encours de valeurs notionnelles (710 000 milliards) apparait comme une mesure significative de capitaux qu’il convient de protéger pour combattre l’instabilité monétaire et financière internationales. Et le 14 premières banques gèrent 90% du total des encours notionnelles. Les 5 banques américaines ont un part de 38%, les 4 de la zone Euro représentent 26%, 3 banques britanniques 21% et 2 banques suisse (13%).

La BRI estime régulièrement qu’un peu plus de 90% des échanges de produits dérivés sont réalisés entre institutions financières. Il n’y a qu’une très faible proportion de ces échanges qui servent a la couverture de risques pour les acteurs de l’économie réelle.  Ceci est déjà un indice de l’existence d’une interconnexion périlleuse.

Les produits dérivés apparaissent ainsi comme le plus important vecteur de l’interconnexion financière des banques, et donc comme le principal facteur de fragilisation du système en cas de choc.

Il existe 5 institutions internationales (Global Financial Market Association pour les banques systémiques uniquement, Institute of International Finance, une source de recherche économique et la tête pensante de la finance globalise, International Swaps et Derivatives Association avec 800 membres…) à l’intérieur desquelles s’exprime la volonté de l oligopole dans la défense de ses intérêts dans le monde de la finance globalise. Les banques systemiques sont majoritaires dans les organes dirigeants de chacune d’elles et 4 en président un des conseils d’administration (JP Morgan Chase, HSBC, Société Générale et BNP Paribas). Ces institutions sont dévouées à la défense de l’intérêt collectif du secteur bancaire.

 

La majorité des exchanges sur les marche des changes (30 fois le PIB mondiale chaque annee): 80% des exchanges sont inities par les 10 premiers intervenants sur ce marche – ces derniers sont tous des banques systémiques. On peut conclure que la formation des taux de change des devises relève à l’évidence de l’action d’acteurs oligopolistiques mondiaux. Et la plupart des taux courts (Libor, Euribor, Tibor) sont des taux de marche qui dépendent principalement de relations directes entre les banques. Les banques centrales fixent toutefois certains de ces taux: les taux directeurs (les taux qu jour le jour par exemple)

Le dollar Libor a 3 mois : chaque jour 18 banques participant à l’élaboration du taux en annonçant les taux pratiques la veille. On en retire les 4 estimations les plus hautes et les 4 les plus basses et on calcule la moyenne des 10 restantes.  Or 14 des 18 banques sont des banques systémiques qui ont donc une capacité réelle d’exercer une influence sur la formation du taux d’intérêt Libor USD. Et ce marché sert aussi de référence pour un nombre important de produits financiers.

Les marchés obligataires sont dits aussi marchés de la dettes publiques.  Depuis que les banques centrales sont indépendantes de Etats, la seule voie de financement pour ces derniers est l’appel au marche obligataire. Toute dette publique est de lors compose a peu de chose près d’obligations. En raison de l’importance des besoins, les Etats font appel a des panels de grandes banques stables, les Primary Dealer, qui sont majoritairement des banques systémiques.

Depuis quelques annees, s’est développé le trading a haute frequence, qui confie a des logiciels ayant des temps de réponses extrêmement bref et qui s’accaparent désormais la majorité des ordres en bourse.  La part des transaction au comptant (38 pour cent des transactions mondiales) a bondi de 9 a 35% entre 2008 et 2013. Ce trading est devenu la nouvelle mine d’or des plus grandes banques (5 banques américaines représentant 54% des activités, Goldman Sachs en tête).

Entre 2007 et 2011, la dette publique mondiale s’est accrue de 54%, soit un rythme annuel deux fois plus grand qu’avant la crise financière: il a fallut recapitaliser des banques et soutenir l’activité économique (qui n’a elle progressée que de 26%). Ratio de dette publique sur PIB: US 111%, Japon 243% RU 90%, Allemagne 78%, France 93%, Italie 132%. Zone Euro 92% (alors que le critère de convergence est a 60%). Le surendettement est fondamentalement liée a la crise financière, et non pas à une gestion délétère des finances publiques.

Comparaison des bilans des trois principales banques (de 3 pays US,UK, France) par rapport a la dette de ces pays: BNP Paribas et Barclays gèrent des totaux de bilan supérieurs a la dette publique de leur pays: la force des banques révèle et accroit la faiblesse de leur Etats. Le résultat est moins marqué pour JP Morgan Chase dont le total de bilan n’est que de 24% de la dette publique américaine.

En 2014 le FMI a reproché au secteur bancaire de bloquer les reformes nécessaires a son assainissement (en matière  de produits dérivés, du principe de ‘too big to fail’…)

Du blanchiment d’argent aux affaires de manipulation de taux (Libor, Euribor) en passant par la vente de produit financiers toxiques, on ne compte plus les procédures judiciaires dans lesquels HSBC le groupe est impliqué (valable pour toutes les grandes banques). Ces mastodontes bancaires se relevant toujours indemnes des pires scandales due à la place central de ceux-ci dans le financement de l’économie.

 

 

Eloge de la dette, Nathalie Sarthou-Lajus, 2012

 

Une lecture philosophique valorise la dette comme paradigme du lien social, à côté de l’échange et du don.

Deux modèles de dons : une conception philosophique du don pur, inconditionnel et sans attente de retour et une conception dominante dans les sciences sociales qui comprend la possibilité d’un retour sans qu’il y ait obligation ou calcul d’une équivalence.

Pendant des millénaires s’endetter a donc signifié risquer de perdre sa liberté, pour un temps ou à jamais.

Ses effets immédiats furent de libérer des possibilités inédites d’émancipation mais aussi de précariser le lien social.

Le sacrifice du Christ – selon Nietzsche Dieu lui –même s’offrant en sacrifice pour payer les dettes de l’homme, Dieu se payant à lui-même, Dieu parvenant seul à libérer l’homme de ce qui pour l’homme même est devenu irrémissible, le créancier s’offrant pour son débiteurL’économie chrétienne du don serait en réalité une économie de la dette.

Le potlatch en Polynésie et la kula en Mélanésie, qui se présent comme des échanges de dons tout à fait distincts du troc. Ces échanges se dégagent de tout contexte utilitaire et ont un caractère essentiellement festif. La finalité de la transaction n’est pas la possession ou la consommation du bien, mais la transaction elle-même et le type de confrontation interpersonnelle qu’elle permet.[…] En apparence, le potlatch et la kula sont des prestations désintéressées et gratuites, mais en réalité, ils sont intéressés et obligatoire. Quand on ne peut pas rendre, on doit offrir tout de même un présent dans l’attente de s’acquitter de la dette. Le présent apaise le créancier mais ne libère pas le débiteur.

Une conception de la charité sous la forme de l’aumône  et du don unilatéral qui humilie le bénéficiaire.

L’économie primitive du type créancier-débiteur est en effet interprétée par Nietzsche comme fondateur du lien social. C’est le rapport premier de l’homme à l’homme, la première fois qu’il se mesure à l’autre.

Par rapport aux sociétés traditionnelles (où la dette pouvait être à vie ou passait de père en fils, où des codes d’équivalence complexe – parce que non écrit – sont à l’œuvre), le capitalisme se présente comme une libération du poids de la dette (par une limitation essentielle de ce qui est marchandisable, autrement dit du statut inaliénable de la personne).

L’homme a besoin pour se construire d’un creuset où il reçoit d’abord et où il donnera ensuite.

Le maitre n’exige pas que sa fortune lui soit rendue, il demande des comptes. Créanciers et débiteurs doivent rendre des comptes.

La dette sociale ne définit pas seulement les obligations de l’Etat à l’endroit des citoyens, mais ce que la société tout entière doit à chacun de ces membres.

La dette s’écarte peu à peu du devoir dans le prêt d’argent à intérêt où elle prend un sens économique spécifique et constitue un moyen pour le créancier de s’enrichir.

Nietzche : le concept moral essentiel de « faute » tire son origine de l’idée tout matérielle de « dette » (le terme allemand schuldig désigne à la fois « débiteur » et « coupable »).

La dette est une notion féconde parce qu’elle nous renvoie à l’ambivalence de tout lien humain : lien qui suppose l’entraide, la solidarité et la possibilité d’abus de pouvoir, négation de liberté et de dignité de l’autre.

La culpabilité marque l’émergence du sujet moral. Elle se mesure l’aune du développement de la conscience et suppose l’existence d’un agent moral responsable de ses actes et capable de répondre du tort causé à autrui.

La charité doit être prompte et secrète ou elle n’est pas.

Le pardon est un acte hors rétribution qui s’apparente plus à un acte de thérapie que de justice.

Avant l’histoire, Alain Testart, 2012

 

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L’idée d’une complexification croissante de la société se fonde sur quelques erreurs d’appréciation:  en premier lieu, sur le préjugé ordinaire qui nous fait juger simples et rudimentaires les peuples aux mœurs trop éloignées des nôtres, et dont nous ne saisissons pas les principes. En second lieu sur la méconnaissance de la différence fondamentale qui sépare les lois de l’évolution technique et celles qui président aux transformations des sociétés. Les inventions techniques sont des phénomènes cumulatifs – c’est pourquoi il existe un progrès technique. On peut parler de complexification croissante pour l’infrastructure matérielle des sociétés, mais, en ce qui concerne les structures sociales, on ne voit pas quel sens cela pourrait avoir. En troisième lieu sur une analogie implicite entre société et être vivant (l’exemple de l’Etat communément comparé avec un système nerveux). En quatrième lieu, sur l’opinion selon laquelle les conflits sociaux deviendrait plus nombreux avec l’accroissement de la population, le développement des richesses, l’émergence du pouvoirs politiques ou administratifs. Enfin, l’idée selon laquelle certaines sociétés seraient simples se fonde sur les phénomènes invisibles : le premier est que 90-95% des phénomènes sociaux ne sont pas archéologiquement visibles, le second est que beaucoup de sociétés ne connaissent pas l’écriture.

Culture et société : Une société c’est un ensemble de structures et d’institutions, ce n’est pas les gens, les hommes et les femmes qui vivent dans cette société. (Exemple les sociétés russes d’avant et d’après 1917 sont différentes mais constituées de russes) Les hommes et les femmes forment une communauté ou un peuple. Une société est donc indépendante des peuples (qui vivent dans ce modèle de société). (Exemple : Une société occidentale mais pas de peuple occidental). Dans la culture on ne peut faire abstraction du lien avec le peuple. Les cultures sont uniques, les sociétés ont des caractéristiques générales communes a plusieurs pays, états etc.  La culture est lié aux spécificités d’un peuple, sa langue, son enracinement géographique, son histoire.

Les crocodiles partagent avec les oiseaux des dizaines de structures anatomiques qui leur sont exclusives (mandibule fenestrée, gésier, etc.) et que d’autres reptiles, comme les varans, ne partagent pas. Ce n’est ni l’apparence, ni les fonctionnalités, ni l’adaptation au milieu qui fonde une classification phylogénétique (ou apparentement). (Les oiseaux sont plus proches des crocodiles que les varans).

Childe et la théorie du surplus : la révolution néolithique est la plus grande révolution technico-économique que connut l’humanité avant la révolution industrielle. Révolution du mode de vie, puisque le mode de vie agraire implique la sédentarité ; révolution démographique, puisque les chasseurs-cueilleurs, exploitant des ressources sauvages ne peuvent avoir qu’une population clairsemée, un territoire cultivé étant capable de supporter une population incomparablement plus nombreuse. Childe, très influencé par le marxisme, expliqua pourquoi l’agriculture permettait des société de classes, avec un classe dominante qui vivait sans travailler la terre. Le rendement du travail agricole est suffisant pour dégager un surplus au delà de ce qui est nécessaire au producteur.  Les observations du temps de travail des peuples de chasseur-cueilleurs (Bochimans) montrent que les chasseurs-cueilleurs travaillaient moins que les travailleurs de société industrielles (4-5 heures/jour). Au sein de cette population de chasseurs-cueilleurs, certains auraient pu travailler plus, d’autres moins et c’eût été une société de classe, analogue a celle que Childe croyait impossible avant l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs ne sont pas des sociétés de classes, mais ce n’est pas le niveau technique qui l’explique.

Childe – théorie des oasis :  c’est le réchauffement climatique qui marque la fin du glaciaire qui serait l’élément déterminant de l’invention de l’agriculture, en raison de l’aridification des contrées antérieurement verdoyantes et de la concentrations des êtres vivants (hommes et bêtes) sur des territoires exigus non arides (au proche orient notamment).  Or, pendant la dernière glaciation (celle de Würm) il y a eu des interstades, long de plusieurs millénaires, qui avaient un climat plus doux. Pourquoi l’agriculture n’a-t-elle pas été inventé a l’une ou l’autre de ces périodes ? La même chose peut être dite de la pression démographique, souvent considérée comme étant à l’origine de l’agriculture.

Il ne suffit pas qu’une invention soit inventée pour qu’elle se diffuse. Cela ne suffit même pas pour qu’elle soit adoptée.  A Dolni Vestonice les hommes inventèrent il y a 26,000 ans la céramique (Venus en terre cuite) précédant de plusieurs milliers d’années la céramique du proche orient.  Ils ont fait cela sans faire des pots, et sans qu’aucun n’autre peuple les imite: pourquoi ? Probablement parce que la céramique ne servait à rien pour ces chasseurs-cueilleurs. Elle servira plus tard aux agriculteurs. C’est donc le milieu et le social qui explique l’adoption et diffusion d’une invention.  Les aborigènes sont en contact avec les habitants des iles du détroits de Torres, qui ont une culture de type néoguinéenne (horticulture, conservation du poisson, arc et flèches). Ils connaissent ces techniques mais ne les ont pas adoptées. C’est une question fondamentale de savoir pourquoi.

Il y eu seulement trois inventions majeures pendant les 30,000 ans du paléolithique supérieurs : l’aiguille à chas, entre 19,000 et 18,000. Elles servent à confectionner des vêtements de peaux, de couvertures de tentes, des canots de peaux. Le propulseur, a partir de 16,000, qui permet de doubler la distance de jet. La barbelure (des 25,000 ans), laquelle fait donc des pointes barbelées qui resteront fichées dans les chairs de la proie une fois touchée. L’intérêt est évident pour la guerre, la chasse au singes (les deux étant pareillement capables de retirer un trait de leur plaie. Cette forme convient très bien à un gibier aquatique, sinon a la pêche.  Il y a aussi des inventions virtuelles (les Venus) qui ne débouchent pas sur des applications pratiques. Au mésolithique, qui s’étend sur 3 ou 5,000 ans, des dizaines d’inventions vont survenir : l’arc, le piège a poisson (nasse), filets, canots, le chien de chasse (non prouvé), traineau, vaisselles de céramique (10,000 ans, Jomon au japon), les habitations permanentes (les natoufiens au proche orient) et l’agriculture. C’est le rythme du développement technique qui a changé.

Les aborigènes utilisaient déjà la pierre polis il y a 20-30,000, bien avant qu’elle ne soit connu en Europe et au Proche Orient (au Néolithique – ou âge de la pierre polie). En revanche, ils n’ont jamais adapté l’arc, le fumage de la viande animale, la vie sédentaire, les cantonnant dans le domaine du rituel. La hache australienne ne saurait avoir la même fonction que la hache néolithique des forets tempérées européennes. Toutes ces fonctions tournent autour du végétal : il fait des entailles pour monter aux arbres, ouvre des branches pour y attraper les opossums qui s’y cachent etc. Avec cumul sur un même instrument de fonctions différentes permettant d’alléger l’équipement. Le travail de la pierre en Europe était plus orienté sur l’animal (pointes de flèches, grattoirs, burins)  En avance sur ce point, les aborigènes sont en retard sur beaucoup d’autres.

Le sens de l’histoire : La société est structurée depuis des millénaires non pas autour de la richesse mais autour de ce qui fait depuis toujours courir les hommes : la quête du partenaire sexuel. L’ethnologie des chasseurs-cueilleurs ou le futur mari doit payer pour obtenir une épouse. Quand nait la richesse, elle nait sur ce fond social plurimillénaire et elle sert d’abord et avant tout à payer pour les femmes. L’obtention d’une épouse entraine une dépendance du gendre par rapport au beau-père. Fournir des biens supprime cette dépendance. Dans ces conditions, la richesse, quand elle fait son apparition, est facteur de liberté. Mais elle est aussi un moyen d’oppression. Avant la richesse, il suffisait au prétendant de travailler plus – pour le beau-père- pour acquérir son épouse. Avec l’apparition d’un prix pour la fiancé, seul celui qui est riche se trouve libéré. Le pauvre ne peut plus se marier du tout, il ne se marie pas ou entre en servitude. Rien n’est plus courant dans le monde que d’opprimer les pauvres.

L’invention de la richesse : elle est arrivée toute seule, sans que les hommes y prennent garde, en même temps que l’équipement du chasseur s’alourdissait et que les chasseurs-cueilleurs se sédentarisent. Ce fut sans doute parmi les derniers chasseurs du pléistocène, des peaux et des objets en os qui jouèrent le rôle de la richesse. C’étaient des biens durables et toutes choses qui représentaient un temps de travail assez important, ainsi que des objets de provenance lointaine, parce que difficile à se procurer.

La propriété au néolithique : nous n’en savons rien. Mais les sociétés ethnographiées en Mélanésie ou Amérique du nord montrent qu’elle ne connaisse qu’un avantage à la richesse : la considération sociale, l’estime, qu’elle confère. Luxe, confort, pouvoir sur le travail des autres ne semblent pas être des avantages procurés par la richesse que les sociétés traditionnelles considèrent importante – ou connaissent.  Le riche ne vit pas dans une maison luxueuse, mais il donne des fêtes, détient des objets de valeurs, il a des créances sur d’autres, de nombreuses épouses.  La richesse ne s’investit pas en terres, parce qu’on est propriétaire de la terre seulement si on l’utilise (Afrique, Mélanésie, Amérique du nord). La terre devient importante plus tard e  Eurasie, depuis les romains.

Les sociétés de chasseurs-cueilleurs ne sont pas plus égalitaires que les nôtres. Elles sont traversées par des rapports de dépendance, des rapports de force. Ce qui nait avec le néolithique, c’est l’existence d’inégalités socio-économique – la différentiation entre riches et pauvres. Ceux qui parlent de sociétés égalitaires ne s’interrogent pas sur les mécanismes susceptibles d’engendrer cette égalité. Ces mécanismes supposent une autorité centrale qui fait défaut dans les sociétés étudiées. Les dons – qui existent – ne supprime pas les inégalités : la raison en ai qu’on ne distribue que les revenus mais pas la source de ces revenus.

Misère : historiquement nous n’avons aucune preuve de son existence avant la fin de la première moitié du 1er millénaire avant notre ère (-500), le VI ou VII siècle, juste avant l’antiquité classique. Elle fut absente des sociétés d’Océanie et d’Amérique étudiées, petites, loin des empire et encore a outillage lithique. Le fait que le luxe et la misère soient absents de ces sociétés mais n’en font pas pour autant des sociétés égalitaires. La richesse néolithique ne se montre pas mais permet des dépenses ostentatoires dans l’intérêt public.  Les sources des inégalités sont nombreuses, à commencer par la propriété : les clans puissants sont ceux qui ont les meilleurs sites. Le capital financier constitue une autre source : c’est a coups de prêts que les big men renforcent leur emprise sur le villageois, a coups de dons qu’ils financent la paix (constructions, réparations après guerre etc.). Ils ne répugnent pas prêter à taux usuraire, et c’est ainsi qu’ils financent leurs fêtes.

La forme de propriété fundiaire conduit certains à accumuler les terres et d’autres à en être dépossédés.  La forme usufondé précède la forme fundiaire et nous n’avons aucun exemple de l’inverse.  Le régime usufondée fonctionne s’il y a une réserve illimitée de terres. Lorsque la densité démographique devient trop élevée, le régime de propriété se meut en régime fundiaire, analogue au nôtre.

L’économie néolithique : la richesse y sert principalement à faire face à ses obligations sociales et pas à assurer son pain. Ces sociétés sont structurées par des liens personnels, pas seulement des liens de parenté. La terre n’est pas un enjeux majeurs (propriété usufondée) et fait apparaitre tout au plus des inégalités liés à la fertilité des terres (ce ne sont pas des sociétés de classes).  Le surcroit de richesse ne s’investit pas dans la terre, il y a une tendance intrinsèque à la dépense ostentatoire, dans l’intérêt de tous (et aussi des plus pauvres) : fêtes, érection de monuments pour lesquelles ils faut nourrir une quantité importante de gens. Et il y a tout lieu de penser que l’esclavage est apparu avec le néolithique (3 critères : les hommes libres pratiquent la déformation crânienne – ceux qui n’ont pas ces déformations sont d’un statut social inferieur ; on massacre en général les hommes adultes qu’on ne peut réduire en esclavage et on conserve les femmes et les enfants ; la coutume de l’accompagnement funéraire)

Le sens du monumentalisme naquit avec le néolithique. On donnait à voir la réalisation et il faut s’interroger non pas sur la technique de réalisation (qui pose peu de problème avec beaucoup d’hommes) mais sur le financement de ces réalisations. Que donne-t-on a voir dans ces fêtes ou érection de ces monuments ? Non pas la puissance politique d’un chef capable de mobiliser les hommes (comme les souverains chinois pour construire la muraille de chine). On donne a voir la puissance de l’argent, la puissance économique d’un homme capable d’employer – de salarier- ses covillageois. Les mégalithes furent autant de manifestations de puissance, de cette puissance que confère la richesse.

A Madagascar, les dimensions de la pierre à ériger étaient fonction du revenu de celui qui commandait la cérémonie…jusqu’à 300 personnes participaient au transport…distribution de viande pour tout le monde…100 bœuf furent tués.

Disposition côtière du premier mégalithisme européen. Il n’y a pas de problème technique : ils ont suffisamment de bras et les marins savent fabriquer des cordes solides. Quant a la traction, faire rouler les mégalithes sur des rouleaux, c’est un problème technique très similaire à celui de la miseà l’eau d’un navire.

Je crois que les défunts néolithiques qui étaient dans les caveaux mégalithiques étaient bien des égaux, des membres d’une classe ou d’une caste dominante qui s’imposent entre eux de ne pas faire apparaitre de différences de richesse pour mieux rester unis. Ils imaginèrent de partager le même caveau, ils se rendaient indistinguables les uns des autres dans la mort, tout en se distinguant par une inhumation en mégalithique.

Le monde mégalithique n’apparait nullement comme un monde unifié, certainement pas politiquement, même pas culturellement, tout au contraire, c’est le règne du particularisme qui veut que chacun de distingue de son voisin par quelque originalité ou excentricité.  Ce fut sans doute la limite sociale et politique de ces sociétés qui furent incapables de s’unifier ou de se fédérer en entités plus grandes et donc plus puissantes. Les sociétés mégalithiques n’ont pas de descendance. Elles disparaissent sans laisser de traces  autres que ces pierres énigmatiques. Ces ploutocraties ostentatoires mégalithiques étaient incapables de fédérer des populations libres et furent remplacé par des systèmes d’organisation plus performante et différente. Childe voit ainsi dans les longue maisons des Rubanés (nord de l’Europe entre 5500 et 4800) une inversion des tumulus des peuples mégalithiques. Les vivants d’un côté, les morts de l’autre.

Le miracle grec de la démocratie 5 ou 6 siècles avant notre ère. En Gaule, en Germanie,  en Scandinavie, à Rome, en Grèce, on trouve partout des systèmes différents mais toujours avec une assemblée du peuple réputée souveraine. On peut faire l’hypothèse d’un fond démocratique primitif commun à l’Europe depuis le début du néolithique.  Ce furent des immigrants du proche orient qui l’apportèrent en Europe. Les grecs n’inventèrent pas la démocratie : ce qu’ils firent fut de parfaire une forme très ancienne. L’Europe est unique au monde pour ses traditions démocratiques, notamment le recours a une assemblée populaire.

Le Proche Orient ancien a connu l’organisation lignagère – elles sont si courantes chez les Bédouins en particulier. Ce milieu social fut favorable à une naissance précoce de l’Etat. L’Europe, structurée par des démocraties primitives, a longtemps refusé l’Etat, a fortiori l’Etat despotique du Proche-Orient. Elle ne l’accepta qu’avec la Grèce au V-VI siècles.

La Fin de l’Histoire et le Dernier Homme- Francis Fukuyama – 1992

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(a reprendre)

Synthèse : Le consensus autour de la démocratie libérale comme système de gouvernement par excellence semble être accepté par tous. Il a vaincu les autres système et demeure seul en lice. Fukuyama suggère qu’il pourrait y avoir là le point final de l’évolution idéologique de l’humanité en, en cela, la fin de l’histoire.

Contrairement au autres formes de gouvernement, la démocratie libéral semble exempte de contradictions fondamentales : ces principes sont justes et les difficultés rencontrés viennent simplement de difficultés dans leur mise en œuvre. L’idéal de la démocratie ne peut pas être amélioré sur le plan des principes.

 Fukuyama ne considère pas l’histoire comme succession d’évènements mais comme un processus simple d’évolution prenant en compte l’expérience des peuples, dans la tradition Hégélienne du  mot. Dans ce sens l’évolution des sociétés s’arrêtera lorsque l’humanité aura mis au point une forme de société satisfaisant les besoins les plus profonds de tous. Pour Hegel c’était la société libérale, pour Marx le Communisme. Les évènements continueraient d’exister mais les institutions fondamentales et les principes sous-jacent n’évolueraient plus.

peut-on parler d’une histoire cohérente et orientée qui finira par conduire la plus grande part de l’humanité vers la démocratie libérale ? la réponse est positive pour deux séries de raisons : d’abord des raisons économique ensuite pour des raisons psychologique (lutte pour la reconnaissance).

Vivant en fin de ce siècle, après 2 guerres mondiale, le nazisme, le communisme, il est difficile d’accréditer l’idée d’une société évoluant de façon cohérente. Et pourtant les 20 dernières années ont vu la chute de dictatures, de droite comme de gauche, au profit de la démocratie libérale, seul point commun entre des régions et des cultures différentes. Le libéralisme économique, qui précéde ou qui suit le libéralisme politique a permit d’atteindre dans certain pays des niveaux de prospérité sans précédent.

Fukuyama utilise la physique moderne comme mécanisme permettant d’expliquer l’orientation et la cohérence de l’histoire. La science est la seule activités bénéficiant d’un consensus général qui soit cumulative et orientée. Le développement des sciences a eu un effet uniforme sur les sociétés qui l’on connue pour 2 raisons : elle procure des avantages militaires consequents et elle élargit le champs des possibilités de production économique. Le processus  pemet ainsi une homogénéité croissante des sociétés : état central, urbanisation, nouvelles formes d’organisation sociale, division du travail et éducation adaptée aux besoins. Ces sociétés sont liées entre elles par les marchés mondiaux et la culture de la consommation.  Les régimes centralisés ont été capables de s’industrialiser facilement, car le processus est simple. En revanche elles sont inadaptées au développement de société complexe post industrielle ou l’information et l’innovation technologique joue un rôle providentiel.

 La science peut donc expliquer en grande partie l’uniformisation des sociétés. Mais elle ne peut rendre compte du phénomène de démocratisation. Il n’y a pas de raisons de considérer que l’avancement économique mène automatiquement à la liberté politique.  La logique des sciences n’est pas suffisante pour expliquer l’orientation générale de l’histoire. L’interprétation scientifique, économique de l’histoire est incomplète car l’homme ne se résume pas a l’homo économicus. D’ou la nécessite de faire intervenir un second principe : la lutte pour la reconnaissance (Hegel).

L’homme désire le désir de l’autre : il veut être reconnu, qu’on lui accorde prestige et dignité. Selon Hegel les batailles n’ont pas lieu pour des motifs économiques mais des motifs de prestige : l’enjeu de la bataille n’est pas déterminé par la biologie, preuve qu’il existe bien une liberté humaine.  Le moteur de l’histoire est donc cette volonté de l’homme de vouloir être reconnu a sa propre valeur : c’est la le premier principe de justice.

Cette volonté de reconnaissance mène à la lutte entre les hommes et la reconnaissance que certains sont plus fort que d’autre : naît ainsi la relation maître-esclave. Mais pour être reconnu, le maître doit l’être par tous, y compris l’esclave. Cette reconnaissance imparfaite n’était pas viable a terme et conduisit naturellement a l’abolition de l’esclavage et l’égalité de tous les hommes (1789) et la reconnaissance réciproque entre hommes de même statut. L’état reconnaîtra les même droits à tous.

Hobbes et Locke voient les droits comme moyen de préserver une sphère privée ou les hommes peuvent s’enrichir et satisfaire leur désir. Hegel pense au contraire que les droits sont la façon d’assurer la reconnaissance et la dignité a chacun. Hegel considère que l’histoire touche a sa fin avec la révolution (BHL dit qu’Hegel voit la fin de l’histoire dans les conquêtes Napoléonienne quelques années apres la revolution et la diffusion du code civil)

Le besoin de reconnaissance explique aussi l’évolution vers la démocratie libérale. A mesure que la société se développe, que le niveau d’éducation se développe, les hommes ont besoin d’être reconnu comme des citoyens actifs. Ils veulent, en adulte, participer au gouvernement. C’est la reconnaissance de l’autonomie d’homme libre. Ce désir de reconnaissance nous permet de réinterpréter les phénomènes comme la culture, la religion, le travail, le nationalisme, la guerre.

Pour que les démocratie fonctionnent, les citoyens ont besoins de développer une fierté irrationnelle dans leur propre institutions démocratiques et doivent développer un attachement orgueilleux à de petites communautés. Pourtant cet attachement limité va a l’encontre de la reconnaissance universelle qui fonde l’Etat Libéral.  L’état libéral, l’économie libéral ne réussit pas uniquement grâce a ces principes libéraux mais requière des formes plus irrationnels de croyance et d’appartenance qui joue de façon importante parfois positivement, parfois négativement.

Lutte pour la reconnaissance permet d’éclairer la nature de la politique internationale et, par analogie, les états se combattent pour être reconnus, pour avoir la suprématie : c’est la « politique des puissances » (Kissinger).

La démocratie libérale remplace cette volonté d’être le plus fort par celle d’être égal. Les démocratie libérale sont donc source de paix puisque chaque nation reconnaît les autres comme semblables.

La question reste posée de savoir si les démocratie établies peuvent le rester : les problèmes a résoudre au quotidien sont nombreux mais ils ne sont pas insolubles dans le cadre des principes du libéralisme. Il est donc peu probable de voir s’effondrer l’occident comme la Russie dans les 90.

C’est le phénomène de reconnaissance et son application par la démocratie qui la rend stable et durable. Mais les individus sont-ils satisfait de cette reconnaissance ? un système la garantissant aurait toute les chances de survivre longuement.  A gauche on dira que la reconnaissance est incomplète car le capitalisme fabrique les inégalités économique et requière une division du travail,  inégale par excellence.

La critique de droite, de Nietszche, par exemple, indique que la démocratie libérale a donné naissance a ce dernier homme, celui qui ne croit pas en sa propre valeur puisqu’il en a une de facto donné par le système et dont il se contente pour se préserver. Il n’y a plus d’initiative, plus de courage, juste des hommes capables de désir, de raisons et d’intérêt personnel. Ce dernier manque de la qualité de vouloir être meilleur et reconnu comme tel. Il est incapable de s’élever au-dessus de ses passions médiocres.

Ce dernier homme est-il donc cette humain sans vaillance ni aspiration ? n’a t-il pas une part humaine qui recherche le danger, la lutte, le risque, une reconnaissance de différence ? La peur même de devenir ce dernier homme, meprisable, ne poussera t’elle pas certain a devenir « premier homme », radicaux, brutaux et dangereux car armés des armes modernes ?

P30 : Au XIX on associait le mal a un état arriéré de développement. Mais le nazisme est arrivé dans le pays le plus industrialisé et le mieux éduqué d’europe. Si le développement économique, éducation et culture ne sont pas des garanties contre le nazisme, quel est le sens du progrès historique ?

P 34 : citant Revel, Les démocraties ont les plus grandes difficultés a soutenir les politiques extérieures sérieuses et de long terme car elle doivent tenir compte, la aussi, de l’avis de tous.  La critique permanente, qui est une partie intégrante de la démocratie, la rend vivable mais aussi fragile.

P 40 La légitimité d’un pouvoir n’est pas la justice ou le droit pris dans le sens absolu: c’est un concept relatif qui n’existe que dans la perception subjective du peuple. Ainsi les pires dictateurs dirigent parce qu’une partie au moins de la population accorde au chef une légitimité quelconque (pour Hitler, c’est le parti Nazi, la gestapo etc.)  Ainsi le pire chef de bande dispose d’une légitimité que lui attribue ses propres troupes, légitimité fondée sur un partage juste des butins.

P 46 : on remarque une constance vers la transition démocratique en Europe méridionale, en Amerique latine et en Afrique du sud. Mis a part Somoza au Nicaragua, aucun régime n’a été chassé du pouvoir par un soulèvement violent ou une révolution.  Le changement de régime a pour origine une décision volontaire de certains membres du pouvoir de désister en faveur d’un gouvernement démocratiquement élu. Cette retraite volontaire a eu des causes conjoncturelles mais a ete rendu possible par la conception de plus en plus admise que la démocratie était la seule source légitime dans le monde moderne. […] Mais il est un fait que le plus intransigeant des dictateurs croit toujours qu’il doit se donner au moins un vernis démocratique en organisant les élections.

P 49 L’état totalitaire était fondé sur une idéologie explicite fournissant un conception globale de la vie humaine. Il cherchait un contrôle total de la société. Le Communisme , le nazisme par exemple.  Par opposition au Facisme Italien ou au Franquisme Espagnol qui n’avait pas cette absolue idéologique et qui n’était finalement qu’un forme de gouvernement sans vision millénariste.

À partir d’un certain seuil de complexité, de compétences spécialisées et, donc, d’interdépendance, nul ne peut plus prétendre être l’État – le péché mortel de nombre de dirigeants du continent, surtout quand ils se toquent d’incarner « l’authenticité » ou la « tradition » africaines. D’où l’importance de developper des structures administratives complexes, dont la complexité permettra l’independance vis-à-vis de l’appareil de l’Etat.

 La démocratie a pour cadre l’Etat, sur le continent comme ailleurs. L’État importé en Afrique y a été adopté comme patrimoine, comme « magasin » dans lequel chacun voudrait se servir, mais aussi, comme une communauté à laquelle on peut choisir d’appartenir. Il lui reste à prendre le pas à la fois sur les convoitises rivales et sur les fidélités identitaires ethniques, en les arbitrant

Quoi qu’il en soit, Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Françoise Vergès ont raison de souligner, dans leur livre La République coloniale, que «l’héritage colonial ne peut servir d’explication totalisante à la corruption et l’injustice qui existent dans le monde décolonisé ».

Ce qui permet de faire ensuite un sort à une autre mystification, corollaire de la précédent: la richesse des métropoles coloniales serait due au pillage de leu anciennes possessions. Si c’était vrai, le Portugal, qui n’a décolonisé l’Angola et le Mozambique qu’après la « révolution des Oeillets », en 1974, devrait rouler sur l’or tandis que l’Allemagne, ayant perdu sa « place au soleil » après la Première Guerre mondiale, aurait dû être déclassée non seulement par lui, mais aussi par la France et la Grande-Bretagne. 

Le renversement des rapports de domination entre la côte ouest africaine et l’intérieur du continent, en particulier au détriment des « proto-États » sahéliens le long du 16e parallèle, a bouleversé l’histoire africaine en mettant souvent le soumis à la place du maître. Cette révolution induite par l’arrivée des Européens sur les côtes, d’où ceux-ci lancèrent leur conquête de l’arrière-pays, parfois avec le concours des ethnies locales, continue de travailler en profondeur toute cette région, une zone de contact entre l’islam et des religions chrétiennes ou traditionnelles.

Dans un roman d’Anatole France, Monsieur Bergeret à Paris : Apres qu’un protagoniste est fait l’aumône à un mendiant. M. Bergeret lui répond : « Tu ne sais pas tirer d’une action innocente en apparence les conséquences infinies qu’elle porte en elle. »

Pour la Banque Mondiale « L’aide est neutre par elle-même, dans la mesure où ses effets positifs ou négatifs dépendent des politiques gouvernementales ».P.103 

Pas assez ! Ce n’est jamais faux. Les 300 milliards de dollars donnés à l’Afrique en quarante ans sont inférieurs aux subventions agricoles annuelles des pays riches – 350 milliards de dollars.

Le « taux de retour » de l’aide française reste appréciable : pour 100 euros «donnés», 61 reviennent dans l’Hexagone sous forme de commandes. Selon des… experts, plus du tiers de l’aide publique au développement est consacré à des expertises de « faisabilité » ou la « (post-)évaluation » de projets. 

«Cet argent ne nous a rien coûté, qu’importe s’il rapporte peu. »  René Dumont commentait : « Le développement exigerait justement qu’il rapportât beaucoup. » Dans ce fossé d’incompréhension, l’avenir de l’Afrique s’abîme depuis plus de quarante ans.

« Pour le bien de la Nation, la tribu doit mourir», était l’un des slogans phare du Frelimo, quand ce mouvement de libération prit le pouvoir au Mozambique.

Mais à l’instar de n’importe quelle tribu emplumée, de quoi est fait une nation sinon du plébiscite quotidien de ses membres qui se reconnaissent en elle, dans ses symboles ; qui se querelle entre eux parce qu’une mosquée dans un village ou un foulard islamique à l’école.

À chacun son rêve, le « réenchantement de passé » (Achille Mbembé) étant apparemment un besoin universel.

On pourrait également dire que la nation est une vieille tribu qui a su s’imposer, sur le temps et sur ses rivales, mortes en chemin. Quoi qu’il en soit, le besoin d’appartenir à une communauté – politique, religieuse ou autre – semble irrépressible en l’homme. Un peuple, un territoire, une seule nation ou ethnie – voilà le cri de guerre du nationalisme ou de l’ethnicité exacerbée.

En Afrique, où les croyances n’ont jamais été réduites à la sphère privée, religion et politique ont le sort lié.  L’une et l’autre sont des passions d’élites, les plus « évolués » – pour reprendre un terme colonial – ouvrant la voie au plus grand nombre qui, en « votant avec ses pieds », tranche entre les options proposées. Ce n’est donc pas la cosmogonie africaine dite traditionnelle qui, par la force de son inertie, déciderai du destin du continent, mais le chantier ouvert aux « entrepreneurs religieux » qu’il ne faut pas confondre cependant avec la prolifération de cultes et « réveil » spirituel.P.165 

De par leur message bien particulier, les Églises qui se sont multipliées depuis la fin de la guerre froide constituent un désaveu non seulement pour l’État africain défaillant, mais aussi pour les grandes Églises établies et… pour le mythe du développement.

 Un converti vit une nouvelle foi : pour lui, tout change, de la tenue vestimentaire au régime alimentaire en passant par des liens sociaux soudés par l’indépassàble pouvoir d’une transcendance. C’est une refonte identitaire, parfois une résurrection. C’est souvent aussi une revanche : celle de l’ouaille sur le berger, à qui est ravi le monopole de la bonne parole…

Pour de multiples raisons, tant pratiques que théologiques, le protestantisme américain a réussi à capter mieux que d’autres cultes cette nouvelle religiosité africaine : à cause du grand nombre de ses chapelles, d’un prosélytisme plus agressif, du prestige et des moyens de l’Amérique, du relais que pouvait y assurer la communauté afro-américaine.

On plaidera, non sans raison, l’apprentissage difficile de la chose publique, la lente émergence d’une classe dirigeante. Cependant, comment s’aveugler sur le fait que, à ce jour, le multipartisme se résume à la démultiplication scissipare de partis uniques sous la férule de « chefaillons », sans démocratie interne… que la myriade d’ONG locales sont, sauf oblative exception, des créations à but lucratif, des antennes de captation d’aides extérieures ; On pourrait, à l’infini, débattre de la noirceur des ombres ou de l’éclat des rutilances. Quoi qu’il en soit, aucun bilan  d’étape ne vaudra réfutation de la viabilité de la démocratie en Afrique.P.189

Quant aux intellectuels africains, si Bismarck avait raison de dire que « tout homme a sa valeur propre diminuée de son amour-propre », nombre d’entre eux sont plus lourdement endettés que leur continent.

Or, à rebours d’une idée reçue, il ne s’agit plus du « retour des vieux démons de l’Afrique », mais de la dynamique intrinsèque de la mondialisation : plus les flux globaux homogénéisent la planète, davantage l’hétérogénéité identitaire s’exacerbe. Autrement dit : pour le continent noir le pire n’appartient pas au passé, mais à l’avenir

Aussi sous-développée qu’elle soit, l’Afrique vit à la même heure que le reste du monde. Son indépendance a été, incontestablement, un désastre, mais un désastre nécessaire, sans alternative.

Comme l’a bien résumé le président ivoirien Laurent Gbagbo : «L’Afrique devra faire sa révolution de 1789 en présence d’Amnesty Intemational. » Ce ne sera pas facile. P.194 

Chimère démocratiquement pourchassée, « l’homme noir » y est devenu le principal obstacle au développement. Pourquoi ? Parce que le signe de reconnaissance de l’Afrique n’est pas la noirceur de l’épiderme…la vraie particularité de l’Afrique est la « concomitance d’époques différentes »….Ce télescopage d’époques ailleurs successives – qui n’est donc pas un « retard » mais une surimpression de temps différents – contribue largement à la « négrologie ».

 Le développement, l’Etat, le rang du continent dans le monde, même la santé publique ou l’éducation nationale ne sont pas, en Afrique, le souci du plus grand nombre. C’est « une affaire de Blancs ».

Négrologie, Pourquoi l’Afrique Meurt – Stephen Smith – 2003

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Book review in Foreign Affairs (2004)

René Dumont a tenu bon : « Les hommes seuls sont responsables du retard économique du continent noir ».  En 1991 Axelle Kabou a publié un libelle de divorce, à la fois personnel et en phase avec la nouvelle donne. Dans son livre « Et si l’Afrique refusait le développement ? » cette Camerounaise élevée en France taille en pièces la « conscience noire », l’intériorisation du racisme érigé en vertu africaine. Identifiant les « mentalités africaines » comme principal frein au développement, elle ne l’envoie pas dire à ses « frères » et « soeurs » du continent (« les seuls au monde à croire que leur développement peut être pris en charge par d’autres qu’eux-mêmes »), ni aux pouvoirs africains (« plus attachés à réclamer des droits élémentaires à l’Occident qu’à les accorder à leurs propres citoyens »).P.27 

 « Peut-on vraiment parler du sous-développement sans le mettre en rapport avec les cultures africaines? ». Car, si les uns comme les autres s’enferrent dans cette «négrologie », la (sur-)puissance géopolitique de la lutte antiterroriste engagée à l’échelle mondiale exacerbera les tribalismes africains et les mèneront droit dans la tombe. L’afrique deviendra une vaste nécropole de charniers.

Les Portugais se sont distingués dans l’exploration de l’Afrique, une entreprise initiée, dès le début de décembre 1488, par leur roi Henri dit le Navigateur. En portugais, le verbe « explorar » signifie à la fois « explorer », « exploiter » et « faire commerce de ». Dans cette ambiguïté, l’exploration a pris de l’ampleur avec l’emploi d’un navire de petit gabarit, facile à diriger au gouvernail….« La victoire des caravelles sur les caravanes », exaltée par l’historien portugais Magalhès Goudinho, a marqué le triomphe, contre les alizés, de la circumnavigation du continent par rapport au commerce transsaharien. Jusqu’à l’arrivée de l’homme blanc, le littoral atlantique avait été marginal par rapport aux grands empires sahéliens.

 Entre 1950 et 1990, l’Afrique subsaharienne triple sa masse humaine, passant de 200 à 600 millions d’habitants ; l’espérance de vie augmente de 39 à 52 ans. 

Thabo Mbeki s’entête, seul – ou presque – contre le reste du monde, à nier la responsabilité du VIH dans la transmission du sida. Le 3 avril 2000, trois mois avant la 13e Conférence internationale sur le sida, la première à être accueillie par un pays du tiers-monde, précisément l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki a écrit une lettre aux « grands de ce monde ». Divulguée quelques semaines plus tard par le Washington Post, cette missive, illustration et défense de la « spécificité africaine » du sida, fit scandale ». Accusé de « révisionnisme médical », le président sud-africain a esquivé, donné des gages – mais jamais abjuré ses convictions. Sur l’AZT, Thabo Mbeki avait obstinément soutenu qu’il faisait « plus de mal que de bien ». 

 À cet égard, il faut rappeler que la malaria, toujours la première cause de mortalité en Afirique, en emportant chaque jour 3 000 enfants . Sur les 1 393 médicaments nouvellement commercialisés entre 1975 et 1999, seuls 13 – à peine 1 % – concernaient le traitement d’une maladie tropicale, alors que 17 millions de personnes – la population entière des Pays-Bas, mais insolvable… – en meurent chaque année.

Pour l’Afrique, le sida est une troisième catastrophe démographique, après la traite esclavagiste et le « clash de civilisations » que fut la colonisation.

Sur le plan économique, les quarante-huit pays d’Afrique sub saharienne (hors Afrique du Sud) comptent à peine pour 1 % du commerce mondial. Le produit national brut (PNB) de la France, avec à peine 60 millions d’habitants, est trois fois supérieur à celui de l’Afrique tout entière (800M)….

Seulement, leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement, au sens littéral de ce terme dérivé du verbe latin « volvere » pour désigner des pays qui «tournent». L’Afrique ne tourne pas parce qu’elle reste «bloquée» par des obstacles socioculturels qu’elle sacralise comme ses gris-gris identitaires. En 2002, trente-huit pays africains connaissaient, à des degrés divers, une crise alimentaire qualifiée de « permanente » . Sur quarante-huit pays au sud du Sahara, quatre seulement sont considérés comme autosuffisants.

 « La dactylo du gouvernement de Dakar tape une moyenne de 6 à 7 pages (double interligne) par jour : le petit quart de ce que fait en moyenne une dactylo française, pour un salaire au moins égal », notait dès 1962 René Dumont. Selon une étude du Ministère de l’Économie et des Finances à Dakar, citée le 18 février 2003 par le quotidien gouvernemental Le Soleil, la productivité statistique du Sénégalais est revenue au niveau où elle se situait en 1960, l’année de l’indépendance. «La L’exploitation de « l’Afrique solidaire » par « l’Occident cupide» est une caricature, même si l’abus de confiance existe. En revanche l’exploitation d’Africains par d’autres Africains est une réalité, frappée de tabou. Avant leur faillite, qui a dénoncé le scandale de tant d’offices pour la commercialisation des produits agricoles, véritables parasites du paysannat africain ? 

 « Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine ? » Pour Thabo Mbeki, ce retour à soi du continent « d’un côté, assume la part tragique du passé du continent et de sa population, de l’autre, affirme une légitimité politique, souvent mêlée d’essentialisme identitaire, à définir son futur », relève Didier Fassin au sujet de « cette mission que s’auto-attribue l’Afrique du Sud d’être le porte-parole des peuples africains, à la fois pour en dire l’histoire tragique et pour en annoncer la régénération attendue ». Il conclut que « le sida occupe une place centrale dans la construction du discours de la Renaissance africaine », parce que « le parallèle est régulièrement fait avec la Grande Peste de 1348 qui, explique-t-on, clôt dans une hécatombe sans précédent le Moyen Age et rend possible la Renaissance européenne». En d’autres termes : «maladie universelle de la modernité », le sida, fut-ce d’une façon dramatique et morbide, intègre l’Afrique dans le monde.P.41 

En Afrique, le PIB moyen par tête d’habitant y a perdu près du quart de sa valeur – en dollars constants – durant les deux dernières décennies du xxe siècle. Certes, entre 1960 et 2000, la production agricole y a progressé de 45 % (grâce à l’extension des terres mises en culture, beaucoup moins par l’amélioration des techniques d’exploitation), mais, durant la même période, la population a triplé. La pénurie a été décuplée par l’instabilité politique, des conflits armés ou, plus banalement, des politiques désastreuses… 

 Le Nigeria est devenu, avec une production de 2 millions de barils par jour, le sixième exportateur du monde – 60 millions de dollars de rente pétrolière par jour – plus de 300 milliards de dollars pendant le dernier quart du XXe siècle).P.56

Si le « communautarisme » africain existait, en dehors des discours de circonstance, le commerce intra-africain ne plafonnerait pas, depuis vingt ans, à moins de 10 % des échanges du continent.

Sur le continent noir, la « solidarité » est surtout un produit d’importation. Voici les chiffres, extraits du rapport 2003 du PNUD, de la part du revenu national revenant aux 10 % le plus pauvres et aux 10 % les plus riches de la population dans un échantillon de pays africains : Sénégal  (1,8 % contre 60,7 %, pour les 10 % les plus riches,) etc. a comparer pour la France (2,8 % contre 25,1 %).P.60 

Avant la réforme de sa politique agricole commune en juin 2003, l’Union européenne accordait plus de subsides par tête de vache laitière que d’aide par habitant en Afrique sub-saharienne (8 euros).

Le tardif engagement des pays africains – à l’exception de l’Afrique du Sud – au sein de l’OMC, où le continent dispose pourtant du plus important contingent de voix, traduit la préférence des décideurs du continent à négocier un surplus d’aide plutôt que de peser sur l’environnement économique et commercial. « la dégradation des positions africaines dans les échanges internationaux s’est opérée indépendamment des conditions d’accès aux marchés extérieurs ». Malgré les préférences commerciales offertes par l’Union européenne aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), ces derniers ont vu leur part du marché européen diminuer, entre 1976 et 1994, de 6,7 % à 2,8 %. 

P.75 Pour caractériser autant d’incurie dispendieuse, les politologues qualifient l’État postcolonial de « (néo-)patrimonial », comme la propriété privée de ses hiérarques et, tout d’abord, du chef de l’État. I 

En 1997, la Banque mondiale a identifié « trois pathologies qui se recoupent en partie » : la « perte de légitimité » aux yeux d’une population qui se demande à quoi sert l’État dès lors qu’il n’assure plus un minimum, tel que l’entretien des infrastructures, des services publics de base ou l’éducation nationale ; le pillage de l’État par ses « serviteurs », du haut en bas de la pyramide ; et la destruction du maillage administratif par des guerres civiles. Cependant, en 1990, la Banque Mondiale s’était rendu compte qu’un mauvais État valait toujours mieux que pas d’État du tout.