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Les salauds de l’Europe – Jean Quatremer – 2017

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D’ici 20 ans, plus aucun des pays européens du G7 n’en fera partie.

L’Europe et ses 500 millions d’Européens concentrent 50% des dépenses sociales de la planète de 7 milliard d’habitants.

L’euroscepticisme  prend sa source dans les demi-vérités et dans l’absence de mise en perspective.

Les salauds de l’Europe ce sont les élites nationales et Européennes, celles qui ont fait de l’Europe une post démocratie ou les citoyens sont tenus a l’écart, celles qui décident a Bruxelles de politiques qu’ils n’assument pas dans leur capitale…Mais ce sont aussi les démagogues, du Front National au Mouvement 5 Etoiles, en passant par l’UKIP, l’AfD allemand, le PVV néerlandais…Des démagogues qui mentent sans retenue, déforment les faits, attisent les haines et qui ne trouvent personne pour leur répondre, puisque personne l’assume plus l’Europe, notamment en France…ce sont ceux qui détruisent l’idée européenne que Barack Obama a vantée…comme l’une des plus grandes réalisations politiques et économique des temps modernes.

Personne ne conteste que l’unification politique du continent n’a pas été portée par un irrésistible mouvement populaire.  Aucun gouvernement n’a jamais pensé consulter les citoyens lorsque la construction communautaire a été lancée dans les années 50….il était politiquement impossible pour la France de convoquer une assemblée constituante européenne qui aurait adopté une Constitution à la suite d’un large débat citoyen. Une telle aventure aurait débouché sur un échec certain.  Schuman prône une Europe qui se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait.

Entre 1950 et 1952, les projets de création d’une Europe des transports, d’une Europe agricole et d’une Europe de la santé publique, toutes trois gérées par des Hautes Autorités, échouèrent face aux oppositions du Parlement ou de tel ou tel gouvernement…parce qu’il n’avait pas la porté politique de la CECA et parce qu’ils n’avaient pas été préparés dans le secret, ce qui a permis une mobilisations des opposants…

Schuman indique en 1951 qu’il proposer au moment voulu la création d’une organisation politique européenne pour la formation d’une politique étrangère commune.

EN 1950 la France prépare la Communauté Européenne de Défense, une armée européenne. Elle sera ratifiée facilement par les partenaires de la France alors qu’elle est rejetée par le parlement Français. De Gaulle «  l’Europe sera construite sur le cadavre de la France »  en 1952.

Intéressée par une « communauté de l’atome » la France, pour l’obtenir, s’engage alors dans un Marché commun européen qui, lui, intéresse ses partenaires Allemand et au Benelux.

Raymond Aron – l’idée de l’unité européenne est d’abord une conception d’hommes raisonnable, ce n’est pas un sentiment populaire

Cette capacité du referendum à fédérer les « non » surtout lorsque les bénéfices du « oui » sont hypothétiques et lointains est telle connue que ceux qui réclament des référendums  sur l’Europe sont toujours ceux qui lui sont opposés.

L’Europe n’a pas été fondée contre ses peuples mais pour eux, en respectant les processus démocratiques internes. (Aucun état n’a jamais été fondé à la suite d’un référendum).

Les rois qui ont fait la France ont-ils  demandé aux Angevins, aux Lorrains, aux Alsaciens s’ils acceptaient de faire partie du royaume ? A la fin du XVIIIe siècle, le français est une langue minoritaires comprise par seulement 10 à 20% des habitants…ce n’est qu’après la première guerre mondiale que la majorité des français parle le français a la maison.

Le point Godwin : «  plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis s’approche de 1 » ; moment dans un débat ou les adversaires s’injurient et ou toute discussion constructive devient impossible.

Le Conseil européen est devenu dès les années 80 de facto l’institution qui préside aux destinées de l’Union. Les présidents de la Commission après Delors (Santer, Prodi, Barroso) ont transformé la Commission en un simple secrétariat exécutant servilement les ordres du Conseil. Apres la crise de l’Euro en 2010, son rôle est encore renforce avec des réunions quasi mensuelles…

L’exécutif européen dispose du monopole d’initiative législative – il peut ne rien faire même si les états souhaitent qu’il agisse, ou orienter la discussion, car celui qui tient la plume peut faire passer ses idées.

Il reste néanmoins qu’un pays peut se voir imposer une décision dont il ne veut pas. Mais souvent les gouvernements demandent à être mis en minorité pour pouvoir incriminer Bruxelles (alors qu’ils soutiennent la position mais ne peuvent la vendre politiquement dans leur pays…)

Majorité qualifiée : 55% des pays représentant 65% des Européens.

Il n’est arrivé que très rarement qu’un gouvernement tombe à cause de ce qu’il a décidé à Bruxelles. C’est arrivé à ma connaissance une fois en Slovaquie, en 2011, lorsque le Parlement n’a pas accepté le principe de solidarité financière avec la Grèce (pourtant accepté par la Première ministre).

Apres tout, cette absence de contrôle direct (des citoyens sur les institutions de l’Europe) est-elle si grave ? En France ou aux USA, le Président ne peut pas non plus être censuré ou contrôlé : ce qui est important, ce sont les contre-pouvoirs mis en place.

Une zone Euro échappant a tout contrôle : le Parlement (bien qu’ayant des pouvoirs de codécisions étendus et faisant jeu égale avec le Conseil -sauf dans certains nombre de domaine y compris le budget !- qui doit maintenant compter avec lui) n’a pas son mot à dire au sein de la zone Euro. Alors que la zone Euro ne se réduit plus uniquement à la politique monétaire, mais touche désormais a la politique économique et budgétaire, aucun contrôle parlementaire n’existe (sauf au niveau national ou ils exercent un contrôle sur la partie qui concerne leur pays  et non sur l’ensemble de la politique applicable à la zone Euro).

Neelie Kroes : sous la surveillance directe de Junker a cause de sa participation dans une vingtaine de conseils d’administration laissant craindre des conflits d’intérêt.

Canete :  a fondé deux compagnies pétrolières (désormais dirigées par des membres de sa famille) et conserve son poste de commissaire à l’énergie et au climat (car soutenu par le PPE qui a pris en otage la candidature Moscovici…)

Depuis 1999 (chute de la Commission Santer) la Commission ménage come jamais le Parlement qui est devenu un acteur important de l’Union. Il est indéniable que l’Europe est partiellement entrée dans l’ère de la démocratie parlementaire.

En France, le referendum est devenu la forme la plus achevée de la démocratie alors qu’il en est une forme dégradée, comme l’ont bien compris les Allemands qui l’ont interdit.

Les referendums sur l’Europe : 10 votes négatifs contre 29 positifs. Ce qui en dit long sur le soi-disant rejet de l’Europe par les peuples.

Le non au référendum de 2005 – le traité constitutionnel européen : la principal motivation du non était les risques qu’il faisait peser sur l’emploi…alors que le TCE reformait surtout les institutions (mais reprenait aussi les textes des traités précédents). Les principales modifications furent intégrées deux ans plus tard dans le traité de Lisbonne.

La Commission tend à devenir au fil du temps un problème pour l’intégration communautaire, sans doute supérieur à celui que représentent les Etats. L’exécutif Européen … a oublié ce qu’était l’intérêt général Européen. Je me demande sincèrement s’il y a encore quelque chose a sauver dans cette institution qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut.

Le chef d’Etats ont convenu qu’il ne fallait plus nommer a ce poste que d’anciens Premiers ministres afin de ‘rehausser’ la fonction. En réalité le but était de raccourcir la laisse de la Commission : un ancien Premier Ministre a été membre du Conseil européen et a tendance à se comporter comme tel – en clair il cherchera à ne pas déplaire à ses collègues et mandants.

La réforme de Neil Kinnock en 2004 a consisté à briser ce qui avait été à l’origine conçu comme un corps d’élite construit sur le modèle de l’administration française pour passer a une logique de management privé proches de normes anglo-saxonnes. Il y eu un affaiblissement de l’esprit Européen due à l’accroissement des taches de pure exécution. Le recrutement ne se fait plus sur la connaissance des affaires communautaires et leur engagement Européen. Faute de capacité interne, la Commission doit faire appel des consultants extérieurs, généralement britanniques ou américains….

Le commissaire à la concurrence veille a empêcher la constitution de monopole sur le marché européen, même si cela interdit la constitution de champions européens mondiaux (Apple, Amazon, Microsoft n’auraient jamais pu naitre dans l’Union.

La Commission est incapable de remplir sa tâche, qui est non seulement d’aider à la construction communautaire, mais aussi de faire aimer le projet européen. Elle est incapable de la moindre empathie, car dénuée de tout sens politique.  Cette absence de sens politique se fait sentir dans tous les domaines, comme le montre, par exemple, la négociation de l’accord d’association avec l’Ukraine qui a déclenché les foudres russes et entrainé l’annexion de la Crimée et la guerre dans l’Est du pays…la bonne approche aurait consisté à parler à Moscou avant toute négociation pour l’assurer que jamais l’Ukraine n’adhèrerait a l’Union ou l’OTAN, comme cela avait été fait avec l’Autriche avant 1989.

Le CETA était un accord mixte – et non pas purement communautaire, c’est-à-dire qu’il devait être ratifié par le Parlement Européen et l’ensemble des parlements nationaux

Guy Verhofstadt, président du groupe libéral, ancien Premier ministre belge, émarge dans pas moins de 7 conseils d’administration (pour 12,000 euro/mois en plus de son salaire d’eurodéputé.

Le traité de Lisbonne a introduit  la possibilité de réduire les compétences de l’Union : c’est un symbole fort, puisqu’il était acquis jusque-là que l’extension des compétences de l’Union était infinie.

En matière de politique sociale, l’union n’a rien à dire dans les domaines des salaires, du droit syndical, du droit de grève, du droit de fermeture temporaire d’entreprise. Elle peut simplement adopter à la majorité qualifiée des normes minimales en santé, sécurité et conditions de travail des travailleurs, consultation des travailleurs, lutte contre la discrimination et modernisation des systèmes de protection sociale. Pour les autres compétences, l’exigence de l’unanimité paralyse l’exercice.

L’union n’était que la spectatrice du traite de Lisbonne : les gouvernements ont même refusé que la Commission publie un tableau de bord des reformes accomplies et restant à accomplir.

Si on ajoute a cela la propension des Etats a communautariser les échecs et a nationaliser les succès européens, on comprend mieux la frustration qu’engendre la construction européenne.

Ce procès en ultralibéralisme de l’union, contre la concurrence libre et non faussée, est une spécificité hexagonale. L’union regroupe des pays qui ont en commun la démocratie et l’économie de marche. Mais une économie sociale de marché comme l’affirme les traites, l’union concentrant la moitié des dépenses sociales de la planète

La concurrence libre et non faussée, son but est double; réguler la concurrence sur les marchés et entre les états. L’exact contraire de l’ultralibéralisme.

La politique de la concurrence a une fâcheuse tendance à retenir une définition très étroite du ‘marche pertinent’ ; elle se limite trop souvent au marché européen, voire une partie de se marche, alors que la concurrence est mondiale. Avec la Commission, ni Google, Amazon etc. n’aurait pu voir le jour en Europe.

En 2014, les Etats Membres ont été autorisé à aider leurs entreprises à hauteur de 152 milliard d’Euro (y inclus 41 milliard pour le rail). La Commission n’a mis son veto qu’a 1,8 milliard d’aide jugées illégales.

Fonds structurels : les pays de l’Est reçoivent 4% de leur PIB en aide communautaire, comme cela a longtemps été le cas pour l’Ireland, le Portugal ou la Grèce.

On a oublié aujourd’hui ce qu’était une crise monétaire qui faisait perdre de sa valeur à une monnaie sans qu’on le souhaite et perturbait les échanges. Cela se chiffrait en point de croissance perdu, inflation et récessions.

Il y a, à la Commission et chez les états membres, puisque la première ne peut rien faire sans les seconds, une véritable religion libre-échangiste. 90% en volume des marches publiques sont ouverts à la concurrence en Europe, 32% au Etats Unis, 28% au Japon, 16% au Canada. On cherchera en vain un Buy European Act comme il en existe aux Etat Unis depuis 1933. L’instauration d’une préférence européenne pour les acteurs publiques est une possibilité, tout comme les l’utilisation ferme des instruments de défense commerciale.

Pékin concurrence l’Europe dans tous les secteurs. L’erreur de l’Europe est  d’avoir accepté d’entrer en concurrence avec un pays qui ne respecte aucune règle du jeu, qu’elles soient concurrentielles, environnementales, monétaires ou sociales (et de croire que toute la planète va accepter le jeu de concurrence ouverte qu’elle développe en Europe…)

Traite de Maastricht : la grande Bretagne a réussi à affaiblir, tout au long de la négociation, les articles sociaux avant de réclamer, lors du sommet de Maastricht de décembre 1991, un ‘opt out’, ce qui obligea ses partenaires à placer tout le chapitre, pourtant peu contraignant, dans une charte à part.

Les coopérations renforcées, qui permettent à quelques pays d’avancer plus vite dans certains domaines, n’ont débouché sur rien en matière fiscale. Le dumping fiscal et social est bien le résultat de la volonté des Etats, pas de l’Union.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Capital in the Twenty-First Century – Thomas Piketty (2014)

 

piketty

 

When the rate of return on capital exceeds the rate of growth of output and income, as it did in the nineteenth century and seems quite likely to do again in the twenty-first, capitalism automatically generates arbitrary and unsustainable inequalities that radically undermine the meritocratic values on which democratic societies are based.  There are nevertheless ways democracy can regain control over capitalism and ensure that the general interest take precedence over private interests…

Whenever one speaks about distribution of wealth, politics is never very far behind.

In 1798, Malthus, like his compatriots, was very afraid of new political ideas emanating from France, and to reassure himself that there would be no comparable upheaval in Great Britain he argued that all welfare assistance to the poor must be halted and that reproduction by the poor should be severely scrutinized. It is impossible to understand Malthus’s exaggeratedly somber predictions without recognizing the way fear gripped much of European elite in the 1790s.

Kuznets (1953) noted a sharp reduction in income inequality in the US between 1913 and 1948. In 1913, the upper decile of the income distribution (the top 10% of US earners) claimed 45-50% of annual national income. By 1948, the share had decrease to 30-35%. This was considerable and equivalent to the share of the poorest 50% of Americans. Inequality was shrinking. According to the “Kusnets curve” inequality can be expected to follow a “bell curve”. It should first increase and then decrease over the course of industrialization and economic development, as a larger and larger fraction of the population partakes of the fruits of economic growth. The data and the theory became a powerful political weapon in the context of the cold war: the intent of his optimistic predictions was quite simply to maintain the underdeveloped countries within “the orbit of the free world”.  The Kuznets’s curve theory was formulated in large part for the wrong reasons. The sharp reduction in inequality was due above all to the world wars and violent economic shocks they entailed. It had little to do with the tranquil process of intersectoral mobility described by Kuznets.

WTIP : world top income database

Just as income tax returns allow us to study changes in income inequality, estate tax returns enable us to study changes in the inequality of wealth.

First conclusion: one should be wary of any economic determinism in regard to equalities and wealth and income. The history of distribution of wealth has always been deeply political, and it cannot be reduced to purely economic mechanisms.  The reduction of inequality between 1910 and 1950 was due to wars and policies to deal with shocks. The resurgence of inequality after the 1980 was largely due to the political shifts in regard to taxation and finance.

Second conclusion: the dynamics of wealth distribution reveal powerful mechanisms pushing alternately toward convergence and divergence. Furthermore, there is no natural, spontaneous process to prevent destabilizing, inegalitarian forces from prevailing permanently.

The main forces for convergence are the diffusion of knowledge and investment in training and skills. The emergent economies are now in the process of catching up with the advanced ones by adopting modes of production of the rich countries and acquiring skills comparable to those found elsewhere.

The forces of divergence? First, top earners can quickly separate themselves from the rest by a wide margin. More importantly there is a set of forces of divergence associated with the process of accumulation and concentration of wealth when growth is weak and the return on capital high. This is the principal threat to an equal distribution of wealth over the long run.  It is not out of question that those two forces of divergence come together in the 21st century. This has already happen to some extent and may yet become a global phenomenon, which could lead to level of inequality never seen before. The top decile in the US claimed 45-50% of the national income in 1910-20; 30-35%  from the 1940s to 1970s and rapidly rose from 1980 to 45-50% in 2000s.  This spectacular increase in inequality reflects an unprecedented explosion of very elevated incomes from labor, a veritable separation of the top managers of large firms from the rest of the population. These top manager by and large have the power to set their own remuneration, sometimes without limits and in any case without any clear relation to their individual productivity.

In slow growing economies, past wealth naturally takes on disproportionate importance, because it takes only a small flow of new savings the stock of wealth steadily and substantially. When the rate of return on capital significantly exceeds the growth rate of the economy, then it logically follows that inherited wealth grows faster than output and income. It is almost inevitable that inherited wealth will dominate wealth amassed in a lifetime’s labor and the concentration of capital will attain extremely high levels potentially incompatible with principles of social justice. It is possible to imagine public institutions and policies that would counter the effects of this logic: for instance a progressive global tax on capital.

It was not until the coming of the 21st century that the wealthy countries regained the same level of stock market capitalization relative to GDP that Paris and London achieved in the early 1900s.

It has been the demographic growth of the New World that has ensured that inherited wealth has always played a smaller role in the US than in Europe. This explain why the structure of inequality has always been so peculiar.[ US went from 3M at the time of independence to 300M today, France went from 30 million to 60 million in the same period. US is not the same country anymore. France example is more typical and pertinent for understanding the future. ]

Many commentators continue to believe that ever more fully guaranteed property rights, ever freer markets and ever purer and more perfect competition are enough to ensure a just, prosperous and harmonious society. Unfortunately, the task is more complex.

Capital/Labor split: at historically low level in the 1950’s, the growth of capital share accelerated with the victories of Margaret Thatcher in England in 1979 and Ronald Reagan in the US in 1980, followed by financial globalization and deregulation in the 1990’s. By 2010, despite the crises in 2007-2008, capital was prospering has it had not done since 1913.

National income: subtract from GDP the depreciation of capital that made the production possible (10% of GDP in most country) and add the net income received from abroad. A country that own a large portion of the capital of other countries may enjoy a national income higher than its domestic product.

In most rich countries the residents own as much in foreign real estate and financial instruments as foreigners own of theirs. France is not owned by Californian pension funds of the Bank of China. US does not belong to Japanese of German investors. The reality is that inequality with respect to capital is a far greater domestic issue than it is an international one.

Public wealth in most developed countries in currently insignificant: private wealth accounts for nearly all wealth almost everywhere.

Since the 1980s many countries have more or less balanced net asset positions, but those positions are quite large in absolute terms. Many countries have large capital stakes in other countries and those other countries also have stakes in the country in question, and the two positions are more or less equal, so net foreign capital is close to zero. Net income from abroad is just slightly positive in Japan, France, US, Britain, with 1-2% of GDP. Japan and Germany, whose trade surpluses have enabled them to accumulate over the past decades substantial reserves, have a net income from abroad at 2-3% of GDP. All continental blocs are close to equilibrium but for Africa where income is roughly 5% less than the continent output ( and 10% in some countries): this means that some 20% of African capital is owned by foreigners.

In developed countries today, the capital/income ratio generally varies between 5 and 6, and the capital stock consist almost entirely of private capital.

The population of the planet is close to 7 billion in 2012, and global output is slightly greater than 70 trillion euros, so that global output per capita is 10,000 euros. If we subtract 10% for capital depreciation and divide by 12, this yield an average per capita monthly income of 760euro. If the output was equally distributed each individual would have an income of 760 euros per month.

Sub Saharan Africa, with a population of 900 million and annual output of 1.8 trillion (less than the French GDP if 2 trillion) result in a per capita output of 2000 euro/year, the poorest economic region. China has 8000 euro/year.

The world clearly seems to have entered a phase in which rich and poor countries are converging.

The fact that rich countries own part of the capital of poor countries can have a virtuous effect by promoting convergence. Wealthy country residents will obtain better return on their investment by investing abroad, the poor country will produce more and close the gap between them and the rich countries. However this mechanism does not guarantee convergence of per capita income.  Then after the wealthy countries have invested in their poorer neighbors, they may continue to own them indefinitely: poor countries must continue to pay to foreigners substantial share of what their citizens produce (as African countries have done for decades).

None of the Asian countries that have moved closer to the developed countries of the West in recent years has benefited from large foreign investments (Japan, South Korea, Taiwan, China).

Many studies show that gains from free trade come mainly from the diffusion of knowledge and from the productivity gains made necessary by open borders, not from static gains associated with specialization.

The poor catch up with the rich to the extent that they achieve the same level of technological know-how, skill and education, not by becoming the property of the wealthy.

Growth: illusions and realities

The 21st century may see a return to a low growth regime.

According to the best available estimates, global output grew to an average annual rate of 1.6% between 1700 and 2012, 0.8% of which reflects population growth, while another 0.8% came from growth in output per head.

According to the UN forecast, the demographic growth rate should fall to 0.4% by the 2030s and around 0.1% in 2070, a rate similar to the low growth regime before 1700 and far from the spectacular peak of 2% of the 1950-1990.

 

A 2% growth rate is equivalent to a cumulative generational growth (over 30 year) of 81%. After 100 year, the wealth is multiplied by 7.

A stagnant or, worse, decreasing population increases the influence of capital accumulated in previous generations. The same is true for economic stagnation. Inherited wealth will make a comeback. On the contrary growth can increase social mobility for individuals whose parents did not belong to the elite generation. This phenomenon not only decrease income inequality but also limit the reproduction of inequality of wealth.

The end of growth: the key point is that there is no historical example of a country at the world technological frontier whose growth in per capita output exceeded 1.5% over a lengthy period of time. A growth of 3-4% per year is illusory.

It was essentially inflation that allowed the wealthy countries to get rid of the public debt they owed at the end of World War II. Conversely, the wealth-based society that flourished in the 18th and 19th centuries was inextricably linked to the very stable monetary conditions that persisted over this very long period. Despite slight adjustments, the conversion rate between French and Britain currencies remained quite stable for two centuries (parities with gold and growth was slow so the amounts of money changed only very gradually over time). Until World War I money had meaning.

Today’s public debt is nowhere near the astronomical levels attained at the beginning of the 19th century, but it is at historical levels in France and some other countries and is probably the source of much confusion. Britain’s public debt attained extremely high levels, around 200% of GDP in only two occasion: after WWII and after the Napoleonic wars. While the French defaulted on 2/3 of its debt (in the 1800s) Britons who had the necessary means lent what the state demanded without appreciably reducing private investment: the debt was largely financed by increased private savings. It is quite clear that the very high level of public debt served the interest of the lenders- investing in government bond was good business for wealthy people. For over 100 years, British government did not repay the principal and only paid the annual interest due on the debt. The British budget was always in substantial primary surplus: tax exceeded expenditures by several % of GDP. It was only growth of GDP and income from 1815 to 1914 that ultimately allowed Britain to reduce its public debt (and never defaulted). After WWI, the inflation of the 1950s (4% a year) and of the 1970s (15% a year) help reduce the debt from 200% to a 50% of GDP ratio.

To simplify the total value of public debt increased over the long run to roughly 100% at the end of 20th century. This increase reflects the expansion of the economic role of the state, the development of ever more extensive public services (health, education) and infrastructures. The total value of public assets in France is 150% of national income.

In the 1980s started a wave of liberalization and deregulation. The memory of the Great Depression had faded. The stagflation of the 1970s demonstrated the limit of post war Keynesian consensus. With the end of the reconstruction and the Trente Glorieuse it was only natural to question the indefinitely expending role of the state and its increasing claims on national output. Privatisation, deregulation followed. Public wealth fell to very low levels and private wealth slowly returned to levels of the early 20th century. France totally transformed its national capital structure.

Capital in the US took some specific forms first because land was abundant and did not cost very much, second because of the existence of slavery and finally because of the [strong] demographic growth (accumulating smaller amount of capital).

In the 1850s, the low capital/income ratio in America (3 years of national income as opposed to 6-7 in Europe) signified in a very concrete way that the influence of landlords and accumulated wealth was less important in the New World. With a few years of work, the new arrival were able to close the initial wealth gap (more rapidly than in Europe).

The United States is more than 95% American owned and less than 5% foreign owned.

In 1770-1810, If one adds the market value of slaves to other component of wealth, the value of southern capital exceeds 6 years of southern states’ income, or nearly as much as the total value of capital in Britain and France. Conversely in the North, with no slaves, total wealth was quite small: 3 years of income (as much as in the south of Europe).

Note that the phenomenon of international cross-investments is much more prevalent in European countries (France, Britain, Germany) where financial assets held by other countries represent between ¼ and ½ of the total domestic financial assets (which is considerable), than in larger economies such as US or Japan (around 1/10). This increases the feeling of dispossession. People forget that while domestic companies and government debt are largely own by the rest of the world, residents hold equivalent assets abroad.

Return on capital, from the 18th to the 21st century oscillated around a central value of 4-5% a year whereas in the early 21st century only it seems to be approaching 3-4%.

Too much capital kills the return on capital: it is natural to expect that the marginal productivity of capital decreases as the stock of capital increases.

Numerous studies mention a significant increase in the share of national income in the rich countries going to profit and capital after the 1970s, along with a concomitant decrease in the share going to wages and labor (linked to new and useful things to do for capital, mobility of capital, competition between states to attract investment, opportunities to substitute capital to labor)

The only thing that appear relatively well established is that the tendency for the capital/income ratio to rise, as observed in rich country and might spread to other countries around the world if growth (especially demographic growth) slows in the 21st century, may well be accompanied by a durable increase in capital’s share of national income and a decrease in return on capital.

In 1900-1910 in France, Britain, Sweden, the richest 10% owned 90% of the nation’s wealth.The wealthiest 1% owned 50% of the wealth. In other words, there was no middle class. The emergence of a patrimonial middle class was an important, if fragile, historical innovation. To be sure, wealth is still extremely concentrated today: the upper 10% own 60% of Europe’s wealth (more than 70 in the US). And the poorer half of the population owns 5% of wealth (as in 1900-1910). Basically all the middle class managed to get its hands on few crumbs : scarcely 1/3 of Europe wealth and ¼ in the US. The rise of a propertied middle class was accompanied by a very sharp decrease of the wealth of the upper 1% (from 50% in Europe in 1910 to 20-25% in 2010).

Since 1980, income inequality has exploded in the US. The upper decile’s share increased from 30-35% in 1970s to 45-50% in 2000s. Early data from 2011-2012 suggest the increase is still continuing. Financial crisis as such cannot be counted on to put an end to the structural increase of inequality in the US.

The US : a record level of inequalities of income from labor (probably higher than in any other society at any time) together with a level of inequality of wealth less extreme than in Europe in 1900-1910. If both logic continue and combine their effects, the future could hold in store a new world of inequality more extreme than any that preceded it.

In practice the Gini coefficient varies from 0.2 to 0.4 in distribution of labor income in actual societies;  from 0.6 to 0.9 for distribution of capital ownership; from 0.3 to 0.5 for total income inequality. Scandinavia in the 70/80s of labor income was 0.19. Conversely, Belle époque Europe had a Gini Coefficient of 0.85, not for from absolute inequality. Coefficients, synthetic indices are inevitably misleading. It seems to me far better to analyze inequalities in terms of distribution tables indicating the shares of various deciles and centiles in total income and total wealth.

To sum up: the reduction of inequality in France during the twentieth century is largely explained by the fall of the rentier and the collapse of very high incomes from capital. No generalized process of inequality compression seems to have operated over the long run, contrary to the optimistic predictions of Kuznets’s theory.

There is no doubt that the increase inequality in the US contributed to the nation’s financial instability. One consequence of increasing inequality was the virtual stagnation of the purchasing power of the lower and middle classes, which made it more likely for modest household to take on debt. Banks, freed from regulation and eager to earn good yields on enormous savings injected into the system by the well-to-do, offered credit on increasingly generous terms.

It is important to note the considerable transfer of US national income (some 15%) from the poorest 90% to the richest 10% since 1980. This internal transfer between social groups is nearly 4 times larger than the impressive deficit the US ran in the 2000s (on the order of 4 point of national income). The trade deficit, which has its counterpart in China, Japan and Germany trade surpluses, is often describe as one of the key contributor to global imbalances that destabilized the US and global financial system. That is quite possible, but the internal imbalances are four times larger than the global imbalances. The place to look for solutions may be more within the US than in China or other countries.

The top thousandth in the US increased their share from 2% to 10% over the past decades. A share of 2% means people enjoy an income 20 times the average – 10% means people enjoy an income a 100 times the average. In France and Japan, the top thousandth share rose barely from 1.5% to 2.5% from 1980 to 2010. From a macroeconomic point of view, the explosion has thus far been of limited importance in continental Europe and japan. The rise is impressive but too few people have been affected to have had an impact as powerful as in the US where transfer of income to the 1% involve 10-15 points of national income.

In emerging and poor countries, tax data reveal much higher – and more realistic – top income levels than do household surveys. The highest incomes declared in household surveys are generally only 4-5 times higher than the average income.  The top centile share would be less than 5% of wealth. This is not very credible. Clearly household surveys, which are often the only source used by international organisations (WB) and government for gauging inequality, give a biased and misleading complacent view of the distribution of wealth.

Financial globalization seems to be increasing the correlation between the return on capital and the initial size of the investment portfolio, creating an inequality of returns that acts as an additional force for divergence in the global wealth distribution.

It is an illusion to think that something about the nature of modern growth or the laws of the market economy ensures that inequality of wealth will decrease and harmonious stability will be achieved.

 

According to Forbes, the planet boasted 140 billionaires in 1987  but counts more than 1,400 in 2013. They owned 0.4% of private wealth in 1987 and 1.5% in 2013 ($5.4 trillion). The average wealth of the group has increased from just over US$1.5bn in 1987  to US$15 bn in 2013n (6.4% a year, above inflation). For the sake of comparison; average global wealth per capita increased by 2.1% a year and world GDP by 3.3% (all after deduction of inflation). The amounts remain small but the rate of divergence is spectacular. If this continues, the share of these tiny groups (billionaires and 1/100 million fractile) could reach substantial levels by the end of 21st century. Only a progressive tax on capital can effectively impede such dynamic.

Approximate conclusions: Global inequality of wealth in the early 2010 appears to be comparable in magnitude to that observed in Europe in 1900-1910. The top thousandth seems to own nearly 20% of total global wealth, the top centile 50% and the top decile somewhere between 80 and 90%. The bottom half owns less than 5% of total global wealth. These estimates are highly uncertain.

The rate of inflation in the wealthy countries has been stable at around 2% since 1980. This is much lower than the peak inflation in the 20th century and much higher than the prevailing rate up to WWI.

Although the effect on inflation are complex, evidence suggests that the redistribution induced by inflation is mainly to the detriment of the least wealthy and to the benefit of the wealthiest.

Sovereign funds (imperfect estimates) from China; Hong Kong, Singapore, Dubai, Lybia, Iran, Azerbaijan etc. today own 1.5% of the world private wealth (same as the billionaires). The annual rent derived from exploitation of natural resources has been about 5% of GDP since 2000 (half of which is petroleum, the rest being gas, coal, minerals, wood…) compared with 2% in the 1990 and 1% in 1970s. If rate continue to increase – with the barril as high as $200 by 2020-2030, sovereign wealth funds could own 10-20% of global capital by 2030-40. No economic law rules this out but sooner or later this would trigger political reactions (restriction on purchase of real estate, industrial assets etc.). Petroleum rents might well enable the oil states to buy the rest of the planet (or much of it) and to live on the rents of their accumulated capital. China, India are different: they have a large populations whose needs remain far from satisfied.

In the future, the threat of gradual acquisition of rich countries by China seems less credible and dangerous than a process in which the rich countries would come to be owned by their own billionaires. The rich countries are not about to be taken over by the poor countries, which would have to get much richer and that would take many more decades.

Are the rich countries really poor? The net asset position of the rich countries relative to the rest of the world is in fact positive (rich countries own on average more than the poor countries) but is masked by the fact that the wealthiest residents of the rich countries are hiding some of their assets in tax havens (which can account for up to 10% of GDP, or 2-3 times more according to NGOs). [If one adds up financial statistics, poor and rich countries have a negative position : it seems that Earth must be owned by Mars]

The inequality r>g (return on capital>growth of income) implies that wealth accumulated in the past grows more rapidly than output and wages. This inequality expresses a fundamental logical contradiction. The entrepreneur inevitably tend to become a rentier, more and more dominant over those who own nothing but their labor. Once constituted, capital reproduce itself faster than output increases. The past devours the future. The long term consequences are potentially terrifying, especially when one adds that the return on capital varies directly with the size of the initial stake (the higher the stake, the higher the return) and that divergence are occurring on a global scale.

There is ample reason to believe that growth rate will not exceed 1-1.5% in the long run. Growth can be encourage by investing in education, knowledge and nonpolluting technology. But none of these will raise the growth rate to 4-5%. With a average return on capital at 4-5%, it is therefore likely that r>g will again be the norm for the 21st century, as it was until WWI. It took two world wars to reduce the return on capital, thereby creating the illusion that the structural contradiction of capitalism had been overcome.

If we are to regain control of capitalism, we must bet on democracy – and in Europe, democracy on the European scale. In small countries of Europe which will soon look very small indeed in relation to the global economy, national withdrawal can only lead to even worse frustration and disappointment than currently exist with the European Union. Nation state is the right level to modernize social and fiscal policies but only regional political integration can lead to effective regulation of the globalized pratimonial capitalism of the 21st century.

 

 

 

 

Le goût de l’avenir. Jean Claude Guillebaud. 2003

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Max Weber : la politique, c’est le goût de l’avenir.  A mes yeux, c’est vouloir gouverner l’avenir, refuser qu’il soit livré aux lois du hasard…

Ilya Prigogine : la grande bifurcation, combinaison de trois révolutions (économique, numérique et génétique) qui va bien au-delà d’un séisme comparable à celui des lumières, d’un basculement analogue à la renaissance européenne. Il n’hésite pas à comparer cette grande bifurcation à celle d’il y a douze mille ans, qui nous fit passer du paléolithique au néolithique.

La femme de Lot, transformé en statut de sel pour s’être coupablement retournée vers Sodome, femme pétrifié incarnant du même coup «  la vie figée par la fascination de l’ancien » .

Pierre Hassner : Le 11 septembre nous avait fait changer de paradigme dominant. Il était ruiné l’espoir de voir la modernité cheminer peu à peu vers l’utopie kantienne d’une paix perpétuelle qui, en dépit des tribulations et ressauts de l’actualité, finirait par naitre de la conjonction de la république participative, de l’état de droit et du principe fédéral. Il redevenait hors de portée ce règne annoncé du « doux commerce » grâce auquel la « marchandise » finirait par avoir raison de la violence et des passions humaines.

Pierre Dupuis « ne pas voir le mal pour ce qu’il est, c’est s’en rendre complice »

La démocratie moderne se veut résolument optimiste et pluraliste. Sa confiance affichée dans le progrès, son désir de bonheur terrestre et d’apaisement des mœurs, sa volonté de respecter la diversité des opinions et des croyances, tout cela lui interdit par principe de tenir un discourt autoritairement normatif. Elle ne professe pas la morale. Le silence désemparé qu’elle oppose aujourd’hui au resurgissement du mal trouve là son origine lointaine.

La plus belle réussite de la barbarie est de nous faire croire qu’elle n’existe pas – voire qu’elle est tout bonnement « une culture », comme on dit.

C’est au non-sens qu’il faut assimiler le mal afin de faire apparaitre que le contraire du mal n’est pas le bien mais le sens. Ainsi nous serait enfin permis de résister au mal sans avoir à subir la pesanteur d’un bien trop normatif dont nous n’acceptons plus l’autorité.

La priorité du juste et du raisonnable sur le bien est la matrice symbolique du régime libéral-démocratique. On préférera parler à la rigueur des biens, au pluriel…

L’Europe, dit-on, empêchera le retour à la guerre, elle évitera la déstabilisation monétaire .  L’unification du vieux continent est présentée comme un moyen de minimiser le mal et non plus réaliser un bien. La faible capacité mobilisatrice d’une telle démarche trouve là son origine.

Les media, internet et l’émergence d’une opinion globale : ces nouveaux modes d’élaboration et d’expression de l’opinion collective contribuent de façon presque automatique à un schématisme simplificateur.  La politique reprend à son compte la démagogie de la communication. Tout cela donne une prime au jugement à l’emporte-pièce plutôt qu’à l’analyse scrupuleuse ; privilégie l’invective plutôt que le débat…

Refuser la simplicité meurtrière du dualisme. La tolérance est la reconnaissance du droit aux idées et vérités contraires aux nôtres.

Une synthèse : la mutation historique et même anthropologique que nous sommes en train de vivre est exceptionnelle. Elle s’accompagne du resurgissement de certaines réalités que nous avions chassées de nos têtes : celle du mal, par exemple. Or, déshabitués de la philosophie morale, oublieux des expériences théologique, nous nous réfugions volontiers dans des postures défensives. La plus ordinaire consiste en un manichéisme réducteur : noir contre blanc, méchants contre gentils etc.  En dépits des apparences, ces dualismes équivalent à une forme d’immobilité mentale. Nous confondons la clameur des invectives avec l’audace de l’esprit.

Société schizophrène : La société exalte la transgression mais déplore l’absence de règles ; redoute la violence mais ironise sur la civilité ; exalte le libertinage mais criminalise la sexualité.

L’humanité de l’homme en général se fonde sur le concept de limite mais la réalisation de chaque homme en particulier passe par la transgression : c’est la limite qui fait l’homme mais c’est la transgression qui fait l’individu. Cela signifie qu’on ne peut renoncer ni à la limite ni à la transgression.

Pour la plupart des mythologies, des plus anciennes aux plus actuelles, le héros est celui qui désobéit.

Quant aux dix interdits du Décalogue et qui symbolise la plus essentielle de toutes les limites, leur formulation est à l’indicatif futur et non pas à l’impératif présent. Elle signale en creux l’éventualité toujours présente de leur transgression.

Diderot et les personnages du « bon sauvage » et de l’aumônier pudibond pourfendant l’hypocrisie de la société européenne. Tout à a sa volonté de célébrer la dimension paradisiaque d’une société sans tabous, Diderot oublie de mentionner plusieurs aspects moins séduisants de la société polynésienne (interdit sexuels frappant les femmes qui ont participer au culte des morts, séparation des sexes lors des repas, inégalité criante de la société tahitienne, châtiment des voleurs, sacrifices humains).  La fausseté des assertions de Diderot sera dénoncée par Bougainville lui-même.

Kant : mieux vaut la mort d’un homme que la corruption de tout un peuple.

L’autonomie individuelle. Absolue. Totale. C’est elle qui confère à notre modernité démocratique une supériorité morale sur toutes les civilisations qui l’ont précédée – ou sur celles qui l’entoure encore. La servitude du lien et du collectif est brisée. Là réside le trésor irremplaçable de la voie occidentale, celle-là même que nous opposons volontiers aux barbares pré-individualistes du dehors. Ou du sud. Mais nous déplorons simultanément la fameuse déchirure du lien social qui en résulte. L’individu contemporain est émancipé, mais orphelin. Enfin nous célébrons avec une ferveur singulière tout ce qui ressemble à un lien de substitution.

L’un des théoriciens extasiés du tribalisme urbain (fêtes, raves, tribus urbaines ; retrouvaille frénétique de l’individu avec le groupe qui ne se confondent pas avec le communautarisme religieux ou ethnique et sont plutôt un retour à un avant de l’individualisme), Michel Mafesoli, revendique l’archaïsme de ce qu’il appelle l’esthétique tribale postmoderne. Il y voit la preuve du caractère précaire, « passager, incertain, flottant » de l’individu autonome de la modernité. Cette dernière est condamné a faire un place de plus en plus grande à l’expression d’un vouloir vivre qui pousse tout un chacun à chercher l’intimité, voire la promiscuité avec l’autre.

Avec ses promesses eschatologiques, ses icones et ses rituels, le totalitarisme se présente comme un « religion laïque » qui transforme le peuple en une communauté de fidèles. L’individu est broyé, absorbé et annulé dans l’état. D’où la compacité des régimes totalitaires dans lesquels les hommes deviennent masse, dans lesquels leur singularité est dissoute et écrasée…..Ces souvenirs doivent nous servir de repère. S’il est une certitude que nous ne devrions jamais oublier, c’est donc bien celle-ci : notre refus définitif de ce type de cohésion sociale et de lien.

Paroles du Prophète : celui qui voudrait gagner le centre du paradis doit tenir à la communauté, car le démon est avec l’homme isolé, mais il s’écarte de deux hommes unis. Ajoutons qu’en arabe classique « individu » se dit fard, mot qui désigne aussi une chaussure dépareillée.

L’état nation (en Europe) cède la place à un projet européen qui, dans un premier temps, accélère la déliaison démocratique.  La nouvelle communauté en formation est conçue comme un ensemble d règle pragmatique, censée promouvoir une réalité postnationale décentrée et ouverte à la différence.  A l’appartenance clairement identifiable (du citoyen à la nation) se substituera une appartenance multiple, aux contours flous, à la fois régionale, nationale et continentale. Demain peut être, pour le moment c’est la déliaison qui l’emporte.  Cette déliaison par le haut est concomitante d’une déliaison par le bas, celle qui résulte d’une communautarisation progressive des sociétés modernes.

L’image du carreau cassé : si la vitre n’est pas remplacée rapidement, une seconde puis un troisième subiront le même sort. Pourquoi cela ? A cause d’un puissant effet symbolique : les carreaux cassés signaleront un lieu sans loi. Or un tel lieu n’est plus perçu comme un espace partagé et soumis à la responsabilité de chacun.

Lipovetsky décrivait l’avènement d’un hédonisme joyeux, l’émergence d’une éthique légère et pragmatique, ou précaution et règlementation viendrait remplacer l’interdit et le devoir. Fini la pesanteur de « l’obligation ». L’individu rendu à son innocence entend jouir de la vie sans autres limites que celles fixées par sa propre responsabilité ; ou à la rigueur celles fixées par une loi neutre, c’est-à-dire débarrassée de tout moralisme.

Apres le 11/09 G. Bush renouait avec « une culture de la victoire » dont les historiens constataient l’inexorable déclin depuis 40 ans. L’innocence retrouvée passait par une externalisation du mal ; laquelle justifiait l’esprit de croisade. Le mal n’était plus chez nous, il devait être exterminé.  Cette innocence sans cesse perdu mais toujours retrouvée correspond au thème baptiste du born again, de la chute suivie d’une rédemption et d’une seconde naissance, qui est au fondement même de l’Amérique. C’est la frontière américaine ou le limes romain, marquant les limites du monde moderne : le « sauvage » devait cesser d’exister.

Le mot « pénitentiel » désigne ces manuels du Moyen Age qui énumèrent une hiérarchie des pêchés avec, pour chacun, une échelle de pénitence.

On célèbre ici les stratégies de séduction, mais on criminalise le harcèlement ; on s’insurge contre la censure mais on judiciarise tout ce qui touche aux mœurs ; on érotise la société (via la publicité) mais on réprouve la prostitutionnos sociétés deviennent de plus en plus répressive, tout en se grisant de rhétoriques libertines.

Le ressort de l’engagement politique consiste précisément en un refus du destin et de la fatalité historique.

L’historien Jean Flori récuse l’interprétation rabâchée qui consiste à voir dans le monothéisme abrahamanique un facteur d’intolérance belliqueuse  qui aurait battu en brèche les doux polythéismes de jadis. L’ennui de cette thèse est qu’elle ne résiste pas à l’examen. Attila et Gengis Khan étaient-ils monothéistes ? Les cités grecques, incroyablement belliqueuses n’étaient-elles pas polythéistes.

L’idée d’un dieu vaincu et crucifié est étrangère aux mentalités des francs, des Burgondes ou des Wisigoths. En convertissant ces peuples, le christianisme lui-même se barbarise. Les guerriers sont mieux considérés qu’auparavant. Par voie de conséquence le message chrétien s’infléchit jusqu’à s’éloigner définitivement du pacifisme originel. Une aristocratie militaire émerge bientôt qui s’allie avec l’aristocratie religieuse des royaumes francs. Tout se met en place pour une alliance durable entre « le sabre et le goupillon ». Au X et XIème  siècle apparaitront le « saints militaires »…

Sarko en Afrique, Antoine Glaser, Stephen Smith PLON 2008

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P47. Le Gabon n’a pas de riches réserves pétrolières. La production est passée de 17 a 12M de tonnes en 5 ans. Dans 10 ans, si on ne trouve pas de nouveaux gisements, il n’y aura plus de pétrole.  La rente pétrolière est accaparé par la famille Bongo depuis 1956. Le PIB par tete a doublé en 5 ans, de 3000 a 6900dollars. Le pays a toutefois reculé dans le classement UNDP HDI et est 119eme.  Combien de tonnes de pétrole par habitant faut il pour développer le Gabon ?

 

P 52 La France  au Tchad en tant que France ne poursuit pas les mêmes intérêts que la France au Tchad quant elle y est en tant que pays membres de l’Union. Les force fancaise et les forces de L’eufor, constituées a 66% de francais n’ont pas le même mandat et tiennent a ce que cela se sache. Les français sont ici pour aider le gouvernement légitime du Tchad dans l’accord du cadre de coopération militaire signé en 76.  Les chasseurs Mirage fournissent aux autorités des renseignements sur le mouvement des rebelles.  L’armé livre des munitions aux gouvernementaux et évacue leurs blessés.

L’EUFOR elle est impartiale, son mandat ne vise que la protection des civils. La France est neutre quant elle intervient avec l’EUFOR, et est allié du pouvoir quand elle intervient seule.

 

P73  L’europe a été prié – et avec quelle insistance – de tenir la porte aux français pour qu’ils puissent partir sans problème. C’est là le sens de la Bridging Operation – bien plus politique qu’humanitaire – dans l’est du Tchad : l’EUFOR vient pour un an, le temps pour une mission des UN de se preparer…de la meme façon le Darfour offre une porte de sortie «  c’est moins une bonne cause qu’un bonne occasion » pour sortir la France du piège colonial.

 

P98 Dubai port pour la gestion du port de Dakar est préféré a Bolloré : l’emir s’interesse a Mittal Mineral, veut contruire des hotels, developper une zone franche et aménager un front de mer. Cela malgré des pressions de la France via AFD qui avait financé une route de contournement du port, des administrateurs français de la BM et du FMI….Cela a jété un froid entre Dakar et Paris. Le fils de Wade (Karim Wade) était aussi au mariage de Cecilia ex-Sarkosy a N.Y. Mais Dakar a un carte a jouer : un projet de centrale nucleaire qui pourrait intéressé la France. Dans ce cadre, la base militaire de Dakar pourrait rester en place avec un mandat different. La présence française reste rassurante pour le gouvernement, même si Wade soutient qu’il n’en a pas besoin…

P104 Sarko apprécie Ouattara et l’avait soutenu pour l’après Houphouet-Boigny en 93. Ouattara l’avait aidés lors de la dévaluation du franc CFA alors que Sarko était ministre du Budget.

P112 Paris mise sur Thabo Mbeki dont Anne Lauvergeon est l’une des conseillieres dans le cadre de l’International Investment Council, un Think Tank animé par le président sud africain. Quant a son successeur, jacob Zuma, empétré dans un affaire de corruption avec le groupe français Thales, il n’est pas aussi bien disposé à l’égard de la France.

P114 Bozizé (RCA) denonce le diktat d’Areva : il veut plus et obtient 12% de la production de la mine d’uranium, a partir de 2010.

P115    Areva au Niger –  deux cadres expulsé en 2007 pour avoir acheté la paix auprés de la rébellion touareg. Mamadou Tandja, dont le  propre fils est conseiller commercial de l’ambassade du Niger en Chine, a plus de marge de manœuvre et a pu negocier ferme avec Areva. Une partie de la production appartient au pays qui a pu vendre 100 tonnes d’uranium sur la marché spot. Et l’on dit qu’hamani diori en 73 est tombé, entre autres, parce qu’il avait considérer vendre l’uranium a d’autres que la France.

P133 Immigration choisie : deja 4 accords signés avec Senegal, Benin, Congo, Gabon…les autres étant en négotiation (Mali…)….le nombre des habitants du sud franchissant un frontière internationale correspond a peu prés au poids relatif de l’Afrique noire au sein de la population mondiale (12%) :  il n’y a donc pas plus de fuite de ce continent maudit qu’il n’y a de fuite d’Asie ou d’Amérique centrale). D’autres part sur 20 M de migrants subsahariens, 16 M restent sur le continent. Mais les perspective demographique d’ici 2050 se traduiront par une intensification des mobilités. La politique de visa en France a commencé en 86, apres les vagues d’attentats qui pourtant n’impliquaient nullement des Africains (les Africains n’avaient même pas besoin d’une carte de séjour jusqu’en 75…)

 

P180 Bockel debarqué de la Cooperation pour avoir déplu a Omar Bongo dans un discours ou il prône la fin de la Francafrique. Il insiste sur la nécessité de durcir le ton vis-à-vis de certains pays africains qui n’utilise pas la rente pétrolière pour financer des investissements utiles…Bongo, dont une enquete sur ces biens en France venait d’être publié dans Le Monde a pris cela pour une attaque personnel et a demandé la tête de Bockel et il l’obtient. Car « Bongo est un interlocuteur tres utile pour notre politique africaine ». Il est un pilier des relations avec le Tchad et la Centrafrique mais pour le reste c’est beaucoup de vent – il voit beaucoup de monde et donne beaucoup d’argent. Mais il n’est plus l’homme clé sur les sujet sensible, par exemple la Cote d’Ivoire..Il use de ces relations personnelles pour aider la France – libération des journalistes français emprisonnés au Niger en 2008, appui à Areva au Niger dans les négociations, intermédiaire pour renouer le dialogue avec les rebelles soudanais, organise la rencontre Sarko- Mandela, impossible sans son appui…

 

Thérèse Delpech – L’ensauvagement – 2005

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P19 – raymond Aron « guerre improbable, paix impossible » à propos de la guerre froide.

P30  La politique ne pourra être réhabilitée sans une réflexion éthique. Sans elle de surcroit nous n’aurons ni la force de prévenir les épreuve que le siècle nous prépare, ni surtout d’y faire face si par malheur nous ne savons pas les éviter.

P42 l’histoire du siècle passé a montré comme des bouleversements historiques d’une violence inouie pouvait succéder sans crier gare à la plus belle des époques. Des leçons de prudence en ont été tirées par la maison Europe. Mais ce qui se joue aujourd’hui c’est la capacité de l’Europe à assumer des responsabilités internationales dans un monde profondément troublé.

P54 La volonté de revanche d’Etats sur l’occident qui a, de leur point de vue, trop longtemps fait connaître sa loi au reste du monde est une question d’une autre nature. Le désir de réequilibrage stratégiques est fort. Les pays qui portent se message (Inde, Chine, Iran) feront écouter leur voix. Le problème est moins de contenir leurs ambitions que de leur donner une forme qui ne trouble pas la paix régionale et mondiale. C’est au XXème ce que l’on a pas su faire avec l’Allemagne. On connaît les conséquences de cette faute.

P 85 Une sauvage indifférence aux êtres humains telle est la plus importante régression du XXème siècle.

P118 En stratégie comme en politique la pensée européenne est surtout réactive. L’Europe n’a rien a dire.  Comme le soulignent Alain Franchon et Daniel Vernet dans l’ouvrage qu’ils ont consacrés au néo-conservateurs, « elle se conduit comme si les problèmes n’existaient que lorsque les Etats-Unies les posent. »

P146 quand on a les questions asiatiques en tête, il ne faut jamais oublier la surprise et l’imagination stratégique.

P 164 a propos de la periode 30-39 et  l’Allemagne : A un moment où l’expansion européenne se faisait hors d’Europe avec la colonisation, il était difficile d’imaginer une volonté d’expansion en europe.

P192 Nous ne croyons pas suffisament a nos valeurs pour les enseigner et encore moins les défendre, telle est la racine du problème, que les terroristes n’ignorent pas. C’est même une des raisons principales pour lesquelles ils sont convaincus qu’ils finiront par l’emporter.

P204 A propos des investissement militaire chinois (le budget militaire croit de 10% par an depuis 30 ans) comme le dit Clausewitz « on peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir très longtemps dessus ».

P238 Dans le paysage d’ensemble, la soudaineté et l’ampleur des changements en cours en Europe orientale, au Moyen-orient, en Asie font une contraste saisissant avec la léthargie de l’Europe. Tout se passe comme si les changements qui se produisent dans le monde ne la concernaient pas. Aurait-elle abandonné cette curiosité pour les autres régions de la planète ? Aurait-elle perdu le sens de l’appel de la liberté et des valeurs démocratiques qui ont pris naissance chez elle ? Elle ne semble pas comprendre que les résultats de 50 années d’efforts continus peuvent disparaître. Les résultats de cette myopie ne se font pas attendre. Plus personne ne se réclame de l’Europe, alors que c’est elle qui a créer la liberté comme catégorie politique, contribué a façonner le monde et témoigné d’une compréhension remarquables des civilisations les plus lointaines.

P289  Car le mépris des droit de l’homme et de la vie humaine, qui avait fait dire a Fernand Braudel : « l’homme vaut si peu en Chine » a des incidences évidentes en matière de sécurité. Le pouvoir ne reculera pas devant le sacrifice de millions d’hommes, si ce sacrifice est jugé nécessaire à ses ambitions ou à sa survie.

P319 Les pays occidentaux refusent d’intervenir dans les zones a risque quand leurs intérêts de sécurité ne sont pas en danger, une conception contradictoire avec la reconnaissance du caractère « transnational » des menaces contemporaines. Le besoin d’ordre continue a être perçu comme un objectif supérieur au besoin de justice et la survie de l’Etat est toujours plus urgente que celle des populations dont ils ont la charge. Si les populations sont plus importantes que l’Etat – comme le dit la charte des Nations Unies – quels Etats sont prêts à en faire un principe de relations internationales.

P328 Ce qui est incontestable, c’est que l’Europe n’est plus le centre de gravité des affaires stratégiques mondiales. Celui-ci se trouve désormais en Asie…un conflit majeur, si par malheur il éclatait, ne se déroulerait pas en Europe. Mais loin de la pousser a prendre une sorte de retraite historique (les dividendes de la paix) cette chance devrait lui permettre d’assumer a nouveau ses responsabilités dans le monde.

 La régression politique, culturelle et morale fait désormais partie de notre horizon politique; la déshumanisation dont nous sommes les héritiers est une menace pour notre survie ; la mémoire des crimes est une condition de la sécurité internationale.

L’esprit des Lumières, Tzvetan Todorov, 2006

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P9 Le lumières absorbent et articulent des opinions qui, dans le passé, étaient en conflit.

P13 Accepter que l’être humain soit la source de la loi (par opposition à Dieu) c’est aussi l’accepter dans son entier, tel qu’il est et non tel qu’il devrait être. Pour peu qu’on observe les hommes réels plutôt que de s’en tenir à une image abstraite et idéalisée, on s’aperçoit qu’ils sont aussi infiniment divers, ce que l’on constate si l’on passe de pays en pays mais également de personne en personne. C’est ce que sauront dire les genres nouveaux qui mettent l’individu au centre  de leur attention: roman, autobiographie. Genres qui n’asprieent plus à révéler les lois éternelles des conduites humaines, ni le caractère exemplaire de chaque geste…C’est ce que dit la peinture qui se détourne des grands sujets mythologiques et religieux pour montrer des êtres humains nullement exceptionnels, saisis dans leurs activities communes, dans leurs gestes les plus quotidiens.

 

P 22 Rousseau s’oppose au progrès comme un marche mécanique vers la perfection. Pour lui le trait distinctif de l’espèce humaine n’est pas la marche vers le progrès mais la seule perfectibilité, c’est-à-dire la capacité de se rendre meilleur, comme d’améliorer le monde, mais dont les effets ne sont ni garantis ni irréversibles. … Tout espoir en un progrès linéaire est vain. Les problèmes  dits sociaux ne constituent pas de difficultés provisoires, qu’un parti politique ou un gouvernement pourrait, grâce à des réformes ingénieuses, régler à tout jamais, mais des conséquences de notre condition humaine…Les avancés technologiques et scientifiques n’entrainent pas nécessairement une amélioration morale et politique…et peuvent se révéler nocives….Notre espèce évoque souvent le personnage de l’apprenti-sorcier. Les agents des transformations peuvent prévoir leurs effets immédiats, mais non leurs conséquences ultimes, survenant des décennies, voire des siècles plus tard.

P28 Les critiques qui leur sont adressées [aux lumières] semblent alors passer à côté de l’esprit des Lumières, ou plus précisément s’adresser à  l’une de leurs caricatures. Ce sont ces détournements (les caricatures), et non les lumières elles-mêmes, qui deviennent l’objet d’un rejet.

P29: Les Lumières affirment l’unité du genre humain, donc l’universalité des valeurs. Les Etats européens, convaincus d’être porteurs de valeurs supérieures, se sont cru autorisés à apporter leur civilisation aux moins favorisés qu’eux. Condorcet est convaincu qu’une mission incombe aux nations civilisées, celle d’apporter la lumière à tous. …Les idéologues de la colonisation auront recourt a ce genre d’argument…Il n’est pourtant pas si sûr qu’il faille prendre ces propos pour argent comptant. Ce qu’ils prouvent est que les idéaux des Lumières jouissent alors d’un grand prestige et que, lorsqu’on se lance dans une entreprise périlleuse, on tient à les avoirs de son coté.

P30 Le mouvement anticolonialistes sont bien plus directement inspirés des Lumières, en particulier quand ils se réclament de l’universalité humaine, de l’égalité entre les peuples et de la liberté des individus. Les Européens amènent dans leur sillage les idées des Lumières qui inspireront ses ennemis.

P36 Il faut faire le tri entre les différentes accusations adressées aux Lumières. On doit d’abord, comme pour le colonialisme, relever qu’un idéologie prestigieuse peut servir de camouflage.

Globalisation : le pire est à venir. Patrick Artus, Marie Paule Virard, 2008

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P25 Etats-Unis Royaume Unis, dans ces pays les ménages peuvent se ré endetter quand la valeur de leur maison monte par rapport au niveau de leur dette hypothécaire. Au japon les prix (de l’immobilier) ont chutés pendant 15 années consécutives.

 

Le décrochage boursier de 2007 doit moins au fondamentaux qu’a l’inquiétude des investisseurs.

 

P26 plus ou moins fragilisées, le banques ont fermé le robinet de crédit grand ouvert auparavant.

 

P27 La seconde globalisation : recentrage de la globalisation vers les pays émergents, un basculement du centre de gravité de l’économie-monde

 

P33 La population en age de travailler en EU, US Japon est de 450M. Elle est de 2.3MM  dans le monde émergent. L’effet est simple : baisse des salaires relativement à la productivité, et hausse de la profitabilité (puisqu’il y a plus de travailleur par unité de capital) et le pouvoir de négociation des salariés est réduit. De 99 a 2007, productivité a baissé de 30% et le salaire par tête réel de 18% seulement.

 

P42 le monde peut-il se refermer ? La première globalisation n’a pas résisté au catastrophe du XXème: il a fallut attendre les années 80 pour retrouver le degré d’ouverture d’avant 1914 (Niall Ferguson et Harold James 2002 et 2007 respectivement). Aujourd’hui la question est posée. La révolution technologique va continuer, les communications seront moins chères et plus rapides, les pays avancés sont désormais incapables de produire des biens dont ils ont délocalisé la production, certains imports des pays émergents proviennent des pays riches (moyen de production etc.) pourtant on peut assister a un retour du national (mise en place de barrières, protectionnisme) alors que les structures de gestion de mondialisation sont inexistantes ou faibles. L’hétérogénéité du monde qui cassa la première mondialisation après 14 peut encore jouer…

 

P56 La progression des émissions de gaz a effets de serre s’emballe : +3% par an depuis 2000.

 

P60 Dans de nombreux pays en développement la bataille du développement se confond désormais avec celle de l’environnement. Les UN estiment a 86MM de dollars par an la somme nécessaire au financement de l’adaptation des pays les plus pauvres (voir PNUD 07/08)

 

P61 La bataille des ressources rares. L’accès est conditionné de plus en plus par la politique. L’occident perd la main : en 2008 en matière de pétrole, les majors n’ont plus accès qu’a 15% des réserves prouvées. 75% sont contrôlés par les firmes publiques des pays producteurs. Les réserves des majors ne se maintiennent plus et beaucoup de contrats sont renégociés.  Le Venezuela et la Bolivie ont poussé les compagnies privées dehors et nationalisé une partie de la production et renégocié les contrats.

 

P89 Les sub-primes : les liquidités ne s’investissent plus dans des actifs productifs d’entreprise (actions, obligations) mais sur des actifs qui ne sont pas favorable a la croissance des pays de l’OCDE : les matières premières ou les actions indiennes s’envolent mais sans bénéfice de croissance pour l’OCDE. La régulation par les crises financières est plus aléatoire que la régulation par l’inflation : la liquidité est une bombe a retardement. Une solution : le rééquilibrage des taux d’épargne (les chinois épargnent 54% des revenus, les américains 1%) afin de réduire les déséquilibres globaux. Ce sont la des processus difficile a mettre en place sans une coordination forte et de longue haleine.

 

P106 Comment la crise des subprimes sur un marché de moins de 1000 MM a pu faire tant de dégâts ? c’est après tout un coût de 400MM sur une marché de l’épargne américain de 58000 MM ! C’est par un phénomène de contagion, de variation de prix et d’appréciation des risques et du capital des institutions financières. Les bilans sont valorisés quotidiennement au prix du marché (pour éviter une sous estimation des risques), les variations des prix d’actifs y apparaissent instantanément  et provoque une série de réaction en chaîne. Cela a un impact sur les résultat et fonds propres des banques beaucoup plus important que les pertes économiques réelles. Comme tous les intervenants sont affectés en même temps, un cycle de réaction en chaîne s’enclenche car les institutions financières adoptent des positions similaires (mimétisme – c’est aussi pourquoi les bulles ne cessent de se créer dans divers domaine économique). Pour éviter ces mouvements et ces bulles, il faut que les investisseurs reviennent vers d’autres actifs productifs sous évalués : c’est le cas des actions d’entreprise. En revanche celle-ci ont un rendement inférieur au 20-25% l’an auquel les banques et institutions se sont habituées

 

P119 Dans une union monétaire et économique efficace il existe effectivement une spécialisation productive des régions, mais aussi une mobilité du travail et un fédéralisme fiscal. Nous n’avons pas cela en Europe. Au Etats unis personne ne se demande si cela pose problème que l’informatique soit en Californie, les médias en Georgie, le tourisme en Floride, l’automobile dans les Grands Lacs…

 

P121 16 ans après Maastricht les pays de l’Union européenne élabore toujours leur stratégies de politique économique sur une base nationale. Nous avons une addition de pays en guerre économique qui on simplement en commun une monnaie et la liberté d’établissement mais qui partagent un désintérêt pour une solidarité à l’intérieur et une vision commune vis-à-vis de l’extérieur. Sans compter la pratique du passager clandestin dans certains cas…

 

P30 Certains modèles de développement (Allemand avec encore beaucoup de production industrielle, machines-outils etc. vs France/Italie plus de services…) bénéficient plus de la globalisation (Allemagne avec un excédent considérable due a de forte exportations vers les régions émergentes….) car ils permettent d’accompagner la croissance du commerce mondiale et la demande des pays producteurs de matières premières.

 

P140 a moyen terme les grandes économies des pays de l’Union vont diverger et auront des intérêts en conflit : l’Europe devra renoncer a être active par rapport à la mondialisation et ne fera que suivre : elle sera alors une des grandes perdantes.

 

P 143 les risques : 1. les délocalisations vers les pays émergents laminent les segments intermédiaires de leurs économies qui se polarisent sur deux pôles : les secteurs qui bénéficient de la mondialisation (finance, transport.. avec des travailleurs qualifiés bien payés) et les secteurs non touchés par la globalisation (services a la personne, construction, loisirs etc. peu productif avec des employés peu qualifié et peu payé).  Il y a une disparition des classes moyennes.

2. l’exigence de rentabilité forte (20%) et croissance de la liquidité mondiale attisée par les réserves des pays émergents. Cet excès génère des bulles d’investissement qui provoquent des crises régulières.  Solution : coordonnés les politiques des pays exportateurs et des pays déficitaires au niveau mondiale…difficile !

P154 La « civilisation » de la globalisation reste a inventer.