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Mon dîner chez les cannibales – Ruwen Ogien –  2016

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Dans une société à forte ségrégation sexuelle, les femmes peuvent ne pas être malheureuses du fait qu’elles soient moins éduquées que les hommes. Elles peuvent estimer que c’est normal et même que c’est une bonne chose. […] Si le seul critère de la justice sociale est le bonheur, il faudra admettre qu’une société peut être juste même si elle est profondément inégalitaire ou esclavagiste : il suffirait que les plus pauvres ou les esclaves ne s’y sentent pas malheureux.

Même si l’accroissement de la richesse des plus démunis au-delà d’un certain seuil ne contribue nullement à augmenter leur bonheur, ce n’est certainement pas une raison suffisante de ne pas militer en sa faveur.

Les inégalités de revenue etc. ne sont pas toujours injustes car elle sont souvent la sanction de choix individuels défectueux ou la récompense du mérite. Je ne (le) pense pas.

Les libertariens : les inégalités résultent de transactions consenties par les parties, elles ne sont ni injuste ni dépourvues de valeur morale. Objection : difficile de savoir si l’acquisition initiale ou le transfert de richesse était juste (et équitable), une quantité considérable de biens ont été acquis par le vol, l’exploitation massive, l’esclavage…

Les sociaux-démocrates : les inégalités sont moralement justifiées quand elles sont a l’avantage de la société et qu’elles profitent aux plus défavorisés. Objection : les pauvres pourraient avoir intérêt a vivre dans un société inégalitaire si leur condition matérielle y était meilleure. La conception social-démocrate réduit la justice sociale aux conditions matérielles : il y a toutes sortes de raisons de préférer une société plus égalitaire même si notre condition matérielle y serait plus mauvaise.

La justification social-libérale : les inégalités ne sont pas injustes quand elle engage la responsabilité des personnesObjection : il y a des limites très clair à ce raisonnement : un citoyen bourré d’alcool sans permis ni assurance et planté contre un arbre devrait être abandonné sans assistance car il est responsable. Aucun social-démocrate ne va jusqu’à la.

Aucune des trois justifications morales n’est donc bonne.

La pente « glissante » ou « fatale ». Un exemple : si on autorise le mariage gay, on en viendra nécessairement à admettre les unions de groupe, le mariage polygame, les familles incestueuses etc. Le même argument existe pour la consommation du cannabis ou l’euthanasie. L’histoire démontre que les pentes glissantes ne le sont pas tant que cela (exemple l’avortement n’a pas favoriser l’infanticide). On peut être disposé à accepter que certains engrenages sont dangereux, mais il faut aussi savoir pourquoi – la « « pente glissante » ne donne pas de raison.

Argument similaire : « aller contre la nature ».  Il aurait pu être utilisé contre la pilule contraceptive, les transplantations d’organes, la vie en ville gigantesques…c’est un argument avancé pour rejeter les revendications des couples de même sexe au droit de fonder une famille (loi naturelle, nécessité psychologique d’avoir deux parents…). Or les études empiriques ne semblent pas confirmer l’existence de différences significatives du point de vue émotionnel, cognitif, social ou sexuel entre les enfants de couples homo et hétérosexuels.

Il faut distinguer le choquant, l’immoral et ce qui devrait être interdit par la loi : il est choquant de nettoyer les toilettes avec un drapeau national, mais ce n’est pas immoral ni punissable par la loi.

La pente fatale,  la mise en garde de jouer contre la nature, le glissement du choquant a l’immoral n’exprime rien qu’un « principe de précaution » moral, utilisé par les plus conservateurs pour exclure tout changement social.  Il a servi à justifier l’esclavage, l’inégalité sociale, la discrimination raciale, l’assujettissement des femmes, le refus de décriminalise l’homosexualité. Son pedigree n’est pas très glorieux.

A la suite du referendum de 2012, la distribution et consommation recreative du cannabis est libre au Colorado. La fin de l’illégalité n’a pas été suivie d’une disparition du désir d’en consommer : elle a provoqué une explosion de l’offre et de la demande. Un tourisme du plaisir s’est développé rapidement, la criminalité a diminué. Pour le philosophe, la question est : est-ce une bonne chose? Pour Hannah Arendt, la loi ne doit pas prétendre nous protéger contre nous-mêmes (mais seulement contre autrui).  L’accès au cannabis  peut s’appuyer sur la liberté qu’a chacun de se nuire à lui-même.

Les philosophes moraux sont-ils moraux ? Non. Il n’y a aucune relation entre le fait de pratiquer la philosophie moral et celui de conduire comme un saint.  Les spécialistes des questions éthiques devrait rendre leur livre de bibliothèque en temps : ce n’est pas le cas, les livres d’éthique sont volés ou non-restitués deux fois plus… Pratiquer la philosophie morale n’est pas un certificat de bonne conduite ou une garantie d’être un bon juge des questions morales.

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Ce que l’art préhistorique dit de nos origines – Emmanuel Guy – 2017

 

 

Plus un art est mimétique, moins il est, en quelque sorte, symbolique. La prédominance de représentations imaginaires dans l’art des sociétés sans écriture s’explique par sa référence au surnaturel. Il s’agit moins de représenter le visible que de donner corps à des esprits. En cela, le traitement résolument ‘terrestre’ (exact) des animaux dans l’art paléolithique le différencie de la plupart des productions iconographiques des sociétés traditionnelles extra- européennes

La volonté de ressemblance renvoie à un désir d’appropriation du réel et à l’affirmation du pouvoir des hommes sur le monde et sur les autres hommes. Il y a une dimension éminemment politique caractérisé par le prestige qu’en tire l’auteur et/ou le commanditaire.

L’illusionnisme paléolithique pourrait avoir eu pour fonction de célébrer le pouvoir d’une minorité sociale dominante.

L’illusionnisme et le savoir-faire qu’il exige constituent une sorte de valeur ajoutée qui dépasse la stricte nécessité religieuse ou rituelle. Il démontre une forme de spécialisation. C’est donc la discrimination par le talent individuel qui donne au naturalisme artistique sa valeur foncièrement inégalitaire. Un effet de prodigue qui devait être plus grand encore au temps de Chauvet.

Dans les sociétés égalitaires (aborigènes, bushmen) le partage du gibier est la règle et le sentiment de propriété inexistant. Ce type de société n’empêche pas certains individus de se différencier en fonction de telle ou telle aptitude particulière. Mais leur influence est imitée et n’est pas a même de rompre l’unité sociale.

Dernier maximum glacière 22-18.000 BP et réchauffement généralisé vers 10.000 BC. Le climat paléolithique était beaucoup plus froid – environ 6 à 11°C inférieures : temps sec, peu de précipitation et ensoleillé.

L’archéologie fait généralement remonté l’apparition du langage articulé à l’acheuléen, soit il y a 1.7 million d’années.

Paléolithique Inférieur : 2.9M à 300,000BC ; Paléolithique Moyen : 300,000 à 30,000 ; Paléolithique Supérieur : 30,000 à 12,000BC

 

Aurignacien 35-28,000
Gravettien 28-22,000
Solutréen 22-19,000
Magdalénien 19-10,000

 

Les premières manifestations graphiques sont africaines (75,000BP a Blombos, Afrique du Sud). La figuration nait plus tard (40,000BP) dans le monder  et avec les premiers sapiens en Europe.

Les humains sont rarement représentés dans l’art paléolithique et sont excessivement schematiques, contrairement aux animaux. On trouve aussi des statuettes de femmes (mais rien de végétales, pas de milieu naturel)

Des explications ont été avancées : l’art pour l’art, un passe-temps, un penchant pour le beau ; le totémisme comme une forme de religion (filiation ancestrale entre un clan et une espèce végétale ou animale) ; la magie de la chasse (par l’abbé Henri Breuil, pour tuer symboliquement les animaux dans le cadre de cérémonies propitiatoires destinées à assurer au groupe une chasse fructueuse  (mais les restes de consommation retrouvés dans les grottes ne sont pas les animaux représentés) ; approche structural (Leroi-Gourhan) couple et opposition binaire des animaux – les animaux ont un sens (ils ne sont pas disposés au hasard) ; l’œuvre de chamane (Lewis-Williams, Clottes) pour communiquer avec les forces supérieures, des visions favorisées par la transe et l’absorption de substances hallucinogènes ; affirmation des intérêts économico-politique d’une élite (Guy, l’objet du livre)

D’un cote, milieu pauvre et communisme primitif, de l’autre, milieu riche et capitalisme primitif. Les chasseurs des milieux pauvres ont une forte mobilité. Ce sont eux les vrais nomades.

L’abondance saisonnière de ressources et la maitrise des techniques de conservation alimentaire (séchage, congélation…) seraient donc les deux conditions essentielles à l’apparition des inégalités chez les chasseurs-cueilleurs.

La spécialisation artisanale est toujours le signe d’une maitrise du stockage. L’échange produit alimentaire contre produits manufacturés (perles, vases, pierres sculptées…) ne peut concerner que des biens aptes à se conserver sur de longue distance. Sur la cote Nord-Ouest, les sculptures, peintures et autres productions artistiques étaient réalisés par des spécialistes. Les secrets de fabrication étaient jalousement gardés. Le savoir  se transmettait par héritage, le plus souvent de père en fils. Les artistes appartenaient à une caste contrôlant les activités rituelles, le permettant une mainmise sur le pouvoir.

La supposée non-complexité des sociétés non agricoles et plus particulièrement des sociétés paléolithique repose bien d’avantage sur un récit préétabli que sur des données objectives.

Certaines tombes plus riches que d’autres soulignent encore davantage la question du statut social des défunts.

30,000BC des résidus d’amidon ont été détectés sur des galets qui servaient peut être a moudre différents type de végétaux. L’un de ces sites était exclusivement occupé à la belle saison, un site possiblement dédié à la récolte et la transformation de plantes sauvages.  Il y avait probablement stockage car on ne fait pas de farine avec quelques graines.

L’hypothèse d’une exploitation des côtes au paléolithique récent semble hautement plausible. La remonté du niveau marin a affecté le littoral européen.  En France, les gisements les plus proches du littoral se trouvaient en fait à plus de 100 kilomètres de la mer à l’époque. Ce qui pourrait expliquer la rareté des indices d’occupation côtière. En cantabrique, les sites les plus proches se trouve à moins de 15km du rivage. Or on trouve sur cette côte de nombreuses traces d’occupation. La densité des sites ornés pourraient très bien être en lien avec une exploitation des ressources marines.

La fabrication d’armes en os de cétacé, très prisées et ayant circulées très loin à l’intérieur des terres,  tendrait donc à indiquer que la société magdalénienne conférait à l’armement une valeur supérieure. Une telle valorisation parait compatible  avec une organisation sociale reposant sur le pouvoir et la compétition territoriale (le commerce et la division du travail – ceux fabriquant les armes devant être nourri par les autres).

Le Jomon (Japon, 15,000BC) et la fabrication de poteries dans un contexte dépourvu d’agriculture (l’essentiel de l’alimentation vient de la mer). De façon similaire, les conditions étaient peut être aussi réunies pour l’existence qu’une économie maritime à stockage dès la magdalénien.

35,000BC Cette variabilité de la dextérité dans la taille du silex en fonction de l’âge et donc du niveau d’apprentissage des individus est observable dans les gisements ou se côtoient souvent des réalisations de facture inégale.

La mise en œuvre de nouvelles stratégies de subsistance dès l’arrivée de Sapiens pourrait signifier une appropriation des territoires les plus riches en ressources par des familles ou des lignages. Plausible mais difficilement démontrable…

La rareté de l’inhumation constitue manifestement une réalité archéologique. L’explication le plus plausible est que certaines personnes ont été inhumées, d’autres non.

La richesse du matériel funéraire de Sungir (26,000BC) trahit la probabilité de statuts sociaux différenciés parmi les chasseurs-cueilleurs.

Ce désir de personnalisation des ornements dédiés aux enfants (réduction des parures…) parait témoigner d’un souci de distinction d’autant plus frappant qu’il concerne les individus particulièrement jeunes (4 ans pour l’enfant de la Madeleine – 10-12,000BC)

L’affection parentale peut expliquer certain cas, elle perd de la vraisemblance face à la débauche d’ostentation et plus encore au caractère guerrier des biens rencontrés dans certaines tombes. Toute porte à croire que le traitement funéraire accordé à ces enfants pourrait résulter de statuts sociaux acquis par droit de naissance.

La présence fréquente d’empreinte de pas d’enfants dans les grottes ornés (d’autant plus importante que les empreintes conservées sont rares). Cela pourrait témoigner de la transmission  du savoir mythique et des privilèges sociaux dévolus aux héritiers dans les familles nobles.

Grace au stockage, des familles ou des clans vivant dans des régions favorables produisent des excédents alimentaires, soit de la richesse et donc des inégalités. Pour légitimer leur mainmise territoriale, ils invoquent une origine mythique. S’ensuit une production d’image et d’objet de prestiges pour justifier leur rang social. S’ensuivent également des rites funéraires destinés à sacraliser le lignage. Tout cela expliquant pourquoi ce sont les sites des régions les plus riches qui contiennent des œuvres d’art et pourquoi ce sont aussi les mêmes qui contiennent des restes humains.

Un site d’agrégation est un lieu prédéfini dans lequel les fractions d’un même groupe ethnique se réunissent pour échanger des matières premières et célébrer des alliances indispensables à leur survie.  L’agrégation est une réponse biologique et culturelle à la dispersion nécessaire des petites unités nomades dans des milieux qui n’autorisent pas d’autres choix.  Ceci est (en partie) remis en question par l’abondance de ressources dans certaines régions qui permettait d’y vive en permanence.

Il n’y a rien de surprenant à ce que des sites richement ornés aient pu servir d’habitat, mais également de lieu de réception dans le cadre de cérémonies rituelles, permettant à l’élite d’exhiber sa puissance. On sait que de nombreux sites ornés étaient durablement habités.

L’association d’œuvres d’art et d’armes supposées prestigieuses (parfois arborant les mêmes motifs) dans les habitats sanctuaires semble en fait se répéter dans de nombreux sites.

La modification post-mortem d’ossements humains (décarnation, cranes aménagé en coupelle…) est un phénomène qui semble donc avoir largement traversé les époques et les régions.  Soit elle relève de pratiques cannibales, soit d’un rite funéraire. La très nette préférence pour les parties crâniennes n’évoque pas un comportement  anthropophage.

Plusieurs bifaces acheuléens (600-200 ,000BC) ont été retrouvés dans des sites occupés au gravettien (et parfois associés au mobilier funéraire). Simple curiosité innocente pour des objets rares ou volonté de conserver des objets dont l’ancienneté conférait peut être du prestige à son détenteur ? On ne le saura jamais mais la détention a pu elle aussi participer de l’affirmation d’un lien privilégié avec des êtres primordiaux. D’autant qu’ils sont toujours associés, à notre connaissance, à des habitats ornés et/ou à un riche mobilier artistique.

Si l’on admet l’existence possible d’une noblesse paléolithique, se pourrait-il que les animaux peints dans les grottes aient servi d’emblème totémique ? Ce n’est pas invraisemblable.  Les humains sont rares et c’est sans doute parce que ces derniers sont incarnés par des animaux.

L’un des traits caractéristiques de l’art des grottes est l’omniprésence des animaux. Les humains y sont pratiquement absents. La thématique animale est aussi l’un des thèmes de prédilection de l’héraldique féodale. Il n’existe aucun paysage, ni arbres, ni ciel, ni étoiles.

Uniformité des représentations paléolithiques, à commencer par les venus dont on a mentionné la spectaculaire dispersion depuis l’atlantique jusqu’à l’Oural. Notre hypothèse est que cette stéréotypie est liée à la fonction emblématique des figures pariétales. Une unité visuelle qui sert à la reconnaissance de l’élite et de ses statuts sociaux. La transformation ne pouvait se faire que de façon excessivement graduelle, afin de ne pas compromettre  la lisibilité. Ceci explique la persistance millénaire de procédés stylistiques malgré un environnement culturel transformé. Cette stabilité des conventions stylistiques suggère de façon probante qu’un enseignement artistique était vraisemblablement dispensé. Il convient en effet de s’interroger sur la finalité réelle des pierres gravées découvertes par centaines, parfois par milliers. Ces témoignages pourraient s’interpréter comme des exercices de débutants.

De la même manière que l’animation (des images) reste limitée à un rôle supplétif […] la symétrie parait avoir joué un rôle primordial.

La grotte a pu symboliser tout à la fois le cœur et l’origine sacrée du territoire familial. La répartition pariétal semble trahir une volonté de marquer les esprits, conforme aux stratégies de prestige et distinction employée par la noblesse afin d’asseoir sa domination. Les artistes ont pu remplacer les grottes par des rochers extérieur, ce qui montre que, bien plus que le milieu sous terrain, c’est le territoire qui est au centre de la problématique artistique paléolithique.

A partir de 18,000BC (Lascaux), l’art paléolithique manifeste des préoccupations descriptives nouvelles. La période qui précède est marquée au par le schématisme (simple silhouette, peu de détails, expression très géométrique) : La vraisemblance est très secondaire. Apres 18,000BC, les détails anatomiques sont plus nombreux (la ‘réserve’ est un espace vierge entre arrière-plan et avant-plan pour suggérer l’éloignement, la perspective)

Des conditions de vie plus difficiles conduisent les groupes humains a des échanges accrus, favorisant la diffusion à longue distance des savoirs. A l’inverse, dans un milieu naturel riche à densité de population élevée, les réseaux d’échange sont plus réduits. Une diminution des richesses peut conduire à une perte d’influence des pouvoirs locaux, obligeant à une plus grande coopération. Sous la pression environnementale, les lignages nobles auraient été contraints d’élargir leurs réseaux et établir de nouvelles alliances. Cette extension a pu favoriser l’expansion des symboles figuratifs, a fortiori si ces derniers avaient fonction de blasons et d’emblèmes familiaux.

L’âge obtenu à Qurta (Egypte) correspond exactement a celui de cette tradition picturale européenne (Style gravetto-solutréen de la vallée de Coa) . La probabilité d’une convergence fortuite ne peut être envisagée comme une réponse satisfaisante. Tout laisse à penser que les liens stylistiques entre Qurta et l’art paléolithique européen sont bien d’origine culturelle.  Cette origine européenne probable fait écho aux discussions sur l’émergence « soudaine de la culture ibéro-maurassienne du XX millénaire BP (tradition qui n’offre pas de continuité évidente avec la culture locale antérieur).

Pourquoi l’art pariétal disparait-il définitivement entre 13-12.000 BP, après avoir perduré 25000 ans ? On voit ensuite apparaitre en lieu et place de l’art animalier magdalenien, une vaste production de galets gravés ou peints de motifs abstraits. Le réchauffement climatique (moins de steppe, plus de forêts, fin des grands troupeaux d’ongulés des pays froids, remonté des mers et perte de millier de kilomètres carrées de rivage…) a forcé les chasseurs/cueilleurs à adapter leur pratique de chasse et leur équipement, mais pourquoi abandonne l’art pariétal, les croyances et les pratiques rituelles ?  Ce sont les zones privilégiés de pêche et chasse qui ont fait la gloire et la richesse des familles ancestrales qui auraient été bouleversé. De nouvelles zones d’exploitation aurait été délimité, plus restreintes et différentes du passé.

L’idée que les espèces animales symboliseraient des groupes humains revient de façon cyclique et aurait pu servir de règles aux alliances matrimoniales entre clans (Totémisme et organisation clanique – le groupe de l’ours ne se marie pas dans son groupe mais dans celui de l’aigle, prohibition alimentaire lié au groupe etc. Cote Nord-Ouest).

Comme pour les aborigènes, le manque d’innovation paléolithique serait le signe d’une organisation sociale égalitaire qui limiterait structurellement la productivité et l’accumulation de richesse ( le gibier n’est pas la propriété du chasseur mais des beaux-parents).  Or  puisque la spécialisation est la seule condition possible de l’existence de l’art pariétal, elle trahit aussi l’existence probable de discriminations sociales au paléolithique récent: le développement technique est modeste, l’art figuratif est en revanche d’une très haute qualification.  La figuration n’est pas une activité directement liée à la survie des populations : se pourrait-il que cet apprentissage du dessin ait constitué un investissement en pure perte ? Ceux qui les possédaient bénéficiaient d’un statut social supérieur.

L’hypothèse inégalitaire (captation des territoires et richesse par une minorité) permet de créer du lien entres de phénomènes  distincts : région de biomasse favorable et répartition des sites d’arts et sépultures ; disparition du pariétal au moment où le dégel est à son comble ; restes humains fréquent dans les grottes ornées ; écoles artistiques qui ont durée des millénaires et qui ont pu trouver leur justification dans la transmission  des statuts et privilèges sociaux.

Il y a 35,000 ans, notre hypothèse est que l’on a vu la mise en œuvre d’une économie de subsistance différente, fondée pour la première fois sur la production d’excédents.  La profusion des signes visuels servait alors de symbolique pour justifier cette appropriation. Des armes plus élaborés permettent un meilleur rendement de la chasse pour Sapiens (Neanderthal devait chasser plus souvent en groupe) et sont peut-être la conséquence technique d’une volonté d’appropriation individuelle (ou plus restrictives) des ressources de chasse.

Si les humains sont absents c’est parce qu’ils sont incarnés dans les espèces animales.

Cauvin : l’origine du Néolithique n’est pas une réponse aux changements climatiques mais le signe de l’émergence d’une nouvelle religion,  la naissance des divinités, avec l’apparition de statuettes de femmes en pierre (les déesses mères). Le taureau serait lui une divinité masculine subordonnée à la déesse mère.

L’ethnologie montre que l’absence de statuts sociaux différenciés entraine une absence de division sociale du travail. La conséquence est que le développement technique est extrêmement faible. Dans ces petits groupes tout est fait pour perpétuer le mode de vie ancestral du groupe. Dans ces petits, le progrès n’existe pas parce qu’ils le refusent pour perpétuer l’unité et les intérêts supérieur du groupe.  L’art aborigène n’a pas changé depuis 40,000 ans, les changements qui existent dans l’art pariétal paraissent davantage l’indice d’un régime d’historicité propre aux sociétés inégalitaires.

Le monde est clos et le désir infini – Daniel Cohen – 2015

 

Au Etats Unis, 90% de la population n’a connu aucune augmentation de son pouvoir d’achat au cours des trente dernières années. Nous vivons une révolution industrielle sans croissance. Pourquoi l’âge du numérique ne produit-il pas la même accélération que l’âge électrique un siècle plus tôt ? La première explication est à chercher du côté du travail : pour qu’ils y aient croissance il faut que les machines rendent productifs ceux dont les emplois ont été détruits.  Deuxième élément : la société industrielle avait urbanisé les populations. La société post-industrielle est moins ambitieuse : elle s’efforce de mieux gérer les interactions sociales mais ne parvient pas à créer une société de consommation vraiment nouvelle (à part le smartphone). Le projet transhumaniste pourrait y parvenir mais rien ne permet d’affirmer que la révolution génétique fera mieux que la révolution informatique en matière de croissance.

Au moment ou l’agriculture s’est développé, les êtres humains et leurs troupeaux représentaient moins de 0.1% du total des mammifères. Aujourd’hui ils en représentent plus de 90%.

Nous sommes la seule espèce qui non seulement vit en société, comme les autres espèces animales, mais qui produit de nouvelles formes d’existence sociale et donc de culture pour continuer a vivre. Produire, et non pas reproduire la société, tel est le propre de l’homme (Maurice Godelier).

La pression démographique des agriculteurs, plus nombreux car mieux nourris, refoule les sociétés moins denses, comme sapiens a peut-être refoulé Neandertal. Les agriculteurs maoris ont ainsi exterminé leur voisins chasseurs-cueilleurs Morioris.

Alors que les sociétés de chasseurs-cueilleurs faisaient ressortir une certaine variété de situations concernant le statut des femmes, les sociétés agraires, partout, les dévalorisent, les cantonnant au rôle d’agents reproducteurs.

« The advantage of backwardness »: être en retard économique donne une force qui tient au fait qu’on peut mettre toute son énergie dans l’imitation d’un autre, sans se perdre dans la multitude des chemins possibles.

L’histoire de la vie sur Terre, explique ainsi Bataille, est principalement l’effet d’une folle exubérance : l’événement dominant est le développement du luxe, la production de formes de vie de plus en plus onéreuses.

Le potlatch des Indiens d’Amérique du Nord est un autre exemple de situation ou le don solennel de richesses considérables offertes par un chef à son rival a pour but de l’humilier, le défier, l’obliger à la réciprocité…. « la vie dans la dilapidation est appropriée par le prestige qu’elle donne au dilapidateur ». (Bataille)

En 1405, l’amiral Zheng He avait ainsi conduit trois cents bateaux, vingt-sept mille marins, cent quatre vingts médecins du Nankin au Sri-Lanka et en Afrique. Zheng dispose de boussoles, de navires ravitailleurs en eaux potables. Colomb ne dispose que de 3 bateaux…Mais la Chine interrompt ses voyages : elle n’était pas spécialement intéressée de découvrir une voie nouvelle vers l’Europe, c’est la réciproque qui est vraie.

La peste noire du XIVe siècle : équivalent pour le système féodal au krach de 1929 pour le capitalisme occidental, elle bouleverse tout. Le nombre de paysans est brutalement réduit, changeant en leur faveur l’équilibre entre les hommes et la terre. Les paysans peuvent louer leur service au plus offrant. La crise provoque une hausse de salaires, lesquels vont doubler par rapport aux niveaux habituels.

Pourquoi mécaniser le travail quand le travail ne vaut rien ? Cette question, qui a creuse le tombeau économique de Rome, incapable de s’affranchir du travail servile, reste cruciale dans l’Europe du XVII et XVIII siècles. En Angleterre à la veille de la révolution industrielle, vers le milieu du XVIII, les salaires sont 60% supérieurs à ceux de la France. Ce sont donc les salaires élevés qui expliqueraient la révolution industrielle et non l’inverse !  (Robert Allen)

Aristote, redécouvert grâce aux traductions arabes, permet à saint Thomas d’affirmer que la raison n’est pas l’ennemie de la foi, ce qui ouvre une brèche dans laquelle l’esprit scientifique va s’engouffrer.

Smith est en fait préoccupé des conséquences négatives de la spécialisation du travail : la dextérité du travailleur à sa tâche est acquise aux dépens de ses vertus intellectuelles, morales et maritales. Et de recommander, en prévention du risque moral, que soit créé un système d’école publique universelle.

Selon Moravec, l’informatique pousse, si l’on suit ce raisonnement, l’humain vers des taches ou la spontanéité, la créativité sont essentielles, après que l’âge de l’électricité et le travail à la chaine avaient commandé des dispositions exactement inverses.

En termes de croissance, le rythme lent qui s’observe depuis 1973 est en réalité un retour à la moyenne, celle qui prévalait dans les dernières années du XiX jusqu’au année 20.

Dans le domaine sanitaire, le XXIe siècle promet des progrès dans les maladies mentales ou transmissibles (vaccin contre le sida). La question n’est pas de les négliger, mais de comprendre leur potentiel d’entrainement sur l’ensemble de la société.

Internet offre des services qui ne coutent rien, ce qui est bien pour le pouvoir d’achat. Google, Facebook ou Twitter embauche a elles trois moins que n’importe quelle firme automobile. Tout ce passe comme si un peu nombre de gens tres bien payés travaillent à rendre gratuits des biens consommés par des pauvres.

63% des économistes considèrent que l’automation n’est pas responsable du chômage ; 43% reconnaissent que les nouvelles technologies de l’information sont responsables de la stagnation des salaires aux US. Rien ne garantit que tout le monde profitera du progrès technique.

Les US forment en réalité deux pays en un. Le premier enregistre un croissance de type asiatique : peuplé du 1% des plus riche, il a un taux de croissance de presque 7% l’an depuis 30 ans. L’autre sous pays connait une croissance qui se situe à des niveaux européens, entre 1% et 1.5%, pour les 99% restants.

Il est donc possible de résumer le lien entre la hausse des patrimoines et les inégalités salariales de la façon suivante : les logiciels (la numérisation du monde, la précarisation du travail routinier qu’elle provoque) font pression sur les salaires, l’inflation chute, les taux d’intérêts aussi, et le gagnant est le patrimoine, financier ou immobilier (car immanquablement les couts du crédit immobilier diminue). C’est donc la déflation salariale qui provoque la hausse du patrimoine et non l’inverse. Ainsi s’explique aussi pourquoi la croissance à l’âge du numérique est faites de bulles et de krachs. La valeur du patrimoine augmente a mesure que baisse le taux d’intérêt ou/et diminue le taux de profit (i.e. un loyer d’une valeur x donne a un appartement une valeur bien supérieur si le taux d’intérêt est bas que s’il est haut).

Les pays riches se débattent dans la stagnation séculaire mais, pendant ce temps, les pays émergents connaissent une croissance époustouflante.

De 1800 à 2010, la population a été multipliée par 7 et le besoin énergétique par 40.

A partir des années 70, nous sommes entrés dans une « grande transformation » qui a brisé la croyance en un avenir meilleur.

La crise accroit aussi la frustration des peuples à l’égard de la démocratie.  Ce ne sont plus les votes de classes moyennes qui font les majorités, mais les classes les plus pauvres aux votes les plus mobiles.

Le « désenchantement du monde » lorsque la magie ou la foi laisse place à la raison comme principe organisateur.

La télévision, qui conduit à rester allonger dans son fauteuil le soir, à joué un rôle considérable dans cette évolution vers une société véritablement individualiste.

Lorsque le monde devient fiable, quand l’insécurité s’éloigne, les populations deviennent plus tolérantes, elles aspirent d’avantage à l’autonomie. Le respect de l’homosexualité est plus prononcé par ceux qui se réclament de valeur post matérialiste. L’attitude  vis-à-vis de l’égalité homme/femme est parfaitement corrélée aux valeurs de l’affirmation de soi.

Le double bind : on dit aux salaries « sois autonome, prends des initiatives » tout en multipliant les procédures qui leur interdisent de fait toute autonomie

Défaire le développement, refaire le monde – 2003

 refaire dev

Un jour, on a demandé a Geremek, 1’historien et politicien polonais, s’il avait quelque chose à dire sur 1’histoire du sida. Il a répondu: « Mais je crois que le sida ne pouvait pas exister là ou vous aviez la permission de mourir d’une infection.». Pour cette raison-la, il n’avait rien à dire sur 1’histoire de ce phénomène. Quelque temps plus tard, I. Rahnema a joué sur le mot de « aids » (sida). Il a parlé du développement – en Amérique et ailleurs – comme d’une destruction, d’une injection de choses et de pensées qui détruisent 1’immumité face à notre système  de valorisation des choses. Page 10 

C’est seulement a partir du XXième siècle que la médecine n’a plus été considérée comme une philosophie appliquée, qu’est apparue la notion, indépendante d’un soin, de quelque chose qui s’appelle la « santé ». « Le développement des humains comme fonction latente de la technique est un franc succès. Partout dans le monde, les gens croient maintenant sincèrement qu’ils sont humains. L’humain est devenu un être reconnu légalement plutôt que créature naturelle. » Page12 

Le développement n’est pas le remède à la mondialisation, c’est le problème! Page15 .

Les méfaits d’une mondialisation : 1. La dénonciation des inégalités croissantes tant entre le Nord et le Sud, qu’à1’interieur de chaque pays, 2. Le piège de la dette pour les pays du Sud, 3. La destruction des écosystèmes, 4. La fin du welfare, la destruction des services publics, 5. L’omnimarchandisation, avec les trafics d’organes, le développement des « industries culturelles » uniformisantes, 6. L’affaiblissement des Etats-nation et la montée en puissance des firmes transnationales. 

II n’y pas dans cette approche (autre mondialisation, développement durable), de remise en question de 1’imaginaire économique, de l’amélioration des esprits par le progrès, la science et la technique. Page 17

Ce qui fait le fondement du mouvement planétaire actuel de la remise en cause de la globalisation et de la volonté de dire qu’il faut défaire le développement, ce qui est fondamentalement au coeur de ce débat, c’est qu’il faut en finir avec 1’ideologie du progrès. Celle-ci est responsable d’une sorte de mythe, selon lequel il y a une situation donnée au départ que le progrès ne peut qu’améliorer. Aujourd’hui sur la planète 28 millions de paysans travaillent avec un tracteur, 200 millions travaillent avec la traction animale et plus d’1,3 milliard travaillent à la main. Ce sont des chiffres aujourd’hui reconnus et admis par les institutions internationales. Que deviendront ces populations si l’agriculture rentre dans la logique productiviste au niveau mondial? Ce ne sont pas des millions de paysans qui disparaîtront, comme en Europe ou en Amérique du Nord, mais des centaines de millions, peut-être 1 milliard ou plus. La question devient gigantesque, sachant que, dans le même temps, la logique productiviste, cette logique technicienne du toujours mieux toujours plus, fait que dans les entreprises du secteur secondaire – ou 1’on envoyait les paysans qui quittaient la terre afin de dégager de la main d’oeuvre – ces gens-la n’auront plus de place. Page 21

 

La pensée post-structuraliste, notamment celle de Derrida et de Foucault, marque une rupture fondamentale dans la relation entre le savoir et notre compréhension du monde : il est impossible de résoudre le « problème de la pauvreté » par le développement économique.  (tentative d’explication : la deconstruction de Dérrida consiste a identifier un « centre » i.e. une référence commune a la quelle tout le systeme se rattache (ici : le développement – tout ce qu’on fait s’y rattache d’une façon ou d’une autre). Pour Derrida, ce centre est constitué d’une opposition binaire (bien-mal (ethique/morale), beau-laid (esthetique) et ici développement-pauvreté) dont le premier terme est toujours connoté positivement et le second négativement. L’objectif est généralement de soutenir le premier en éliminant le deuxième. C’est cette relation que Dérrida veut déconstruire : il souligne la futilité de l’objectif puisque l’un va de pair avec l’autre. On ne peut résoudre les contraires – ils n’existent que parce qu’ils sont bien deux faces d’une même pièce – et tout travail sur les deux revient a repousser a jamais l’équilibre entre les deux. On doit donc considérer ces oppositions comme permanente (structurelles)– il n’y a en fait pas vraiment d’opposition malgré l’obligation de distinguer deux termes antagonistes au départ– et tenter de les revoir, sans pouvoir les supprimer, et les faire évoluer en faisant évoluer la relation entre les termes. Il n’est donc pas possible d’atteindre un développement sans pauvreté mais heureusement on peut atteindre un développement avec moins de pauvreté).

Enfin et surtout, le mythe s’est introduit dans la pensée rationnelle au moment ou celle-ci a cru 1’avoir chassé : 1’idee de Raison elle-même est devenue mythe lorsqu’un formidable animisme lui donna vie et puissance pour en faire une entité omnisciente et providentielle. Le mythe qui s’infiltre dans 1’idee abstraite la rend vivante, la divinise de l’intérieur. Les idéologies recueillent le noyau vivant du mythe et parfois même, comme ce fut le cas du marxisme, de la religion de salut. Page 36  

Mais les rites spécifiquement humains sont lies à la magie, au mythe, à la religion, et en profondeur au sacré et à la mort (cf. p. 40). Il y a une pluralité de rites, mais tous établissent une mise en résonance, une harmonisation entre 1’individu qui les accomplit et la sphère dans laquelle il effectue son intégration rituelle. Page 37 

Le XXe siècle a montre que les idées ont des potentialités exterminatrices qui égalent celles des dieux les plus cruels. Page 39 

 « Tout ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi» Gandhi .Au lieu d’y introduire par sélection mesurée et adaptée aux sites locaux les éléments du changement que présuppose le dynamisme du développement, donc du capitalisme, la pratique des «paquets du développement» engendre des effets contraires. C’est ainsi que se sont mises en place des économies formelles dans les pays du Sud, que les sites locaux décryptent a leur manière pour en faire des économies de rente. Celles-ci se reproduisent par endettement et par assistance. Les structures établies fonctionnent sur la base de détournement et de corruption qui détruisent toute tentative de créer une cohérence de sens autour d’un changement créatif et sélectif d’apports extérieurs en connaissance de cause. La redistribution inégalitaire y prend le dessus sur la diversification de la production et les capacités endogènes d’innovation. Ni la planification ni le marché ne semblent, par expérience, pouvoir décaler ces économies d’une simple fonction d’absorption des produits des économies les plus dominantes à l’échelle planétaire. Ce qui fait du développement une énorme machine à produire des débouchés et de l’endettement extérieur. Les Pauvres financent les riches! La croissance économique reste commandée de 1’exterieur par la conjoncture des marches mondiaux, notamment ceux des matières premières, des produits manufactures sous-traites, du tourisme dans certains cas, etc. La mondialisation n’a fait qu’amplifier les fragilités structurelles des économies formelles de rente. Je terminerai en citant Jean Bodin (démographe français du xvie siècle) : « Si les richesses ne vont pas aux hommes, les hommes iront aux richesses… » Page 298

 

Dérrida/Postructuralisme :

 « ….sa conception de l’événement comme un « à venir » incalculable, dans lequel la responsabilité individuelle ou collective est portée à l’extrême, non parce que nous serions capables de maîtriser « performativement » les conséquences de nos actes et de nos paroles, mais parce que nous savons déjà qu’ils entraîneront à l’infini la relance et la reformulation du problème du droit et de la justice. »

Enfin je me souviens de toutes les circonstances dans lesquelles – depuis le secours aux intellectuels « dissidents » de Tchécoslovaquie au sein de l’association Jan Hus jusqu’aux prises de position pour les droits du peuple palestinien et la réconciliation entre les adversaires dans le conflit israélo-palestinien, en passant par la défense du droit d’asile en Europe contre les politiques sécuritaires et la stigmatisation des « étrangers », j’en passe évidemment – nous avons tenté de contribuer, en tant qu’intellectuels sans attaches sinon sa ns engagements, à l’émergence de ce qu’il a appelé un « nouvel internationalisme ».

La figure dominante de la déconstruction, Jacques Derrida, considère la philosophie (la métaphysique occidentale) pour voir que tout système pose nécessairement un CENTRE, un point à partir duquel tout découle, et auquel tout se réfère ou retourne. Parfois c’est Dieu, parfois c’est l’homme, l’esprit, parfois c’est l’inconscient, tout dépend du système philosophique (ou de croyances) d’où l’on parle. Il y a deux points nodaux liés à l’idée de déconstruction. Le premier point est que nous nous devons de considérer les systèmes ou les structures, plutôt que les pratiques concrètes individuelles, et ensuite penser que tous les systèmes ont un CENTRE, le point d’origine, la chose qui a créé le système en première place. Le second est de poser que tous les systèmes ou les structures sont créées de paires ou d’oppositions binaires, de deux termes situés dans une sorte de relation réciproque. Derrida dit que de tels systèmes sont toujours construits sur les unités de bases que le structuralisme analyse – la paire ou l’opposition binaire – et qu’au sein de ces systèmes, une partie de cette paire binaire est toujours plus importante que l’autre, que l’un des termes est “marqué” comme positif et l’autre comme négatif. Ainsi dans la paire bien/mal, le bien est ce que la philosophie occidentale met en valeur, et le mal lui est subordonné. Derrida avance que toutes les paires binaires fonctionnent de cette manière – lumière/obscurité, masculin/féminin, droit/gauche ; dans la culture occidentale, le premier terme est toujours valorisé au détriment du second.

 

C’est à cause de cette surévaluation de la présence par rapport à l’absence que tout système (je me réfère ici à la plupart des systèmes philosophiques, mais l’idée concerne tous aussi bien les systèmes signifiants) pose un CENTRE, un lieu à partir duquel l’ensemble du système émerge, et qui garantit son sens – le centre garantit l’être comme présence. Pensez votre moi comme un genre de système – tout ce que vous faites, pensez, sentez etc.. fait partie de ce système. Au milieu ou au centre de votre vie mentale et physique, il y a la notion de MOI , de Je, d’une identité qui est stable, unifiée et cohérente, la partie de vous qui sait ce que vous dites quand vous dites « Je ». Ce moi ou Je nodal, est ainsi le CENTRE du « système », la « langue » de votre être, et toute autre partie de vous (chaque acte individuel) relève de la « parole ». Le « Je » est à l’origine de tout ce que vous dites et faites, et il garantit l’idée de votre présence, de votre être. La pensée occidentale a un large éventail de termes qui servent de centres à des systèmes – l’être, l’essence, la substance, la vérité, la forme, la conscience, l’homme, dieu etc. Ce que nous dit Derrida est que chacun de ces termes désignant le centre d’un système sert deux finalités : il est l’entité qui a créé le système , qui l’a généré, et qui garantit que toutes les parties du système sont en inter-relation, et il est aussi quelque chose en dehors du système, non gouverné par les lois du système. C’est ce qu’il appelle le « scandale » découvert par Lévi-Strauss dans la pensée de Lévi-Strauss sur les systèmes de parenté.

 

Ce que Derrida entreprend, est de voir comment une opposition binaire – l’unité fondamentale des structures ou des systèmes que nous avons considérés, et des systèmes philosophiques auxquels il se réfère, – fonctionne au sein d’un système. Il souligne que l’opposition binaire est algébrique ( a = non b), et que les deux termes de l’opposition ne peuvent exister sans référence symétrique de l’un à l’autre – la lumière ( comme présence) est définie comme l’absence d’obscurité -, le bien comme l’absence du mal, etc… Il ne cherche pas à renverser les hiérarchies impliquées dans les paires binaires – pour faire que le mal soit privilégié vis-à-vis du bien, ou l’inconscient plutôt que le conscient, ou le féminin sur le masculin. Mais la déconstruction cherche plutôt à effacer les limites entre les oppositions, pour montrer ainsi comment les valeurs et l’ordre impliqués par l’opposition ne sont pas au fond rigides. En ce point se situe la méthode de base de la déconstruction : trouver une opposition binaire. Montrer que chacun des termes, plutôt qu’être en opposition polaire à son terme apparié, fait en fait partie de lui. Alors la structure ou l’opposition qui les maintient séparés s’effondre, comme nous le voyons avec le binaire nature et culture dans l’essai de Derrida. En dernier lieu, vous ne pouvez dire qui est qui, et l’idée d’opposition binaire perd de son sens, ou est mise en « jeu » (à suivre). Cette méthode est appelée « Déconstruction » parce qu’elle est une combinaison de construction/destruction – l’idée étant que vous ne pouvez simplement construire un nouveau système de paires binaires, avec le terme auparavant subordonné en haut, ni détruire le vieux système – : vous déconstruisez le vieux système en montrant comment ses unités de base de structuration ( paires binaires et les règles de leurs combinaisons) contredisent leur propre logique.

 

 L’empire et les nouveaux Barbares – Jean Christophe Rufin – Edition 2001.

 PARIS : Jean-Christophe Rufin

La théorie de la Fin de l’Histoire a été critiquée, rejetée etc. Mais elle a survécu dans la notion de globalisation : un seul système s’étend désormais sur le monde entier. La recrudescence des conflits locaux constituait l’objection la plus forte à cette théorie. La notion de choc des civilisations  est venue donner a ces phénomènes une interprétation. Les deux théories ne sont pas uniquement opposées : elles se complètent.

« Dans ce mouvement de globalisation […] les différentes couleurs culturelles de l’humanité reprennent une tendance naturelle au frottement sinon à l’affrontement » P 10 :

 

Durant la guerre froide, lorsque l’une des deux puissances reculait, l’autre prenait immédiatement sa place. Il y a belle lurette qu’on a plus d’exemple de tels appétits et nombre de pays en conflit sont abandonnés : la nouveauté de cette décennie (90-00) est l’existence de tels trous dans les relations internationales.

 

L’opposition en Afrique entre les comptoirs et les « terrae incognitae ». Les comptoirs vitrines des pays ou l’occident peut faire des affaires sans pour autant s’intéresser au sort du pays dans son ensemble parfois livré à la guerre, à des pouvoirs archaïques, à la famine etc. P 13.

 

Les rebellions, longtemps soutenu par l’une ou l’autre des factions, est désormais conduite par des forces locales qui prennent des aspects étranges à nos yeux.

 

La notion de guerre de civilisation n’est pas pertinente : le terme s’applique a des entités vastes et stables tandis que la scène identitaire est floue, mouvante, en perpétuelle reconstruction. Valeur explicative réduite donc.

 

La fonction des deux théories est plus idéologique que cognitive. Ce livre, tout à l’inverse, cherche à comprendre, non à mobiliser.

 

Nous assistons à une globalisation limitée, selon laquelle deux évolutions divergentes sont observables. D’un coté une unification démographique, politique, économique et culturelle du Nord. De l’autre, le décrochage d’un nombre croissant de régions et de peuples situés dans un au-delà hétérogène : le Sud.  [Le recours aux élections et une démocratie parfois de façade, mais toujours dans la bonne direction, étant considéré comme le rite de passage d’un Sud a l’abandon vers un Sud réhabilité et générant un intérêt particulier pour le Nord.]

 

P 18. L’affrontement Est/ouest est mort. L’affrontement Nord/Sud le remplace. Une symétrie si pure enchante l’esprit. Ce chassé-croisé de points cardinaux à quelque chose de religieux, comme un signe de croix planétaire.

 

La chute de Carthage est sans doute la dernière circonstance historique dans laquelle une civilisation, perdant l’ultime adversaire qui lui fut semblable, a dû se penser face au vide.

A cette image angoissante du vide, Polybe substitue l’exaltante idée de responsabilité impériale, d’une mission universelle. C’est évidemment une construction idéologique.

 

L’opposition Nord/Sud ressuscite cette idéologie de l’inégalité, de l’asymétrie. Le Sud se voit confier le rôle de nouveaux barbares face à un Nord supposé réunifié, impérial, dépositaires des valeurs universelles de la civilisation libérale et démocratique.[Imposer des valeurs du Nord, défense de valeurs du Nord, promotion des valeurs du Nord – élections libre etc…réguler par les NU : on ne va pas jusqu’à imposer un système mais un corpus d’élément, le plus petit dénominateur commun de la démocratie. Même s’il existe des organismes régionaux pour observer les élections, ces organismes procèdent d’une même idéologie unificatrice qui prend sa source dans des valeurs mis en musique au Nord (même si elle existe partout – solidarites etc). L’EU comme modèle de l’OUA ou de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest)] P 25

 

3 mouvements caractérisent la transition de la guerre froide à l’idée nouvelle d’opposition Nord/Sud.

D’abord (1er mouvement) la « chute du communisme » s’est transformé en « victoire du capitalisme ».  L’idée de réunification (Allemagne) s’est étendu au pays de l’Est selon un processus d’universalisation de la démocratie occidentale. Les élections libres en Europe de l’Est ont fortement contribué a cette prise de conscience de valeurs communes a cet ensemble réunifié.

Ensuite (2nd mouvement), La réunification du Nord est fragile voir paradoxale comme en témoigne le destin incertain de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est : L’Etat libérale démocratique ne supprime pas les inégalités, ni les antagonismes ethniques ou religieux. Unification pas si aisé que cela .

Finalement (3ème mouvement) une véritable unification n’est possible qu’en définissant ces valeurs communes par leur opposé, ce qui les contrarie ou les menaces.  Les barbares sont ceux qui s’oppose a l’Empire, ceux qui, a contrario, le conforte et le définit.

 

P.28. Le mythe du développement (1990) éclate et laisse apercevoir une réalité longtemps dissimulée : Sud et Nord ne sont pas dans un rapport relatif d’avance ou de retard. Ils évoluent en sens contraire. Quels sont les règles de cette opposition ?  Quelles sont les propriétés  de cette ligne (Limes) qui sépare l’empire des barbares ?

De part et d’autre du Limes, l’homme n’a pas le même prix, n’obéit pas au même règles et l’histoire n’a pas le même sens.

Dans l’idée de Limes il y a aussi l’idée de protection du Nord par l’abandon du Sud violent. De façon politique, au soutien universel de la démocratie se substitue une complaisance nouvelle à l’égard des Etats totalitaires du tiers monde qui se révèle capables de contribuer à des stabilités régionales et surtout d’empêcher des mouvements migratoires massifs.

L’opposition Est/Ouest était une idéologie de guerre qui installait un équilibre de paix. Le Limes Nord/Sud se présente comme un nouvel ordre pacifique : il contient le déséquilibre et l’affrontement. [il contient aussi toute la diversité des idéologies –extrémistes aussi- qui n’existait pas auparavant. L’opposition Est/ouest était idéologique,  l’opposition Nord/Sud est pragmatique – on se bat pour vivre tout simplement, non pas pour un modèle de vie qu’on trouve meilleur qu’un autre]

 

Les régions du Sud dont je parle connaissent une évolution beaucoup plus grave : elles s’écartent du monde, se replient. Leur vie n’est pas assoupie : elles sont souvent le théâtre de grand drames. Mais ces drames sont inconnus, indifférents, ignorés du reste du monde. P 35

 

L’idée de rétrécissement du monde connu heurte en nous un idée, une évidence familière : la certitude qu’un longue marche historique a conduit les européens a pénétrer jusqu’aux retraits les plus ultimes de la planètes. Or, commence depuis 10 ans, un retrait de certaines régions : les terrae incognita reprennent du terrain, le « blanc » se retire…

 

P 37 : Nouvelle terrae ingognitae : les régions en rébellion. De vastes pan de la Colombie, des Philippines, de la Birmanie échappent à l’autorité centrale depuis de nombreuses années [Election en Colombie, Moz 98 dans 33 villes, région du Nepal inaccessibles, quartier de Karashi ou Lagos  ou le danger est tel que les NU/US les qualifient de « no go areas » et la Police n’y circule plus. Nord du Sri lanka. L’évaluation des risques a partir des palais de verre des Nations Unies n’est pas toujours réaliste.]

 

Les mouvements rebelles autrefois soutenus souhaitaient une reconnaissance internationale. On conviait les internationaux pour témoigner, aider.  Ces régions sont en voix de disparition et les expatriés pris pour cible, pris en otage, rançonner.

 

Auparavant même les pouvoirs antidémocratiques savaient qu’à partir d’un point extrême leurs meilleurs alliés refuseraient de les soutenir et les pousseraient à quitter le pays. Somoza, Marcos, Le Shah…A répéter que ces pouvoirs étaient des dictatures, on finit par oublier qu’ils avaient le respect de cette forme ultime d’alternance qui consiste a reconnaître qu’on a perdu.[…] lorsque ces pouvoirs tombent, la situation est si dégradée qu’une anarchie complète se développe. La terreur provient de la décomposition anarchique, de l’éclatement en factions rivales. Elle peut aussi être délibérer (Perou – Sentier Lumineux, Guerilla Tamil au Sri Lanka.) Les rebelles souhaitent couper du monde les régions qu’ils contrôlent et éloigner les témoins. [ Particularité des pays dans lesquelles on observe les élections : violence et groupes rebelles actifs. Enfin, Exemple du Congo Brz 2002 et du pasteur N’Toumi dont les rebelles restent actifs et gênent le bon déroulement du processus électoral. Transformation des factions en partis politiques, cas de Sierra Leone et du leader emprisonné Fodé Sanko…] P42

 

La fin des soutiens aux guérillas pousse certaine a recourir à la prédation et aux terrorismes. C’est le cas dans les territoires contrôlées par la Renamo en 1983 et suivante alors qu’elle avait perdu le soutien sud africain. [référence au rapport sur le Libéria ou les gens vote non pas pour le futur mais parce qu’il on connu 10 ans de guerre…et encore nécessité de soutenir les partis politiques issues des guérillas, au risque de le voir échouer et recourir à la violence a nouveau (Moz/ Sierra leone)]

 

Les mégapoles du tiers monde forme des zones particulièrement instable, des terrae incognitae : ces zones sont aussi impénétrable incontrôlable que les zones de rébellion. A tort, les villes sont considérés comme politiquement stable [elles sont la ou le vote ethnique à le moins d’influence car les populations sont plus mélangé et les liens traditionnels s’effacent peu a peu. En revanche, les banlieues peuvent abriter des réfugiés apeurés et dont le vote est éminemment sécuritaire (Angola, banlieues de Luanda)] P46

 

Un courant de pensée tiers-mondiste pousse a avoir une vision positive de ces formes urbaines : encourager l’organisation  de leur habitants, donner les moyens de se constituer en véritable communautés structurées. Beaucoup d’organisations de coopération travaille sur cette idée. Pourtant la socialisation qui s’y opère s’organise plus souvent (dans le bidonville au moins) autour de la criminalité organisée. Misère urbaine et trafic en tout genre se développe symbiotiquement. C’est régime mafieux vont de pair avec une redistribution des pouvoirs, une déliquescence de l’autorité de l’état, une corruption croissante politique et policière.  Les favelas de Rio de Janeiro en sont un exemple frappant. L’ordre règne le jour, une importante présence de police privée (vigiles, communauté de défense  citoyenne…). Loi du silence et pouvoir occulte sur des populations soumises par la force et/ou l’intérêt.  D’autre favelas, plus récentes, sont un amas d’habitat précaire, de cartons, de branche, de matériaux de récupération. Les rivalités entre bande y sont très présentes.

[Utilisation par les partis des ces bandes, de ces hommes désoeuvrés, de ces jeunes délaissés par les familles près a tout pour gagner quelques dollars…(Niger et marabout des carrefours)]

 

Apres l’abandon des touristes, puis le départ des journalistes, l’élimination des organisations humanitaires signe, pour une région, son entrée dans le chaos. [ on peut ajouter départ des hommes d’affaires . A l’opposé, les observateurs consacrent le retour des expatriés signe d’une stabilisation de la région. Naissance du tourisme de post conflit : en 1990 on faisait visiter l’URSS et les camps de Sibérie, avec hébergement local. En 2000, on fait visiter aux touristes la Bosnie déchirée et en phase de réconciliation…] P. 51.

 

faute d’avoir contrôle les variables démographiques par des méthodes douces, on voit entrer en scène des moyens brutaux ( contrôle totalitaire de la fécondité, fléau venant accroître la mortalité) Ces moyens sont spécifique au Sud et ne seraient pas toléré au Nord. Il n’est qu’une solution malthusienne que nous soyons prêts a combattre vigoureusement : la migration. La complaisance a l’égard des méthodes totalitaires de contrôle démographiques naît de la : la peur de l’invasion. P 66 : 

 

La misère actuelle est le produit de 30 ans de développement. Les masses déracinées et dépendantes qu’ont déplacées ces 30 glorieuses se répartissent en agglomérat, en îlots : réfugiés et bidon villes. [ traitement du cas de réfugiés dans les élections : Mozambique 94 incluant une phase de réintégration des réfugiés, Sierra Léone 2002 aussi). ] Pourtant, notons qu’au Sud mouvement n’est pas nécessairement déracinement : il y a en Afrique une longue tradition de mobilité, par rapport au catastrophe naturelle notamment. P70 :

 

Deux grands obstacles sur le chemin des migrations : la frontière et la ville.

 

l’exode rural au Sud concerne essentiellement les grandes villes : plus elle s’accroît plus son effet d’attraction augmente, au détriment même des villes intermédiaires. Secteur informel, économie parallèle, absence d’état et quelques opportunités de travail mais surtout accès a l’eau et l’électricité, voir la TV, le tout même en partage. C’est une société du spectacle : le rêve de la richesse est la à coté, inaccessible mais visible. Oisiveté vigilante des populations : toujours prêt pour une bonne affaire qui permettra de tenir quelques jours.  [Difficultés de planifier, de prévoir l’avenir, de la concevoir, capacité limité a imaginer le futur est une caractéristique commune aux réfugiés et au personne vivant dans la précarité. Valeur affecté au futur est limité et de loin moins importante que l’intérêt pour le présent : risque est plus acceptable.  (acheter sa nourriture en petite quantité plusieurs fois par jour, pas d’argent liquide, vêtements usager etc, une survie grâce à un réseau plus ou moins dense de contacts…). Des individus facilement manipulables et qui ne sont guère sensible au programme politique de long terme…favorisent le clientélisme. Solution de long terme dans l’éducation]. P 80 :

 

Dans les camps de réfugies, les mouvements politiques contrôle les masses, obtenant une stricte allégeance de ces dernières.

 

Le concept de « Politique du ventre » : tout se résume à l’acquisition de richesse et non à leur production.

 Le clientélisme politique prend différent aspects : en campagne électorale il revêt des allures caricaturales. AU brésil,  pendant les municipales, chaque conseiller d’arrondissement mène sa propre campagne. Des troupes misérables sont engagées pour des sommes modestes, et animent des défilés sur des rythmes de samba. Les T shirts distribués par les candidat sont portés bien après les élections : ceux qui les reçoivent n’en ont souvent pas d’autres. Le dénuement est tel que les sommes dépensées pendant la campagne permettent de procéder à de véritable d’achat d’électeur.  P 86 :

 

Oscar Lewis « Une attitude critique à l’égard de certaine valeurs et institutions des classes dominantes, la haine de la police, la méfiance à l’égard du gouvernement et des personnalités haut placées et un cynisme qui s’étend même à l’égard de l’église donnent à la culture des pauvres une qualité d’opposition et un potentiel utilisable dans les mouvements politiques dirigés contre l’ordre social existant » (Oscar Lewis, La Famille Sanchez, P33, Gallimard 1963) Ces populations n’ont rien a perdre, rien a craindre. P.87

 

Ce dessèchement rapide et mortel végétaux, certains hommes, certaines idées en sont victimes tout autant. P. 91 :

Aujourd’hui pour le Nord, Le sud apparaît comme une sorte de gigantesque poubelle des idéologies périmées. P 94 :

 

Les idéologie du Sud contemporain ne s’est pas construit « vers » mais « contre » : Il y a une volonté de rupture. Le marxisme est aussi un produit de l’occident, il est aussi rejeté.  L’activités révolutionnaires du tiers monde a quelques caractéristiques dont celle d’autoriser la négations des valeurs gréco-latines : culture scientifique, progrès technique, démocratie politique, liberté des mœurs, rationalité économique. [ Plus généralement, on peut placer l’observation dans le cadre de la o-confrontation occident/islam : aucune démocratie en terre d’Islam. Dans les pays qui ont les moyens. Seules les anciennes colonies ou l’Islam est plus doux, bien qu’en voie de radicalisation, peuvent prétendre à un caractère démocratique.] P98

 

L’économie exprime les différences sous forme d’écarts quantitatifs mais elle atteste implicitement que l’Etre dans les deux entités comparées est identique. Enveloppés de la sorte, Malawi et Etats Unis sont deux objets de dimension inégale mais de même nature. L’un est plus avancé que l’autre mais tout deux sont situés sur une ligne continue, avec le temps on peut rattraper le retard. [Concept d’enveloppement économique que l’on peut reprendre en matière de démocratie : enveloppement démocratique] P118

 

La dimension que je veux souligner dans cette religion du micro-projet, c’est la résignation [titre du chapitre : Micro-projet – Macro indifférence]. Le micro-projet se fait dans les mailles du réseau de corruption local. Il le contourne ou lui paie un tribut pour acheter sa tranquillité. P129 :

 

Ces politiques [de coopération internationale] auront désormais moins comme but de promouvoir le développement économique du sud que de prévenir les dangers politiques et sociaux de ce développement. La Coopération devient un outil au service du Nord : c’est l’instrument de stabilité du sud malgré le développement ou sans lui. P132 :

 

Seul nous importe ce qui concerne le Nord : la zone cruciale est à sa périphérie, la ligne le long de laquelle il jouxte les nouveaux barbares. Plus question la de lutte indirecte, de camouflage, c’est soi-même qu’on défend. On peut libérer toute la puissance, ouvertement, avec pour seule limite le respect du Droit puisque le Nord entend le représenter et le défendre. P 142 :

 

Les Sud et ses spécificités : croissance de la population, l’ampleur et l’aspect de sa misère, les racines séculaires de ses conflits, dans la violence de ses idéologies.

 

sur le moyen orient : Par une politique d’affaiblissement, d’équilibre et de neutralisation des Etats de la région, il sera sans doute possible d’aboutir à une sanctuarisation d’Israël et des zones pétrolières. Mais ces sanctuaires resteront situés au milieu d’Etats dont la nature sudiste ne se démentira pas avant longtemps. P162 :

 

Le conseil de sécurité, où les principales capitales du Nord disposent d’une place permanente et d’un veto, les met en mesure d’énoncer le Droit et de l’imposer. P 175 :

De même les critiques à l’égard du boucher de Bagdad, n’ont pas empêché d’opérer un rapprochement avec l’Iran (dont on connaît les vertus démocratiques), la Chine et de laisser la Syrie s’emparer du Liban chrétien. Il est clair que le nouvel ordre mondial fondé sur la démocratie et le Droit est limité dans l’espace.  Les Etats unis sont prêts a soutenir des Etats qui ne respectent ni la démocratie ni le droit pourvu qu’ils remplissent une fonction utile de stabilisation du « limes ».

 

Cette définition théorique de l’Etat tampon, on peut la résumer d’un mot : stabilité.  Lorsqu’il touche les limes, un état du sud n’a qu’une chose à vendre, une chose sans prix, un richesse inépuisable : sa stabilité. P196 :

 

L’expression « infériorité civile des femmes ». P 198

 

La vie dans les tiers-mondes nous a toujours paru exagérément peu cotée : pourtant, jusqu’à présent, la rivalité Est/Ouest contribuait à en soutenir fermement le cours. Aujourd’hui, il s’effondre. La vie au Sud ne vaut plus rien, rien là-bas, ce qui n’est pas nouveau, mais rien non plus ici. P 204

 

Si l’aide humanitaire est née au Biafra (70), elle est morte au Liberia (90). A vingt ans de distance, ces deux guerres alignent un nombre sans doute égal de morts atroces […] Le choc des reportages sur le Biafra avait été énorme : c’est à peine si le Libéria est entrevu sur les écrans.

 

St Ambroise, par exemple, encourageait la vente de vin aux barbares « afin qu’ils s’anéantissent dans l’ivresse et qu’ils en soient affaiblis »…Autrement dit : avec des gens qui nous menacent, que nous devons combattre, les lois ordinaires ne s’appliquent pas. Ce qui n’est pas licite dans l’Empire, le devient au-delà du limes. On accepte dans cet espace barbare ce qu’on ne saurait tolérer en pays civilisé. P 208 :

Dans le domaine politique, l’idéal démocratique s’applique au Nord mais sur le limes comme dans le reste du monde barbare l’impératif de stabilité prime tout. Au Sud , le totalitarisme peut être accepté.

De même le soutien de  régimes autoritaires n’est plus tabou s’il apparaît que face à un Sud incontrôlable, ils sont les derniers remparts de l’ordre.

 

La diplomatie du limes est un périlleux exercice de maintien de l’inégalité. Si elle néglige les Etats tampons et les laisse dans le chaos, elle met en danger le Nord très directement. Si, au contraire, elle développe cette zone, elle pose, à terme, la question de son intégration dans le Nord. Faute d’être récompensés de leurs efforts mimétiques, les bons élèves de la zone tampon risquent de se tourner vers les idéologies de rupture pour obtenir ce qu’ils veulent par la force. Le limes est incontestablement un lieu de tension progressive est d’affrontement non parce qu’il sépare deux mondes différents mais parce qu’il égalise ses deux berges et tend à faire perdre toute justification à l’inégalité de statut qui les distingue. P 226 :

 

Post face écrite en 2001

 

Les années 90 ont été marqués par une intense activité diplomatico-militaire qui a pu faire illusion. La Communauté internationale fraîchement réunifiée a proclamé sa volonté de pratiquer partout une diplomatie morale que les opérations de maintien de la paix engagées par l’ONU ont symbolisé. […] La communauté internationale semblait vouloir affirmer sa vocation mondiale, sans distinction de proximité ou de richesse (Cambodge, Moz, Salvador, Kurdistan, Bosnie). Le Slogan du « droit d’ingérence » était brandi comme un mot d’ordre universel. P243 :

 

De 95 à 99 s’est accompli un double mouvement contradictoire, désengagement international sur certains théâtres, engagement massif sur d’autre, en accord avec la théorie du Limes qui rend nécessaire, pour le bien du Nord, son intervention dans certains états su sud, son aveuglement vis-à-vis de certains régimes politiques favorisant la stabilité de tels ou tels régions, son abandon total de régions périphériques.

 

Le Maghreb est stabilisé, malgré les fortes turbulences qu’il connaît, par l’action autonome de régimes politiques durs. [révision constitutionnelle en Tunisie permettant 14 ans de pouvoirs supplémentaire au président actuel : media doit lutter contre mais au niveau de la démocratie, peu à dire sur la révision constitutionnelle.] Concernant l’Algérie, le soutien de l’occident ne lui a jamais été disputé et peu de répressions ont été menées avec une telle tranquillité. P246

 

Au Kosovo, le rôle des troupes internationales est de sanctuariser ce découpage.

 

La crise des états du Sudan pris une ampleur qu’il était difficile de soupçonner : crise politique qui va jusqu’à l’effondrement comme dans plusieurs pays d’afrique, crise économique qui va jusqu’à la banqueroute comme dans certains pays pourtant prometteurs d’Amérique latine, crise sociale, volontiers exprimée sur le mode de tensions religieuses et ethniques dans la sous continent indien et en extrême orient. [la démocratie électorale n’a pas aidé la Cote d’Ivoire a évoluer favorablement après Oufouet Boigni, La démocratie au Pakistan a apporté la corruption de la classe politique (qui n’a jamais fini son mandat. – Comment se placer par rapport à l’armée dont le role dans le fonctionnement des états est essentiel. L’armée siège à l’assemblé nationale en Indonésie, au Conseil de Sécurité National au Pakistan, garante de la république turque : l’argument étant d’intégrer l’armée aux institutions afin que cette dernière soit  parties prenantes de la politique et ne souhaite pas renverser les institutions..] P249 :

 

La disparité Nord/Sud ne cesse de s’aggraver ; le fossé se creuse, même si le sud, bien sur, reste hétérogène et comporte en son sein des inégalités non moins criantes.

 

Quelques exemples positifs : la stabilisation de l’Ouganda, Mandela en Afrique du sud, la transition démocratique au Mali.

 

P250 : Je vois la une des principales erreurs de cette ouvrage : la tendance à négliger les évolutions spontanées, la capacité de réaction et de réponse des peuples à la crise.

 

Partout où se répand la culture de la pauvreté que nous avons évoquée, se constituent des forces politiques radicales dont nous n’avions pas assez estimé la force. Le fondamentalisme islamique est évidemment la plus en vue aujourd’hui et ceci, sans être tout à fait une surprise, constitue néanmoins une nouveauté.

 

De nombreux pays sont ainsi découpé et, autour d’îlots de prospérité (relative), laissent croître de vastes zones en déréliction. […] Cette logique de comptoir est évidemment très condamnable.