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Les salauds de l’Europe – Jean Quatremer – 2017

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D’ici 20 ans, plus aucun des pays européens du G7 n’en fera partie.

L’Europe et ses 500 millions d’Européens concentrent 50% des dépenses sociales de la planète de 7 milliard d’habitants.

L’euroscepticisme  prend sa source dans les demi-vérités et dans l’absence de mise en perspective.

Les salauds de l’Europe ce sont les élites nationales et Européennes, celles qui ont fait de l’Europe une post démocratie ou les citoyens sont tenus a l’écart, celles qui décident a Bruxelles de politiques qu’ils n’assument pas dans leur capitale…Mais ce sont aussi les démagogues, du Front National au Mouvement 5 Etoiles, en passant par l’UKIP, l’AfD allemand, le PVV néerlandais…Des démagogues qui mentent sans retenue, déforment les faits, attisent les haines et qui ne trouvent personne pour leur répondre, puisque personne l’assume plus l’Europe, notamment en France…ce sont ceux qui détruisent l’idée européenne que Barack Obama a vantée…comme l’une des plus grandes réalisations politiques et économique des temps modernes.

Personne ne conteste que l’unification politique du continent n’a pas été portée par un irrésistible mouvement populaire.  Aucun gouvernement n’a jamais pensé consulter les citoyens lorsque la construction communautaire a été lancée dans les années 50….il était politiquement impossible pour la France de convoquer une assemblée constituante européenne qui aurait adopté une Constitution à la suite d’un large débat citoyen. Une telle aventure aurait débouché sur un échec certain.  Schuman prône une Europe qui se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait.

Entre 1950 et 1952, les projets de création d’une Europe des transports, d’une Europe agricole et d’une Europe de la santé publique, toutes trois gérées par des Hautes Autorités, échouèrent face aux oppositions du Parlement ou de tel ou tel gouvernement…parce qu’il n’avait pas la porté politique de la CECA et parce qu’ils n’avaient pas été préparés dans le secret, ce qui a permis une mobilisations des opposants…

Schuman indique en 1951 qu’il proposer au moment voulu la création d’une organisation politique européenne pour la formation d’une politique étrangère commune.

EN 1950 la France prépare la Communauté Européenne de Défense, une armée européenne. Elle sera ratifiée facilement par les partenaires de la France alors qu’elle est rejetée par le parlement Français. De Gaulle «  l’Europe sera construite sur le cadavre de la France »  en 1952.

Intéressée par une « communauté de l’atome » la France, pour l’obtenir, s’engage alors dans un Marché commun européen qui, lui, intéresse ses partenaires Allemand et au Benelux.

Raymond Aron – l’idée de l’unité européenne est d’abord une conception d’hommes raisonnable, ce n’est pas un sentiment populaire

Cette capacité du referendum à fédérer les « non » surtout lorsque les bénéfices du « oui » sont hypothétiques et lointains est telle connue que ceux qui réclament des référendums  sur l’Europe sont toujours ceux qui lui sont opposés.

L’Europe n’a pas été fondée contre ses peuples mais pour eux, en respectant les processus démocratiques internes. (Aucun état n’a jamais été fondé à la suite d’un référendum).

Les rois qui ont fait la France ont-ils  demandé aux Angevins, aux Lorrains, aux Alsaciens s’ils acceptaient de faire partie du royaume ? A la fin du XVIIIe siècle, le français est une langue minoritaires comprise par seulement 10 à 20% des habitants…ce n’est qu’après la première guerre mondiale que la majorité des français parle le français a la maison.

Le point Godwin : «  plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis s’approche de 1 » ; moment dans un débat ou les adversaires s’injurient et ou toute discussion constructive devient impossible.

Le Conseil européen est devenu dès les années 80 de facto l’institution qui préside aux destinées de l’Union. Les présidents de la Commission après Delors (Santer, Prodi, Barroso) ont transformé la Commission en un simple secrétariat exécutant servilement les ordres du Conseil. Apres la crise de l’Euro en 2010, son rôle est encore renforce avec des réunions quasi mensuelles…

L’exécutif européen dispose du monopole d’initiative législative – il peut ne rien faire même si les états souhaitent qu’il agisse, ou orienter la discussion, car celui qui tient la plume peut faire passer ses idées.

Il reste néanmoins qu’un pays peut se voir imposer une décision dont il ne veut pas. Mais souvent les gouvernements demandent à être mis en minorité pour pouvoir incriminer Bruxelles (alors qu’ils soutiennent la position mais ne peuvent la vendre politiquement dans leur pays…)

Majorité qualifiée : 55% des pays représentant 65% des Européens.

Il n’est arrivé que très rarement qu’un gouvernement tombe à cause de ce qu’il a décidé à Bruxelles. C’est arrivé à ma connaissance une fois en Slovaquie, en 2011, lorsque le Parlement n’a pas accepté le principe de solidarité financière avec la Grèce (pourtant accepté par la Première ministre).

Apres tout, cette absence de contrôle direct (des citoyens sur les institutions de l’Europe) est-elle si grave ? En France ou aux USA, le Président ne peut pas non plus être censuré ou contrôlé : ce qui est important, ce sont les contre-pouvoirs mis en place.

Une zone Euro échappant a tout contrôle : le Parlement (bien qu’ayant des pouvoirs de codécisions étendus et faisant jeu égale avec le Conseil -sauf dans certains nombre de domaine y compris le budget !- qui doit maintenant compter avec lui) n’a pas son mot à dire au sein de la zone Euro. Alors que la zone Euro ne se réduit plus uniquement à la politique monétaire, mais touche désormais a la politique économique et budgétaire, aucun contrôle parlementaire n’existe (sauf au niveau national ou ils exercent un contrôle sur la partie qui concerne leur pays  et non sur l’ensemble de la politique applicable à la zone Euro).

Neelie Kroes : sous la surveillance directe de Junker a cause de sa participation dans une vingtaine de conseils d’administration laissant craindre des conflits d’intérêt.

Canete :  a fondé deux compagnies pétrolières (désormais dirigées par des membres de sa famille) et conserve son poste de commissaire à l’énergie et au climat (car soutenu par le PPE qui a pris en otage la candidature Moscovici…)

Depuis 1999 (chute de la Commission Santer) la Commission ménage come jamais le Parlement qui est devenu un acteur important de l’Union. Il est indéniable que l’Europe est partiellement entrée dans l’ère de la démocratie parlementaire.

En France, le referendum est devenu la forme la plus achevée de la démocratie alors qu’il en est une forme dégradée, comme l’ont bien compris les Allemands qui l’ont interdit.

Les referendums sur l’Europe : 10 votes négatifs contre 29 positifs. Ce qui en dit long sur le soi-disant rejet de l’Europe par les peuples.

Le non au référendum de 2005 – le traité constitutionnel européen : la principal motivation du non était les risques qu’il faisait peser sur l’emploi…alors que le TCE reformait surtout les institutions (mais reprenait aussi les textes des traités précédents). Les principales modifications furent intégrées deux ans plus tard dans le traité de Lisbonne.

La Commission tend à devenir au fil du temps un problème pour l’intégration communautaire, sans doute supérieur à celui que représentent les Etats. L’exécutif Européen … a oublié ce qu’était l’intérêt général Européen. Je me demande sincèrement s’il y a encore quelque chose a sauver dans cette institution qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut.

Le chef d’Etats ont convenu qu’il ne fallait plus nommer a ce poste que d’anciens Premiers ministres afin de ‘rehausser’ la fonction. En réalité le but était de raccourcir la laisse de la Commission : un ancien Premier Ministre a été membre du Conseil européen et a tendance à se comporter comme tel – en clair il cherchera à ne pas déplaire à ses collègues et mandants.

La réforme de Neil Kinnock en 2004 a consisté à briser ce qui avait été à l’origine conçu comme un corps d’élite construit sur le modèle de l’administration française pour passer a une logique de management privé proches de normes anglo-saxonnes. Il y eu un affaiblissement de l’esprit Européen due à l’accroissement des taches de pure exécution. Le recrutement ne se fait plus sur la connaissance des affaires communautaires et leur engagement Européen. Faute de capacité interne, la Commission doit faire appel des consultants extérieurs, généralement britanniques ou américains….

Le commissaire à la concurrence veille a empêcher la constitution de monopole sur le marché européen, même si cela interdit la constitution de champions européens mondiaux (Apple, Amazon, Microsoft n’auraient jamais pu naitre dans l’Union.

La Commission est incapable de remplir sa tâche, qui est non seulement d’aider à la construction communautaire, mais aussi de faire aimer le projet européen. Elle est incapable de la moindre empathie, car dénuée de tout sens politique.  Cette absence de sens politique se fait sentir dans tous les domaines, comme le montre, par exemple, la négociation de l’accord d’association avec l’Ukraine qui a déclenché les foudres russes et entrainé l’annexion de la Crimée et la guerre dans l’Est du pays…la bonne approche aurait consisté à parler à Moscou avant toute négociation pour l’assurer que jamais l’Ukraine n’adhèrerait a l’Union ou l’OTAN, comme cela avait été fait avec l’Autriche avant 1989.

Le CETA était un accord mixte – et non pas purement communautaire, c’est-à-dire qu’il devait être ratifié par le Parlement Européen et l’ensemble des parlements nationaux

Guy Verhofstadt, président du groupe libéral, ancien Premier ministre belge, émarge dans pas moins de 7 conseils d’administration (pour 12,000 euro/mois en plus de son salaire d’eurodéputé.

Le traité de Lisbonne a introduit  la possibilité de réduire les compétences de l’Union : c’est un symbole fort, puisqu’il était acquis jusque-là que l’extension des compétences de l’Union était infinie.

En matière de politique sociale, l’union n’a rien à dire dans les domaines des salaires, du droit syndical, du droit de grève, du droit de fermeture temporaire d’entreprise. Elle peut simplement adopter à la majorité qualifiée des normes minimales en santé, sécurité et conditions de travail des travailleurs, consultation des travailleurs, lutte contre la discrimination et modernisation des systèmes de protection sociale. Pour les autres compétences, l’exigence de l’unanimité paralyse l’exercice.

L’union n’était que la spectatrice du traite de Lisbonne : les gouvernements ont même refusé que la Commission publie un tableau de bord des reformes accomplies et restant à accomplir.

Si on ajoute a cela la propension des Etats a communautariser les échecs et a nationaliser les succès européens, on comprend mieux la frustration qu’engendre la construction européenne.

Ce procès en ultralibéralisme de l’union, contre la concurrence libre et non faussée, est une spécificité hexagonale. L’union regroupe des pays qui ont en commun la démocratie et l’économie de marche. Mais une économie sociale de marché comme l’affirme les traites, l’union concentrant la moitié des dépenses sociales de la planète

La concurrence libre et non faussée, son but est double; réguler la concurrence sur les marchés et entre les états. L’exact contraire de l’ultralibéralisme.

La politique de la concurrence a une fâcheuse tendance à retenir une définition très étroite du ‘marche pertinent’ ; elle se limite trop souvent au marché européen, voire une partie de se marche, alors que la concurrence est mondiale. Avec la Commission, ni Google, Amazon etc. n’aurait pu voir le jour en Europe.

En 2014, les Etats Membres ont été autorisé à aider leurs entreprises à hauteur de 152 milliard d’Euro (y inclus 41 milliard pour le rail). La Commission n’a mis son veto qu’a 1,8 milliard d’aide jugées illégales.

Fonds structurels : les pays de l’Est reçoivent 4% de leur PIB en aide communautaire, comme cela a longtemps été le cas pour l’Ireland, le Portugal ou la Grèce.

On a oublié aujourd’hui ce qu’était une crise monétaire qui faisait perdre de sa valeur à une monnaie sans qu’on le souhaite et perturbait les échanges. Cela se chiffrait en point de croissance perdu, inflation et récessions.

Il y a, à la Commission et chez les états membres, puisque la première ne peut rien faire sans les seconds, une véritable religion libre-échangiste. 90% en volume des marches publiques sont ouverts à la concurrence en Europe, 32% au Etats Unis, 28% au Japon, 16% au Canada. On cherchera en vain un Buy European Act comme il en existe aux Etat Unis depuis 1933. L’instauration d’une préférence européenne pour les acteurs publiques est une possibilité, tout comme les l’utilisation ferme des instruments de défense commerciale.

Pékin concurrence l’Europe dans tous les secteurs. L’erreur de l’Europe est  d’avoir accepté d’entrer en concurrence avec un pays qui ne respecte aucune règle du jeu, qu’elles soient concurrentielles, environnementales, monétaires ou sociales (et de croire que toute la planète va accepter le jeu de concurrence ouverte qu’elle développe en Europe…)

Traite de Maastricht : la grande Bretagne a réussi à affaiblir, tout au long de la négociation, les articles sociaux avant de réclamer, lors du sommet de Maastricht de décembre 1991, un ‘opt out’, ce qui obligea ses partenaires à placer tout le chapitre, pourtant peu contraignant, dans une charte à part.

Les coopérations renforcées, qui permettent à quelques pays d’avancer plus vite dans certains domaines, n’ont débouché sur rien en matière fiscale. Le dumping fiscal et social est bien le résultat de la volonté des Etats, pas de l’Union.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La folie des banques centrales, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 2016

 

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Lorsque l’argent ne coute rien

On compte sur les banquiers centraux pour relancer la croissance, combattre la déflation, aider a résoudre l’endettement des Etats, conjurer l’éclatement de l’euro, faire repartir l’investissement…on a fini par vouloir régler avec la monnaie tous les problèmes, et d’abord ceux de l’économie réelle. Or le recours systématique à l’inondation monétaire dès qu’un déficit de croissance se fait jour n’a aucun sens.

En continuant à inonder la planète de liquidités, les banquiers centraux jouent un jeu dangereux et l’issue pourrait bien faire de la crise de 2007-2008 une aimable répétition avant un nouvel accident plus dévastateur encore. L’inflation étant revenue à un niveau inférieur à l’objectif de 2%, les banquiers centraux se sentent désormais les mains libres pour s’occuper de la croissance et de l’emploi dans un contexte ou la pression des politiques et des opinions publiques jouent dans ce sens. Par ailleurs, les politiques monétaires sont de plus en plus inefficaces à mesure que les pays sont de plus en plus endettés (plus on est endetté, moins on s’endette a nouveau). L’abondance de liquidité existante amène à pratiquer l’inondation monétaire pour espérer obtenir un résultat.

Un relèvement des taux américains serait le signe que l’injection massive de liquidités qui dopent les marchés depuis 2007, touche à sa fin. Et avec elle la période d’argent facile qui a permis de se refaire après la crise de 2007 et déclencher un incroyable boom sur les actifs financiers.

Il n’existe aucune limite technique à l’augmentation du bilan des banques centrales: une banque centrale peut toujours créer de la monnaie pour acheter des actifs.

Le Quantitative Easing fonctionne de la manière suivante. La banque centrale crée de la monnaie en créditant des lignes de dépôt des institutions financières, cette monnaie étant la contrepartie d’achat de titres (de la dette) détenus par les institutions financières sur les marches financiers. Pour ces institutions, ces créances sont donc converties en argent frais, leur permettant de distribuer d’avantage de crédits, ce qui est censé doper l’activité et la croissance. En outre, l’achat d’obligation fait baisser leur rendement (la demande fait monter leur prix donc leur rendement baisse) ce qui incite les investisseurs à acheter d’autres actifs (dont les prix montent créant un effet de richesse). De plus la baisse des rendements obligataires entraine une baisse des taux de prêts bancaires: autant de vitamines pour l’économie. En tirant l’ensemble des rendements vers le bas, le QE  peut espérer favoriser la dépréciation de la monnaie et rendre les exportations plus compétitives. Avec son programme de QE de 1140 milliard d’euro (10% de la masse monétaire) en 18 mois (fin Sept 2016), la BCE fait mécaniquement baisser le cours de l’euro.

La situation ou le taux d’intérêt est durablement inférieur au taux de croissance est bien pathologique puisqu’elle incite les acteurs économiques à s’endetter au-delà du raisonnable. C’est bien ce que l’on observe depuis une quinzaine d’année. De même en pratiquant une politique de taux d’intérêt à long terme très bas associée a la monétisation des dettes publiques dans les cadres du QE, elles ont encouragé les gouvernements à laisser filer les déficits publics (parce que les intérêts à payer sur la dette sont très faible). Lorsque la dette est détenu par la banque centrale, l’état lui verse les intérêts sur cette dette, mais ensuite la banque centrale, qui transfère ses profits a l’état, les lui rend

La base monétaire mondiale tourne autour de 20 000 milliards de dollars. Nous pensons que la liquidité mondiale va continuer d’augmenter pendant plusieurs années.

Les bulles sur les prix d’actifs sont de retour: la politique laxiste des banquiers centraux n’a pas fait revenir l’inflation (celles de salaires ou des biens) mais elle a nourri l’inflation des prix des actifs notamment actions et immobilier. Les banques font apparaitre un effet de richesse nécessaire à la stimulation de la demande par l’enrichissement des détenteurs de portefeuilles.

Avec des politiques monétaires très expansionniste et des taux d’intérêt à long terme demeurant inferieurs a la croissance nominale, les valeurs boursières sont tirés vers le haut.

A NY, le Standard & Poor’s 500 a progressé de 72% entre sept 2010 et sept 2015. Le Nikkei s’est apprécié de 93%. A Londres le QE a plutôt nourri la bulle immobilière. A Shanghai, la bourse s’est envole de 150% entre Juin 2014 et Juin 2015 et a alimente le train de vie d’un nombre croissant de Chinois de la classe moyenne. La bourse devient dans un certain nombre de pays un instrument de politique monétaire.

Les banques souhaitent compenser une demande trop faible en raison du manque de pouvoir d’achat des revenus salariaux par une expansion ininterrompue du crédit et des revenus non-salariaux. La manœuvre est périlleuse: les pires excès sont à craindre si les investisseurs sont incités à croire que les banques centrales encouragent la prise de risque et les ‘assurent’ contre une baisse des actifs. Il y a alors formation de bulle doublée d’une augmentation de l’endettement (grâce au taux d’intérêt faible).

Une remonte des taux d’intérêt provoqueraient des pertes massives sur les portefeuilles d’obligations achetés avec des coupons très faibles par les investisseurs.

Le recours au QE lorsque la situation des marches financiers est bonne ne peut que faire enfler les bulles: c’est bien la preuve qu’une banque centrale ne devrait pas utiliser celle-ci comme instrument de politique monétaire pour soutenir l’économie.

A l’été 2015, les perspectives de croissance des pays émergents a provoqué des sorties de capitaux de ces pays 10 fois plus importantes qu’il y a dix ans, ce qui explique l’effondrement de leurs devises (les devises –hors China- ont perdu 30% contre le dollar depuis Janvier 2014)

La création monétaire – indispensable lorsqu’il se produit une crise de liquidité en 2009 – ne sert strictement à rien lorsqu’on parle de la faiblesse de la productivité, de l’innovation, du niveau de qualification de la population active,  de l’insuffisance de l’investissement dans les infrastructures…Ces politiques ont des effets pervers sur le plan structurel: elles protègent les faibles contre le risque de défaut (grâce a des taux d’intérêt bas) mais les incitent aussi à profiter de cette protection. Elles contrarient le processus de ‘destruction créatrice’ en évitant la disparition des ‘faibles’ (et cela au détriment des agents économiques les plus dynamiques). Elles favorisent le développement de la partie de l’économie liée aux prix des actifs, a l’endettement, a la spéculation…

En Chine, la politique monétaire provoque une accélération du crédit qui ne finance pas l’investissement des entreprises, mais la construction, les infrastructures avec le risque d’excès à la fois d’investissement et d’endettement.

Au japon le programme de QE a fait perdre (volontairement) 35% de la valeur du yen face au dollar depuis l’automne 2012 (même politique de dévalorisation de la monnaie en Europe et en Chine) mais les exportations n’ont pas suivi. On a parlé de ‘dépréciation sans exportation’ avant de conclure que les stratégies de change des années 80 avaient perdu de leur pertinence avec la globalisation des chaines de production.

Dollar, euro, yen ont cédé plus de 20% de leur valeur en 3 ans. En l’absence de coordination internationale, on risque d’assister à une surenchère qui fera encore plus de dégât sur la croissance mondiale.

Il y a fort à parier qu’une remonté des taux d’intérêt n’est pas pour demain car la première banque qui le fera exposera sa monnaie a l’appréciation.

Même les périodes de croissance avec baisse du chômage ne font plus revenir l’inflation. La théorie économique qui lie la baisse du chômage a l’inflation par le biais de l’augmentation du pouvoir d’achat et des salaires ne fonctionne plus (la courbe de Phillips liant croissance des salaires, prix et taux de chômage, n’est plus vérifiée).

Des reformes pour éviter le pire

  1. Les banques centrales doivent laisser de cote l’objectif d’inflation (qui restera faible certainement) et veiller plus à la stabilité financière (contrôle des prix d’actifs, de la liquidité…)
  2. S’adapter à une faible croissance potentielle (plutôt que d’essayer de retrouver les niveaux élevés d’antan).
  3. Faire en sorte que le FMI coordonne les politiques monétaires et de changes.
  4. Renoncer aux politiques monétaires expansionnistes qui durent trop longtemps et notamment lorsque le problème de l’économie n’a rien à voir avec la politique monétaire mais est lie a l’absence de réformes etc. qui bloque la croissance.
  5. Se donner un objectif de liquidité mondiale et commencer à réduire les liquidités très doucement. La base monétaire devrait progresser a peu près comme le PIB mondial en valeur. Ce dernier a progressé de 8-9% par an entre 2000 et 2009. La base monétaire a augmenté de 17% par an

 

Le goût de l’avenir. Jean Claude Guillebaud. 2003

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Max Weber : la politique, c’est le goût de l’avenir.  A mes yeux, c’est vouloir gouverner l’avenir, refuser qu’il soit livré aux lois du hasard…

Ilya Prigogine : la grande bifurcation, combinaison de trois révolutions (économique, numérique et génétique) qui va bien au-delà d’un séisme comparable à celui des lumières, d’un basculement analogue à la renaissance européenne. Il n’hésite pas à comparer cette grande bifurcation à celle d’il y a douze mille ans, qui nous fit passer du paléolithique au néolithique.

La femme de Lot, transformé en statut de sel pour s’être coupablement retournée vers Sodome, femme pétrifié incarnant du même coup «  la vie figée par la fascination de l’ancien » .

Pierre Hassner : Le 11 septembre nous avait fait changer de paradigme dominant. Il était ruiné l’espoir de voir la modernité cheminer peu à peu vers l’utopie kantienne d’une paix perpétuelle qui, en dépit des tribulations et ressauts de l’actualité, finirait par naitre de la conjonction de la république participative, de l’état de droit et du principe fédéral. Il redevenait hors de portée ce règne annoncé du « doux commerce » grâce auquel la « marchandise » finirait par avoir raison de la violence et des passions humaines.

Pierre Dupuis « ne pas voir le mal pour ce qu’il est, c’est s’en rendre complice »

La démocratie moderne se veut résolument optimiste et pluraliste. Sa confiance affichée dans le progrès, son désir de bonheur terrestre et d’apaisement des mœurs, sa volonté de respecter la diversité des opinions et des croyances, tout cela lui interdit par principe de tenir un discourt autoritairement normatif. Elle ne professe pas la morale. Le silence désemparé qu’elle oppose aujourd’hui au resurgissement du mal trouve là son origine lointaine.

La plus belle réussite de la barbarie est de nous faire croire qu’elle n’existe pas – voire qu’elle est tout bonnement « une culture », comme on dit.

C’est au non-sens qu’il faut assimiler le mal afin de faire apparaitre que le contraire du mal n’est pas le bien mais le sens. Ainsi nous serait enfin permis de résister au mal sans avoir à subir la pesanteur d’un bien trop normatif dont nous n’acceptons plus l’autorité.

La priorité du juste et du raisonnable sur le bien est la matrice symbolique du régime libéral-démocratique. On préférera parler à la rigueur des biens, au pluriel…

L’Europe, dit-on, empêchera le retour à la guerre, elle évitera la déstabilisation monétaire .  L’unification du vieux continent est présentée comme un moyen de minimiser le mal et non plus réaliser un bien. La faible capacité mobilisatrice d’une telle démarche trouve là son origine.

Les media, internet et l’émergence d’une opinion globale : ces nouveaux modes d’élaboration et d’expression de l’opinion collective contribuent de façon presque automatique à un schématisme simplificateur.  La politique reprend à son compte la démagogie de la communication. Tout cela donne une prime au jugement à l’emporte-pièce plutôt qu’à l’analyse scrupuleuse ; privilégie l’invective plutôt que le débat…

Refuser la simplicité meurtrière du dualisme. La tolérance est la reconnaissance du droit aux idées et vérités contraires aux nôtres.

Une synthèse : la mutation historique et même anthropologique que nous sommes en train de vivre est exceptionnelle. Elle s’accompagne du resurgissement de certaines réalités que nous avions chassées de nos têtes : celle du mal, par exemple. Or, déshabitués de la philosophie morale, oublieux des expériences théologique, nous nous réfugions volontiers dans des postures défensives. La plus ordinaire consiste en un manichéisme réducteur : noir contre blanc, méchants contre gentils etc.  En dépits des apparences, ces dualismes équivalent à une forme d’immobilité mentale. Nous confondons la clameur des invectives avec l’audace de l’esprit.

Société schizophrène : La société exalte la transgression mais déplore l’absence de règles ; redoute la violence mais ironise sur la civilité ; exalte le libertinage mais criminalise la sexualité.

L’humanité de l’homme en général se fonde sur le concept de limite mais la réalisation de chaque homme en particulier passe par la transgression : c’est la limite qui fait l’homme mais c’est la transgression qui fait l’individu. Cela signifie qu’on ne peut renoncer ni à la limite ni à la transgression.

Pour la plupart des mythologies, des plus anciennes aux plus actuelles, le héros est celui qui désobéit.

Quant aux dix interdits du Décalogue et qui symbolise la plus essentielle de toutes les limites, leur formulation est à l’indicatif futur et non pas à l’impératif présent. Elle signale en creux l’éventualité toujours présente de leur transgression.

Diderot et les personnages du « bon sauvage » et de l’aumônier pudibond pourfendant l’hypocrisie de la société européenne. Tout à a sa volonté de célébrer la dimension paradisiaque d’une société sans tabous, Diderot oublie de mentionner plusieurs aspects moins séduisants de la société polynésienne (interdit sexuels frappant les femmes qui ont participer au culte des morts, séparation des sexes lors des repas, inégalité criante de la société tahitienne, châtiment des voleurs, sacrifices humains).  La fausseté des assertions de Diderot sera dénoncée par Bougainville lui-même.

Kant : mieux vaut la mort d’un homme que la corruption de tout un peuple.

L’autonomie individuelle. Absolue. Totale. C’est elle qui confère à notre modernité démocratique une supériorité morale sur toutes les civilisations qui l’ont précédée – ou sur celles qui l’entoure encore. La servitude du lien et du collectif est brisée. Là réside le trésor irremplaçable de la voie occidentale, celle-là même que nous opposons volontiers aux barbares pré-individualistes du dehors. Ou du sud. Mais nous déplorons simultanément la fameuse déchirure du lien social qui en résulte. L’individu contemporain est émancipé, mais orphelin. Enfin nous célébrons avec une ferveur singulière tout ce qui ressemble à un lien de substitution.

L’un des théoriciens extasiés du tribalisme urbain (fêtes, raves, tribus urbaines ; retrouvaille frénétique de l’individu avec le groupe qui ne se confondent pas avec le communautarisme religieux ou ethnique et sont plutôt un retour à un avant de l’individualisme), Michel Mafesoli, revendique l’archaïsme de ce qu’il appelle l’esthétique tribale postmoderne. Il y voit la preuve du caractère précaire, « passager, incertain, flottant » de l’individu autonome de la modernité. Cette dernière est condamné a faire un place de plus en plus grande à l’expression d’un vouloir vivre qui pousse tout un chacun à chercher l’intimité, voire la promiscuité avec l’autre.

Avec ses promesses eschatologiques, ses icones et ses rituels, le totalitarisme se présente comme un « religion laïque » qui transforme le peuple en une communauté de fidèles. L’individu est broyé, absorbé et annulé dans l’état. D’où la compacité des régimes totalitaires dans lesquels les hommes deviennent masse, dans lesquels leur singularité est dissoute et écrasée…..Ces souvenirs doivent nous servir de repère. S’il est une certitude que nous ne devrions jamais oublier, c’est donc bien celle-ci : notre refus définitif de ce type de cohésion sociale et de lien.

Paroles du Prophète : celui qui voudrait gagner le centre du paradis doit tenir à la communauté, car le démon est avec l’homme isolé, mais il s’écarte de deux hommes unis. Ajoutons qu’en arabe classique « individu » se dit fard, mot qui désigne aussi une chaussure dépareillée.

L’état nation (en Europe) cède la place à un projet européen qui, dans un premier temps, accélère la déliaison démocratique.  La nouvelle communauté en formation est conçue comme un ensemble d règle pragmatique, censée promouvoir une réalité postnationale décentrée et ouverte à la différence.  A l’appartenance clairement identifiable (du citoyen à la nation) se substituera une appartenance multiple, aux contours flous, à la fois régionale, nationale et continentale. Demain peut être, pour le moment c’est la déliaison qui l’emporte.  Cette déliaison par le haut est concomitante d’une déliaison par le bas, celle qui résulte d’une communautarisation progressive des sociétés modernes.

L’image du carreau cassé : si la vitre n’est pas remplacée rapidement, une seconde puis un troisième subiront le même sort. Pourquoi cela ? A cause d’un puissant effet symbolique : les carreaux cassés signaleront un lieu sans loi. Or un tel lieu n’est plus perçu comme un espace partagé et soumis à la responsabilité de chacun.

Lipovetsky décrivait l’avènement d’un hédonisme joyeux, l’émergence d’une éthique légère et pragmatique, ou précaution et règlementation viendrait remplacer l’interdit et le devoir. Fini la pesanteur de « l’obligation ». L’individu rendu à son innocence entend jouir de la vie sans autres limites que celles fixées par sa propre responsabilité ; ou à la rigueur celles fixées par une loi neutre, c’est-à-dire débarrassée de tout moralisme.

Apres le 11/09 G. Bush renouait avec « une culture de la victoire » dont les historiens constataient l’inexorable déclin depuis 40 ans. L’innocence retrouvée passait par une externalisation du mal ; laquelle justifiait l’esprit de croisade. Le mal n’était plus chez nous, il devait être exterminé.  Cette innocence sans cesse perdu mais toujours retrouvée correspond au thème baptiste du born again, de la chute suivie d’une rédemption et d’une seconde naissance, qui est au fondement même de l’Amérique. C’est la frontière américaine ou le limes romain, marquant les limites du monde moderne : le « sauvage » devait cesser d’exister.

Le mot « pénitentiel » désigne ces manuels du Moyen Age qui énumèrent une hiérarchie des pêchés avec, pour chacun, une échelle de pénitence.

On célèbre ici les stratégies de séduction, mais on criminalise le harcèlement ; on s’insurge contre la censure mais on judiciarise tout ce qui touche aux mœurs ; on érotise la société (via la publicité) mais on réprouve la prostitutionnos sociétés deviennent de plus en plus répressive, tout en se grisant de rhétoriques libertines.

Le ressort de l’engagement politique consiste précisément en un refus du destin et de la fatalité historique.

L’historien Jean Flori récuse l’interprétation rabâchée qui consiste à voir dans le monothéisme abrahamanique un facteur d’intolérance belliqueuse  qui aurait battu en brèche les doux polythéismes de jadis. L’ennui de cette thèse est qu’elle ne résiste pas à l’examen. Attila et Gengis Khan étaient-ils monothéistes ? Les cités grecques, incroyablement belliqueuses n’étaient-elles pas polythéistes.

L’idée d’un dieu vaincu et crucifié est étrangère aux mentalités des francs, des Burgondes ou des Wisigoths. En convertissant ces peuples, le christianisme lui-même se barbarise. Les guerriers sont mieux considérés qu’auparavant. Par voie de conséquence le message chrétien s’infléchit jusqu’à s’éloigner définitivement du pacifisme originel. Une aristocratie militaire émerge bientôt qui s’allie avec l’aristocratie religieuse des royaumes francs. Tout se met en place pour une alliance durable entre « le sabre et le goupillon ». Au X et XIème  siècle apparaitront le « saints militaires »…

Spinoza et le Spinozisme, Jean Pierre Moreau, PUF – Feb 2009

 Spinoza

 Rationaliste absolu : le réel est intelligible par la raison et il n’y a rien de mieux que la raison pour comprendre la nature.

 

Un objectif : faire partager a tous les hommes la paix, la sécurité et la liberté politique jusqu’à la libération de l’âme.

 

Pantheiste : Dieu est la Nature. Il est tout et partout.

 

Né en 1632 a Amsterdam, d’origine portugaise. (Galilée condamné en 1633 pour la theorie copernicienne du siècle précédent…) Il a 16 ans lorsque les pays bas deviennent indépendant de l’Espagne. La lutte contre l’Espagne au nom du protestantisme contre l’intolerance catholique espagnole. Unis pendant le conflit espagnol, les différents courants Calviniste strict et ceux qui revendique la liberté de croyance et de culte. Scission au sein des Calviniste entre ceux qui croient a la prédestination et ceux qui croient au libre arbitre. La maison d’Orange soutient les radicaux, Amsterdam est elle plus tolérante. Ces conflits et équilibres précaires  imposent une situation de tolérance de fait. Apres quelques conflit politique/religieux graves – accompagnés de m’execution du chef de l’état (le grand pensionnaire),vers 1650 les pays bas connaissent une liberté de penser inconnue ailleurs en Europe. Grande question de l’époque : le droit de affaires religieuses : qui nomment les pasteurs etc. ?La sépration de l’église et de l’etat est impensable, l’un doit controler l’autre. Pour Spinoza (Grotius, Hobbes) L’état doit garder le contrôle de l’église. Enfin, les provinces unies bénéficient de la marque de Erasme (prestige universitaire, érudition, histoire, science et philosophie). ( Juste Lipse (philologue, humaniste de overisje ) ‘ure, seca’ ‘brule, coupe’ signifiant le droit et devoir du souverain de maintenir par force l’unité du corps de l’Etat – le Conseil est construit sur l’ancien rue qui porte son nom – il aime les tulipes et les chiens….). Amsterdam est un grand lieu du cartesianismes : un point de départ (on y traite des questions que Descartes n’a pas traité), un emblème (on applique sa methode – on se que l’on a compris de sa methode – a toute nouvelle philosophie, un lieu de contradiction (on interprete les textes de Descartes, parfois de façon opposée). Spinoza participe aux débats scientifiques de son époque (optique, probabilité, chimie, mathématiques). Les pays bas forment un creuzet extraordinaire – veritable point de départ des lumières.

 

Exclu de la Communauté juive en 1656 il ne peut plus continuer les affaires. Il travaille alors pour Hyugens a polir des lentilles – mais il participe active à la reflection theorique en matière d’optique avec les frères Huygens.  

 

La famille de Spinoza, juive du Portugal (à l’époque soumis a l’Espagne) convertie (marrane) quitte le pays pour échapper à l’inquisition (les convertis qui ont conservé énormément de pouvoir et font des enviieux. Ils sont suspectés de n’être pas suffisamment chrétien – d’où la revendication de « pureté du sang » qui naît à l’époque. Or beaucoup n’ont pas la religion au cœur de leur vie et se trouve forcé de réfléchir à leur identité du fait même de l’Inquisition. Les juif portugais viennent auparavant d’Espagne. Il y a un héritage culturel ibérique – ils ont le portugais comme langue courante et l’espagnol comme langue de culture.

Les juifs convertis ont peu a peu perdu leur judaïsme (pas d’école, pas de livres etc.). Ils doivent le retrouver grâce à des rabbins italiens, de Venise notamment. La Communauté a Amsterdam est très unis et très contrôlés avec un système éducatif efficace. Les Calvinistes voient les juifs positivement : ils ont besoin de leur compréhension de l’ancien testament pour les aider a refondé leur confession. Ils existent de nombreuse relations entre le monde juif et le monde chrétien qui l’entoure.

Il apprend le latin ( Térence – en particulier ‘l’Eunuque’ cité abondamment par Spinoza, Salluste, Tacite). Spinoza connaît aussi les esprits libre répondant au modèle des « mercator sapiens » commerçants sages qui prônent l’idéal républicain, un commerce vertueux et un discourt honnête – fondement d’un capitalisme hollandais…

 

Descartes, Bacon representent ensemble ce mouvement de la nouvelle philosophie qui combat Aristote et s’édifie à partir d’une reflexion sur la nouvelle physique…(kepler, galilée)

 

Le TIE est d’horizon cartesien, non que Spinoza s’y pose en disciple de Descartes, mais parce que le lexique, le sujet.. y sont en partie hérités du cartesianisme ou en confrontation avec lui…

Fasciné par certain passage de la Bible – la fondation de l’Etat par Moise, la destruction de jérusalem)

 

A rebours de tout les bavardages sur la nécessaire opacité de la philosophie, le temps de l’écriture spinozienne est celui de la clarification maximale.

 

Le traite de la réforme de l’entendement

On peut concevoir une nature humaine plus parfaite que ce que ce qui existe et on appelle vrai bien tout ce qui permet de s’en rapprocher. Le souverain bien consiste a jouir d’une telle nature. Pour y parvenir il faut corriger l’entendement afin qu’il comprenne le mieux possible.

Il existe 4 genres de connaissances : par oui-dire, l’expérience vague, la perception vrai (mais inadequate) qui remonte de l’effet a la cause ( qui tire une conclusion d’un universel parce qu’il est toujours accompagné d’une propriété) et la perception adéquate ou la chose est percu par son essence ou par sa cause. ( distinction entre le vrai (3eme genre) et  adequate (4eme genre).

Spinoza insiste sur la relativite du bien et du mal, comme du parfait et de l’imparfait.

La methode pour atteindre le 4eme niveau d’entendement est d’amender, d’ameliorer l’activité spontanée de l’entendement. Comme l’homme fabrique des outils de plus en plus perfectionner grace au départ à des outils en pierre et en bois, l’entendement s’ameliore en ameliorant les idées et la méthode.

La vérité n’est plus pensable dans un simple rapport avec le faux.

L’ame et l’esprit (animus /mens) sont tourmentés par les occurrences de la vie, distraient par les biens ordinaires : ce sont les incertitudes, les erreurs. L’entendement doit les dépasser pour atteindre la pensée vraie. L’imagination est décrite par contraste avec l’entendement.

 

Le court traité

Un plan embryonnaire comprenant celui de l’Ethique.

La premier partie traite de Dieu conçu comme un principe premier, cause immanente d’où tout est issue. Il distingue les attributs de dieu qui definissent son essence (pensée et étendue), les attributs qui lui appartiennent sans nous le faire connaître, la necessité de son action (idée de providence) et le fait que tout soit causé necessairement (idée de prédestination).

Distingue 3 types de connaissance :  opinion, croyance, savoir.

 

Les principes de philosophie de Descartes

Contre Descartes, il ne considere pas qu’il existe des choses au dessus de l’humaine entendement. Il enseigne la philosophie de Descartes sans être d’accord avec l’ensemble de ses idées.

 

Le traité théologico politique.

Le mot philosophie  signifie deux choses : le bavardage spéculatif caractéristique des grecs ( délirer avec les grecs) et l’usage de la raison (dans les sciences et la philosophie au sens d’aujourd’hui)

Ce qui est prophetique affirme une verité sans pour autant la demontrer.

Il existe deux types d’hommes : les hommes d’entendement (celui qui a recours a la raison) et les hommes d’imagination (qui s’indigne des situations injustes, qui appelle a plus de justice et de charité. C’est un interpretation laique du prophete. Justice et charité sont les seuls thèmes commun à tous les prophètes. Il faut distinguer alors les sujets sur lesquels les prophètes n’ont pas autorité pour parler. Le prophète ne parle pas de questions spéculatives (l’essence de dieu, de l’Etat), il apporte des réponses pratiques – et il utilise le language des hommes lorsqu’il ne parle pas de son objet propre. Les prophètes ont raison du point de vue éthique mais ne sont pas des spécialistes de la politique…il prétend que la prophétie est supérieure à la raison (une facon de se mettre sur le terrain de l’adversaire)

Il n’y a pas de divergence de fond entre les sciences du sens et les sciences physiques.

Le prophète est celui qui ne démontre pas mais qui affirme, il revendique la vérité sur la démonstration. Pour Spinoza le prophète est un homme pieux dont l’imagination est particulièrement vive.

Il analyse l’etat – selon le contrat social qui a l’époque l’explique. Alors que la contrat social prône de lutter contre les passions humaines, privilégiant la raison, Spinoza soutien que les passions ne sont pas vices regrettables mais elles sont parts essentielle de la nature humaine. Elle ne disparaissent pas avec le contrat social et le menace de l’intérieur. Une façon de se défendre est d’utiliser la force mais cela n’est guère possible sur le long terme. L’état peut alors utiliser d’autres passions – notamment la passion religieuse – qu’il conviendra alors pour l’Etat de contrôler, afin qu’elle ne s’autonomise point rendant le remède pire que la mal. Il conçoit alors que la liberté d’opinion doit être défendu par l’Etat car elle est un contrepouvoir efficace de la religion qui généralement cherche elle a limiter la liberté des citoyens.

La liberté de penser correspond au droit réel (à la puissance) de l’Etat.

 

L’éthique

Le dieu de Spinoza n’est pas le dieu des religions révélées, il ne crée pas par libre arbitre un monde qu’il transcende. Il est le lieu des lois nécessaires et il produit nécessairement une infinité d’effets. Toutes les choses sont animés d’une puissance qui est directement la puissance divine. Dieu lui-même n’est dieu qu’en se modalisant, et chaque mode n’est mode qu’en produisant ses effets.

Le principe de similitude : il explique les passions qui naissent en nous non pas à propos d’un objet externe mais à partir de la conduite de quelqu’un d’autre chose qui nous ressemble. On passe d’un univers  ou nos passions se donnent a des objets à un univers ou elle se complique de nos relations avec nos semblables : une innovation de Spinoza. Avec quelque élément que reprendra Freud : le psychique ne se limite pas au conscient (mais Spinoza ne parle pas d’inconscient), le corps manifeste des événements qui ont lieu dans le psychisme. Pour tout deux il y a une volonté de comprendre rationnellement ce qui semble échapper à la raison.

La raison peut se deployer dans un individu mais elle est au départ trop faible pour lutter contre la vie affective. C’est pourquoi je vois le meilleur et je fais le pire. Comme pour l’ecclesiaste, qui augment son savoir augmente sa douleur.

La raison peut conduire à un modèle de comportement mais ne permet pas encore d’accéder à la liberté. L’Ethique se fonde sur une confiance ferme en la raison tout en reconnaissant qu’elle n’est pas toute puissante, mais que rien ne peut lui être superieur ou offrir des ressources qu’elle n’a pas.

 

Le Traité politique.

C’est l’exposition de l’ensemble des matières qui concerne la vie des hommes dans la société civile. Il faut regarder les phénomènes humains comme ils sont et non pas à la lumière d’une essence supposée ou de ce qui est souhaitable. Face a la longue tradition (Platon) qui identifie le bon gouvernement avec le gouvernement par les bons (les sages, philosophes, princes instruits) le traité affirme que la vertu des dirigeants est indifférente à la politique. Des institutions qui ne tiennent que la vertu de leur dirigeants ou des citoyens sont de mauvaises institutions. C’est a l’Etat de rendre les hommes vertueux et non d’attendre qu’ils le soient.

Il passe de la theorie du contrat aux principes d’équilibre des passions, des intérets , des institutions.

Spinoza est impartial face aux differents types d’etats (alors qu’il prend parti pour la democratie dans son Traité Theologico-politique) pour lesquels il recherche les conditions de la liberté des hommes. Pour Spinoza, l’experience est close. L’experience a montré tous les genre de cité qui peuvent se concevoir et  tous les moyens par lesquels se gouverne la multitudes.  Spinosa est aussi prudent indiquant qu’il à la politique d’avoir recours à des moyens connus plutot qu’a des moyens nouveaux et dangereux). Il s’agit donc de refuser que des constructions sorties de l’esprit d’un philosophe puissent avoir des chances de se réalisé si elle s’oppose à l’expérience.

 

Les personnages : Alexandre, Moise, Salomon, le Christ et Paul.

Complexion : Constitution d’une personne – etre d’une conplexion délicate.

Eternité des lois de la nature, vanité de biens usuels (chez Spinoza comme chez Salomon).

Incidente : accessoire, annexe, secondaire

Epistémologie : étude des sciences, des conditions de la connaissance scientifique.

Les mathématiques sont une voix d’acces à la vérité – la méditation sur la vie humaine, l’expérience peuvent arracher certains hommes aux cercles de la finalité…Salomon, en se plaçant au dessus de la Loi a tort d’un point de vue ethique (car même le Roi doit être soumis à la Loi) mais s’offre une chance d’un point de vue épistémologique : en ecartant la peur ( la Loi qui régi les hommes dans une théocratie telle que la connaît Salomon), il accede à une connaissance interdite à ses sujets.

 

Amsterdam : la liberté est pour le plus grand profit de la ville. Pour octroyer un prêt, on ne se soucie que si l’on est riche ou pauvre, de bonne foi ou tricheur. La religion n’entre pas en compte.  De même la religion ne contribue en rien à faire gagner ou perdre une cause devant le juge.

 

Spinoza répète, d’un écrit à l’autre, quelques formules clés, qui ne sont pas des axiomes, mais plutôt des thèses centrales, qui peuvent se déduire dans l’ordre démonstratif mais ont en même temps assez de force par elles-mêmes pour avoir été saisies par l’expérience. Ces principes servent à régler des objections d’une façon qui exclut la discussion. Ce qui souligne qu’il n’y a pas uniquement des déductions linéaires dans le système Spinoziste (malgré le more geometrico)

 

La nature humaine a des lois constantes.

Il y a quelque chose en l’homme de plus fort que la vérité, la vertu n’est pas réductible à la science. C’est une énigme (pour tous les philosophes du XVII) : on peut savoir et ne pas appliquer ce que l’on sait. Il n’y a pas de salut par le connaissance (machine de guerre contre la morale socratique (première doctrine de la science et père de la logique). C’est la force de la connaissance – et non de sa seule présence- qu’il faut attendre quelque chose. C’est pourquoi la raison ne suffit pas à arracher l’homme a sa servitude.

Conduire autrui à vivre selon sa façon de penser à soi (le principe de similitude)L’homme passionné essaie de transmettre ses passions. Le philsophe a pour ‘passion’ la raison, qu’il essaie de communiquer : c’est pourquoi le Spinozisme est une philosophie militante (alors que Spinoza ne l’était pas) il vise a donner la liberté à tous les hommes….

Les Penchants Criminels De L’europe Démocratique, Jean-Claude Milner, 2003

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Qu’est-ce que la société moderne ? C’est la société née en Europe de la rupture de 1789-1815. Bien entendu, elle ne s’est pas établie immédiatement, ni partout, mais un idéal a été construit. Les observateurs les plus éclairés du Congrès de Vienne – parmi lesquels Talleyrand – ont compris plus ou moins vite qu’était proposé à l’Europe un type de société, et non pas un type de gouvernement. ….L’émergence de la société comme point organisateur de la vision politique du monde – et non plus le bon gouvernement, en cela consiste la grande découverte de Balzac. 20.

 

27.Que raconte Thucydide ? L’histoire d’une guerre, pensée par lui comme la plus importante de routes : la guerre du Péloponnèse. De fait, il la tient très exactement pour ce que le vingtième siècle appellera une guerre mondiale : « Ce fut bien la plus grande crise qui émut la Grèce et une fraction du monde barbare : elle gagna pour ainsi dire la majeure partie de l’humanité».

 

28. Thucydide est acteur puis témoin de la guerre. C’est donc une histoire en cours et toute proche. Il est possible et opportun d’en tirer des leçons pour le présent. … Tous les historiens ne se reconnaissent pas dans un tel mouvement. Chez certains, la distance (entre le passé observé et le présent) est une fracture réelle, impossible à combler. Du point éloigné, on ne revient pas sur le présent, quand bien même la distance chronologique serait infime.

 

29.On en arrive ainsi à ce que j’appellerai l’axiome de Thucydide : la langue de l’histoire et la langue de la politique sont une seule et même langue.

 

30. Se constitue ainsi à partir d’Aristote un paradigme fondamental que j’appellerai le parallélisme logico-politique : il repose sur quelques axiomes et définitions.

La tripartition des trois régimes (démocratie, oligarchie, monarchie) répète la tripartition des propositions (universelles, particulières, singulières).

Il existe un syllogisme politique comme il existe un syllogisme logique ; tout de même que le syllogisme des manuels (tous les hommes sont mortels, or Socrate etc.) articule, par un moyen terme, l’universel au singulier, de même une constitution politique peut être pensée comme un syllogisme articulant le « tous» du corps politique (gouvernés et gouvernants) au singulier de l’individu, membre du corps politique.

 

Le rôle du « dictum de omni et nullo ». Ce qui est affirmé ou nié de tous est du même coup affirmé et nié de chacun. On  Sait que ce principe fonde la possibilité de passer du tous aux quelques-uns ou au nom d’individu. Seul le « dictum de omni et nullo » permet au dominant, en imposant sa domination à tous les dominés, de l’imposer à chacun.

 

32. Dans le parcours qui mène des textes originaux à la vulgate, une distorsion s’est produite. C’est peut-être l’Église qui fut à l’origine de cette distorsion. Par la scolastique, dont l’histoire est longue et l’influence plus longue encore, elle construisit patiemment, en politique et en logique, la chaîne à trois anneaux tous / quelques-uns / un. Aristote l’ignorait, tant en politique qu’en logique….On se souvient du syllogisme scolaire « tous les hommes sont mortels ; or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ». Il s’écarte en tous points d’Aristote. L’évidence qu’il revêt témoigne du succès de l’Église. Il ne s’agit évidemment pas de technique ; un enjeu grave est engagé. Rien de moins, en fait, que la doctrine du péché et du salut. Paul de Tarse la formule : tous les hommes ont pêché en un seul, Adam ; tous les hommes sont sauvés en un seul, Jésus la symétrie est décisive ; elle doit permettre, en condition nécessaire et suffisante, de superposer la Nouvelle Alliance à l’Ancienne ; puis. En repliant la symétrie comme un diptyque, de renfermer l’Ancienne dans la Nouvelle sans que rien soit perdu et sans que rien soit conservé. Pour l’Église, il n’y a pas à transiger ; elle a besoin d’une théologie qui soit une science ; si la théologie doit être une science, il faut qu’elle s’exprime sans reste en langue logique. Mais il faut d’autre pan que la théologie, du même coup, fonde une Église universelle, dont les enseignements obligent tous les chrétiens – au pluriel – jusqu’au plus intime de chacun. On comprend aussitôt que le pluriel ne désigne pas simplement une multitude – comme le faisait les « Athéniens» chez Thucydide- ; le trait pertinent n’est pas seulement le grand nombre, mais bien l’exhaustivité qui embrasse tous les hommes passés, présents et à venir, sans en omettre aucun.

 

 

36. Quoi qu’il en soit des détours de l’histoire de : la pensée logique et politique, une certitude demeure: le tous politique est un tout limité.

 

38.De là l’idée que la démocratie la plus débonnaire est de soi un régime de violence et que cette violence se manifeste tôt ou tard. L’idée est spécialement répandue chez les Anciens. Ainsi s’explique que la forme soit dénommée « kratia » et non pas archia : régime de force (kratos) et non de pouvoir réglé (archè).

 

39.La démocratie issue du logico-politique peut et doit s’accomplir comme bricolage. Outillage des modes de scrutin, des ordres du jour, des tours de parole etc. Nul ne peut se dire démocrate non violent, sans recourir à ces choses – qu’il y croie sérieusement ou pas. Rien de plus sot à cet égard que l’indignation vertueuse touchant l’élection de George W. Bush…. Le propre d’un État de droit est que ces manipulations soient légales, publiques, connues d’avance et limitées. Il n’est pas que ces manipulations soient équitables. Quiconque voudrait un peu trop sincèrement que l’équité ait le dernier mot en matière de vote, court toujours le risque de choisir la face obscure de la force.

 

41.. la  démocratie comme forme politique n’est pas la même chose, que la démocratie comme forme de société. Rien ne prouve qu’elles aient à faire l’une avec l’autre. On pourrait même supposer que dans les faits, chacune se révèle, tour à tour, comme une entrave pour l’autre. Après tout, il est arrivé bien souvent que la démocratie comme forme politique ait installé au pouvoir des forces ouvertement ennemies de la démocratie comme forme de société ; inversement, la démocratie comme forme de société se déclare de plus en plus indifférente à la démocratie comme forme politique ; les gémissements sur l’abstention en témoignent.

 

42. Elle ne suffit pas à masquer l’existence réelle d’une contradiction structurale : la société moderne est illimitée et la politique, telle qu’elle a été configurée par l’histoire et par la théorie, manie des ensembles limités. Ces deux structures entrent en collision.

 

55Très tôt, Élie Halévy démontra que ce qu’on commençait d’appeler les démocraties occidentales devaient gagner la guerre en reniant leurs principes politiques et juridiques de fonctionnement. La victoire militaire n’était pas due à la supériorité des formes politiques, mais bien à la supériorité des forces militaires. Au premier rang desquelles il fallait mettre la technique industrielle.

 

59 ; Ma doctrine est simple : le problème  juif est le problème qui requérait, pour être définitivement résolu, une invention technique ; le Juif est celui pour qui la chambre à gaz a été inventée. (Parce que le monde moderne –de 39- avait besoin d’une solution moderne – les inventions, la technique – pour résoudre un problème ancien – les juifs – et permettre au monde moderne de le devenir vraiment, complètement.)

 

64. le meilleur moyen de l’oublier, c’est de récuser l’histoire comme telle. Tel est le sens profond de la réconciliation franco-allemande ; faire comme si l’histoire : n’avait pas eu lieu….Plus d’histoire-batailles, mais histoire des mentalités et des sociétés ; non pas histoire de ce qui divise, mais histoire de ce qui à terme doit unir ; non pas histoire des morts, mais histoire des vies.

 

66.À cette lumière sont abordés tous les conflits de toutes les régions du monde, y compris le Proche et le Moyen-Orient, où tout est histoire. Le fait est qu’en dehors de l’Europe, personne ne croit à cette axiomatique pour bébés. En particulier, le passé historique ou légendaire est partout tenu pour une des sources majeures de la légitimité ; mais le sage européen, politique, journaliste ou expert lève les yeux au ciel et n’en tient pas compte.

 

74. Simone Weil avait révélé le secret de la justice à l’européenne : le sans-foi. « être toujours prêt à changer de côté. »

 

75. (en réponse à 64.) La réciproque s’impose : un mythe chassant l’autre, le mythe de l’Europe rend inutile le mythe de la défaite absolue du fascisme. …Parallèlement, l’existence matérielle d’Israël devient superflue. La fonction de transmutation qu’il assurait se dématérialise à tel point qu’y suffit le geste futile du devoir : le devoir de mémoire….Vu d’Europe, l’État d’Israël est une figure héritée de la guerre mondiale. De là il tirait son utilité. Cette utilité disparue, il est devenu insupportable. Lui qui permettait de couvrir du voile de la victoire le réel de la solution définitive, il ne fait désormais que rappeler cette solution définitive.

 

76.Quand on ignore l’histoire, tout est possible, y compris le retour au Moyen Âge.

 

104. la société moderne se présente comme le lieu de la satisfaction à terme de toute demande ; cela s’appelle le progrès.

 

108. À la persistance du nom juif, on demande une explication. Autrement dit, elle pose un problème. Spinoza en avait fixé les termes : « leur longue existence comme nation dispersée ne formant plus un État ». Les raisons en sont : l’observation de rites mystérieux, au premier rang desquels il met la circoncision ; La séparation que (les rites opèrent entre les Juifs et les autres nations (en effet, ces rites sont opposés à ceux des autres nations) ; la haine que provoque, parmi les nations, la séparation.

 

114. Attacher son nom à une découverte, l’inscrire en couverture d’un livre, le transmuer en matériau littéraire, c’était le laver du même coup de la tare venue des parents, des parents des parents, depuis l’origine. (cela permet l’anonymat, de faire disparaître le nom propre pour l’inscrire dans une culture).

 

Mais les Juifs cultivés d’après 45 ne souhaitent pas cela. Canailles mises à part, ils souhaitent ardemment que leur nom de sujet – leur nom propre – ne soit pas absorbé. À le maintenir, inentamable, chacun d’eux sait, obscurément ou clairement, que son nom – prénoms et patronyme, avec une force égale quoique distincte – proclame l’échec de l’extermination….Mais les porteurs du nom juif y ajoutent une croyance folle : qu’en s’adonnant aux conduites de la brillance …ils auront remplacé leur nom ancien par un nom nouveau, qui aura néanmoins  propriété singulière de l’ancien. Comme l’ancien, le nom nouveau les nommera en tant que sujets.

Souvenirs concernant Jules Lagneau Pléiade NRF -Alain – 1925

 

 Emile-Chartier-Alain

L’ombre du maître m’ordonne de comprendre par les causes, et, s’il reste un peu de passion, comme il est inévitable, de mépriser seulement. 713.

 

Cette méthode de penser n’attaquait qu’un objet réel et présent. J’appelle abstraites ces pensées qui n ‘offrent jamais passage ni solution. 715

 

Chez Spinoza, la présente existence est maintenue comme le seul objet possible devant le sage en méditation. 716

 

a propos de l’ordre humain, cet avertissement de n’entreprendre jamais de le changer, et surtout de ne point donner au peuple l’idée qu’on pourrait le changer…717

 

Toujours choisissant de penser  la politique sous l’idée des droits de l’autre, plutôt que sous l’idée de mon propre devoir.

 

On raconte qu’Hegel voyageant trouvait à dire devant les montagnes : « c’est ainsi ». Les montagnes nous servent à épeler ; mais enfin il faut lire et de proche en proche, devant la guerre, devant l’inégalité, dire enfin : « c’est ainsi ». En Spinoza on peut apprendre cette sagesse. 718

 

C’est où l’on existe et comme l’on existe, de sa place enfin, comme Goethe l’avait compris, que l’on contemple en éternité et que l’on connaît Dieu.

 

La circonstance singulière est appui pour l’homme au contraire, et instrument d’action. Qui cherche sa puissance, qu’il la cherche là. 719

 

Considérons l’ordre humain comme une partie de l’ordre extérieur, et nous ne serons plus tentés de confondre les lois imaginaires, ou arbitraires, qui ne sont qu’abstraites, avec les véritables lois, dont la géométrie nous donnes bien une idée, pourvu que nous scrutions l’idée et non la chose dans le triangle. De la il nous paraîtra aussi vain de vouloir changer les lois réelles de l’ordre politique que de souhaiter d’autres cieux et une autre terre.

 

Qui rassemblera son attention sur les choses antagonistes, et je dirai même sur les hommes comme choses, sera délivré de souhaiter, comme aussi d’hésiter et d’attendre. Mais qui peut se vanter d’avoir seulement saisi cette vérité amère et forte, quoi qu’encore préliminaire, que la morale est pour soi et non pour autrui.

 

Il n’y a point de connaissance subjective. 721

 

Autrement c’est chose ne m’intéressaient pas trop, et il me semble que j’en appris assez pour mon salut, comme dirait quelques Pascalien. 725

 

Qu’est ce que je pense réellement dans mes pensées les plus naturelles ?

Spinoza : la maison s’est envolée dans la poule de mon voisin.

 

De l’utilisation d’un exemple trivial…Je fais argent de tout, n’ayant que peu de matière….

 

On naît homme de troupe.

 

Les mots permettent tout et les maisons s’envole .

 

728 Et prit-il le parti de s’accommoder de la sottise régnante selon le mode de l’ironie ; cela mène fort loin.

 

Cette crainte qu’il montrait toujours qu’on ne prit le pouvoir de penser pour le droit d’oser tout dire.

 

Une pensée est toute la pensée. (Un bonheur est tout le bonheur, deux c’est  comme s’il n’existait plus. Histoire du soldat Stravinsky – même époque…)

 

734 Qu’est ce que le détour politique, sinon un essai de recevoir plus qu’on ne donne, et enfin d’assurer la paix sans que chacun y sacrifie autre chose que ce à quoi il ne tient pas ?

 

739 La morale en discours est trop facile.

Dieu ne peut être dit exister, puisqu’exister c’est être pris dans le texte de l’expérience.

 

La vue première n’est rien parce qu’il n’y a que la réflexion qui puisse faire tenir ensemble l’apparence et le vrai.

 

751 Des doctrines faibles dont la force est qu’elles traduisent très bien nos faibles pensées.

 

761 Ma vie sera ce qu’elle peut être.

Julien Benda – La Fin de l’Eternel – 1928

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 Introduction de Etiemble : Ecrivains, savants ou philosophes, ceux-là pour Benda sont des clercs qui se vouent à la recherche de la vérité, à la  prédication de la justice, mais jamais ne s’engagent dans un parti, dans l’action politicienne. Ni la patrie, ni la classe, ni la race ne sont pour le Benda de la Trahison des valeur qu’un clerc puisse impunément célébrer ou servir.

Quelques soient les circonstances historiques, il importe aux sociétés que certains hommes choisissent de penser. Benda nous requiert de penser tout seuls, puisque c’est toujours des idéologies, autrement dit des pensées déformées par les passions collectives, qui gouvernent les hommes, où plutôt les asservissent.

On pense bien mieux quand on est point soumis aux exigences d’une patrie.

« La civilisation veut que la morale des clercs influencent celle des laïcs mais ne soit jamais influencée par elle ». Sitôt en effet que ceux dont la raison d’être est de penser  ne pensent plus, mais se soumettent aux idéologies quelles qu’elles soient, à la Realpolitik de tous les gouvernements, « le clerc n’existe plus que de nom »  et, du coup, règne la barbarie.

benda – la fin de l’Eternel.

On peut, par les mobiles les moins nobles, dire les choses les plus justes.

En veillant au bon état de l’ordre social le clerc s’occupe peut-être des conditions nécessaires à la vie de l’esprit, mais n’exerce pas en cela la vie de l’esprit ; de même que si Descartes balaye sa cellule  afin d’y bien philosopher, il ne fait pas, en ce balayage, œuvre de philosophie.

 Comme si le clerc devait exalter une vertu parce qu’elle lui assure la vie ! p28

Ce que je retiendrai de ce plaidoyer, c’est l’incapacité de mes confrères de considérer un objet dans l’une de ses manifestations isolées, et non dans sa totalité concrète ; leur résolution d’embrasser l’infinité des traits qui constituent une âme et leur refus d’y découper un trait unique, fût-il point de départ du mouvement passionnel de plusieurs milliers d’âmes. C’est la un aspect de plus de leur  étonnante impuissance à former la moindre abstraction, et aussi de leur volonté de ne s’intéresser qu’a la passion de l’individu, non à celle d’une collectivité. Comme si ce n’était pas les passions des collectivités qui sont l’histoire humaine.

Les doctrines des philosophes, n’étant adoptées par le vulgaire que dans la mesure où elles satisfont des passions, sont constamment déformées pour les satisfaire davantage et que ce sont les doctrines ainsi déformées qui constituent l’histoire des idées.  P 143

J’ai nommé passions politiques celle qui dressent des hommes contre d’autres hommes au nom d’un intérêt ou d’un orgueil et dont les deux grands types sont, pour cette raison, les passions de classes et de nation. C’est assez dire que la passion de la justice, plus encore celle de la vérité, ne sont point des passions politiques et que ceux qui descendent au forum mus par elle ne me paraissant trahir aucun noble fonction.P47

« Tous les établissements humains, dit JJ Rousseau, sont fondés sur les passions humaines et se conservent par elles, ce qui combat et détruit ces passions n’est donc pas propre à fortifier ces établissements. » C’est la trahison du clerc de gauche que de cacher l’impuissance du juste et du vrai à fortifier les établissements terrestres…

            JJ Rousseau « le patriotisme et l’humanité sont deux vertues incompatibles dans leur énergie, et surtout chez un peuple entier. Le législateur qui les voudra toutes deux n’obtiendra ni l’une ni l’autre ; cet accord ne s’est jamais vu, il ne se verra jamais, parce qu’il est contraire à la nature, et qu’on ne peut donner deux objets à la même passion. »

 Je déclare donc que le clerc ne manque nullement à sa fonction en paraissant sur la place publique, s’il y paraît pour y prêcher la religion du juste et du vrai et s’il prêche ouvertement comme des valeurs non pratiques, j’entends dénuées de toute attention aux intérêts de l’égoïsme, soit de la nation…p53

Je tiens le contemplatif pour le plus grand des clercs (…) parce que, sans se donner pour but de la servir [l’humanité] et peut être précisément parce qu’il ne se donne pas ce but, il est celui que la sert le mieux. 

La suprême fonction du clerc est de prier…la spéculation est la forme la plus civilisatrice de l’action cléricale ( ce n’est donc pas l’action qui est la suprême fonction du clerc)…

J’en ai dit ailleurs la cause principale, qui est le besoin d’éprouver des sensations, agir étant, pour la plupart des hommes, infiniment plus « amusant » que penser.

(Une autre cause est ) l’extraordinaire aisance  avec laquelle tant d’hommes décident aujourd’hui qu’ils ont reçu la mission de transformer l’état social, transformation qu’ils ne conçoivent que par l’action  directe.

Marc Aurèle « L’homme libre se passe aussi bien de la solitude que du monde ».

Toute pensée est un commencement d’acte : penser c’est toujours se retenir de parler et d’agir…

Pour la plupart des clerc, l’action a laquelle est liée nécessairement la pensée est une action morale, un action politique…p57

Qu’on passe de la pensée à l’action est légitime. Ce que l’on conteste c’est que ces deux activités sont liées nécessairement…

 Renan est le type de ceux qui  place tout l’intérêt de sa vie dans la recherche, avec assez peu d’attention aux conséquences,  bonnes ou mauvaises, que son œuvre peu avoir pour le monde….On sait son fameux mot : la vérité est peut être triste.p64

L’activité spirituelle, trouvant sa satisfaction dans sa seule ignition, soit la plus haute leçon de désintéressement, et donc de moralité, que puissent donner au monde les prêtres de l’esprit.

La forme suprême de la cléricature est la libre activité spirituelle dégagée de toute préoccupation morale et sociale.

Qu’une activité exempte de toute préoccupation morale  puisse être éminemment civilisatrice, c’est ce que n’admettront jamais les hommes pour qui le devoir et la peine sont des attributs essentiels de la beauté et qui estiment que l’humanité exigera toujours, ne fût-ce qu’à  titre d’ornement, des professeurs de vertu. p68

Lorsqu’on prétend juger des nations, il convient de considérer , non seulement l’attitude des gouvernements mais aussi celle des peuples (ou il soutient la responsabilité des allemands dans la guerre 14-18 (alors que beaucoup souhaitaient partager les tords) par le soutien populaire  dont on fait preuve les allemands a l’inverse des français ou des anglais..)

Si l’ensemble  des gouvernements est peut être responsable d’avoir rendu la guerre inévitable, le gouvernement austro-hongrois est responsable d’avoir voulu la guerre

La vrai question est de savoir dans quelle mesure chacun de ces gouvernements a été secondé par son peuple.

L’équité consiste à rendre a chacun ce qui lui revient.

 Le mépris de l’équité (de ceux qui mettent français et allemand dans le même panier) trouve ses mobiles affectifs dans : le désir de se singulariser, la croyance que l’esprit de justice exige qu’on donne raison à l’adversaire, l’idée que, si l’on approuve sa nation, on verse dans le préjugé nationaliste, le parti pris de ne point adopter la même thèse que certains citoyens qu’on déteste…77

Un autre mobile est la volonté d’aimer : cette position, qui ne veut connaître  que des états du cœur et repousse l’exercice, difficile et souvent douloureux, de la raison…est la négation même de la qualité du clerc : par l’impunité qu’elle assure d’avance à l’injustice, elle est un des plus fort soutiens de la barbarie dans le monde.

Malebranche : « il faut toujours rendre justice avant que d’exercer la charité »

On n’a pas encore vu une innocente nation ; il s’agit de reconnaître que la nation adverse a incarné alors l’esprit de violence et d’injustice avec une perfection et une conscience qui poussent dans l’ombre la faute des autres ( cf le conflit yougoslave et la responsabilité de la Serbie?)

Je déclare qu’une humanité unifiée, ayant enfin aboli la haine des nations et des classes, n’aurait que mes mépris, si elle était occupée qu’à une savante mainmise sur la matière qui l’environne et à s’enivrer d’elle-même…L’ennemi qu’il faut combattre c’est l’esprit de conquête et l’orgueil particulariste, dont la passion nationale n’est qu’un aspect…

La seule et vraie prédication de la paix c’est d’inviter les hommes à mépriser toute chose finie et à communier avec Dieu.

 Un Spinoza, un Leibnitz ont prôné la connaissance du particulier comme moyen d’atteindre à l’universel tandis que les particularismes modernes ont exalté la connaissance du particulier pour elle-même p83

Cette religion du particulier est ce mépris de l’universel reviennent a dire qu’on est résolu à estimer, en face des choses, les caractères par quoi elles diffèrent et non ceux par quoi elles se ressemblent ; volonté qui se réclame de Pascal et selon laquelle plus l’esprit serait aiguisé et plus il percevrait d’originalité parmi les chosesla marque du génie intellectuelle me paraissant être au contraire d’apercevoir entre les choses des ressemblances que personne n’y avait encore vues

Les artistes, pour lesquels l’âme est grande en tant qu’elle éprouve des sensations et non en tant qu’elle forme des idées, placeront toujours la sensibilité aux différences au dessus de la conception des ressemblances.

Opposition raison expérimental/ Raison pure : la religion des philosophes modernes pour la raison expérimental (=l’humanisme) et leur mépris de la raison pure (=le divinisme) est une rupture avec la tradition philosophique. ..Je veux souligner les conséquences morales de cette religion, qui sont d’inviter l’homme a vénérer le charnel, le terrestre, l’humain, l’expérience étant essentiellement charnelle et terrestre, comme l’a fort bien compris le sentiment populaire, lequel a toujours admis que la raison fut divine et …déclaré que l’expérience était diabolique… le clerc manque a sa fonction.

La raison  ne saurait prouver par la raison que la raison est juste, elle ne saurait pas davantage prouver par la raison que la raison est fausse ; qu’en d’autres termes, la croyance de la raison dans sa valeur repose sur un acte de foi.p113 

 Le clerc jadis admirait l’homme « qui demeure ferme parmi les courants » (Malebranche)p115

 Toutes (les philosophies, les religions etc) ont fait de Dieu un absolu, en temps que ce mots implique une rupture de continuité entre ce qu’il prétend désigner et le monde des choses sensibles et changeantes….toutes ont voulu que le divin par un abaissement de son essence vint constituer l’humain…p118

Entre l’infini et le fini, il y a une différence non de degré, mais d’essence.