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La folie des banques centrales, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 2016

 

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Lorsque l’argent ne coute rien

On compte sur les banquiers centraux pour relancer la croissance, combattre la déflation, aider a résoudre l’endettement des Etats, conjurer l’éclatement de l’euro, faire repartir l’investissement…on a fini par vouloir régler avec la monnaie tous les problèmes, et d’abord ceux de l’économie réelle. Or le recours systématique à l’inondation monétaire dès qu’un déficit de croissance se fait jour n’a aucun sens.

En continuant à inonder la planète de liquidités, les banquiers centraux jouent un jeu dangereux et l’issue pourrait bien faire de la crise de 2007-2008 une aimable répétition avant un nouvel accident plus dévastateur encore. L’inflation étant revenue à un niveau inférieur à l’objectif de 2%, les banquiers centraux se sentent désormais les mains libres pour s’occuper de la croissance et de l’emploi dans un contexte ou la pression des politiques et des opinions publiques jouent dans ce sens. Par ailleurs, les politiques monétaires sont de plus en plus inefficaces à mesure que les pays sont de plus en plus endettés (plus on est endetté, moins on s’endette a nouveau). L’abondance de liquidité existante amène à pratiquer l’inondation monétaire pour espérer obtenir un résultat.

Un relèvement des taux américains serait le signe que l’injection massive de liquidités qui dopent les marchés depuis 2007, touche à sa fin. Et avec elle la période d’argent facile qui a permis de se refaire après la crise de 2007 et déclencher un incroyable boom sur les actifs financiers.

Il n’existe aucune limite technique à l’augmentation du bilan des banques centrales: une banque centrale peut toujours créer de la monnaie pour acheter des actifs.

Le Quantitative Easing fonctionne de la manière suivante. La banque centrale crée de la monnaie en créditant des lignes de dépôt des institutions financières, cette monnaie étant la contrepartie d’achat de titres (de la dette) détenus par les institutions financières sur les marches financiers. Pour ces institutions, ces créances sont donc converties en argent frais, leur permettant de distribuer d’avantage de crédits, ce qui est censé doper l’activité et la croissance. En outre, l’achat d’obligation fait baisser leur rendement (la demande fait monter leur prix donc leur rendement baisse) ce qui incite les investisseurs à acheter d’autres actifs (dont les prix montent créant un effet de richesse). De plus la baisse des rendements obligataires entraine une baisse des taux de prêts bancaires: autant de vitamines pour l’économie. En tirant l’ensemble des rendements vers le bas, le QE  peut espérer favoriser la dépréciation de la monnaie et rendre les exportations plus compétitives. Avec son programme de QE de 1140 milliard d’euro (10% de la masse monétaire) en 18 mois (fin Sept 2016), la BCE fait mécaniquement baisser le cours de l’euro.

La situation ou le taux d’intérêt est durablement inférieur au taux de croissance est bien pathologique puisqu’elle incite les acteurs économiques à s’endetter au-delà du raisonnable. C’est bien ce que l’on observe depuis une quinzaine d’année. De même en pratiquant une politique de taux d’intérêt à long terme très bas associée a la monétisation des dettes publiques dans les cadres du QE, elles ont encouragé les gouvernements à laisser filer les déficits publics (parce que les intérêts à payer sur la dette sont très faible). Lorsque la dette est détenu par la banque centrale, l’état lui verse les intérêts sur cette dette, mais ensuite la banque centrale, qui transfère ses profits a l’état, les lui rend

La base monétaire mondiale tourne autour de 20 000 milliards de dollars. Nous pensons que la liquidité mondiale va continuer d’augmenter pendant plusieurs années.

Les bulles sur les prix d’actifs sont de retour: la politique laxiste des banquiers centraux n’a pas fait revenir l’inflation (celles de salaires ou des biens) mais elle a nourri l’inflation des prix des actifs notamment actions et immobilier. Les banques font apparaitre un effet de richesse nécessaire à la stimulation de la demande par l’enrichissement des détenteurs de portefeuilles.

Avec des politiques monétaires très expansionniste et des taux d’intérêt à long terme demeurant inferieurs a la croissance nominale, les valeurs boursières sont tirés vers le haut.

A NY, le Standard & Poor’s 500 a progressé de 72% entre sept 2010 et sept 2015. Le Nikkei s’est apprécié de 93%. A Londres le QE a plutôt nourri la bulle immobilière. A Shanghai, la bourse s’est envole de 150% entre Juin 2014 et Juin 2015 et a alimente le train de vie d’un nombre croissant de Chinois de la classe moyenne. La bourse devient dans un certain nombre de pays un instrument de politique monétaire.

Les banques souhaitent compenser une demande trop faible en raison du manque de pouvoir d’achat des revenus salariaux par une expansion ininterrompue du crédit et des revenus non-salariaux. La manœuvre est périlleuse: les pires excès sont à craindre si les investisseurs sont incités à croire que les banques centrales encouragent la prise de risque et les ‘assurent’ contre une baisse des actifs. Il y a alors formation de bulle doublée d’une augmentation de l’endettement (grâce au taux d’intérêt faible).

Une remonte des taux d’intérêt provoqueraient des pertes massives sur les portefeuilles d’obligations achetés avec des coupons très faibles par les investisseurs.

Le recours au QE lorsque la situation des marches financiers est bonne ne peut que faire enfler les bulles: c’est bien la preuve qu’une banque centrale ne devrait pas utiliser celle-ci comme instrument de politique monétaire pour soutenir l’économie.

A l’été 2015, les perspectives de croissance des pays émergents a provoqué des sorties de capitaux de ces pays 10 fois plus importantes qu’il y a dix ans, ce qui explique l’effondrement de leurs devises (les devises –hors China- ont perdu 30% contre le dollar depuis Janvier 2014)

La création monétaire – indispensable lorsqu’il se produit une crise de liquidité en 2009 – ne sert strictement à rien lorsqu’on parle de la faiblesse de la productivité, de l’innovation, du niveau de qualification de la population active,  de l’insuffisance de l’investissement dans les infrastructures…Ces politiques ont des effets pervers sur le plan structurel: elles protègent les faibles contre le risque de défaut (grâce a des taux d’intérêt bas) mais les incitent aussi à profiter de cette protection. Elles contrarient le processus de ‘destruction créatrice’ en évitant la disparition des ‘faibles’ (et cela au détriment des agents économiques les plus dynamiques). Elles favorisent le développement de la partie de l’économie liée aux prix des actifs, a l’endettement, a la spéculation…

En Chine, la politique monétaire provoque une accélération du crédit qui ne finance pas l’investissement des entreprises, mais la construction, les infrastructures avec le risque d’excès à la fois d’investissement et d’endettement.

Au japon le programme de QE a fait perdre (volontairement) 35% de la valeur du yen face au dollar depuis l’automne 2012 (même politique de dévalorisation de la monnaie en Europe et en Chine) mais les exportations n’ont pas suivi. On a parlé de ‘dépréciation sans exportation’ avant de conclure que les stratégies de change des années 80 avaient perdu de leur pertinence avec la globalisation des chaines de production.

Dollar, euro, yen ont cédé plus de 20% de leur valeur en 3 ans. En l’absence de coordination internationale, on risque d’assister à une surenchère qui fera encore plus de dégât sur la croissance mondiale.

Il y a fort à parier qu’une remonté des taux d’intérêt n’est pas pour demain car la première banque qui le fera exposera sa monnaie a l’appréciation.

Même les périodes de croissance avec baisse du chômage ne font plus revenir l’inflation. La théorie économique qui lie la baisse du chômage a l’inflation par le biais de l’augmentation du pouvoir d’achat et des salaires ne fonctionne plus (la courbe de Phillips liant croissance des salaires, prix et taux de chômage, n’est plus vérifiée).

Des reformes pour éviter le pire

  1. Les banques centrales doivent laisser de cote l’objectif d’inflation (qui restera faible certainement) et veiller plus à la stabilité financière (contrôle des prix d’actifs, de la liquidité…)
  2. S’adapter à une faible croissance potentielle (plutôt que d’essayer de retrouver les niveaux élevés d’antan).
  3. Faire en sorte que le FMI coordonne les politiques monétaires et de changes.
  4. Renoncer aux politiques monétaires expansionnistes qui durent trop longtemps et notamment lorsque le problème de l’économie n’a rien à voir avec la politique monétaire mais est lie a l’absence de réformes etc. qui bloque la croissance.
  5. Se donner un objectif de liquidité mondiale et commencer à réduire les liquidités très doucement. La base monétaire devrait progresser a peu près comme le PIB mondial en valeur. Ce dernier a progressé de 8-9% par an entre 2000 et 2009. La base monétaire a augmenté de 17% par an

 

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Avant l’histoire, Alain Testart, 2012

 

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L’idée d’une complexification croissante de la société se fonde sur quelques erreurs d’appréciation:  en premier lieu, sur le préjugé ordinaire qui nous fait juger simples et rudimentaires les peuples aux mœurs trop éloignées des nôtres, et dont nous ne saisissons pas les principes. En second lieu sur la méconnaissance de la différence fondamentale qui sépare les lois de l’évolution technique et celles qui président aux transformations des sociétés. Les inventions techniques sont des phénomènes cumulatifs – c’est pourquoi il existe un progrès technique. On peut parler de complexification croissante pour l’infrastructure matérielle des sociétés, mais, en ce qui concerne les structures sociales, on ne voit pas quel sens cela pourrait avoir. En troisième lieu sur une analogie implicite entre société et être vivant (l’exemple de l’Etat communément comparé avec un système nerveux). En quatrième lieu, sur l’opinion selon laquelle les conflits sociaux deviendrait plus nombreux avec l’accroissement de la population, le développement des richesses, l’émergence du pouvoirs politiques ou administratifs. Enfin, l’idée selon laquelle certaines sociétés seraient simples se fonde sur les phénomènes invisibles : le premier est que 90-95% des phénomènes sociaux ne sont pas archéologiquement visibles, le second est que beaucoup de sociétés ne connaissent pas l’écriture.

Culture et société : Une société c’est un ensemble de structures et d’institutions, ce n’est pas les gens, les hommes et les femmes qui vivent dans cette société. (Exemple les sociétés russes d’avant et d’après 1917 sont différentes mais constituées de russes) Les hommes et les femmes forment une communauté ou un peuple. Une société est donc indépendante des peuples (qui vivent dans ce modèle de société). (Exemple : Une société occidentale mais pas de peuple occidental). Dans la culture on ne peut faire abstraction du lien avec le peuple. Les cultures sont uniques, les sociétés ont des caractéristiques générales communes a plusieurs pays, états etc.  La culture est lié aux spécificités d’un peuple, sa langue, son enracinement géographique, son histoire.

Les crocodiles partagent avec les oiseaux des dizaines de structures anatomiques qui leur sont exclusives (mandibule fenestrée, gésier, etc.) et que d’autres reptiles, comme les varans, ne partagent pas. Ce n’est ni l’apparence, ni les fonctionnalités, ni l’adaptation au milieu qui fonde une classification phylogénétique (ou apparentement). (Les oiseaux sont plus proches des crocodiles que les varans).

Childe et la théorie du surplus : la révolution néolithique est la plus grande révolution technico-économique que connut l’humanité avant la révolution industrielle. Révolution du mode de vie, puisque le mode de vie agraire implique la sédentarité ; révolution démographique, puisque les chasseurs-cueilleurs, exploitant des ressources sauvages ne peuvent avoir qu’une population clairsemée, un territoire cultivé étant capable de supporter une population incomparablement plus nombreuse. Childe, très influencé par le marxisme, expliqua pourquoi l’agriculture permettait des société de classes, avec un classe dominante qui vivait sans travailler la terre. Le rendement du travail agricole est suffisant pour dégager un surplus au delà de ce qui est nécessaire au producteur.  Les observations du temps de travail des peuples de chasseur-cueilleurs (Bochimans) montrent que les chasseurs-cueilleurs travaillaient moins que les travailleurs de société industrielles (4-5 heures/jour). Au sein de cette population de chasseurs-cueilleurs, certains auraient pu travailler plus, d’autres moins et c’eût été une société de classe, analogue a celle que Childe croyait impossible avant l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs ne sont pas des sociétés de classes, mais ce n’est pas le niveau technique qui l’explique.

Childe – théorie des oasis :  c’est le réchauffement climatique qui marque la fin du glaciaire qui serait l’élément déterminant de l’invention de l’agriculture, en raison de l’aridification des contrées antérieurement verdoyantes et de la concentrations des êtres vivants (hommes et bêtes) sur des territoires exigus non arides (au proche orient notamment).  Or, pendant la dernière glaciation (celle de Würm) il y a eu des interstades, long de plusieurs millénaires, qui avaient un climat plus doux. Pourquoi l’agriculture n’a-t-elle pas été inventé a l’une ou l’autre de ces périodes ? La même chose peut être dite de la pression démographique, souvent considérée comme étant à l’origine de l’agriculture.

Il ne suffit pas qu’une invention soit inventée pour qu’elle se diffuse. Cela ne suffit même pas pour qu’elle soit adoptée.  A Dolni Vestonice les hommes inventèrent il y a 26,000 ans la céramique (Venus en terre cuite) précédant de plusieurs milliers d’années la céramique du proche orient.  Ils ont fait cela sans faire des pots, et sans qu’aucun n’autre peuple les imite: pourquoi ? Probablement parce que la céramique ne servait à rien pour ces chasseurs-cueilleurs. Elle servira plus tard aux agriculteurs. C’est donc le milieu et le social qui explique l’adoption et diffusion d’une invention.  Les aborigènes sont en contact avec les habitants des iles du détroits de Torres, qui ont une culture de type néoguinéenne (horticulture, conservation du poisson, arc et flèches). Ils connaissent ces techniques mais ne les ont pas adoptées. C’est une question fondamentale de savoir pourquoi.

Il y eu seulement trois inventions majeures pendant les 30,000 ans du paléolithique supérieurs : l’aiguille à chas, entre 19,000 et 18,000. Elles servent à confectionner des vêtements de peaux, de couvertures de tentes, des canots de peaux. Le propulseur, a partir de 16,000, qui permet de doubler la distance de jet. La barbelure (des 25,000 ans), laquelle fait donc des pointes barbelées qui resteront fichées dans les chairs de la proie une fois touchée. L’intérêt est évident pour la guerre, la chasse au singes (les deux étant pareillement capables de retirer un trait de leur plaie. Cette forme convient très bien à un gibier aquatique, sinon a la pêche.  Il y a aussi des inventions virtuelles (les Venus) qui ne débouchent pas sur des applications pratiques. Au mésolithique, qui s’étend sur 3 ou 5,000 ans, des dizaines d’inventions vont survenir : l’arc, le piège a poisson (nasse), filets, canots, le chien de chasse (non prouvé), traineau, vaisselles de céramique (10,000 ans, Jomon au japon), les habitations permanentes (les natoufiens au proche orient) et l’agriculture. C’est le rythme du développement technique qui a changé.

Les aborigènes utilisaient déjà la pierre polis il y a 20-30,000, bien avant qu’elle ne soit connu en Europe et au Proche Orient (au Néolithique – ou âge de la pierre polie). En revanche, ils n’ont jamais adapté l’arc, le fumage de la viande animale, la vie sédentaire, les cantonnant dans le domaine du rituel. La hache australienne ne saurait avoir la même fonction que la hache néolithique des forets tempérées européennes. Toutes ces fonctions tournent autour du végétal : il fait des entailles pour monter aux arbres, ouvre des branches pour y attraper les opossums qui s’y cachent etc. Avec cumul sur un même instrument de fonctions différentes permettant d’alléger l’équipement. Le travail de la pierre en Europe était plus orienté sur l’animal (pointes de flèches, grattoirs, burins)  En avance sur ce point, les aborigènes sont en retard sur beaucoup d’autres.

Le sens de l’histoire : La société est structurée depuis des millénaires non pas autour de la richesse mais autour de ce qui fait depuis toujours courir les hommes : la quête du partenaire sexuel. L’ethnologie des chasseurs-cueilleurs ou le futur mari doit payer pour obtenir une épouse. Quand nait la richesse, elle nait sur ce fond social plurimillénaire et elle sert d’abord et avant tout à payer pour les femmes. L’obtention d’une épouse entraine une dépendance du gendre par rapport au beau-père. Fournir des biens supprime cette dépendance. Dans ces conditions, la richesse, quand elle fait son apparition, est facteur de liberté. Mais elle est aussi un moyen d’oppression. Avant la richesse, il suffisait au prétendant de travailler plus – pour le beau-père- pour acquérir son épouse. Avec l’apparition d’un prix pour la fiancé, seul celui qui est riche se trouve libéré. Le pauvre ne peut plus se marier du tout, il ne se marie pas ou entre en servitude. Rien n’est plus courant dans le monde que d’opprimer les pauvres.

L’invention de la richesse : elle est arrivée toute seule, sans que les hommes y prennent garde, en même temps que l’équipement du chasseur s’alourdissait et que les chasseurs-cueilleurs se sédentarisent. Ce fut sans doute parmi les derniers chasseurs du pléistocène, des peaux et des objets en os qui jouèrent le rôle de la richesse. C’étaient des biens durables et toutes choses qui représentaient un temps de travail assez important, ainsi que des objets de provenance lointaine, parce que difficile à se procurer.

La propriété au néolithique : nous n’en savons rien. Mais les sociétés ethnographiées en Mélanésie ou Amérique du nord montrent qu’elle ne connaisse qu’un avantage à la richesse : la considération sociale, l’estime, qu’elle confère. Luxe, confort, pouvoir sur le travail des autres ne semblent pas être des avantages procurés par la richesse que les sociétés traditionnelles considèrent importante – ou connaissent.  Le riche ne vit pas dans une maison luxueuse, mais il donne des fêtes, détient des objets de valeurs, il a des créances sur d’autres, de nombreuses épouses.  La richesse ne s’investit pas en terres, parce qu’on est propriétaire de la terre seulement si on l’utilise (Afrique, Mélanésie, Amérique du nord). La terre devient importante plus tard e  Eurasie, depuis les romains.

Les sociétés de chasseurs-cueilleurs ne sont pas plus égalitaires que les nôtres. Elles sont traversées par des rapports de dépendance, des rapports de force. Ce qui nait avec le néolithique, c’est l’existence d’inégalités socio-économique – la différentiation entre riches et pauvres. Ceux qui parlent de sociétés égalitaires ne s’interrogent pas sur les mécanismes susceptibles d’engendrer cette égalité. Ces mécanismes supposent une autorité centrale qui fait défaut dans les sociétés étudiées. Les dons – qui existent – ne supprime pas les inégalités : la raison en ai qu’on ne distribue que les revenus mais pas la source de ces revenus.

Misère : historiquement nous n’avons aucune preuve de son existence avant la fin de la première moitié du 1er millénaire avant notre ère (-500), le VI ou VII siècle, juste avant l’antiquité classique. Elle fut absente des sociétés d’Océanie et d’Amérique étudiées, petites, loin des empire et encore a outillage lithique. Le fait que le luxe et la misère soient absents de ces sociétés mais n’en font pas pour autant des sociétés égalitaires. La richesse néolithique ne se montre pas mais permet des dépenses ostentatoires dans l’intérêt public.  Les sources des inégalités sont nombreuses, à commencer par la propriété : les clans puissants sont ceux qui ont les meilleurs sites. Le capital financier constitue une autre source : c’est a coups de prêts que les big men renforcent leur emprise sur le villageois, a coups de dons qu’ils financent la paix (constructions, réparations après guerre etc.). Ils ne répugnent pas prêter à taux usuraire, et c’est ainsi qu’ils financent leurs fêtes.

La forme de propriété fundiaire conduit certains à accumuler les terres et d’autres à en être dépossédés.  La forme usufondé précède la forme fundiaire et nous n’avons aucun exemple de l’inverse.  Le régime usufondée fonctionne s’il y a une réserve illimitée de terres. Lorsque la densité démographique devient trop élevée, le régime de propriété se meut en régime fundiaire, analogue au nôtre.

L’économie néolithique : la richesse y sert principalement à faire face à ses obligations sociales et pas à assurer son pain. Ces sociétés sont structurées par des liens personnels, pas seulement des liens de parenté. La terre n’est pas un enjeux majeurs (propriété usufondée) et fait apparaitre tout au plus des inégalités liés à la fertilité des terres (ce ne sont pas des sociétés de classes).  Le surcroit de richesse ne s’investit pas dans la terre, il y a une tendance intrinsèque à la dépense ostentatoire, dans l’intérêt de tous (et aussi des plus pauvres) : fêtes, érection de monuments pour lesquelles ils faut nourrir une quantité importante de gens. Et il y a tout lieu de penser que l’esclavage est apparu avec le néolithique (3 critères : les hommes libres pratiquent la déformation crânienne – ceux qui n’ont pas ces déformations sont d’un statut social inferieur ; on massacre en général les hommes adultes qu’on ne peut réduire en esclavage et on conserve les femmes et les enfants ; la coutume de l’accompagnement funéraire)

Le sens du monumentalisme naquit avec le néolithique. On donnait à voir la réalisation et il faut s’interroger non pas sur la technique de réalisation (qui pose peu de problème avec beaucoup d’hommes) mais sur le financement de ces réalisations. Que donne-t-on a voir dans ces fêtes ou érection de ces monuments ? Non pas la puissance politique d’un chef capable de mobiliser les hommes (comme les souverains chinois pour construire la muraille de chine). On donne a voir la puissance de l’argent, la puissance économique d’un homme capable d’employer – de salarier- ses covillageois. Les mégalithes furent autant de manifestations de puissance, de cette puissance que confère la richesse.

A Madagascar, les dimensions de la pierre à ériger étaient fonction du revenu de celui qui commandait la cérémonie…jusqu’à 300 personnes participaient au transport…distribution de viande pour tout le monde…100 bœuf furent tués.

Disposition côtière du premier mégalithisme européen. Il n’y a pas de problème technique : ils ont suffisamment de bras et les marins savent fabriquer des cordes solides. Quant a la traction, faire rouler les mégalithes sur des rouleaux, c’est un problème technique très similaire à celui de la miseà l’eau d’un navire.

Je crois que les défunts néolithiques qui étaient dans les caveaux mégalithiques étaient bien des égaux, des membres d’une classe ou d’une caste dominante qui s’imposent entre eux de ne pas faire apparaitre de différences de richesse pour mieux rester unis. Ils imaginèrent de partager le même caveau, ils se rendaient indistinguables les uns des autres dans la mort, tout en se distinguant par une inhumation en mégalithique.

Le monde mégalithique n’apparait nullement comme un monde unifié, certainement pas politiquement, même pas culturellement, tout au contraire, c’est le règne du particularisme qui veut que chacun de distingue de son voisin par quelque originalité ou excentricité.  Ce fut sans doute la limite sociale et politique de ces sociétés qui furent incapables de s’unifier ou de se fédérer en entités plus grandes et donc plus puissantes. Les sociétés mégalithiques n’ont pas de descendance. Elles disparaissent sans laisser de traces  autres que ces pierres énigmatiques. Ces ploutocraties ostentatoires mégalithiques étaient incapables de fédérer des populations libres et furent remplacé par des systèmes d’organisation plus performante et différente. Childe voit ainsi dans les longue maisons des Rubanés (nord de l’Europe entre 5500 et 4800) une inversion des tumulus des peuples mégalithiques. Les vivants d’un côté, les morts de l’autre.

Le miracle grec de la démocratie 5 ou 6 siècles avant notre ère. En Gaule, en Germanie,  en Scandinavie, à Rome, en Grèce, on trouve partout des systèmes différents mais toujours avec une assemblée du peuple réputée souveraine. On peut faire l’hypothèse d’un fond démocratique primitif commun à l’Europe depuis le début du néolithique.  Ce furent des immigrants du proche orient qui l’apportèrent en Europe. Les grecs n’inventèrent pas la démocratie : ce qu’ils firent fut de parfaire une forme très ancienne. L’Europe est unique au monde pour ses traditions démocratiques, notamment le recours a une assemblée populaire.

Le Proche Orient ancien a connu l’organisation lignagère – elles sont si courantes chez les Bédouins en particulier. Ce milieu social fut favorable à une naissance précoce de l’Etat. L’Europe, structurée par des démocraties primitives, a longtemps refusé l’Etat, a fortiori l’Etat despotique du Proche-Orient. Elle ne l’accepta qu’avec la Grèce au V-VI siècles.