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La folie des banques centrales, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 2016

 

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Lorsque l’argent ne coute rien

On compte sur les banquiers centraux pour relancer la croissance, combattre la déflation, aider a résoudre l’endettement des Etats, conjurer l’éclatement de l’euro, faire repartir l’investissement…on a fini par vouloir régler avec la monnaie tous les problèmes, et d’abord ceux de l’économie réelle. Or le recours systématique à l’inondation monétaire dès qu’un déficit de croissance se fait jour n’a aucun sens.

En continuant à inonder la planète de liquidités, les banquiers centraux jouent un jeu dangereux et l’issue pourrait bien faire de la crise de 2007-2008 une aimable répétition avant un nouvel accident plus dévastateur encore. L’inflation étant revenue à un niveau inférieur à l’objectif de 2%, les banquiers centraux se sentent désormais les mains libres pour s’occuper de la croissance et de l’emploi dans un contexte ou la pression des politiques et des opinions publiques jouent dans ce sens. Par ailleurs, les politiques monétaires sont de plus en plus inefficaces à mesure que les pays sont de plus en plus endettés (plus on est endetté, moins on s’endette a nouveau). L’abondance de liquidité existante amène à pratiquer l’inondation monétaire pour espérer obtenir un résultat.

Un relèvement des taux américains serait le signe que l’injection massive de liquidités qui dopent les marchés depuis 2007, touche à sa fin. Et avec elle la période d’argent facile qui a permis de se refaire après la crise de 2007 et déclencher un incroyable boom sur les actifs financiers.

Il n’existe aucune limite technique à l’augmentation du bilan des banques centrales: une banque centrale peut toujours créer de la monnaie pour acheter des actifs.

Le Quantitative Easing fonctionne de la manière suivante. La banque centrale crée de la monnaie en créditant des lignes de dépôt des institutions financières, cette monnaie étant la contrepartie d’achat de titres (de la dette) détenus par les institutions financières sur les marches financiers. Pour ces institutions, ces créances sont donc converties en argent frais, leur permettant de distribuer d’avantage de crédits, ce qui est censé doper l’activité et la croissance. En outre, l’achat d’obligation fait baisser leur rendement (la demande fait monter leur prix donc leur rendement baisse) ce qui incite les investisseurs à acheter d’autres actifs (dont les prix montent créant un effet de richesse). De plus la baisse des rendements obligataires entraine une baisse des taux de prêts bancaires: autant de vitamines pour l’économie. En tirant l’ensemble des rendements vers le bas, le QE  peut espérer favoriser la dépréciation de la monnaie et rendre les exportations plus compétitives. Avec son programme de QE de 1140 milliard d’euro (10% de la masse monétaire) en 18 mois (fin Sept 2016), la BCE fait mécaniquement baisser le cours de l’euro.

La situation ou le taux d’intérêt est durablement inférieur au taux de croissance est bien pathologique puisqu’elle incite les acteurs économiques à s’endetter au-delà du raisonnable. C’est bien ce que l’on observe depuis une quinzaine d’année. De même en pratiquant une politique de taux d’intérêt à long terme très bas associée a la monétisation des dettes publiques dans les cadres du QE, elles ont encouragé les gouvernements à laisser filer les déficits publics (parce que les intérêts à payer sur la dette sont très faible). Lorsque la dette est détenu par la banque centrale, l’état lui verse les intérêts sur cette dette, mais ensuite la banque centrale, qui transfère ses profits a l’état, les lui rend

La base monétaire mondiale tourne autour de 20 000 milliards de dollars. Nous pensons que la liquidité mondiale va continuer d’augmenter pendant plusieurs années.

Les bulles sur les prix d’actifs sont de retour: la politique laxiste des banquiers centraux n’a pas fait revenir l’inflation (celles de salaires ou des biens) mais elle a nourri l’inflation des prix des actifs notamment actions et immobilier. Les banques font apparaitre un effet de richesse nécessaire à la stimulation de la demande par l’enrichissement des détenteurs de portefeuilles.

Avec des politiques monétaires très expansionniste et des taux d’intérêt à long terme demeurant inferieurs a la croissance nominale, les valeurs boursières sont tirés vers le haut.

A NY, le Standard & Poor’s 500 a progressé de 72% entre sept 2010 et sept 2015. Le Nikkei s’est apprécié de 93%. A Londres le QE a plutôt nourri la bulle immobilière. A Shanghai, la bourse s’est envole de 150% entre Juin 2014 et Juin 2015 et a alimente le train de vie d’un nombre croissant de Chinois de la classe moyenne. La bourse devient dans un certain nombre de pays un instrument de politique monétaire.

Les banques souhaitent compenser une demande trop faible en raison du manque de pouvoir d’achat des revenus salariaux par une expansion ininterrompue du crédit et des revenus non-salariaux. La manœuvre est périlleuse: les pires excès sont à craindre si les investisseurs sont incités à croire que les banques centrales encouragent la prise de risque et les ‘assurent’ contre une baisse des actifs. Il y a alors formation de bulle doublée d’une augmentation de l’endettement (grâce au taux d’intérêt faible).

Une remonte des taux d’intérêt provoqueraient des pertes massives sur les portefeuilles d’obligations achetés avec des coupons très faibles par les investisseurs.

Le recours au QE lorsque la situation des marches financiers est bonne ne peut que faire enfler les bulles: c’est bien la preuve qu’une banque centrale ne devrait pas utiliser celle-ci comme instrument de politique monétaire pour soutenir l’économie.

A l’été 2015, les perspectives de croissance des pays émergents a provoqué des sorties de capitaux de ces pays 10 fois plus importantes qu’il y a dix ans, ce qui explique l’effondrement de leurs devises (les devises –hors China- ont perdu 30% contre le dollar depuis Janvier 2014)

La création monétaire – indispensable lorsqu’il se produit une crise de liquidité en 2009 – ne sert strictement à rien lorsqu’on parle de la faiblesse de la productivité, de l’innovation, du niveau de qualification de la population active,  de l’insuffisance de l’investissement dans les infrastructures…Ces politiques ont des effets pervers sur le plan structurel: elles protègent les faibles contre le risque de défaut (grâce a des taux d’intérêt bas) mais les incitent aussi à profiter de cette protection. Elles contrarient le processus de ‘destruction créatrice’ en évitant la disparition des ‘faibles’ (et cela au détriment des agents économiques les plus dynamiques). Elles favorisent le développement de la partie de l’économie liée aux prix des actifs, a l’endettement, a la spéculation…

En Chine, la politique monétaire provoque une accélération du crédit qui ne finance pas l’investissement des entreprises, mais la construction, les infrastructures avec le risque d’excès à la fois d’investissement et d’endettement.

Au japon le programme de QE a fait perdre (volontairement) 35% de la valeur du yen face au dollar depuis l’automne 2012 (même politique de dévalorisation de la monnaie en Europe et en Chine) mais les exportations n’ont pas suivi. On a parlé de ‘dépréciation sans exportation’ avant de conclure que les stratégies de change des années 80 avaient perdu de leur pertinence avec la globalisation des chaines de production.

Dollar, euro, yen ont cédé plus de 20% de leur valeur en 3 ans. En l’absence de coordination internationale, on risque d’assister à une surenchère qui fera encore plus de dégât sur la croissance mondiale.

Il y a fort à parier qu’une remonté des taux d’intérêt n’est pas pour demain car la première banque qui le fera exposera sa monnaie a l’appréciation.

Même les périodes de croissance avec baisse du chômage ne font plus revenir l’inflation. La théorie économique qui lie la baisse du chômage a l’inflation par le biais de l’augmentation du pouvoir d’achat et des salaires ne fonctionne plus (la courbe de Phillips liant croissance des salaires, prix et taux de chômage, n’est plus vérifiée).

Des reformes pour éviter le pire

  1. Les banques centrales doivent laisser de cote l’objectif d’inflation (qui restera faible certainement) et veiller plus à la stabilité financière (contrôle des prix d’actifs, de la liquidité…)
  2. S’adapter à une faible croissance potentielle (plutôt que d’essayer de retrouver les niveaux élevés d’antan).
  3. Faire en sorte que le FMI coordonne les politiques monétaires et de changes.
  4. Renoncer aux politiques monétaires expansionnistes qui durent trop longtemps et notamment lorsque le problème de l’économie n’a rien à voir avec la politique monétaire mais est lie a l’absence de réformes etc. qui bloque la croissance.
  5. Se donner un objectif de liquidité mondiale et commencer à réduire les liquidités très doucement. La base monétaire devrait progresser a peu près comme le PIB mondial en valeur. Ce dernier a progressé de 8-9% par an entre 2000 et 2009. La base monétaire a augmenté de 17% par an

 

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 L’empire et les nouveaux Barbares – Jean Christophe Rufin – Edition 2001.

 PARIS : Jean-Christophe Rufin

La théorie de la Fin de l’Histoire a été critiquée, rejetée etc. Mais elle a survécu dans la notion de globalisation : un seul système s’étend désormais sur le monde entier. La recrudescence des conflits locaux constituait l’objection la plus forte à cette théorie. La notion de choc des civilisations  est venue donner a ces phénomènes une interprétation. Les deux théories ne sont pas uniquement opposées : elles se complètent.

« Dans ce mouvement de globalisation […] les différentes couleurs culturelles de l’humanité reprennent une tendance naturelle au frottement sinon à l’affrontement » P 10 :

 

Durant la guerre froide, lorsque l’une des deux puissances reculait, l’autre prenait immédiatement sa place. Il y a belle lurette qu’on a plus d’exemple de tels appétits et nombre de pays en conflit sont abandonnés : la nouveauté de cette décennie (90-00) est l’existence de tels trous dans les relations internationales.

 

L’opposition en Afrique entre les comptoirs et les « terrae incognitae ». Les comptoirs vitrines des pays ou l’occident peut faire des affaires sans pour autant s’intéresser au sort du pays dans son ensemble parfois livré à la guerre, à des pouvoirs archaïques, à la famine etc. P 13.

 

Les rebellions, longtemps soutenu par l’une ou l’autre des factions, est désormais conduite par des forces locales qui prennent des aspects étranges à nos yeux.

 

La notion de guerre de civilisation n’est pas pertinente : le terme s’applique a des entités vastes et stables tandis que la scène identitaire est floue, mouvante, en perpétuelle reconstruction. Valeur explicative réduite donc.

 

La fonction des deux théories est plus idéologique que cognitive. Ce livre, tout à l’inverse, cherche à comprendre, non à mobiliser.

 

Nous assistons à une globalisation limitée, selon laquelle deux évolutions divergentes sont observables. D’un coté une unification démographique, politique, économique et culturelle du Nord. De l’autre, le décrochage d’un nombre croissant de régions et de peuples situés dans un au-delà hétérogène : le Sud.  [Le recours aux élections et une démocratie parfois de façade, mais toujours dans la bonne direction, étant considéré comme le rite de passage d’un Sud a l’abandon vers un Sud réhabilité et générant un intérêt particulier pour le Nord.]

 

P 18. L’affrontement Est/ouest est mort. L’affrontement Nord/Sud le remplace. Une symétrie si pure enchante l’esprit. Ce chassé-croisé de points cardinaux à quelque chose de religieux, comme un signe de croix planétaire.

 

La chute de Carthage est sans doute la dernière circonstance historique dans laquelle une civilisation, perdant l’ultime adversaire qui lui fut semblable, a dû se penser face au vide.

A cette image angoissante du vide, Polybe substitue l’exaltante idée de responsabilité impériale, d’une mission universelle. C’est évidemment une construction idéologique.

 

L’opposition Nord/Sud ressuscite cette idéologie de l’inégalité, de l’asymétrie. Le Sud se voit confier le rôle de nouveaux barbares face à un Nord supposé réunifié, impérial, dépositaires des valeurs universelles de la civilisation libérale et démocratique.[Imposer des valeurs du Nord, défense de valeurs du Nord, promotion des valeurs du Nord – élections libre etc…réguler par les NU : on ne va pas jusqu’à imposer un système mais un corpus d’élément, le plus petit dénominateur commun de la démocratie. Même s’il existe des organismes régionaux pour observer les élections, ces organismes procèdent d’une même idéologie unificatrice qui prend sa source dans des valeurs mis en musique au Nord (même si elle existe partout – solidarites etc). L’EU comme modèle de l’OUA ou de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest)] P 25

 

3 mouvements caractérisent la transition de la guerre froide à l’idée nouvelle d’opposition Nord/Sud.

D’abord (1er mouvement) la « chute du communisme » s’est transformé en « victoire du capitalisme ».  L’idée de réunification (Allemagne) s’est étendu au pays de l’Est selon un processus d’universalisation de la démocratie occidentale. Les élections libres en Europe de l’Est ont fortement contribué a cette prise de conscience de valeurs communes a cet ensemble réunifié.

Ensuite (2nd mouvement), La réunification du Nord est fragile voir paradoxale comme en témoigne le destin incertain de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est : L’Etat libérale démocratique ne supprime pas les inégalités, ni les antagonismes ethniques ou religieux. Unification pas si aisé que cela .

Finalement (3ème mouvement) une véritable unification n’est possible qu’en définissant ces valeurs communes par leur opposé, ce qui les contrarie ou les menaces.  Les barbares sont ceux qui s’oppose a l’Empire, ceux qui, a contrario, le conforte et le définit.

 

P.28. Le mythe du développement (1990) éclate et laisse apercevoir une réalité longtemps dissimulée : Sud et Nord ne sont pas dans un rapport relatif d’avance ou de retard. Ils évoluent en sens contraire. Quels sont les règles de cette opposition ?  Quelles sont les propriétés  de cette ligne (Limes) qui sépare l’empire des barbares ?

De part et d’autre du Limes, l’homme n’a pas le même prix, n’obéit pas au même règles et l’histoire n’a pas le même sens.

Dans l’idée de Limes il y a aussi l’idée de protection du Nord par l’abandon du Sud violent. De façon politique, au soutien universel de la démocratie se substitue une complaisance nouvelle à l’égard des Etats totalitaires du tiers monde qui se révèle capables de contribuer à des stabilités régionales et surtout d’empêcher des mouvements migratoires massifs.

L’opposition Est/Ouest était une idéologie de guerre qui installait un équilibre de paix. Le Limes Nord/Sud se présente comme un nouvel ordre pacifique : il contient le déséquilibre et l’affrontement. [il contient aussi toute la diversité des idéologies –extrémistes aussi- qui n’existait pas auparavant. L’opposition Est/ouest était idéologique,  l’opposition Nord/Sud est pragmatique – on se bat pour vivre tout simplement, non pas pour un modèle de vie qu’on trouve meilleur qu’un autre]

 

Les régions du Sud dont je parle connaissent une évolution beaucoup plus grave : elles s’écartent du monde, se replient. Leur vie n’est pas assoupie : elles sont souvent le théâtre de grand drames. Mais ces drames sont inconnus, indifférents, ignorés du reste du monde. P 35

 

L’idée de rétrécissement du monde connu heurte en nous un idée, une évidence familière : la certitude qu’un longue marche historique a conduit les européens a pénétrer jusqu’aux retraits les plus ultimes de la planètes. Or, commence depuis 10 ans, un retrait de certaines régions : les terrae incognita reprennent du terrain, le « blanc » se retire…

 

P 37 : Nouvelle terrae ingognitae : les régions en rébellion. De vastes pan de la Colombie, des Philippines, de la Birmanie échappent à l’autorité centrale depuis de nombreuses années [Election en Colombie, Moz 98 dans 33 villes, région du Nepal inaccessibles, quartier de Karashi ou Lagos  ou le danger est tel que les NU/US les qualifient de « no go areas » et la Police n’y circule plus. Nord du Sri lanka. L’évaluation des risques a partir des palais de verre des Nations Unies n’est pas toujours réaliste.]

 

Les mouvements rebelles autrefois soutenus souhaitaient une reconnaissance internationale. On conviait les internationaux pour témoigner, aider.  Ces régions sont en voix de disparition et les expatriés pris pour cible, pris en otage, rançonner.

 

Auparavant même les pouvoirs antidémocratiques savaient qu’à partir d’un point extrême leurs meilleurs alliés refuseraient de les soutenir et les pousseraient à quitter le pays. Somoza, Marcos, Le Shah…A répéter que ces pouvoirs étaient des dictatures, on finit par oublier qu’ils avaient le respect de cette forme ultime d’alternance qui consiste a reconnaître qu’on a perdu.[…] lorsque ces pouvoirs tombent, la situation est si dégradée qu’une anarchie complète se développe. La terreur provient de la décomposition anarchique, de l’éclatement en factions rivales. Elle peut aussi être délibérer (Perou – Sentier Lumineux, Guerilla Tamil au Sri Lanka.) Les rebelles souhaitent couper du monde les régions qu’ils contrôlent et éloigner les témoins. [ Particularité des pays dans lesquelles on observe les élections : violence et groupes rebelles actifs. Enfin, Exemple du Congo Brz 2002 et du pasteur N’Toumi dont les rebelles restent actifs et gênent le bon déroulement du processus électoral. Transformation des factions en partis politiques, cas de Sierra Leone et du leader emprisonné Fodé Sanko…] P42

 

La fin des soutiens aux guérillas pousse certaine a recourir à la prédation et aux terrorismes. C’est le cas dans les territoires contrôlées par la Renamo en 1983 et suivante alors qu’elle avait perdu le soutien sud africain. [référence au rapport sur le Libéria ou les gens vote non pas pour le futur mais parce qu’il on connu 10 ans de guerre…et encore nécessité de soutenir les partis politiques issues des guérillas, au risque de le voir échouer et recourir à la violence a nouveau (Moz/ Sierra leone)]

 

Les mégapoles du tiers monde forme des zones particulièrement instable, des terrae incognitae : ces zones sont aussi impénétrable incontrôlable que les zones de rébellion. A tort, les villes sont considérés comme politiquement stable [elles sont la ou le vote ethnique à le moins d’influence car les populations sont plus mélangé et les liens traditionnels s’effacent peu a peu. En revanche, les banlieues peuvent abriter des réfugiés apeurés et dont le vote est éminemment sécuritaire (Angola, banlieues de Luanda)] P46

 

Un courant de pensée tiers-mondiste pousse a avoir une vision positive de ces formes urbaines : encourager l’organisation  de leur habitants, donner les moyens de se constituer en véritable communautés structurées. Beaucoup d’organisations de coopération travaille sur cette idée. Pourtant la socialisation qui s’y opère s’organise plus souvent (dans le bidonville au moins) autour de la criminalité organisée. Misère urbaine et trafic en tout genre se développe symbiotiquement. C’est régime mafieux vont de pair avec une redistribution des pouvoirs, une déliquescence de l’autorité de l’état, une corruption croissante politique et policière.  Les favelas de Rio de Janeiro en sont un exemple frappant. L’ordre règne le jour, une importante présence de police privée (vigiles, communauté de défense  citoyenne…). Loi du silence et pouvoir occulte sur des populations soumises par la force et/ou l’intérêt.  D’autre favelas, plus récentes, sont un amas d’habitat précaire, de cartons, de branche, de matériaux de récupération. Les rivalités entre bande y sont très présentes.

[Utilisation par les partis des ces bandes, de ces hommes désoeuvrés, de ces jeunes délaissés par les familles près a tout pour gagner quelques dollars…(Niger et marabout des carrefours)]

 

Apres l’abandon des touristes, puis le départ des journalistes, l’élimination des organisations humanitaires signe, pour une région, son entrée dans le chaos. [ on peut ajouter départ des hommes d’affaires . A l’opposé, les observateurs consacrent le retour des expatriés signe d’une stabilisation de la région. Naissance du tourisme de post conflit : en 1990 on faisait visiter l’URSS et les camps de Sibérie, avec hébergement local. En 2000, on fait visiter aux touristes la Bosnie déchirée et en phase de réconciliation…] P. 51.

 

faute d’avoir contrôle les variables démographiques par des méthodes douces, on voit entrer en scène des moyens brutaux ( contrôle totalitaire de la fécondité, fléau venant accroître la mortalité) Ces moyens sont spécifique au Sud et ne seraient pas toléré au Nord. Il n’est qu’une solution malthusienne que nous soyons prêts a combattre vigoureusement : la migration. La complaisance a l’égard des méthodes totalitaires de contrôle démographiques naît de la : la peur de l’invasion. P 66 : 

 

La misère actuelle est le produit de 30 ans de développement. Les masses déracinées et dépendantes qu’ont déplacées ces 30 glorieuses se répartissent en agglomérat, en îlots : réfugiés et bidon villes. [ traitement du cas de réfugiés dans les élections : Mozambique 94 incluant une phase de réintégration des réfugiés, Sierra Léone 2002 aussi). ] Pourtant, notons qu’au Sud mouvement n’est pas nécessairement déracinement : il y a en Afrique une longue tradition de mobilité, par rapport au catastrophe naturelle notamment. P70 :

 

Deux grands obstacles sur le chemin des migrations : la frontière et la ville.

 

l’exode rural au Sud concerne essentiellement les grandes villes : plus elle s’accroît plus son effet d’attraction augmente, au détriment même des villes intermédiaires. Secteur informel, économie parallèle, absence d’état et quelques opportunités de travail mais surtout accès a l’eau et l’électricité, voir la TV, le tout même en partage. C’est une société du spectacle : le rêve de la richesse est la à coté, inaccessible mais visible. Oisiveté vigilante des populations : toujours prêt pour une bonne affaire qui permettra de tenir quelques jours.  [Difficultés de planifier, de prévoir l’avenir, de la concevoir, capacité limité a imaginer le futur est une caractéristique commune aux réfugiés et au personne vivant dans la précarité. Valeur affecté au futur est limité et de loin moins importante que l’intérêt pour le présent : risque est plus acceptable.  (acheter sa nourriture en petite quantité plusieurs fois par jour, pas d’argent liquide, vêtements usager etc, une survie grâce à un réseau plus ou moins dense de contacts…). Des individus facilement manipulables et qui ne sont guère sensible au programme politique de long terme…favorisent le clientélisme. Solution de long terme dans l’éducation]. P 80 :

 

Dans les camps de réfugies, les mouvements politiques contrôle les masses, obtenant une stricte allégeance de ces dernières.

 

Le concept de « Politique du ventre » : tout se résume à l’acquisition de richesse et non à leur production.

 Le clientélisme politique prend différent aspects : en campagne électorale il revêt des allures caricaturales. AU brésil,  pendant les municipales, chaque conseiller d’arrondissement mène sa propre campagne. Des troupes misérables sont engagées pour des sommes modestes, et animent des défilés sur des rythmes de samba. Les T shirts distribués par les candidat sont portés bien après les élections : ceux qui les reçoivent n’en ont souvent pas d’autres. Le dénuement est tel que les sommes dépensées pendant la campagne permettent de procéder à de véritable d’achat d’électeur.  P 86 :

 

Oscar Lewis « Une attitude critique à l’égard de certaine valeurs et institutions des classes dominantes, la haine de la police, la méfiance à l’égard du gouvernement et des personnalités haut placées et un cynisme qui s’étend même à l’égard de l’église donnent à la culture des pauvres une qualité d’opposition et un potentiel utilisable dans les mouvements politiques dirigés contre l’ordre social existant » (Oscar Lewis, La Famille Sanchez, P33, Gallimard 1963) Ces populations n’ont rien a perdre, rien a craindre. P.87

 

Ce dessèchement rapide et mortel végétaux, certains hommes, certaines idées en sont victimes tout autant. P. 91 :

Aujourd’hui pour le Nord, Le sud apparaît comme une sorte de gigantesque poubelle des idéologies périmées. P 94 :

 

Les idéologie du Sud contemporain ne s’est pas construit « vers » mais « contre » : Il y a une volonté de rupture. Le marxisme est aussi un produit de l’occident, il est aussi rejeté.  L’activités révolutionnaires du tiers monde a quelques caractéristiques dont celle d’autoriser la négations des valeurs gréco-latines : culture scientifique, progrès technique, démocratie politique, liberté des mœurs, rationalité économique. [ Plus généralement, on peut placer l’observation dans le cadre de la o-confrontation occident/islam : aucune démocratie en terre d’Islam. Dans les pays qui ont les moyens. Seules les anciennes colonies ou l’Islam est plus doux, bien qu’en voie de radicalisation, peuvent prétendre à un caractère démocratique.] P98

 

L’économie exprime les différences sous forme d’écarts quantitatifs mais elle atteste implicitement que l’Etre dans les deux entités comparées est identique. Enveloppés de la sorte, Malawi et Etats Unis sont deux objets de dimension inégale mais de même nature. L’un est plus avancé que l’autre mais tout deux sont situés sur une ligne continue, avec le temps on peut rattraper le retard. [Concept d’enveloppement économique que l’on peut reprendre en matière de démocratie : enveloppement démocratique] P118

 

La dimension que je veux souligner dans cette religion du micro-projet, c’est la résignation [titre du chapitre : Micro-projet – Macro indifférence]. Le micro-projet se fait dans les mailles du réseau de corruption local. Il le contourne ou lui paie un tribut pour acheter sa tranquillité. P129 :

 

Ces politiques [de coopération internationale] auront désormais moins comme but de promouvoir le développement économique du sud que de prévenir les dangers politiques et sociaux de ce développement. La Coopération devient un outil au service du Nord : c’est l’instrument de stabilité du sud malgré le développement ou sans lui. P132 :

 

Seul nous importe ce qui concerne le Nord : la zone cruciale est à sa périphérie, la ligne le long de laquelle il jouxte les nouveaux barbares. Plus question la de lutte indirecte, de camouflage, c’est soi-même qu’on défend. On peut libérer toute la puissance, ouvertement, avec pour seule limite le respect du Droit puisque le Nord entend le représenter et le défendre. P 142 :

 

Les Sud et ses spécificités : croissance de la population, l’ampleur et l’aspect de sa misère, les racines séculaires de ses conflits, dans la violence de ses idéologies.

 

sur le moyen orient : Par une politique d’affaiblissement, d’équilibre et de neutralisation des Etats de la région, il sera sans doute possible d’aboutir à une sanctuarisation d’Israël et des zones pétrolières. Mais ces sanctuaires resteront situés au milieu d’Etats dont la nature sudiste ne se démentira pas avant longtemps. P162 :

 

Le conseil de sécurité, où les principales capitales du Nord disposent d’une place permanente et d’un veto, les met en mesure d’énoncer le Droit et de l’imposer. P 175 :

De même les critiques à l’égard du boucher de Bagdad, n’ont pas empêché d’opérer un rapprochement avec l’Iran (dont on connaît les vertus démocratiques), la Chine et de laisser la Syrie s’emparer du Liban chrétien. Il est clair que le nouvel ordre mondial fondé sur la démocratie et le Droit est limité dans l’espace.  Les Etats unis sont prêts a soutenir des Etats qui ne respectent ni la démocratie ni le droit pourvu qu’ils remplissent une fonction utile de stabilisation du « limes ».

 

Cette définition théorique de l’Etat tampon, on peut la résumer d’un mot : stabilité.  Lorsqu’il touche les limes, un état du sud n’a qu’une chose à vendre, une chose sans prix, un richesse inépuisable : sa stabilité. P196 :

 

L’expression « infériorité civile des femmes ». P 198

 

La vie dans les tiers-mondes nous a toujours paru exagérément peu cotée : pourtant, jusqu’à présent, la rivalité Est/Ouest contribuait à en soutenir fermement le cours. Aujourd’hui, il s’effondre. La vie au Sud ne vaut plus rien, rien là-bas, ce qui n’est pas nouveau, mais rien non plus ici. P 204

 

Si l’aide humanitaire est née au Biafra (70), elle est morte au Liberia (90). A vingt ans de distance, ces deux guerres alignent un nombre sans doute égal de morts atroces […] Le choc des reportages sur le Biafra avait été énorme : c’est à peine si le Libéria est entrevu sur les écrans.

 

St Ambroise, par exemple, encourageait la vente de vin aux barbares « afin qu’ils s’anéantissent dans l’ivresse et qu’ils en soient affaiblis »…Autrement dit : avec des gens qui nous menacent, que nous devons combattre, les lois ordinaires ne s’appliquent pas. Ce qui n’est pas licite dans l’Empire, le devient au-delà du limes. On accepte dans cet espace barbare ce qu’on ne saurait tolérer en pays civilisé. P 208 :

Dans le domaine politique, l’idéal démocratique s’applique au Nord mais sur le limes comme dans le reste du monde barbare l’impératif de stabilité prime tout. Au Sud , le totalitarisme peut être accepté.

De même le soutien de  régimes autoritaires n’est plus tabou s’il apparaît que face à un Sud incontrôlable, ils sont les derniers remparts de l’ordre.

 

La diplomatie du limes est un périlleux exercice de maintien de l’inégalité. Si elle néglige les Etats tampons et les laisse dans le chaos, elle met en danger le Nord très directement. Si, au contraire, elle développe cette zone, elle pose, à terme, la question de son intégration dans le Nord. Faute d’être récompensés de leurs efforts mimétiques, les bons élèves de la zone tampon risquent de se tourner vers les idéologies de rupture pour obtenir ce qu’ils veulent par la force. Le limes est incontestablement un lieu de tension progressive est d’affrontement non parce qu’il sépare deux mondes différents mais parce qu’il égalise ses deux berges et tend à faire perdre toute justification à l’inégalité de statut qui les distingue. P 226 :

 

Post face écrite en 2001

 

Les années 90 ont été marqués par une intense activité diplomatico-militaire qui a pu faire illusion. La Communauté internationale fraîchement réunifiée a proclamé sa volonté de pratiquer partout une diplomatie morale que les opérations de maintien de la paix engagées par l’ONU ont symbolisé. […] La communauté internationale semblait vouloir affirmer sa vocation mondiale, sans distinction de proximité ou de richesse (Cambodge, Moz, Salvador, Kurdistan, Bosnie). Le Slogan du « droit d’ingérence » était brandi comme un mot d’ordre universel. P243 :

 

De 95 à 99 s’est accompli un double mouvement contradictoire, désengagement international sur certains théâtres, engagement massif sur d’autre, en accord avec la théorie du Limes qui rend nécessaire, pour le bien du Nord, son intervention dans certains états su sud, son aveuglement vis-à-vis de certains régimes politiques favorisant la stabilité de tels ou tels régions, son abandon total de régions périphériques.

 

Le Maghreb est stabilisé, malgré les fortes turbulences qu’il connaît, par l’action autonome de régimes politiques durs. [révision constitutionnelle en Tunisie permettant 14 ans de pouvoirs supplémentaire au président actuel : media doit lutter contre mais au niveau de la démocratie, peu à dire sur la révision constitutionnelle.] Concernant l’Algérie, le soutien de l’occident ne lui a jamais été disputé et peu de répressions ont été menées avec une telle tranquillité. P246

 

Au Kosovo, le rôle des troupes internationales est de sanctuariser ce découpage.

 

La crise des états du Sudan pris une ampleur qu’il était difficile de soupçonner : crise politique qui va jusqu’à l’effondrement comme dans plusieurs pays d’afrique, crise économique qui va jusqu’à la banqueroute comme dans certains pays pourtant prometteurs d’Amérique latine, crise sociale, volontiers exprimée sur le mode de tensions religieuses et ethniques dans la sous continent indien et en extrême orient. [la démocratie électorale n’a pas aidé la Cote d’Ivoire a évoluer favorablement après Oufouet Boigni, La démocratie au Pakistan a apporté la corruption de la classe politique (qui n’a jamais fini son mandat. – Comment se placer par rapport à l’armée dont le role dans le fonctionnement des états est essentiel. L’armée siège à l’assemblé nationale en Indonésie, au Conseil de Sécurité National au Pakistan, garante de la république turque : l’argument étant d’intégrer l’armée aux institutions afin que cette dernière soit  parties prenantes de la politique et ne souhaite pas renverser les institutions..] P249 :

 

La disparité Nord/Sud ne cesse de s’aggraver ; le fossé se creuse, même si le sud, bien sur, reste hétérogène et comporte en son sein des inégalités non moins criantes.

 

Quelques exemples positifs : la stabilisation de l’Ouganda, Mandela en Afrique du sud, la transition démocratique au Mali.

 

P250 : Je vois la une des principales erreurs de cette ouvrage : la tendance à négliger les évolutions spontanées, la capacité de réaction et de réponse des peuples à la crise.

 

Partout où se répand la culture de la pauvreté que nous avons évoquée, se constituent des forces politiques radicales dont nous n’avions pas assez estimé la force. Le fondamentalisme islamique est évidemment la plus en vue aujourd’hui et ceci, sans être tout à fait une surprise, constitue néanmoins une nouveauté.

 

De nombreux pays sont ainsi découpé et, autour d’îlots de prospérité (relative), laissent croître de vastes zones en déréliction. […] Cette logique de comptoir est évidemment très condamnable.